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Guillaume MEHEGAN (1724?-1766)

État civil

Guillaume Alexandre de Méhégan est né vers 1725 à La Salle, dans les Cévennes, d'une famille irlandaise venue en France à la suite de Jacques II. Lors de l'interrogatoire du 1er septembre 1751, il déclare avoir vingt-six ans et demi (B.N., n.a.fr. 10782, f° 149); une fiche de police du 1er février 1751 lui donne vingt-six ans (Ars., ms. 11758, f° 35). Son père, Jacques de Méhégan, «était irlandais passé en France avec le roi Jacques et commandait dans les Cévennes quand il est mort» (vers 1733; ibid.); sa mère Elisabeth Russell (ibid., f° 63) était issue de la famille de Bedford. II a épousé en 1763 Thérèse Charlotte Boitel (S, p. 268). Il est mort à Paris le 23 janvier 1766.

Formation

Il arrive à Paris en 1741 avec sa mère, «venue à Paris pour veiller à l'éducation du répondant» (ibid., f° 35). Il fait ses études de théologie au séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet de 1743 à 1746 (ibid.), devient clerc tonsuré en 1751 et soutient des thèses en Sorbonne (f° 71).

Carrière

Il demeure à Paris, chez sa mère à l'hôtel du Saint-Esprit, rue Plâtrière, de 1746 à 1748 ; elle s'établit ensuite à Sens; il habite alors à l'hôtel de Lyon à Paris (n.a.fr. 10782, f° 149) puis, en juillet 1751, dans une chambre du 16, rue de Vaugirard (ms. 11758, f° 8). Il revendiquera en 1757 un «discours prononcé devant la Cour de Danemark, pour l'ouverture des leçons publiques de langue et de belles-lettres françaises» (Un empire se rend-il plus respectable par les arts, Copenhague, 1751). L'auteur en est La Beaumelle, professeur de belles-lettres à l'Université de Copenhague en 1751, à qui M. avait prêté sa plume. Cette année-là, M., que ses protections engageaient vers une carrière ecclésiastique, publie Zoroastre, qui le mène à la Bastille. Arrêté le 11 août 1751 sur ordre signé du 8 juin (ms. 11758, f° 8), il subit l'interrogatoire devant Berryer le 1er septembre (S, p. 264­265) ; il n'en sort que le 13 mars 1753 malgré l'intervention de sa mère (S, p. 265-267). Il habite cependant tantôt chez elle à Versailles, tantôt rue de Vaugirard (f° 99). C'est à cette époque qu'il dut renoncer à l'état ecclésiastique. Il cherche à entrer aux Affaires étrangères et se consacre à la rédaction de différents ouvrages d'histoire.

Le cardinal Fleury lui obtient, au début de sa carrière, une pension de 1000 £ sur l'évêché de Saint-Claude; cette pension ne lui est plus versée lors de son séjour à la Bastille (n.a.fr. 10782, f° 149; ms. 11758, f° 33, 42, 101); il percevait également 200 £ de pension sur le Trésor royal (n.a.fr. 10782, f° 149). En 1752, il avoue 1000 £ de rente et déclare faire à sa mère une pension de 150 £ (ms. 11758, f° 71). Zoroastre (in-12, 14+60 p.), tiré à 1200 exemplaires dont 850 gardés par l'auteur, lui a coûté 200 £ de frais d'impression qu'il couvre en quatre jours «en en vendant 200 à 20 sols pièce» (ibid., f° 55).

Opinions

Avant son séjour à la Bastille, il «professe ouvertement le déisme » et « tient ses assises au café de Procope » puis au café Charpentier (n.a.fr. 10782, f° 149); il prêche «l'indépendance et l'irréligion» (ms. n 758, f° 42). Voir Spink, p. 257-260.

Activités journalistiques

Il fut l'un des premiers rédacteurs du Journal encyclopédique fondé par P. Rousseau ; le rédacteur des M.S. écrit le 5 février 1762: «Le Journal encyclopédique outre son chef ordinaire vient d'acquérir pour conducteur à Paris l'abbé Méhégan». Selon une lettre de P. Rousseau, celui-ci fut dépouillé à cette date du privilège du Journal encyclopédique par le duc de Bouillon, qui le confia à M., simple prête-nom de l'abbé Coyer (Nachlass Formey, lettre du 30 juil. 1763). Prenant la succession de Morand et de Prévost de La Caussade, M. a été le seul correspondant à Paris du Journal encyclopédique depuis 1757 jusqu'en 1763 (1er janv. 1774, p. 180).

Publications diverses

Liste des œuvres de M. dans Cior 18, n° 44190-44205. Outre les œuvres mentionnées, M. affirme avoir composé une tragédie, Le Comte Julien, qu'il aurait «retirée pour ne pas déplaire à sa famille» (ms. 11758, f° 36), un «abrégé de l'histoire d'Angleterre» et une autre tragédie, Placide, dont les manuscrits lui sont rendus en 1753; il doit par contre remettre à la police trois manuscrits: «Sur les progrès du mahométisme», «Réflexions sur l'espion turc», « Observations sur l'auteur Rousset de Hollande» (ibid., f° 92 et 96).

Bibliographie

Feller-Weiss; B.Un.; Cior 18. – B.N., f.fr. 1214, 22109; n.a.fr. 10781, 10782. – Ars., ms. 11758. – (S) Spink J.S., «Un abbé philosophe à la Bastille (1751-1753): Méhégan et son Zoroastre», dans The Age of Enlightenment: mélanges offerts à T. Besterman, Edinburgh, London, 1967.

Auteur(s) de la notice


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