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Jacob MOREAU (1717-1803)

État civil

Jacob Nicolas Moreau naquit à Saint-Florentin (Bourgogne) le 20 décembre 1717 d'Edme Nicolas Moreau, et d'Anne Ursule Gallimard. Il était l'aîné de huit enfants. Son père (1689-1754) fut avocat à Saint-Florentin, puis avocat au Conseil ; sa mère (1700-1781) était la fille de Philippe Gallimard, avocat, et d'Ursule Sandrier. Jacob Nicolas Moreau fut marié deux fois. Le 27 septembre 1759, il avait épousé Henriette Marguerite de Coulange, morte l'année suivante. Le 4 février 1767, il épousa Marie Louise O'Neill (morte 1820) dont il eut trois enfants : une fille et un fils morts en bas âge, et Pauline (née en 1771) qui épousa le baron de Clédat en 1792. M. mourut à Chambourcy le 29 juin 1803.

Formation

Son père était janséniste et exerça une grosse influence sur sa formation religieuse. En septembre 1734, il entra au collège de Beauvais ; puis en 1739, il alla à Aix pour faire son droit. Il fut reçu avocat en 1741 et devint conseiller à la Cour des comptes, aides et finances de Provence en 1764 mais il renonça à la magistrature.

Carrière

A partir de 1755, M. fut attaché au ministère des Affaires étrangères comme chef d'un cabinet de législation. En 1759, il fut appelé à Versailles pour étudier les lois comme avocat des finances du roi. Il fut chargé de rédiger les préambules des édits du chancelier Maupeou, ce qui lui valut le sobriquet de «Moreau préambule». Il fut le premier conseiller de Monsieur (Louis XVIII), bibliothécaire de la reine Marie-Antoinette, historiographe de France (1774). Sous Louis XVI, M. eut la garde des chartes, des monuments historiques, des édits et des déclarations qui avaient formé la législation française depuis Charlemagne. Sur son organisation du Dépôt des chartes sous Bertin, voir Gembicki (G, p. 85-173). A partir de 1751, au plus tard, il exerça les fonctions de censeur pour le droit public (G, p. 202-209). Reçu le 28 mai 1764 conseiller à la Cour des comptes de Provence, il fut dispensé de résidence et servit de «député perpétuel» de la Cour à Paris (G, p. 216). Il fut secrétaire des commandements du comte de Provence, futur Louis XVIII (1784 : Saint-Florentin, arch. notariales, G, p. 18).

Il fut membre de l'Académie impériale et royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles (1776) et membre de l'Académie de Haarlem (1777).

Situation de fortune

II touche un traitement des Affaires étrangères, jusqu'à ce que Choiseul-Praslin le lui supprime en 1762 (G, p. 68 ; Mes souvenirs, t. II, p. 294). Sa fortune était importante, si l'on en croit les contrats de ses deux mariages (1759 et 1767) et son inventaire après décès : en 1756, il avait 15 000 £ de revenus annuels, 18 000 en 1764. En 1773, il acheta la seigneurie de Chambourcy pour 72 000 £ ; ses fonctions de conseiller lui valaient une pension de 3000 £. En 1789, sa fortune s'élevait à 300 000 £. Pendant la Révolution, il fut emprisonné pendant cinq mois, et toute sa fortune fut confisquée (G, p. 343-346). A sa mort, il conservait, malgré le malheur des temps, une honnête aisance. La rédaction de l'Observateur hollandais (1755-1759) lui valut une gratification royale de 2000 £.

Opinions

«Au Palais, mes confrères me traitaient de cagot, parce que je respectais la religion, et ne rougissais point de ses pratiques» (Mes souvenirs, 1.1, p. 44). M. défendit le trône et l'autel, et s'attira la haine des philosophes et des encyclopédistes en publiant une satire anti-encyclopédique : Nouveau mémoire pour servir à l'histoire des Cacouacs, Amsterdam, 1757. Il fut le protégé du maréchal de Noailles, «l'homme de la cour pour qui j'avais le plus de respect et de confiance» (Mes souvenirs, t. I, p. 61), et le collaborateur du duc de Vauguyon, précepteur des Enfants de France. Il fut aussi en relation étroite avec l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, et correspondant de l'évêque d'Auxerre, de Caylus, janséniste notoire (mort en 1754).

Activités journalistiques

L'Observateur hollandais ou Lettres de M. Van *** à M. H*** de la Haye sur l'état présent des affaires d'Europe, La Haye [Paris], 1755-1759, 3 vol. in-8° (48 lettres), journal politique contre l'Angleterre qui eut pour but essentiel la défense de la cause française à l'étranger (D.P.1 1078) ; imprimé tacitement par ordre du gouvernement (B.N., f.fr. 22159, f° 151-152) ; selon le Journal de la Librairie, l'Observateur aurait été fait par l'abbé de La Ville à partir du 24 novembre 1757. De ces lettres, M. a pu écrire : «Elles ont été traduites dans toutes les langues, vantées dans les ouvrages périodiques de l'Europe, contrefaites en Hollande, en Italie et en Allemagne» (Mes souvenirs, 1.1, p. 60-61). Parmi les éditions contrefaites, on peut signaler L'Europe ridicule, publiée en 1757 (D.P.1 425). M. a écrit aussi pour un autre ouvrage périodique : Le Moniteur français, fondé en janvier 1760 par l'imprimeur Saillant (D.P.1 963 ; G, p. 175). Il est possible qu'il soit l'auteur des deux Lettres historiques sur le Comtat Venaissin, publiées à Amsterdam en 1768 (D.P.1 826).

Publications diverses

Pour la liste complète de ses œuvres, voir Mes souvenirs, t. I, p. XXX-XL ou Cior 18, n° 47199-47234. Y ajouter les manuscrits de la collection Moreau à la B.N. (voir Omont H., Inventaire des manuscrits de la Collection Moreau, Paris, 1891).

Bibliographie

B.Un. ; N.B.G. – M., Mes souvenirs, éd. C. Hermelin, Paris, Pion, 1898-1901, 2 vol. – Mathivon, Nécrologe de M. dans les Annales littéraires et morales, 1.1, Paris, 1804, p. 259-264. Revue de Champagne, t. XVII, 1883. – Gembicki D., «Jacob-Nicolas Moreau et son Mémoire sur les fonctions d'un historiographe de France», D.H.S., t. IV, 1972, p. 191-215.(G) Id., Histoire et politique à la fin de l'Ancien Régime, Jacob-Nicolas Moreau, Paris, Nizet, 1979. – Id., «De Jacques-Bénigne Bossuet, précepteur du Dauphin, à Moreau, historio­graphe de France : deux jalons du conservatisme religieux sous l'Ancien Régime», dans Journées Bossuet : la prédication au XVIIe siècle, Actes du colloque tenu à Dijon les 2, 3 et 4 décembre 1977, éd. T. Goyet et J.P. CoIIinet, Paris, Nizet, 1980, p. 187-198.

Additif

Publications diverses : Dans la collection « Lire le XVIIIe siècle », publiée sous la direction de Henri Duranton aux Presses de l’Université de Saint-Étienne, Gerhardt Stenger a donné, sous le titre L’Affaire des Cacouacs. Trois pamphlets contre les Philosophes des Lumières (2004), l’ensemble des pièces relatives à l’affaire des Cacouacs en 1757-1758 : l’ « Avis utile » publié dans le Mercure de France d’octobre 1757, dans lequel apparaît pour la première fois le terme de « cacouac » pour désigner les encyclopédistes ; le Nouveau mémoire pour servir à l’histoire des Cacouacs de J.N. Moreau, d’octobre 1757, et le Catéchisme et décisions des cas de conscience de l’abbé de Saint-Cyr de 1758. En annexe sont publiés des extraits des Variétés morales et philosophiques , publiés par J.N. Moreau en 1785, L’Alétophile ou l’ami de la vérité (1758), réponse de La Harpe aux attaques de Moreau, le compte rendu de l’« Avis utile » par Fréron dans L’Année littéraire au début de 1758. G.S. résume l’affaire et conclut sur la position personnelle de Moreau ; il voit dans le Nouveau mémoire « le billet d’humeur d’un intellectuel conservateur » et d’un défenseur de l’autorité royale, beaucoup plus modéré que tous ceux qui s’inspireront de son ouvrage et notamment Palissot, qui cite abondamment le Nouveau mémoire dans la Lettre du Sieur Palissot, auteur de la comédie des Philosophes. On trouvera dans le tome IV (1757) de la Correspondance littéraire de Grimm, édition critique par Ulla Kölving (Ferney-Voltaire, 2010), une annotation substantielle sur les ouvrages de Moreau publiés en 1757 (voir p. 213, 237-238).

Bibliographie :  Gembicki, Dieter, Histoire et politique à la fin de l’Ancien Régime. Jacob-Nicolas Moreau, Nizet, 1979.– Baker, Keith, « Maîtriser l’histoire de France : l’arsenal idéologique de Jacob-Nicolas Moreau » dans Au tribunal de l’opinion, (1990), trad. fr., 1993, p. 85-122 (J.S.).

Auteur(s) de la notice


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