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Gabriel de Riqueti de MIRABEAU (1749-1791)

État civil

Gabriel Honoré Riqueti, comte de Mirabeau, est né au Bignon (Loiret) le 9 mars 1749, de Victor de Riqueti, marquis de Mirabeau, et de Marie Geneviève de Vassan, son épouse. Une lettre patente avait élevé en 1685 la seigneurie de Mirabeau en Provence au rang de marquisat. Victor de Riqueti, physiocrate disciple et ami de Quesnay, est l'auteur d'ouvrages économiques qui lui ont valu à l'époque une certaine renommée. M. a épousé, le 23 juin 1772, à Aix-en-Provence, Marie Marguerite Emilie de Covet de Marignane. Leur fils, Victor, né le 8 octobre 1773, est mort en 1778. En janvier 1783, M. a adopté son fils illégitime, Lucas de Montigny, futur auteur des Mémoires biographiques, politiques et littéraires de Mirabeau. Il est mort à Paris le 2 avril 1791. Inhumé en grande pompe au Panthéon le 4 avril, ses restes en furent retirés en 1793 quand la publication des papiers de Louis XVI montra sa collusion avec la Cour.

Mirabeau a écrit, pendant son séjour en Hollande, sous le nom de Saint-Mathieu.

Formation

Après avoir acquis auprès d'un tuteur une solide connaissance des littératures latine, française et anglaise, M. entre en 1764 à l'Académie de l'abbé Choquart à Paris, où il étudie pendant deux ans.

Carrière

En 1767 il se trouve à Saintes, officier au régiment de Berri-Cavalerie. Il participe en 1769 à l'expédition de Corse et devient, en 1770, capitaine dans les dragons de Lorraine. Lassé par sa carrière militaire, il se retire en 1771 au domaine de Mirabeau en Provence, où il demeure jusqu'en septembre 1774. De mai 1776 à mai 1777, il séjourne à Amsterdam, où il travaille comme traducteur à la maison d'édition Rey. En août et septembre 1782, il est à Neuchâtel, où il sympathise avec les démocrates suisses et se lie avec Clavière et Duroveray. Menacé d'une lettre de cachet, à cause d'un libelle contre Miromesnil, il passe en Angleterre en août 1784. Revenu en France en mars 1785, il part pour Berlin en novembre de la même année, rencontre Frédéric II en janvier 1786, et retourne à Paris à la mi-avril. Chargé par Calonne de le tenir secrètement au courant des affaires de la Prusse, il séjourne à nouveau à Berlin de juillet 1786 au 20 janvier 1787.

Situation de fortune

En 1769, à la suite d'une querelle avec son commandant, il est emprisonné six mois à l'île de Ré. Ses dépenses immodérées lui causent très vite des ennuis. Quinze mois après son mariage, qui lui avait assuré un revenu annuel de 11 500 £, ainsi que la résidence de Mirabeau, il s'est endetté de 200 000 £. Déclaré en faillite, il est d'abord exilé à Manosque, puis interné au château d'If, en septembre 1774, et, enfin, à la forteresse de Joux (Jura) en mai 1775. Un an plus tard il s'évade et s'enfuit en Hollande avec Sophie de Ruffey, marquise de Monnier. Accusé de rapt et de séduction par le mari de cette dernière, il est décapité en effigie à Pontarlier. Extradé en mai 1777, il est enfermé au secret à Vincennes, d'où il est libéré à la demande de son père en décembre 1780. Sa femme obtient la séparation de corps en juillet 1783. Son revenu n'est plus alors que de 3000 £ par an, le reste étant distribué entre ses créanciers. Pour subvenir à ses besoins, il semble avoir, à cette époque, servi d'espion à la police (Darnton). Sa mission secrète à Berlin lui rapporte 300 louis. Son frère cadet, Boniface, ayant hérité de la fortune familiale, et ses livres ne lui rapportant presque rien, il est obligé, en septembre 1789, d'emprunter 50 louis à un ami, le comte de La Marck. Grâce à ce dernier, il obtient du roi, en mai 1790 (en échange de ses services) un salaire mensuel de 6000 £, 300 francs par mois pour son secrétaire, le paiement de 208 000 £ de dettes, et la promesse de quatre chèques de 250 000 £ chacun.

Opinions

Hostile à la religion, il considère le catholicisme comme une institution surannée. Il a été très lié au mouvement physiocratique. Partisan de la saisie de tous les biens du clergé, il influence par sa position radicale l'Assemblée Nationale, qui déclare, le 2 novembre 1789, la nationalisation des biens de l'Eglise. Elu le 6 mars 1789, représentant du Tiers-Etat, à Aix-en-Provence, il arrive en mai à Paris pour siéger aux Etats Généraux. Il se distingue à l'Assemblée par ses talents d'orateur. Farouche partisan de l'abolition des privilèges, il se sépare des autres révolutionnaires par sa méfiance de l'abstraction et son monarchisme. Après les journées d'octobre, il se rapproche de Louis XVI, à qui il conseille secrètement de fuir Paris et de se réfugier en province. Deux fois président du club des Jacobins, il devient, le 29 janvier 1791, quarante-quatrième président de l'Assemblée Nationale.

Activités journalistiques

M. revendique avec hardiesse la liberté de la presse dans son Essai sur le despotisme (1774) et surtout dans son pamphlet De la liberté de la presse (1788) dans lequel, après avoir commenté Areopagitica de Milton, il attribue à la liberté de la presse la prospérité de l'Angleterre. Faute de souscripteurs, il est contraint d'abandonner le projet d'un hebdomadaire qui devait s'appeler Le Conservateur et qui se proposait de faire connaître les meilleurs textes des générations passées.

Il lance alors l'Analyse des papiers anglais pour préparer l'opinion à l'organisation des Etats Généraux. Il s'adjoint comme collaborateurs Clavière et Brissot de Warville. Ce dernier utilise le journal comme organe de la Société des noirs. Cent deux numéros paraissent entre 1786 et 1787 (D.P.1103).

Le 2 mai 1789, M. fait paraître le premier numéro d'Etats généraux, un journal qui se propose de rapporter fidèlement tout ce qui se passe à l'assemblée (D.P.i 412). Le Conseil d'Etat interdit le 6 mai la publication de toute espèce de journal sans permission expresse, et le 7 mai, supprime, par un deuxième arrêt, le premier numéro du journal. M. contourne la censure et fait paraître, le 10 mai 1789, le premier numéro de son nouveau journal, Lettres du Comte de Mirabeau à ses Commettants (D.P. 1 813). Le ministère recula, et la presse se trouva ainsi affranchie de fait. Dix-neuf lettres parurent entre le 10 mai et le 25 juillet 1789. Elles connurent un tel succès qu'elles furent réimprimées en 1791.

A partir du numéro 20, elles prirent le nom de Courrier de Provence. Ce dernier est un volumineux journal qui paraît trois fois par semaine et dont la qualité explique qu'il n'eut jamais moins de 20 000 abonnés. Edité par le libraire Le Jay, le journal est rédigé par les collaborateurs de M. : Duroveray, Clavière, Etienne Dumont, Casaux, Méjan, Lamourette, et Chamfort. 350 numéros paraissent entre juillet 1789 et septembre 1791.

Publications diverses

7. Cior 18, n° 45115-45243.

Bibliographie

Dumont E., Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premières Assemblées législatives, Londres, E. Bull, 1832. – Vallentin A., Mirabeau, voice of the Révolution, London, Hamish Hamilton 1948, trad. de Mirabeau avant la Révolution et Mirabeau dans la Révolution, Paris, 1946-1947. – Castries, duc de, Mirabeau, ou l'échec du destin, Paris, Fayard, i960. – Benetry J., L'Atelier de Mirabeau : quatre proscrits genevois dans la tourmente révolutionnaire, Paris, Picard, 1962. – Darnton R., «The grub style of révolution : J.P. Brissot, Police Spy», Journal of modem history, 1968. – Welch O.J.G., Mirabeau : study of a démocratie monarchist, Washington, Kennikat Press, 1968. – Les Mirabeau et leur temps, actes du colloque d'Aix­en-Provence, Paris, Seuil, 1982 (Société des études robespierristes). – Chaussinand Nogaret G., Mirabeau, Paris, Seuil, 1982. – Wittkop J.F., Graf Mirabeau : Biographie, Esslingen, Bechtle, 1982. – Ortega y Gasset J., Mirabeau 0 il politico, Madrid, Alianza Editorial, 1986. – Notices de M. dans le Dictionnaire critique de la Révolution (dir. F. Furet et M. Ozouf). Paris, 1988 ; dans le Dictionnaire historique de la Révolution (dir. A. Soboul), Paris, 1989 ; dans le Dictionnaire des Constituants (dir. E. Lemay), Paris, 1991. – Luttrell B., Mirabeau, New York, Harvester Wheatsheaf, 1990.

Auteur(s) de la notice


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