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Jacques MUSTEL (1713-1771)

État civil

Jacques Philibert Mustel, qui prendra le nom de Mustel de Candosse, est né vers 1713 (A.M. Amsterdam), probablement à Rouen. Il est peut-être apparenté à la famille rouennaise des Mustel qui a donné, au XVIIIe siècle, Nicolas Alexandre Mustel (1724-1804), agronome connu ; Pierre Robert, qui fut conseiller au Parlement de Normandie ; Laurent, chapelain de la cathédrale, couronné aux Palinods de 1733, peut-être enfin le Mustel professeur au collège de Givors, couronné en 1747 et 1748. Son existence a été mise en doute par R. Besthorn (Textkritische Studien zum Werk Holbachs, Berlin, 1969, p. 18) ; F. Nicolini l'a identifié à tort à Jacques François Mutel de Boucheville, conseiller à la Cour des Comptes (Gli Ultimi anni della Signora d'Epinay, Bari, 933, p.310). Son identité a été précisée par L.H. Van Eeghen (t. IV, p. 145) : M. s'est marié avec Marie Batailheij dans l'église wallonne d'Amsterdam le 30 octobre 1740 à l'âge de vingt-sept ans (publication des bans le 14 oct.) ; il devient membre de l'église wallonne le 6 juin 1741 ; il a été enterré à Amsterdam le 28 novembre 1771, dans l'église wallonne (A.M. Amsterdam, DTB 1132, f° 104). Sa femme sera enterrée le 26 juin 1794.

Se rendant en Russie, Bernardin de Saint-Pierre entend prononcer le nom de M. de Hollande. Il fait la connaissance de Jacques Mustel, qui dit être le frère de son ancien régent de collège (Martin, Essai, p. 48-49). Saint-Pierre a lui-même évoqué ce souvenir dans L'Amazone, dans sa correspondance et d'autres manuscrits. Nous ignorons pourquoi Alexandre Dumas a confondu Jacques Mustel et le régent (son frère?) en un seul personnage, devenu le héros de son roman Le Régent Mustel (Paris, 1852).

Carrière

En 1740, il habite la Kerkstraat à Amsterdam ; plus tard le Muidergracht. Sa présence à Amsterdam reste attestée en 1757 (lettre du 12 mai au naturaliste Lyonet ; cf. E. Hublard, p. 148).

Situation de fortune

Selon l'acte dressé par le notaire Van Kleef, Louise de Roussillon déclare léguer 500 florins à l'« auteur Mustel de Candosse », qui rédige encore la Gazette d'Amsterdam en 1767 (A.M. Amsterdam, act. not. 14 439, 61).

Opinions

Le fait que M. ait été marié et enterré dans l'église wallonne laisse supposer qu'il avait embrassé les opinions réformées. Nous savons aussi qu'il s'occupait de littérature philosophique ; il a été en possession de manuscrits hardis (voir lettre du 19 janv. 1773) ; il n'est pas impossible qu'il ait été en relations avec M.M. Rey à ce sujet. C'est ce qui l'a peut-être fait réputer comme l'auteur de La Cruauté religieuse, du Système de la Nature et du Système social (M.S., 24 janv. 1773 ; Gothaische gelehrte Zeitungen, 18 mars 1778). M. s'intéressait aussi, semble-t-il, aux sciences naturelles (voir sa correspondance avec Lyonet).

Activités journalistiques

Nous savons par le biographe de Bernardin de Saint-Pierre que M. s'occupait de la gazette française d'Amsterdam. Il rédige effectivement la Gazette d'Amsterdam dès 1757, puisqu'une dépêche de la Cour du 15 janvier invite le comte d'Affry, ministre plénipotentiaire à La Haye, à se livrer sur lui à une tentative de corruption (promesse de gratification annuelle s'il vend ses informations en France) : «Je sais que la De Tronchin a toujours été fort mal intentionnée pour la France, mais on m'assure que le S. Mustel qui est chargé de la rédaction de la gazette d'Amsterdam pense fort différemment» (C.P. Hollande, 493, f° 310 v°). Un peu plus tard, dans une lettre au comte d'Affry du 2 mai 1757, Mme Tronchin annonce qu'elle vient de «prier M. Mustel de ne plus faire mention des affaires du Parlement» (C.P. Hollande, 494, f° 194).

Bibliographie

Archives privées de S.M. la Reine des Pays-Bas, dossier Weissenbruch-Rey (renseignements communiqués par J. de Booy). – A.M. Amsterdam (Gemeente Archief), DTB 1132, arch. not. 14439, 61, etc. (renseignements communiqués par I.H. Van Eeghen). – Guibert P.J.E.V., Mémoires biographiques et littéraires, Rouen, 1812, t. II, p. 238-239. – Courcelles M. de, Dictionnaire universel de la noblesse de France, Paris, 1821, t. III, p. 498-499. – Lebreton T., Biographie normande, Rouen, 1861, t. III, p. 134. – Id., Biographie rouennaise, Rouen, 1865, p. 286. – Oursel N.N., Nouvelle Biographie normande, Paris, 1886, t. II, p. 297. – Guiot J.A., Les Trois siècles palinodiques, Rouen, Paris, 1898, t. II, p. 131-132. – Hublard E., Le Naturaliste hollandais Pierre Lyonet, Bruxelles, 1910. – Martin L.A., Essai sur la vie et les ouvrages de Jacques-Henri Bernardin de Saint Pierre, Paris, 1820. – Souriau M., Bernardin de Saint-Pierre d'après ses manuscrits, Paris, 1905. – Saint-Pierre J.H.B., Correspondance, Bruxelles, 1826. – Id., Œuvres, Paris, 1833. – Dumas fils A., Le Régent Mustel, Paris, 1852. – Van Eeghen I.H., De Amsterdamse boekhandel (1680-1725), Amsterdam, 1960-1967.

Additif

Activités journalistiques : En 1767, Mustel se plaint auprès d’Astier, commissaire de la marine à Amsterdam, de menaces qu’il reçoit de la part d’un certain « Chevalier de L.S. », officier prussien, qui l’accuse de recevoir chaque année 6000 £ de rentes de la France. Astier estime que le gazetier, qui «  nous est bien attaché », mérite d’être protégé. L’affaire est transmise à l’ambassadeur, puis au ministre des Affaires étrangères, mais n’aura pas de suite. En septembre 1761, Mustel fait encore des offres de services auprès du commissaire de la marine : annonce d’une amnistie, offre de relation exacte d’un combat avec les Anglais, relation d’une perfidie anglaise à la Martinique. Durant la Guerre de Sept ans, la Gazette d’Amsterdam, contrairement aux autres gazettes de Hollande, reste discrètement favorable à la France.

Lettre de Jacques Astier, commissaire de la Marine et du Commerce à Amsterdam, au secrétaire d’État à la marine (Paris, Archives nationales, Marine, b/7/415, texte communiqué par K.V.S.) :

«Amsterdam, 2 octobre 1760

Monseigneur, Le Sieur Mustel, auteur de la Gazette française de cette ville, a reçu une lettre anonyme de La Rochelle qui l’afflige et l’intrigue beaucoup. Je l’ai engagé à la me remettre et je crois devoir la joindre ici en original pour faire voir à votre excellence jusqu’où peut aller la licence et le fanatisme des partisans de nos ennemis dont le royaume n’est malheureusement que trop plein. D’ailleurs, comme ce gazetier nous est très attaché, qu’on ne peut lui reprocher à notre égard que quelques traits d’un zèle indiscret, et qu’il n’est certainement pas notre pensionnaire, il mérite du moins la protection du ministère. Et si Votre Excellence juge à propos de me répondre un mot obligeant là-dessus, le Sieur Mustel n’en sera que plus porté à continuer d’écrire avec plus de liberté qu’on ne lui reproche que parce qu’elle peut en effet nuire à nos ennemis. [...]».

Bibliographie : La Gazette d’Amsterdam, miroir de l’Europe au XVIIIe siècle, dir. P. Rétat, Voltaire Foundation, 2001 : «L’environnement politique : le consulat de France», p. 56-59 (J.S.).

Auteur(s) de la notice


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