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Joseph PÂRIS DE LESPINARD (1744-début du XIXe s.)

État civil

Joseph Paris de Lespinard, né en 1744 à Genève d'après lui-même (autobiographie parue dans la Gazette du département du Nord entre le 6 et le 20 août 1793), à Annecy d'après Lemaire, à Surinam (Guyane hollandaise) d'après l'acte de naissance de son fils, né à Lille en mars 1778 ; de toutes façons, ses origines restent très controversées. Mort à une date inconnue, après 1804 ; la dernière trace écrite du personnage est son nom gravé sur le monument érigé à Wimereux (Pas-de-Calais) en l'an XII, en l'honneur de Pilâtre Des Roziers.

Formation

Aucun document sur sa formation, mais de nombreux passages de la Feuille de Flandres, et son style en général, laissent entrevoir un homme d'une vaste culture, et curieux de tout, donc ayant reçu une solide instruction. A noter une passion particulière pour l'aéronautique : il fit, avec l'aéronaute Blanchard, la première ascension en montgolfière au départ de Lille, le 26 avril 1785 (cf. tableau de Louis Watteau).

Carrière

Il était sans doute établi avant 1768 à Marseille, où sont imprimées les Affiches de Marseille, puis les Affiches d'Aix ; le 21 avril 1773, il acheta 250 £ le brevet de maître-imprimeur à Aix ; il commit quelques imprudences politiques qui amenèrent le chancelier Maupeou à lui interdire, le 31 janvier 1773, de publier son supplément consacré aux textes officiels (Feyel, t. IV, p. 1396), mais on ne sait rien de lui avec précision avant son établissement à Lille, en 1776 (Lemaire). Il vécut d'expédients en Hollande pendant environ sept ans, servit dans l'armée, épousa à La Haye la maîtresse d'un grand seigneur hollandais, fit des dettes qui l'obligèrent à rentrer en France en 1776. Il séjourne à Lille sans interruption jusqu'à son arrestation, le 26 août 1793, puis passe 15 mois en prison à Paris : fait ensuite, en l'an III, plusieurs voyages entre Paris et Lille «pour s'y livrer à l'agitation politique» (Lemaire), puis semble s'être désintéressé de la politique, et ne plus s'être préoccupé que d'aérostation jusqu'à sa mort.

Situation de fortune

Jusqu'en 1780, il vécut souvent d'expédients et fit beaucoup de dettes ; en novembre 1776, il devait 2000 £ à un bourgeois d'Utrecht (Feyel, t. IV, p. 1397). Le journalisme lui permit de rétablir sa fortune ; il semble avoir joui d'une grande aisance, car il possédait en 1789 une belle et vaste maison, avec une riche bibliothèque. Ruiné par la Révolution et sa longue détention, il abandonna le journalisme et mourut dans l'obscurité.

Opinions

Opinions assez modérées sous l'Ancien Régime, et respectueuses des autorités en place, mais assez hardies sur le plan des idées philosophiques pour mériter à leur auteur des poursuites : le n° 70 des Feuilles de Flandre, du 30 mars 1784, fut publiquement brûlé, par arrêté du Parlement de Douai, pour un article expliquant l'attitude des criminels par leur tempérament particulier. A partir de 1789, opinions très favorables à la Révolution, et s'adaptant très rapidement à l'évolution de la situation politique : il est partisan de la monarchie constitutionnelle jusqu'en juin 1791 (fuite et arrestation du roi), puis de plus en plus méfiant : devenu républicain à partir du 10 août, le «citoyen Joseph Paris» (telle est sa signature à partir de juil. 1791) suit en 1793, jusqu'à son arrestation, une ligne politique proche de celle de Robespierre, qu'il admire ouvertement. Ardemment patriote, il participa activement à la défense de Lille lors du siège autrichien en 1792. Affilié à la Société lilloise des Amis de la Constitution en juillet 1791 (présenté par l'architecte Dewarlez).

Nombreux procès : contre son imprimeur De Boubers en 1787-1788, qui avait contracté envers lui de nombreuses dettes ; contre un aventurier d'origine belge, Thomas Arlet, dit «Le Père Eternel», en avril 1791. L'arrestation du ci-devant chevalier, en août 1793, est sans rapport avec les idées exprimées dans son journal (il fut autorisé à le publier pendant deux semaines, en résidence surveillée), mais semble résulter d'une lutte d'influence au sein des Jacobins lillois, ainsi que de relations compromettantes pour P. (général Lamarlière, suspect de «girondisme»).

Activités journalistiques

6. Annonces, affiches et avis divers pour la ville de Marseille (D.P. 1 36) : P. y apparaît en 1768, avant de fonder les Affiches d'Aix, mais il est possible qu'il ait rédigé les Affiches de Marseille dès 1762 (Feyel, t. IV, p. 1395).

Annonces, affiches, avis divers d'Aix, imprimées à Marseille de la fin de 1769 au 13 juin 1773 (D.P.1 6) par P. (Gérard, p. 8-9 ; Billioud, «Paris de Lespinard»).

Affiches, annonces et avis divers pour la province de Flandres imprimées à Lille à partir du 3 août 1781 (voir D.P.1 455 : Feuille de Flandres). Imprimeur : De Boubers jusqu'à la fin de 1787, semble-t-il, puis Lemmens, rue Neuve, jusqu'au 26 juillet 1791, enfin le rédacteur lui-même, qui avait ouvert sa propre imprimerie, Rue de l'Abbaye de Loos. Le journal devient Feuilles de Flandres en août 1783, puis Gazette du Département du Nord en août 1790. P. avait signé un bail de dix ans avec Benezech le 8 septembre 1780 ; dès 1782, il fondait un cabinet de lecture, puis en 1784 une Petite Poste (Feyel, p. 1398) ; l'aérostation, dont il fut l'un des pionniers, lui permit de faire une publicité souvent tapageuse en faveur de sa feuille (Feyel, p. 1398-1400).

Almanach de la Petite Poste de Lille et de sa châtellenie, Lille, 1787, in-18.

Publications diverses

Mon Retour à la vie après quinze mois d'agonie, Lille, frimaire an III (déc. 1794), opuscule de 92 p., à allure de pamphlet racontant son séjour dans les prisons de l'Egalité et de l'Hospice national.

Bibliographie

H.G.P., t. I, p. 382-399. – Ribbe C. de, Un journal et un journaliste à Aix avant la Révolution, Aix, 1859. – Levet E., «Joseph Paris de L'Epinard», Revue savoisienne, n° 10-11, 1888, p. 303-310. – Lemaire L., «Paris de Lépinard, journaliste lillois ; son arrestation pendant la Terreur», Bulletin du Comité flamand de France, 1921, p. 299-331. – Danchin F., Imprimeurs et imprimés lillois, Lille, 1932. – Lépreux G., «Nos journaux, histoire et bibliographie de la presse périodique dans le département du Nord, 1746-1895», dans Encyclopédie historique du département du Nord, Lille, 1896. – Beaucamp F., Journaux et journalistes lillois, Lille, 1932. – Bourgeois J., La Presse lilloise avant la Révolution, thèse droit, U. de Lille, 1932. – Billioud J., «Paris de Lespinard», Marseille, n° 7, 1950, p. 53-59. – Id., Le Livre en Provence du XVIe au XVIIIe siècle, Marseille, Impr. Saint-Victor, 1962. – Gérard R., Un journal de province sous la Révolution, le «Journal de Marseille» de Ferréol Beaugeard (1781-1797), Paris, 1964. – Maeght X., La Presse dans le département du Nord, sous la Révolution française (1789-1793), thèse de 3e cycle, juin 1991, U. de Lille III. – Trénard L., Duthoy J.J. et Oursel H., Histoire de Lille, Toulouse, Privât, 1991, t. III. – Feyel G., L'Annonce et la Nouvelle : la presse d'information et son évolution sous l'Ancien Régime (1630-1788), thèse, U. de Paris IV, 1994 ; Oxford, Voltaire Foundation, 1999.

Additif

Bibliographie: Dans l’édition imprimée de L’Annonce et la nouvelle de Gilles Feyel (Oxford, VF, 2000, p. 1239-1244), on trouvera une biographie détaillée de Pâris de Lespinard. Sans ajouter de nouveaux documents à la notice de L. Trénard, Feyel développe le caractère aventureux de Pâris, suppose avec vraisemblance que sa noblesse était usurpée, met en lumière son sens de la publicité, du commerce (avec les cabinets de lecture, les livraisons de livres à domicile) et ses démêlés avec Courmont pour contourner le privilège des taxes postales. (J.S.)

Auteur(s) de la notice


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