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Nicolas PARADIS (vers 1732-?)

État civil

Nicolas Hyacinthe Paradis est né à Verdun. De famille catholique, il s'installe à Berlin où il se convertit à la religion réformée à l'âge de 19 ans (Voss, p. 155, n. 7). Il épouse à Berlin la fille du graveur Gimbel. Le couple eut un fils et une fille (Rüdiger, p. 249, suiv.).

Carrière

A Berlin, P. enseigne pendant onze années la langue et les lettres françaises au «Collège Royal» et commence en 1759 à écrire des ouvrages pédagogiques. Il quitte la ville pendant la Guerre de Sept Ans pour s'installer à Copenhague, où il prend le nom de Paradis de Tavannes et enseigne à l'Académie royale militaire pendant neuf ans (Voss, p. 155, n. 7). Il rentre à Verdun en y espérant un héritage et un emploi au collège de cette ville. N'ayant obtenu ni l'un ni l'autre, il se rend à Francfort où il vivra entre 1766 et 1779. Il y enseigne d'abord le français, l'histoire et la géographie (Rüdiger, p. 250), y fonde en 1775 la «Société patriotique de Hesse-Hombourg», dont il sera secrétaire perpétuel. De 1779 à 1781, il vit à Hombourg, près de Francfort. Voyages à Vienne et à Brünn en 1781, où se perd sa trace (Rüdiger, p. 251). Il fut membre de la «Royal Society», de l'Académie de Stockholm et des sociétés de Lüneburg, Leipzig et Burghausen.

Situation de fortune

Dans une lettre du 24 novembre 1778 au landgrave Frédéric V, P. fait allusion à sa situation financière : il indique qu'il dispose de ressources modestes, qu'il n'a aucune dette et qu'il possède une petite maison à Hombourg (Rüdiger, p. 250, n. 28). Il gagne 150 £ tous les trois mois pour l'envoi de nouvelles destinées aux journaux de Deux-Ponts (lettre de Le Tellier du 30 juin 1776, HSD). Lorsqu'il est question de son installation à Deux-Ponts, il demande à Le Tellier 800 £ d'appointements plus le logis en cas de déménagement, ce que celui-ci trouve trop cher : «A 600, c'eût été une affaire faite» (lettre de Le Tellier du 24 juillet 1776, HSD 128/9). Quand il s'agit, en 1777, de fonder une société commune englobant l'imprimerie de Deux-Ponts et de Hombourg, on prévoit pour P. des appointements fixes de 1500 £ et un dixième de participation aux bénéfices (lettre de Solomé à P. du 17 mai 1777, HSD 128/9).

Opinions

P. fonde en 1775 la «Société patriotique de Hesse-Hombourg», institution extrêmement ambitieuse qui devait coordonner l'activité des savants et des journalistes en Europe (Voss, p. 153-175). Dans ses statuts de 1776, la société se définit comme «un point de réunion pour une correspondance vaste et bien entendue entre les Sociétés de différents pays éloignés et étrangers les uns aux autres : c'est l'objet de notre Institut» (Voss, p. 156, n. 13). Le projet trouve un écho assez surprenant : des comités régionaux sont créés dans toute l'Europe. En avril 1777, la société compte 143 dans quarante-cinq villes et 9 pays d'Europe, en Suède et en Allemagne du sud surtout, mais également à Berne, Amsterdam, Moscou, St Pétersbourg, Vienne ou Sienne. Il y avait alors en France 21 membres, rassemblés dans des comités à Nancy (à l'initiative de Willemet) et à Paris (le «Grand Comité de France» fondé par Jean Goulin et l'abbé de Bassinet). Parmi les membres, on relève quelques noms relativement célèbres tels que Haller, Charles Bonnet, Grandidier, Lacépède, Celsius, ou Linné. En juillet 1778, la société semble réunir 600 membres.

De toute évidence, P. n'est alors plus à la hauteur de sa tâche, qui devrait être de coordonner à Hombourg les activités de tant de bonnes volontés dispersées en tant d'endroits. A la suite de rivalités et d'intérêts divergents entre le comité de Paris, celui de Deux-Ponts et celui de Hombourg, le comité de Deux-Ponts sera exclu de la «Société Patriotique» en avril 1778. A Hombourg, P. et Verdy Duvernois continuent à travailler pour la «Société» jusqu'en 1781, date à laquelle celle-ci disparaît définitivement. A lire les documents, elle fut plutôt un assemblage de projets, de relations personnelles et d'ambitions qu'une institution vraiment existante. Cependant P. s'était bien rendu compte du grand besoin de communication qui existait entre les savants et les journalistes au niveau européen, mais une ville de 2000 habitants comme Hombourg et la personnalité de P. ne pouvaient suffire à l'immensité du projet.

Activités journalistiques

P. commence sa carrière journalistique par la publication, de 1769 à 1771 à Francfort, du journal hebdomadaire Les Fastes du goût ou les Nouveautés du jour. Feuille hebdomadaire, qui renferme succinctement les détails concernant en général les arts, l'industrie, les modes, plus particulièrement la philosophie, les mathématiques, la méchanique, l'histoire, la critique, la morale, la poésie, la peinture, la sculpture, la gravure, l'architecture, la musique, la danse, l'économie, l'agriculture, les finances, les spectacles, et les variations dans l'habillement : le tout mêlé d'anecdotes, de saillies, de petits vers, et de bon mots, (Rüdiger, p. 252, suiv. et Q, t. VI, Paris, 1834, p. 590).

En 1770, il rédige le Journal historique de commerce de Francfort, dédié à l'Electeur de Trèves, qui se présente comme feuille contenant «un exposé succinct de tout ce qui concerne les sciences, les arts d'industrie, la navigation, l'agriculture, le commerce, la littérature, les découvertes, les inventions, les événements, dont la connoissance intéresse le plus la société» (Rüdiger, p. 253) ; il s'agit sans doute, sous un titre et un sous-titre légèrement différents, du même périodique que le Journal historique des sciences, des arts, de l'industrie, de la navigation, de l'agriculture et du commerce (D.P.1 748). «Il en manquait un semblable en Allemagne : les savants ne peuvent que lui faire l'accueil le plus favorable, les citoyens y puiseront de quoi s'instruire, et les savants y trouveront un état succinct des meilleures productions des Instituts les plus illustres de l'Europe.» (Rüdiger, p. 252). Le journal ne semble pas avoir réussi et ne paraît que jusqu'en 1781 (ibid.).

Entre 1775 et 1778, P. publie avec Stephan Brandt le Geist der Journale [L'Esprit des Journaux], vol. 1-6 (ibid. et Voss, p. 155, note 8), qui réunit sous 15 rubriques des articles sur la religion, les sciences naturelles, la médecine, les beaux-arts etc., ainsi que des extraits de la Allgemeine Berliner Bibliothek, du Journal des Savants, de l'Année littéraire, etc. Le Geist der Journale était continué en 1778 par les Archives générales de Critique (Rüdiger, p. 252).

De 1776 à 1778, P. rédige également des articles et nouvelles destinés à la Gazette des Deux-Ponts et à la Gazette universelle de littérature. La correspondance entre Le Tellier et P. (HSD 128/9-11) nous fournit quelques détails sur sa collaboration : ainsi, le 30 juin 1776, Le Tellier lui demande de lui envoyer régulièrement des nouvelles des villes et pays suivants : «Altona, Danzig, Magdebourg, Vittembert, Schleswig, Koenigsbert, Berlin, Leipzig, Copenhague, Varsovie, Breslau, Dresde, Stockholm, Petersbourg, Schwerin, Prague, Vienne, Cassel, Hanovre, Stade, Lipstadt, Ulm, Ratisbonne, Munich, Augsbourg, Florence et toute l'Italie, Berne, Lauzanne, Schaffhousen et toute la Suisse». A cette période, Le Tellier ne semble pas satisfait du travail de P., auquel il reproche l'irrégularité de ses envois et le manque d'actualité de ses nouvelles. Pour y remédier, il lui propose de venir s'installer à Deux-Ponts (lettres du 15 et du 17 juillet 1776, HSD) et de «traduire nos deux gazettes de littérature et de politique en allemand et d'en former un journal hebdomadaire pour l'Allemagne» (lettre non datée, sans doute également de juillet 1776, HSD). Au début de 1777, c'est Le Tellier, tenté par la situation centrale de l'endroit pour le marché allemand, qui projette de déplacer une partie de son entreprise à Hombourg, près de Francfort. Tout semble prêt pour le déménagement, le privilège du landgrave de Hesse-Hombourg est accordé, quand un grave différend éclate entre le comité de la «Société patriotique» de Paris, celui de Deux-Ponts et celui de Hombourg, mettant abruptement fin à ce projet de collaboration. De toute évidence, Le Tellier considère comme une concurrence la Bibliothèque du Nord, fondée par Rossel et paraissant à Paris depuis 1778, et qui est déclarée organe officiel de la «Société typographique» de Deux-Ponts d'avoir publié des oeuvres sous le nom de la «Société patriotique», ce qui aurait été contraire aux statuts de la société de Hombourg (Voss, p. 162). Les projets de coopération entre Paradis et Le Tellier s'éteignent définitivement avec l'exclusion du comité de Deux-Ponts des rangs de la «Société patriotique» le 13 avril 1778. Après la rupture avec Deux-Ponts et l'arrêt du Geist der Journale, P. ne semble plus avoir déployé aucune activité journalistique, à moins qu'il n'ait collaboré au Mémorial de l'Europe de 1780, publié par Verdy Duvernois pour la «Société patriotique».

Publications diverses

Les Enfants perdus, ou le Trompeur trompé, entretiens en forme de pièce dramatique, avec des notes allemandes de M. de Hoffmann, à l'usage de ceux qui s'appliquent à l'étude de la langue française, Berlin, chez l'Auteur, 1759. – Le Naufrage, ou le Royaume de la Lune, opéra-comique, Copenhague, Proft, 1763. – Neue Einrichtung, wie man die französische Sprache gebrauchen sollte, Copenhague, 1765. – Nouveau système applicable à toute sorte de méthodes et pourvu d'un nombre suffisant de thèmes de dialogues et d'explications dans les deux langues, Copenhague, 1765. – Discours sur divers sujets intéressants relatifs à l'éducation de la jeunesse non lettrée, Francfort, 1768. – Manuel pratique des langues française et allemande avec des explications et des remarques nécessaires, par Paradis et Bayer, Francfort, 1772. Nous ne savons pas quelle fut la part de P. dans les différentes publications de la «Société patriotique de Hesse-Hombourg», mais de par sa fonction il est vraisemblable qu'il y ait collaboré il s'agit là de l'Etablissement, lois et statuts de la Société Patriotique de Hesse-Hombourg, 1777 et du Résultat de l'Assemblée générale de la Société Patriotique de Hesse-Hombourg, 1778.

Bibliographie

Badiches Generallandesarchiv Karlsruche, Abteilung 207, Nr. 101 et 620 ; Abeitlung 213/332, 333, 334. – (H.S.D.) Hessisches Staatsarchiv Darmstadt (Hausarchiv), Abteilung D 11, Konvolut 128, Faszikel 1-16 et Konvolut 109, Faszikel 7, Folie L. – A.D. Montpellier, Manuscrit I E 1505 (lettres de Le Tellier à Volpelière de 1774 à 1778). –Rüdiger W., «Über die Société patriotique de Hesse-Hombourg, sowie über ihren Begründer Nicolas Hyacinthe Paradis», Annalen des Vereins für nassauische Altertumskund, t. XXXVIII, 1908, p. 244-254. – Voss J., «Die Société patriotique de Hesse-Hombourg (1775-1781) : der erste Versuch einer europäischen Koordinationsstelle für wissenschaftlichen Austausch», dans Deutsch-französische Beziehungen im Spannungsfeld von Absolutismus, Aufklärung und Revolution, Bonn, Berlin, 1992, p. 153-175.

Auteur(s) de la notice


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