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Jakob MEISTER (1744-1826)

État civil

Jacques Henri (Jakob Heinrich) Meister est né le 6 août 1744 à Bùckeburg (Westphalie), de Johann Heinrich Meister, pasteur, descendant d'une vieille famille zurichoise, et de sa seconde femme, Marie Malherbe, née à Loudun (Vienne), fille de protestants français réfugiés. Son père fut prédicateur de la cour à Bùckeburg, puis pasteur à Erlangen (Bavière) en 1747 et à Kûssnach près de Zurich en 1757. Sans l'épouser, Meister fut longtemps le compagnon de Mme de Vermenoux (environ 1769-1783). Sur le tard, le 2 mars 1806, il épousa son amie d'enfance Ursule Schulthess, veuve de son ami le tribun Johannes Burkli. Il mourut à Zurich le 9 novembre 1826, sans enfants. Ses papiers revinrent à son neveu Jean-Gaspard Hess et sont maintenant conservés dans la Collection Reinhart à Winterthur (A.D.B.).

Formation

Enfant doué (à quatre ans il parlait français avec sa mère, allemand avec les domestiques et latin avec son père), il fut très suivi dans ses études par ce dernier, à Erlangen, puis au Carolinum de Zurich où il fut admis le 16 décembre 1760 (A.D.B.). Il y fit des études de théologie et suivit les cours de Johann Jakob Bodmer, grand ami de son père. Il fut ordonné pasteur le 26 avril 1763 (A.D.B.).

Carrière

Ayant terminé ses études, il aurait fait un voyage à Berlin et à Leipzig (Grubenmann, p. 31). Il prêche à Genève et rend visite à Jean Jacques Rousseau et à Voltaire (A.D.B.). Engagé comme précepteur du fils de Mme de Vermenoux chez qui il prend la succession de Suzanne Curchod devenue Mme Necker, il arrive à Paris au mois de mai 1766 (Callatay). Il se rend à Zurich en 1767 avec son élève, et doit écourter son voyage. De retour à Paris en 1769, il demeure chez Mme de Vermenoux, tantôt à Sèvres (Diderot, Correspondance, t. XV, p. 190), tantôt à Paris, rue Neuve-Luxembourg puis rue Neuve des Petits Champs (id., t. XV, p. 199). En 1783, il accompagne Mme de Vermenoux à Montpellier où elle meurt (Bessire, p. 22). Il vit à Paris, passe quelques semaines en Angleterre durant l'été de 1789 et revient dans la capitale qu'il ne quittera qu'en septembre 1792 pour se réfugier à Londres. A la fin de 1793 il se retrouve à Zurich où il demeurera jusqu'à la fin de ses jours. Il fera cependant quelques voyages à Paris en 1795, 1801, 1804, 1806. II se rendra en Italie en 1810.

Situation de fortune

Fils de pasteur, M. ne semble pas avoir joui d'une fortune personnelle. Aussi est-ce en qualité de précepteur qu'il vient à Paris. En mars 1773, Grimm lui confie la Correspondance littéraire. L'entreprise était fructueuse alors, puisqu'en 1772 elle rapportait à Grimm environ 9000 £ par an (voir art. «Grimm»). Necker lui avait constitué une rente viagère de mille francs (Staël, p. 26). A la Révolution il perdit la plus grande partie de sa fortune et c'est bien pour des raisons économiques qu'il continua la CL. aussi longtemps que possible. La vente de son manuscrit de la CL. à Buisson lui rapporta 6000 francs (de Booy, p. 241). Tout au long de sa vie il publia plus de trente volumes d'essais, de poésies, de traductions, et un roman: bien qu'il se soit dit paresseux, c'est bien de sa plume qu'il vécut.

Opinions

Etant très lié avec les Necker, il subit l'influence de ceux qui fréquentaient leur salon. Lors de son séjour à Zurich, il publie De l'origine des principes religieux, dont l'examen par le Grand Conseil de la ville l'incite à s'éloigner rapidement: le 21 juin 1769 il est suspendu de ses fonctions de pasteur et condamné à l'exil. En 1772 il obtient sa réhabilitation. Les débuts de la Révolution ne le font pas fuir de Paris et ce n'est qu'en septembre 1792 qu'il émigré en Angleterre. De retour en Suisse il est révolté par l'occupation des révolutionnaires français, mais bientôt met tous ses espoirs dans Bonaparte. Celui-ci le nomme en avril 1803 président de la commission chargée d'appliquer à Zurich l'Acte de Médiation. Après cinq ou six semaines, il revient à ses occupations habituelles.

Déçu par Napoléon, il ne cache pas son admiration pour Alexandre 1er , à qui il dédiera en 1816 ses Heures et méditations religieuses, avec des vœux pour que celui-ci ne se laisse pas égarer par les «ivresses du pouvoir».

Il avait connu Mme d'Epinay, Diderot, Barthe, Thomas et combien d'autres. Il resta en contact amical avec Grimm jusqu'à la mort de celui-ci en 1807. Il fut l'ami de Suard, de Lavater, de Gessner, de Fùssli, de Foscolo. Pendant trente ans il entretint des correspondances avec Mme de Staël et avec la fille de Diderot, Angélique de Vandeul. La fidélité semble une de ses caractéristiques. Il eut cependant avec son amie Mlle Clairon une escarmouche : elle l'accusait d'avoir fait publier en Allemagne des écrits qu'elle lui avait confiés sous le sceau du secret. Elle lui rendit cependant justice quand elle publia elle-même ses Mémoires à Paris (an VII, 1799).

M. connut une autre affaire. Jean de Booy a retracé comment la publication de la CL. (jusque-là secrète) avait décidé M. à fournir lui-même à Buisson au plus vite sa propre copie de cette correspondance, afin de devancer ses concurrents. Il pourrait ainsi écarter des allusions gênantes pour ceux qui vivaient encore ; il regrettait en particulier les attaques contre Morellet.

Bien qu'ayant côtoyé longtemps les encyclopédistes, il semble avoir toujours gardé vis-à-vis d'eux un certain sens critique, et, après la Révolution, il se reproche d'avoir subi leur influence qui - ils ne pouvaient le prévoir - a été néfaste à ses yeux.

Activités journalistiques

Retraçant lui-même sa carrière de journaliste, il dit avoir publié ses premières lignes dans le Journal helvétique quand il avait quatorze ans (env. 1758). C'est en 1773 qu'il commence à diriger la CL., que Grimm lui confie d'abord à titre temporaire (pour deux ans) et définitivement en 1775. Contre vents et marées, il continuera à expédier ses feuilles, de Paris jusqu'en 1792, de Londres en 1793, de Zurich enfin, de janvier 1794 à décembre 1813. Il a donc été journaliste pendant quarante ans. Après la Révolution, il a été le « correspondant en Suisse » du Publiciste et son ami Suard lui faisait en échange parvenir des « Nouvelles de Paris » pour la CL. Force était bien, en effet, à M. d'utiliser des sources parisiennes pour informer, de son canton, les cours allemandes sur la vie de la capitale. Aussi ne se cachait-il pas pour emprunter énormément, à la Décade philosophique entre autres les comptes rendus dramatiques de La Chabeaussière (Carriat, p. XXIV-XXV et passim). Ces emprunts étaient cependant remaniés par lui, car il continua jusqu'à la fin à être critique littéraire et essayiste. Tourneux, le premier, a mis en évidence l'importance de la collaboration de M. à la CL. On ne sait si c'est pour des raisons économiques ou pour cause d'incompatibilité d'humeur avec M. qu'il a cependant éliminé de son édition les vingt dernières années de la CL. (1794-1813) dont il avait le manuscrit. C'est bien dommage, car cette partie concernant la génération un peu négligée qui chevauche la fin de l'Ancien Régime et le début du XIXe siècle est tout aussi intéressante que la partie, due à M., retenue dans l'édition (1773-1793).

Publications diverses

Voir A.D.B., Bessire et surtout Grubenmann, et Cior 18, n° 44214-44249. Cependant, à propos du n° 44249: Traité sur la physionomie, par le sophiste Adamantius, ou extrait des philosophes anciens et modernes; suivi d'un Eloge de Lavater comparé avec Diderot par M. Meister, Paris, Cussac, s.d., noter que M. n'est l'auteur que de la seconde partie, Eloge de Lavater, publié dans la CL. (1801, n° II), et qu'il désavoue formellement cette édition peu soignée (1806, n° XIII). Ajouter aussi aux œuvres de M.: Esquisses européennes commencées en 1798 et finies en 1815, pour servir de suite à la Correspondance du baron de Grimm et de Diderot, Paris et Genève, Paschoud, 1818. – Une promenade au-delà des Alpes, Berne, Bourgdorfer, 1819. – Derniers loisirs d'un malade octogénaire, Zurich, 1825. – Il convient également de restituer à M. : Les Voyages et les Essais de Montaigne, extraits de la «Correspondance littéraire», année 1774, publiés par M. Cohen, Cahors, Delperier, 1883, in-8°, 23 p.

Bibliographie

Zentralbibliothek Zurich, ms. M 54, S 707-711, S 717. – B.N., n.a.fr. 24942-29443. – Gotha, Forschungsbibliothek, Schloss Friedenstein, copie la plus complète de la CL.; Chart. B 1138 A-Z (25 vol.). – La Correspondance littéraire de Grimm et Meister (1754-1813), Actes du Colloque de Sarrebruck, éd. B. Bray, J. Schlobach et J. Varloot, Paris, Klincksieck, 1976. – Grubenmann Y. de Athayde, Un cosmopolite suisse: Jacques-Henri Meister (1774­1826), Genève, Droz, 1954. – Bessire P.O., Jacob-Henri Meister, sa vie et ses œuvres, Berne, Delémont, 1912. – de Booy J.T., «Henri Meister et la première édition de la Correspondance littéraire (1812-1813)», S.V.E.C. 23, 1963, p. 215-269. – Id., «La fille de Diderot et les premières éditions posthumes du philosophe», R.H.L.F., n° 2, 1963, p. 238-271. – (A.D.B.) Allgemeine Deutsche Biographie, réimpr. Berlin, Duncker et Humblot, 1970. – Callatay E. de, Madame de Vermenoux: une enchanteresse au XVIIIe siècle, Paris, Genève, La Palatine, 1956. – Carriat J., L'Année 1802 dans la Correspondance littéraire de Jacques Henri Meister: établissement du texte, introduction et notes, Paris, 1978, thèse dact. – Kölving U. et Carriat J., Inventaire de la « Correspondance littéraire » de Grimm et Meister, S.V.E.C. 225­227, 1984. – Lavater-Sloman M., Henri Meister, roman biographique, trad. de l'allemand par M. Gagnebin, Neuchâtel, La Baconnière. – Massiet Du Biest J., La Fille de Diderot Mme Vandeul, Tours, chez l'auteur, 1949. – Id., Angélique Diderot : témoignages nouveaux, principalement d'après les lettres inédites adressées à celle-ci par J.H. Meister de Zurich, Paris, chez l'auteur, i960. – Id., Henri Meister, ouvrage annoncé dans Angélique Diderot, non paru. – Moog-Grûnewald M., «La Critique des œuvres de Madame de Staël dans la <Correspondance littéraire> de Meister», Annales Benjamin Constant, t. XV-XVI, 1994, p. 137-145. – Moureau F., « Esprit philosophique et révolution : le voyage de Meister à Paris ( 1795) », dans Voyage et révolution, t. II, Viaggi di uomini e di idée al tempo délia Rivoluzione, éd. E. Kanceff, Turin, CIRVI, 1995' P- 291-311. – Muraro-Ganz G., Frankreichs Weg zur Revolution: Gedanken Jacques Henri Meisters zum Niedergang der französischen Monarchie, Berne, Lang, 1977. – Diderot, Correspondance, éd. Roth-Varloot. – Staël, G. Necker Mme de, Lettres inédites, éd. P. Usteri et E. Ritter, Paris, Hachette, 1903 (dont 73 p. consacrées à une notice sur M.); 2e éd. 1904.

Auteur(s) de la notice


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