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François MOYSANT (1735-1813)

État civil

François Moysant naquit le 5 mars 1735, au village d'Audrieu près de Caen. Les biographes ne donnent pas de renseignements sur ses ascendants, mais un Jacques Moisant de Brieux, né à Caen en 1614, est considéré comme un des meilleurs poètes latins de son époque et il est le fondateur de l'Académie de Caen (en 1652). La famille était protestante et fortunée. On trouve en 1677 un François Moisant, fils du pasteur Robert, qui dut passer en Hollande avec sa famille. En tout cas la famille de notre Moisant ou Moysant est revenue en France, si elle a émigré, et n'est plus huguenote puisque celui-ci fait ses études chez les Jésuites. Il se marie en 1770, a un fils qu'il a perdu, et meurt à Caen le 13 août 1813 (N.B.G.).

Formation

Il fit «de brillantes études chez les Jésuites qui voulurent l'admettre dans leur société, mais il préféra la congrégation des Eudistes». Il enseigna quelque temps la rhétorique et la grammaire au collège de Lisieux, puis vint à Paris où il étudia la médecine pendant six ans, pour être reçu docteur en médecine à Caen en 1764. Mais il n'exerça pas longtemps, reprit une chaire de rhétorique puis devint bibliothécaire, charge qu'il occupa jusqu'à sa mort, avec un intervalle suite à la Révolution où il vécut en Angleterre. La notice d'Hébert donne la liste de ses fonctions et titres : docteur en médecine, professeur émérite de rhétorique au collège du Mont, bibliothécaire de l'Université de Caen, censeur royal, conser­vateur de la bibliothèque de la Ville, membre de l'Académiedes sciences, arts et belles-lettres, de la Société d'agriculture, de la Société de médecine de la même ville, ancien secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen, associé honoraire de la Society of Antiquaries de Londres. Pour l'Académie de Caen nous pouvons préciser qu'il a été membre à partir de 1764, secrétaire-adjoint en 1773, et seul secrétaire de 1774 à 1792.

Carrière

Il va à Paris pour étudier la médecine, pendant six ans, mais c'est à Caen qu'il est reçu docteur. Il s'y établit médecin mais « une imprudence de régime mit aux portes du tombeau un de ses malades [...] et cette circonstance suffit pour l'éloigner d'un état qui était sa seule ressource, mais où sa sensibilité avait trop cruellement à souffrir et il redemanda et obtint à Caen une chaire de rhétorique qu'il ne quitta que pour occuper la place de bibliothécaire» (id.). Jusqu'à la Révolution il mène à Caen une calme vie de notable lettré : il règne sur la bibliothèque de l'Université et est secrétaire de l'Académie des belles-lettres. C'est à ce moment que parais­sent les Affiches et Annonces de la Basse-Normandie, 1786­1796, où il semble avoir eu part comme rédacteur. La période suivante est très mouvementée : il est chargé des bibliothèques saisies dans les établissements religieux, et, pour de confuses raisons, «il passe en Angleterre» où «de grandes contrariétés» l'attendent : il est déclaré émigré et ne peut revenir en France avant 1802 ; pour subsister, il publie plusieurs ouvrages d'extraits d'écrivains français, à Londres, et peut revenir enfin à Caen en août 1802. En 1801 son adresse à Londres était : 3 Little Vine Street, Piccadilly. Rétabli dans ses fonctions de bibliothécaire et de membre de l'Académie, à Caen, il y meurt en 1813.

Situation de fortune

M. semble avoir toujours vécu d'emplois rétribués : comme régent de collège, puis comme étudiant en médecine, il est dit avoir fourni des articles à des dictionnaires (Vocabulaire français, Paris, 1767, 30 vol. ; Dictionnaire de chirurgie). Après la saisie des établissements religieux, il voudrait publier les chartes conservées dans leurs archives, mais ne trouve pas de financement en France, ni en Angleterre, où il se rend, semble-t-il, dans ce but d'édition, et se trouve retenu. « Il fallut qu'il s'occupât de pourvoir à sa subsistance. Il aurait pu recevoir les secours que le gouvernement britannique distribuait aux émigrés, ou se rendre aux nombreuses invitations des Anglais qu'il avait eu pour élèves, mais il ne voulait rien devoir qu'à son travail. Il publia un ouvrage : Bibliothèque des écrivains français, Londres, 1800, 4 vol.» (B.Un.).

Opinions

Les événements de sa vie ont montré des ruptures, des conflits, des crises de conscience, déjà bien avant la Révolution. Mais les biographes ne s'attardent pas sur leurs motivations. Sa passion dominante semble avoir été celle de la science et des livres et peut-être le conflit dont Pouthas (p. 13) rapporte l'écho : «Moysant se vit reprocher en 1769 ses opinions sur l'organisation du collège du Mont et fut calomnié dans la ville». Le débat portait-il sur le programme des connaissances que M. souhaitait proposer aux élèves ? En tout cas son Dictionnaire historique portatif, publié dès 1769 et constamment réédité (sept éditions jusqu'en 1789) puis l'Abrégé de la Bibliothèque portative des écrivains français, qu'il publie à Londres en 1800, sont destinés aux élèves et aux maîtres. S'y manifestent des goûts très classiques, une grande admiration pour Louis XIV et son siècle : Molière, La Fontaine, Pascal, Corneille et Racine sont souvent cités, ainsi que Fénelon et Bossuet. C'est surtout Voltaire qui tient une place centrale. On n'y trouve aucun commentaire, simplement un index des auteurs avec une petite notice biographique sur chacun.

Activités journalistiques

Aucune biographie ni bibliographie n'indique M. comme rédacteur des Affiches de la Basse-Normandie. On trouve seulement deux témoignages à cet égard : l'un dans un article de J. Gall, et l'autre dans le Mémorial de Philippe Lamare. Dans les prospectus de 1786 et 1787 des Affiches, le rédacteur indiqué est M. Picquot, avocat, place Saint-Sauveur à Caen. Mais P. Lamare écrit (p. 150, note qui doit dater de 1787 ou 1788) : «La feuille hebdomadaire de Caen, nommée Affiches, annonces et avis divers de la Basse-Normandie, fut annoncée au public en 1785 comme devant commencer à paraître le 1er janvier 1786. Elle a paru en effet à l'époque indiquée et s'imprime toutes les semaines à Caen chez Buisson. Celui qui en a le privilège est un marchand de modes nommé Le Peltier. M. Picquot, avocat en a été le premier rédacteur jusqu'au mois d'août 1787. Le second est M. Moysant, bibliothécaire de l'Université. » Nous n'avons pas trouvé de renseignements sur ce Picquot dans des ouvrages de biographie. Seulement une petite note dans le Mémorial de Lamare, dont son éditeur dit qu'elle fut ajoutée postérieurement : « Depuis la Révolution il paraît à Caen un Journal de Basse-Normandie dont je ne peux rendre compte. Quant à M. Picquot, premier rédacteur des Affiches, après avoir passé quelque temps à ne rien faire, il a entrepris une nouvelle gazette qui paraît depuis le 5 janvier sous le nom de Courrier des 5 jours, dans lequel il entasse les calomnies, les médisan­ces, les injures surtout contre le clergé et les moines avec une impudence qui est le style actuel de presque tous les écrivains périodiques». Un document récemment découvert par G. Feyel éclaire de façon définitive le rôle de M. dans les Affiches de la Basse Normandie ; il s'agit d'une lettre de M. au directeur de la Librairie en date du 10 mars 1789 : «Je me chargeai au mois de septembre 1787 de rédiger le Journal de la Basse-Normandie qui s'imprime à Caen. Je ne me proposais que d'être utile au public puisque la seule chose que j'exigeai du privilégié fut qu'il n'y aurait aucun honoraire attaché à mon ouvrage» (A.N., VI, 550, pièce 271, citée par Feyel, t. V, p. 1394). En mars 1789, M. reste le seul rédacteur du journal et se justifie du compte rendu d'un ouvrage politique de Soulavie (Feyel).

Publications diverses

7. Dictionnaire de chirurgie, par Le Vacher, Moysant et La Marcellerie, Paris, 1767. – Nouveau dictionnaire historique portatif ou Histoire abrégée de tous les hommes qui se sont fait un nom, Amsterdam [Avignon] 1766 et 1769, réédité en 1771, puis à Paris en 1772, à Caen en 1779, 1783, 1786, 1789, avec des suppléments en 1773 et 1784, par Chaudon, Grosley et M. – Bibliothèque portative des écrivains français ou choix des meilleurs morceaux extraits de leurs ouvrages, Londres, 1800, rééd. en 1803 à Londres, où a paru en 1801 un Abrégé du même ouvrage. – Etudes de littérature, d'histoire et de philosophie extraites de nos meilleurs ouvrages, par l'abbé de Levizac et M. Moysant, Paris, 1812, rééd. en 1814 sous le titre : Cours de littérature. – A côté de tous ces ouvrages de vulgarisation et d'intention pédagogique ou de compilation, tous écrits en collaboration, on trouve encore au nom de M. un discours en latin publié à Caen en 1770 sur le mariage de Louis XVI et de Marie-Antoinette : In felices nuptias, 26 p.

Bibliographie

8. B.Un. – Hébert, Notice historique sur M. Moysant, lue à la séance de l'Académie des sciences et belles-lettres de Caen le 29 juillet 1814. – Pouthas C, La Faculté des arts de l'Université de Caen au XVIIIe siècle, Caen, 1910. – Formigny de Lalonde, Documents pour servir à l'histoire de l'Académie des belles-lettres de Caen, Paris, 1854. – Lamare, Mémorial de Philippe Lamare, 1774-1788, publié par Gabriel Vanel, Caen, 1905. – Gall J., «Les Affiches de Basse-Normandie», Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, t. LVI, 1961-1962,p. 807-810. – Feyel G., L'Annonce et la Nouvelle : la presse d'information et son évolution sous l'Ancien Régime (1630-1788), thèse, U. de Paris IV, 1994 ; Oxford, Voltaire Foundation, 1999.

Auteur(s) de la notice


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