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Louis PATOUILLET (1699-1779)

État civil

«Louis, fils de Nicolas Patouillet, praticien en cette ville, et de damoiselle Dupérier [?], les père et mère, a été baptisé le 31 mars 1699 ; il a eu pour parrain et marraine M. Louis Charpin, fils de M. Charpin, maire héréditaire de Saint-Jean de Cosne et damoiselle Margueritte Rousseau, fille de M. Rousseau, consr. au baillage de Beaune [...] est tenu sur les fonts baptismaux par Catherine Balbâtre, qui déclare ne pouvoir signer» (A.D. Côte d'Or, reg. par. Saint-Michel de Dijon). Sommervogel mentionne un Nicolas Patouillet, né à Salins le 27 janvier 1633, mort en 1710, et N.B.G., Etienne Patouillet, abbé d'Acey, né en 1634, dont les liens familiaux avec P. ne peuvent être précisés. P. est mort à Avignon en 1779 (Sommervogel).

Formation

P. entre dans la Compagnie de Jésus le 28 août 1715 (Sommervogel). Après avoir fait profession, il enseigne la philosophie à Laon (N.B.G.), prêche en plusieurs villes et notamment à Nancy en présence de Stanislas (Sommervogel). Il publie en 1725 des Poésies diverses sur le mariage du Roi (à Strasbourg, chez la Vve Storck).

Carrière

Il est ensuite appelé à la maison professe de la rue Saint-Antoine où il est employé dans la polémique contre les jansénistes. Il se fait connaître en 1731 par l'Apologie de Cartouche ou le scélérat sans reproche par la grâce du P. Quesnel. Il travaille à l'histoire du pélagianisme, puis, avec le P. Colonia au Dictionnaire des livres jansénistes ou qui favorisent le jansénisme, réédition de la Bibliothèque des livres jansénistes du P. Colonia, censurée à Rome le 20 sept. 1749 ; le Dictionnaire, publié à Anvers, chez Verdussen en 1752, en 4 vol. (t. II-IV sont de P. selon Feller-Weiss, art. «Colonia»), est condamné à Rome le 11 mars 1754 (Sommervogel). En 1756 et dans les années qui suivent, P. est mêlé aux polémiques qui opposent les Jésuites et l'archevêque de Paris au Parlement, notamment à propos de la signature du formulaire. Il rédige l'Instruction pastorale de Mgr de Beaumont, du 19 septembre 1756 (Sommervogel). Selon Barbier, il préparait un second mandement contre la déclaration du roi du 10 décembre, relative à la Constitution Unigenitus, lorsqu'il est exilé à Amiens par lettre de cachet (Chronique de la Régence, janv. 1757, éd. Charpentier, 1857, t. VI, p. 441) ; ses papiers lui sont volés pendant sa fuite et sont livrés au procureur général (ibid.). Il se réfugie d'abord à Amiens, chez Mgr de La Motte, fidèle partisan de l'archevêque de Paris, puis à Uzès, chez Mgr Bauyn (Sommervogel) et à Auch, chez Mgr de Montillet. Cependant que les Réflexions d'un docteur en théologie de l'Université sur la déclaration du Roi du 10 décembre 1756 sont brûlées par arrêt du Châtelet (9 nov. 1758), il rédige pour Mgr de Montillet l'Instruction pastorale du 23 janvier 1764, qui suscite la colère du Parlement de Bordeaux, et celle de Voltaire. Il se retire à Avignon où il meurt en 1779 (Sommervogel).

Opinions

Outre ses polémiques avec les jansénistes, P. s'est illustré par ses attaques contre le Parlement et les philosophes. L'Instruction pastorale de J.F. de Montillet attaquait en particulier Voltaire, qualifié d'auteur «mercenaire», d'«athée» et de «vagabond». Pendant dix ans, Voltaire ne cessera pas de s'acharner contre P. Dans une Lettre pastorale à M. l'archevêque d'Auch (1766, Œuvres, éd. Moland, t. XXVI, p. 469-470), il demande à J.F. de Montillet de désavouer P. et lui rappelle qu'il a sauvé de la ruine son neveu, établi à Ornex, près de Ferney. Il évoque de nouveau cet épisode dans les Honnêtetés littéraires (1767, Œuvres, t. XXVI, p. 155-156), dans la Réponse de M. de Voltaire à la «lettre anonyme» du 1er février 1769 (Œuvres, t. XXVII, p. 408), dans les Questions sur l'Encyclopédie (art. «Privilèges» et «Quisquis»), et dans l'Epilogue de La Guerre civile de Genève (Œuvres, t. IX, p. 553). Cette querelle est rapportée par C. Barthélémy dans Erreurs et mensonges historiques, 14e série, Paris, Blériot, 1881, p. 61-72.

Activités journalistiques

P. est le principal rédacteur du Supplément des Nouvelles ecclésiastiques, lancé par les Jésuites le 25 janvier 1734 afin de « suppléer la vérité » qui manque aux Nouvelles ecclésiastiques (avertissement, voir D.P.1 1244). Le journal paraît de 1734 à 1748 et comporte seize tomes annuels, groupés en 4 vol. in-4°. L'anonymat gardé pour tous les articles ne permet pas de distinguer la contribution personnelle de P., mais le ton général du journal est assurément le sien ; on comparera en particulier avec le ton des attaques contre Fontaine de La Roche dans l'Instruction pastorale de J.F. de Montillet. P. a publié en outre dans les Mémoires de Trévoux une critique de L'Art de vérifier les datesde M.F. d'Antine, Durand et Clémencet (1750, p. 2656-2664 ; 1751, p. 2833-2835).

Lettres édifiantes et curieuses (D.P.1 814), t. XXVII (1749), XXVIII (1758), XXXI (1774). XXXIII (1776), XXXIV (1776) ; on trouve un éloge de P. par le R.P. Querbœuf dans l'éd. de 1781 des Lettres édifiantes et curieuses, t. VI.

Publications diverses

Parmi les œuvres de P., dont on trouvera la liste dans Sommervogel, t. VI, col. 351-357, on citera : Apologie de Cartouche, «A Cracovie, chez Jean le Sincère», 1731 ; rééd. en 1732, 1733, 1751. trad. allemande et italienne. – La Vie de Pelage, s.l., 1751 ; repris dans l'Histoire du pélagianisme, Avignon, 1763, 2 vol. – Dictionnaire des livres jansénistes ou qui favorisent le jansénisme, Anvers, Verdussen, 1752, t. II-IV.

Bibliographie

Feller-Weiss ; B.Un. ; N.B.G. ; Sommervogel ; H.P.L.P. – Voltaire, Œuvres, éd. Moland, t. XXVI et XXVIII.

Auteur(s) de la notice


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