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Charles PANCKOUCKE (1736-1798)

État civil

Charles Joseph Panckoucke, second fils de l'imprimeur libraire André Joseph Panckoucke (voir ce nom), est né à Paris le 26 novembre 1736. Quoique son père fût déjà solidement établi, c'est Charles Joseph qui lia le nom des Panckoucke à la plus grande maison d'édition du XVIIIe siècle. Son fils, Charles Louis Fleury (1780-1844) se distingua dans la même profession, et sa fille, Mme Agasse, l'exerça également. L'une des soeurs de C.J.P., Amélie (1750-1830) se maria à Suard en 1766. L'actuelle maison d'éditions Dalloz passe pour avoir été fondée par un membre de la famille P. (Kulstein, p. 305, n). C.J.P. mourut à Paris le 19 décembre 1798 (B.Un.).

Formation

Le père de P. est un janséniste qui «a inoculé le goût et la passion pour l'étude à toute sa famille» (Lettre de M. Panckoucke, p. 17). Après la mort de son père, il s'engage, par goût personnel, dans la voie des mathématiques et espère devenir ingénieur. Il ne peut cependant atteindre ce but n'ayant pas eu le courage d'affronter l'examen après s'être entendu dire par l'examinateur : «Vous n'avez ni fortune ni naissance, vous ne parviendrez point ; jetez-vous dans le commerce!» (Ibid., p. 23-24). Sa mère lui lègue alors l'importante librairie paternelle qu'elle dirigeait depuis quatre ans, place Rihour à Lille. De 1757 à 1761. Mais, de 1761 à 1762, une expérience journalistique décevante – les Annonces, Affiches et Avis divers pour les Pays Bas français n'ont pas assez d'abonnés et son Courrier du Commerce a été courcircuité par les Affiches de Paris –, l'impossibilité d'éditer à Lille même, face aux tracasseries de la censure et de la surveillance, l'échec de la Société littéraire qu'il a essayé de créer et qui le conduit en prison, toutes ces causes l'amènent à partir de Lille pour Paris en 1762.

Carrière

A la mort de son père en 1753, il avait pris en main l'affaire familiale. En 1758, il crée à Lille une académie (Lettre de M. Panckoucke, p. 25), et rédige des articles scientifiques dont plusieurs pour l'Académie des sciences. En 1761, il acquiert l'estime de J.J. Rousseau pour avoir pris sa défense dans une lettre publique. Ce fut le début d'une amitié qui dura environ dix ans (Watts, « jean Jacques Rousseau et Charles Joseph Panckoucke »). En 1761, il défendit Buffon dans un ouvrage imprimé et se lia à lui (Watts, «Buffon and Panckoucke»). La même année, il publia son premier journal, les Annonces, Affiches et Avis divers pour les Pays Bas français. A la suite de démêlés avec la censure en raison d'éloges accordés à l'Emile, P. doit quitter Lille. Il se rend à Paris avec ses deux soeurs en 1762 (Kulstein, p. 304-319 ; Trénard, p. 105 ; Watts donne la date de 1760). La recommandation de Clairaut à Malesherbes, alors Directeur de la Librairie, évite à P. «un apprentissage et un examen ridicules». Après avoir signé un contrat avec Le Breton, il est reçu libraire huit jours plus tard, le 2 septembre 1762, moyennant 1400 £. P. achète alors le fonds de la boutique de Michel Lambert (déc. 1762) à l'enseigne du Parnasse, rue des Fossés St-Germain dite de la Comédie française. En 1764, il achète le fonds Durand et le fonds Anisson-Duperron. En 1768, il devient propriétaire de l'Hôtel de Thou, rue des Poitevins, en fait le centre de ses activités commerciales et sa maison. De bonnes relations avec le lieutenant général de police, le Directeur de la librairie, le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, une amitié régulièrement cultivée avec J.J. Rousseau, des relations suivies avec Voltaire qu'il va voir à Ferney en 1767 et avec Buffon qu'il visite à Montbard en 1764, ses relations familiales avec J.B. Suard qui épouse sa soeur Amélie (janv. 1766) font du libraire C.J. Panckoucke un commerçant parisien bien intégré dans sa corporation et la république des Lettres. A ce moment, il complète la série de l'Histoire naturelle déjà connue et acquiert du Directeur de l'Imprimerie royale le fonds des Mémoires et de l'Histoire des Académies qu'il met à jour. L'activité de libraire est, de loin, la plus importante et, sur le plan journalistique, il ne fait que liquider les journaux trouvés dans le fonds Lambert (Journal des Savants, Journal Chrétien, Avant-Coureur). L'acquisition de L'Année littéraire l'amène, en 1764, à tenter une réconciliation entre Voltaire et Fréron. En 1766, P. fit le voyage de Ferney avec sa femme et fut accueilli cordialement par Voltaire : Panckoucke se fit son «dépositaire» et «l'un de ses commissionnaires à Paris» (Caussy, p. 84). P. rendit plusieurs autres visites à Voltaire qui, en 1775, fut charmé par sa soeur, Mme Suard. A sa mort, Voltaire laissait à P. le soin de réaliser une édition spéciale de ses oeuvres. Pour aider au financement de ce projet, P. écrivit à Catherine de Russie en lui offrant la dédicace de l'ouvrage. Après avoir attendu vainement sa réponse pendant sept mois et croyant à un refus, P. vendit les manuscrits de Voltaire à Beaumarchais. A peine avait-il procédé à cette vente qu'il reçut l'accord de Catherine pour la dédicace et l'offre de prise en charge des frais d'édition (Watts, «The Kehl Edition of Voltaire's Oeuvres»). P. s'était, à cette époque, consacré à l'édition des périodiques, avec le Journal politique de Bruxelles et le Journal de Genève ; il obtint en 1778 la direction du Mercure de France et en 1787, celle de la Gazette de France. En 1782, il s'était lancé dans sa plus grande entreprise d'édition, la révision de l'Encyclopédie sous la forme de l'Encyclopédie méthodique par ordre des matières, dont le prospectus fut publié en décembre 1781 ; sa fille l'acheva cinquante ans plus tard (Watts, «The Encyclopédie méthodique»).

Pendant cette période, il s'entoure d'un véritable «brain trust» qui lui permet de créer le «premier empire journalistique» et de devenir un puissant vulgarisateur des Lumières. Si J.J. Rousseau n'a finalement pas répondu aux démarches de P., si Voltaire n'a que fort peu participé à ses publications, Buffon est demeuré en liaison avec lui depuis 1764 (acte de mai 1779, MC, XCIV-438 ; Paris, 11 mai 1779 ; ses visites à Montbard en 1770-1779-1780) et Arnaud, Berquin, Chamfort, Condorcet, Framery, La Harpe, Mallet du Pan, Peuchet, l'abbé Rémy, Suard et, plus tard, Garat ont fait partie de cet atelier auquel plus de 200 personnes ont participé, réalisant une oeuvre considérable : journaux, traductions, abrégés, oeuvres originales soit collectives, soit individuelles, au double service de la diffusion des Lumières et des intérêts économiques du libraire. En ce qui concerne les journaux, d'une part P. lance l'offensive contre les journaux de langue française imprimés à l'étranger en créant le Journal de Genève en 1772 (il devient propriétaire du Journal historique et politique de Genève dont le gouvernement lui cède le privilège : MC, XCIV 440) et le Journal de Bruxelles en 1774 (ce Journal de politique et de littérature, «sous l'aveu de Bruxelles», résultait de la fusion de l'Avant-Coureur et du Journal ou Gazette de littérature, des Sciences et des arts : J.B., 25 oct. 1774), tous deux imprimés à Paris. D'autre part, P. rajeunit les journaux français : c'est le cas pour le Mercure de France dont il devient propriétaire en mai 1778 et dont la partie politique devient semblable à celle du Journal de Bruxelles (MC, LXXXIII, 590), mais il conserve telle quelle la Gazette de France dont il acquiert le privilège à la fin de 1786. Déjà, en 1778, P. distribue 7500 exemplaires de journaux ; en 1780, 13 000 ; en 1785, 26 000, et en 1789 il en diffuse encore 24 000. C'est également pendant cette période que le libraire de l'Hôtel de Thou domine la Communauté des libraires. De 1769 à 1778, son activité est intense et multiple : il publie les éditions : Buffon, les Mémoires et Histoire de l'Académie royale des sciences, des inscriptions et belles-lettres, le Grand Vocabulaire français, l'Histoire générale des voyages de l'abbé Prévost, l'Histoire naturelle des glacières de la Suisse, le Voyage de M.M. Banks et de Solander (traduit de l'anglais par Suard), le Répertoire universel et raisonné de Jurisprudence civile, criminelle, économique et bénéficiale (BN, Ms. fr. 21-967). Pour le compte de Cramer à Genève, il vend les Oeuvres de Voltaire et, clandestinement, l'édition dite encadrée du même auteur et les Commentaires historiques sur les oeuvres de l'auteur de la Henriade (1776). De 1778 à 1789, après l'abandon des grandes collections de l'Imprimerie royale, P. privilégie journaux et Encyclopédies. Déjà de 1768 à 1776, il a réimprimé, avec l'aide de Cramer (à Genève) et celle de J.B. Robinet (à Bouillon), l'Encyclopédie in-f° de Diderot ainsi que des Suppléments. Songeant à une Encyclopédie totalement renouvelée, il charge Suard, d'Alembert et Condorcet (1776) de préparer cette édition nouvelle. Mais, deux éditions concurrentes de sa réédition in-folio l'obligent à capituler ; tout en s'associant à l'une d'elle, il lui ajoute une Table analytique (1777-1782). A partir de 1778, P. réalise enfin ses projets en éditant une Encyclopédie méthodique par ordre de matières dont il est responsable jusqu'en 1794.

Devenu, à l'aube de la Révolution, un géant de l'édition, P. augmenta encore son «empire» par l'acquisition du titre de la Gazette nationale, in folio, connue sous le nom de Moniteur universel. Cependant la Révolution lui valut, du moins sur le plan du commerce, plus de déboires que de satisfactions. En 1792, il avait remis la Gazette de France au gouvernement ; le Mercure de France tombait ; il s'endettait avec l'Encyclopédie. Il connut enfin un échec complet aux élections à l'Assemblée législative en septembre 1791. Il ne survécut à la Révolution que par l'appui qu'il donna aux Jacobins en 1793 1794. En fait, dès juillet 1788, la presse française était libre. Pour sauver ses journaux d'Ancien Régime, P. a opéré un agiornamento en essayant de renouveler les équipes de rédaction, d'accélérer le rythme des publications, d'atténuer leurs tendances conservatrices par la création de deux journaux parallèles distribués avec la Gazette de France et le Mercure de France : le Gazettin (4 juin 1790) pour le premier, l'Aviseur national (23 déc. 1792) pour le second. En 1791, le gouvernement reprend la direction de la Gazette de France et le Mercure de France devient le Mercure français (sept. 1792). Au début de 1793, ce journal passe du format in 12° au format in 8° et devient quotidien jusqu'au 13 mars où il redevient hebdomadaire, puis décadaire à partir du 10 Ventôse an IV. En fait, c'est une nouvelle création, celle du Moniteur Universel (ou Gazette nationale), le 26 novembre 1789, qui lui assure le succès jusqu'à ce qu'il abandonne librairie, imprimerie et journaux à son gendre Agasse en 1794. Mais, c'est encore comme directeur de journal qu'avec la Clef du Cabinet des Souverains il subvient à sa vie quotidienne une fois retiré des affaires et ce, jusqu'à sa mort en décembre 1798.

Situation de fortune

Difficultés et réussites financières se succèdent pour C.J. Panckoucke dont Cramer pouvait dire qu'il était «perpétuellement embarrassé, tout riche qu'il était» (B.P.U. de Genève, Dossier Panckoucke, f° 26-29. Genève, 21 août 1772). En 1762, d'après ses propres déclarations, il vint à Paris «avec cinq cents louis de dettes, sans amis, sans crédit». (Lettre de M. Panckoucke, p. 26). En 1766, au moment de son mariage, ses biens sont estimés à 500 000 £ (MC, LXXXIII- 519, 7 août 1766) ; sa femme n'apporte que 600 £ de dot. En 1768, il achète l'Hôtel de Thou pour 60 000 £ et y fait faire pour 40 000 £ de réparations ; la même année, il achète à Le Breton les cuivres de l'Encyclopédie de Diderot pour 20 000 £. Dans la période 1772-1788, les journaux qu'il contrôle lui rapportent en moyenne plus de 200 000 £ annuelles et les Encyclopédies plus de 100 000 £. Cependant, trois moments ont été particulièrement difficiles : 1770, année pendant laquelle 300 000 £ étaient immobilisées par l'obligation de dépôt à la Bastille des trois premiers volumes de la réédition de l'Encyclopédie de Diderot ; 1777-1779, période pendant laquelle le libraire avoue un découvert de 340 000 £ (faillites de ses débiteurs) ; 1782 où une «faillite» équivalente ralentit ses affaires. La période révolutionnaire a été sans doute plus difficile : dépréciation de l'assignat, grèves des ouvriers de l'imprimerie, raréfaction et renchérissement du papier, difficultés de l'E.M. dès 1785, suppression pour P. du monopole des nouvelles. Toutes ces raisons font qu'il avoue 2 000 000 £ de pertes de 1789 à 1794 (B.P.U., D.P., f° 157-158, 24 floréal an VI). Mais, en 1792, il achète l'église des Prémontrés à la Commune de Paris (MC, LXXXIII, 673), en 1794 il rachète à son gendre la maison de Boulogne (MC, IX, 854 et XIII, 482). Cette année là, son actif est de 2 422 000 £ (dont 375 000 représentent des immeubles) et son passif de 1 600 000 £ (acte de vente à Agasse, 26 janv. 1794, MC, LXXXIII, 673). En 1798, l'inventaire après décès fait apparaître le solde de ses biens immobiliers, de sa bibliothèque et de son imprimerie pour un montant de 46 710 £.

En 1792, ses ennuis lui vinrent du fait qu'il vendait des journaux considérés comme hostiles à la Révolution, et de ses compromissions avec plusieurs périodiques de l'ancien régime. Outre cela, il était tenu, de par le privilège exclusif d'impression des nouvelles politiques, de verser des pensions. En particulier, il avait accepté, en reprenant le Mercure, de continuer les pensions versées aux hommes de lettres qui y avaient travaillé (voir Azam, «Le ministère des Affaires étrangères et la presse de l'Ancien régime», et le contrat de reprise du Mercure, reproduit dans H.G.P., p. 214-216). A la Révolution, il perdit son droit exclusif. Il mena alors de vaines batailles pour se débarrasser des paiements de pension, protestant de ce que, n'ayant plus de monopole, il n'était plus tenu de les verser ; elles s'élevaient alors à 1 000 000 £ (voir le Mercure du 31 octobre 1789, p. 97-100, section littéraire, et celui du 30 janvier 1790, p. 225-226 ; Mémoire en faveur de M. Panckoucke relatif aux journaux dont il est propriétaire, novembre 1790, 9 p.). Il surmonte partiellement ces difficultés en payant certains des «pensionnés» pour le contrôle de la section littéraire du Mercure, mais en décembre 1791, pour mettre fin à leurs clameurs, il renonça à ses obligations et rendit le brevet du Mercure au ministère de l'Intérieur. Il abandonna alors le titre du Mercure, qui cessait ainsi d'exister légalement et qui reparut sous le titre de Mercure français politique et littéraire (17 déc. 1791). Le 1er novembre 1791, il avait arrêté les frais de la Gazette de France en la rendant au ministère des Affaires étrangères (cf. l'Avis de M. Panckoucke sur le Mercure de France, 8 p., in 12, début de décembre 1791). P. avait soin de ne pas mentionner le Moniteur parmi les déficits cités ; ce journal lui assura certainement de grands profits. Cependant les problèmes continuels que lui posait l'Encyclopédie contribuèrent, en 1792, à ruiner sa santé (Watts, The Encyclopédie méthodique, p. 358).

Opinions

P. est un adhérent enthousiaste des Lumières et sur le plan religieux, ce qui domine chez lui c'est l'anticléricalisme. En 1761, il écrit une Défense à l'Histoire nationale des animaux publiée par M. Buffon (in 12°, 284 p. sans nom d'auteur, chez Lambert à Paris) et défend La Nouvelle Héloïse violemment critiquée par Charles Bordes dans une «Contre prédiction au sujet de la Nouvelle Héloïse, roman de Monsieur Rousseau de Genève» (Journal Encyclopédique 1761, t. IV). Au départ de sa carrière parisienne et grâce à son beau-frère Suard, il est introduit dans les salons de la bourgeoisie parisienne très favorable aux Lumières. Ce combat il le soutiendra malgré les échecs et les difficultés jusqu'à sa mort. Mais ce penchant naturel qui le porte à s'associer et à promouvoir le mouvement des Lumières ne l'empêche pas, pour les nécessités de diffusion commerciale, d'avoir d'excellents rapports avec le gouvernement, surtout après 1770 (Maupeou, Sartine, Montmorin, Vergennes, Maurepas). Au point de vue socio-économique, P. est un réformiste qui veut transformer les chambres syndicales : il les conçoit comme des sortes de clubs et d'associations de secours mutuel qui doivent défendre les auteurs et les imprimeurs pour les protéger des contrefaçons ; il se préoccupe de formation professionnelle, participe aux discussions sur la liberté de la presse à laquelle il est favorable en 1788 et 1789.

Au point de vue politique, P. a accueilli favorablement la Révolution tout en recherchant l'évolution plutôt que le changement brutal. De 1789 à 1791, il publie des brochures sur les Etats généraux, la situation financière, tout en conservant au Roi son entière confiance ; il se risque même à poser sa candidature à l'Assemblée législative mais échoue. En fait, de 1791 à 1795, il demeure silencieux (et malade). D'accord avec l'Assemblée constituante, il fit un bout de chemin avec les Girondins, mais ne put continuer au-delà : il est favorable à un pouvoir exécutif fort (il évoque avec espoir le général Bonaparte «ce jeune et vaillant héros» en 1792), à une organisation financière et à une monnaie saine ainsi qu'à la fusion sociale (il croit tout à fait possible la fusion de la noblesse et de la bourgeoisie). Sur ses convictions à la veille de l'avènement de Napoléon, voir l'article de Kulstein.

Activités journalistiques

P. a publié des articles dans le Journal encyclopédique et une lettre dans le Magasin encyclopédique dès 1761 (B.Un.) ; il a fourni des articles dans ses propres périodiques, surtout sur des matières techniques, mais son apport principal au journalisme fut l'aide qu'il apporta à d'autres écrivains dans les périodiques qu'il avait fondés ou qu'il contrôlait.

Annonces, Affiches et Avis divers pour les Pays-Bas français (D.P.1 51) : en 1760, P. obtint une permission pour la région de Lille. Le journal parut chaque semaine du 7 janvier 1761 au 28 décembre 1762. Dans sa dernière année, il fut dirigé par Jean Baptiste Panckoucke, P. ayant quitté Lille pour Paris en 1762. A la même époque, il renonça à un projet de Courrier du commerce (H.G.P., p. 378-383). En 1762, P. imprimait l'Avant-Coureur, le Journal des savants et l'Année littéraire, qu'il garda jusqu'en 1769.

Journal historique et politique (D.P.1 754) : fondé par P. en 1772, publié sous rubrique de Genève mais imprimé en fait à Paris, ce journal est surtout connu sous le titre de Journal de Genève, qu'il prit en 1789.

Journal de politique et de littérature (D.P.1 684) : connu sous le titre de Journal de Bruxelles, fondé par P. en 1774 : P. prit comme éditeur Linguet mais en juin 1776, le remplaça par son vieil ennemi, La Harpe. On s’est demandé pourquoi P. avait lancé a deux ans distance deux journaux apparemment en compétition, le Journal historique et politique et le journal de Bruxelles ; G. Feyel à montrer récemment comment P. avait, dès juillet 1773, revendu le premier à Lacombe pour fonder le deuxième (t. III, p. 930-937).

Mercure de France (D.P.1 925) : P. l'acheta à Lacombe en mai 1778 avec l'aide du ministre des Affaires étrangères, Vergennes, qui lui avait préalablement garanti le monopole des nouvelles politiques. Parti de 1764 souscripteurs et de 40 000 £ de dettes en 1778, P. avait réussi, à la veille de la Révolution, à atteindre le nombre de 12 000 souscripteurs au moins : un prospectus de 1786 cite le nombre de 15 000 souscripteurs (H.P.L.P., t. I, p. 429-430). Le Mercure était à cette époque l'un des journaux français les plus répandus. En reprenant le Mercure, P. y incorpore son Journal de Bruxelles, créant ainsi une division originale entre la section littéraire et la section politique ; il en fit en même temps une publication hebdomadaire. Le succès du Mercure était dû surtout au choix de ses auteurs, particulièrement avec l'engagement de Mallet du Pan comme chroniqueur et éditeur politique en 1784, mais aussi à l'habileté de P. vis-à-vis de ses rivaux. Les principaux périodiques absorbés par le Mercure, outre le Journal de Bruxelles, sont : le Journal français, le Journal des dames, le Journal des spectacles, la Gazette littéraire, les Affaires d'Angleterre et d'Amérique, le Journal de la librairie, la Gazette des tribunaux (voir le prospectus de 1786 et l'article de D. Azam).

Gazette de France : P. en prit le contrôle en 1787 ; le nombre des souscripteurs était alors tombé de 12 260 (en 1781) à 6930 (en 1785 ; cf. Azam, p. 430-431). P. Ie rendit au Ministère le ler novembre 1791.

Gazette nationale ou Moniteur universel : fondée par P. Ie 27 novembre 1789.

Clef du cabinet des souverains : fondé par P. peu de temps avant sa mort.

Publications diverses

voir Cior 18, n° 48947-48963 et dans S. Tucoo-Chala, p. 28-30.

Bibliographie

B.Un. – P., Lettre de M. Panckoucke à MM. le Président et électeurs de 1791, Paris, 1791. – Caussy F., «Lettres inédites de Voltaire à Panckoucke», Mercure de France, t. LXXXIV, 1910, p. 83-94. – Raphaël P., «Panckoucke et son programme de journal officiel», La Révolution française, t. LXIV, 1913, p. 216-220. – Azam D.A., «Le ministère des Affaires étrangères et la presse à la fin de l'ancien régime», Cahiers de la Presse, juillet 1938, p. 428-438. – Watts J.B., «Voltaire et Charles Joseph Panckoucke», Kentucky foreign language quarterly, t. I, 1954, n° 4, p. 179-197. – Id., «The Supplement and the Table analytique et raisonnée of the Encyclopédie», French review, t. XXVIII, n° 1, 1954, p. 4-19. – Id., «Catherine II, Charles-Joseph Panckoucke and the Kehl edition of Voltaire's Oeuvres, Modern language quarterly, t. XVIII, mars 1957, p. 59-62. – Id., «The Comte de Buffon and his friend and publisher Charles-Joseph Panckoucke», Modern language quarterly, t. XVIII, décembre 1957, p. 313-322. – Id., «The Encyclopédie méthodique», .P.M.L.A., t. LXXIII, septembre 1958, p. 348-366. – Id., «Panckoucke's saving of academic memoires», Kentucky foreign language quarterly, t. V, 1958, p. 212-216. – Id., «Voltaire, Christin and Panckoucke», French Review, t. XXXII, décembre 1958, p. 138 143. – Id., «Jean-Jacques Rousseau and Charles-Joseph Panckoucke», Philological quarterly, 1959, p. 480-487. – Id., «Panckoucke, Beaumarchais and Voltaire's first complete edition», Tennessee studies in litterature, t. IV, 1959, p. 81-97. – Kulstein D.I., «The ideas of Charles-Joseph Panckoucke, publisher of the Moniteur universel, on the French Revolution», French historical studies, t. IV, 1966, p. 304-319. – Trénard L., «La presse périodique en France au XVIIIe siècle», Dix-huitième siècle, n° 1, 1969, p. 89-105. – Tucoo-Chala S., Charles-Joseph Panckoucke et la librairie française (1736-1779), Pau et Paris, Marrimpouey et J. Touzot, 1977. – Darnton R., «L'imprimerie de Panckoucke et l'An II», Revue française d'histoire du livre, n° 24, juil. - sept. 1979, p. 359-369. – Feyel G., L’Annonce et la Nouvelle : la presse d’information et son évolution sous l’Ancien Régime (1630-1788), thèse, U. de Paris IV, 1994 ; Oxford, Voltaire Foundation, 1999.

Auteur(s) de la notice


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