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Charles MATHON DE LA COUR (1738-1793)

État civil

Ayant pour père le mathématicien et académicien lyonnais Jacques Mathon de La Cour, Charles Joseph resta longtemps «Mathon de La Cour le fils». Il est né à Lyon le 6 octobre 1738 ; le nom de sa mère est Catherine de La Forest (A.M. Lyon, par. Saint-Paul, n° 470, f° 163). Il est mort sur l'échafaud à Lyon le 15 novembre 1793 (A.D. Rhône, d'après A.H.R., t. VI, p. 300). II était le beau-frère du poète Lemierre (ibid.). Il a pris, pour un ouvrage de vulgarisation économique, le pseudonyme de «Fortuné Ricard, maître d'arithmétique à D***».

Formation

Envoyé à Paris pour y terminer ses études, il fréquente artistes et gens de lettres ; il acquiert quelque réputation parmi eux et dans le monde grâce à ses qualités personnelles et par des prix remportés dans divers concours académiques : Académie des Inscriptions et Académie de Lyon en 1767, de Rouen en 1770, etc., et plus tard de Châlons-sur-Marne en 1788 (Dumas, 1.1, p. 329 ; A.H.R., t. VI, p. 301).

Carrière

A la mort de son père en 1770, il revient à Lyon où il va jouer un rôle bénéfique dans la vie locale. Il est l'un des fondateurs de la Société philanthropique et du Bureau des mères-nourrices de Lyon. Il crée en 1786, sur le modèle de l'Athénée de Paris, un Lycée, sorte d'université pour tous où sont enseignées surtout les sciences et les langues vivantes (A.H.R., t. VI, p. 304 ; Dumas, t. I, p. 329). Le 2 mai 1780, il est devenu membre ordinaire de l'Académie de Lyon en remplacement du jurisconsulte et écrivain Sozzi (A.H.R., t. VI, p. 300). Il appartient aussi à la Société royale d'agriculture et à la Société patriotique bretonne (Camelin, 27 janv. 1921).

Vice-président de section lors du siège de Lyon par les troupes de la Convention, il est arrêté le 12 octobre 1793, condamné à mort le 15 novembre et guillotiné place Bellecour (A.H.R., t. VI, p. 300 ; Camelin, 11 et 17 févr. 1921 ; Vingtrinier, 1.1, p. 15).

Situation de fortune

Sa famille était fortunée. Lui-même utilise sa richesse pour soutenir ses actions philanthropiques. Ainsi faisait-il venir de Paris à ses frais des ouvriers boulangers pour ensei­gner aux Lyonnais à faire un pain meilleur et moins coûteux (Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle).

Opinions

M. est acquis à l'esprit des Lumières et il accueille la Révolution avec espoir ; mais il demeure un modéré ; il s'oppose à la politique des Jacobins. Il a été franc-maçon de la loge Saint-Jean d'Ecosse du Patriotisme à Lyon (Camelin, 11 févr. 1921). La B.M. de Lyon possède le texte d'un discours qu'il y a prononcé le 27 juillet 1785 (s.l.n.d., 4 p.).

Activités journalistiques

Il a collaboré, de juin 1764 à juillet 1768, au Journal des dames, sous la direction officielle de Mme de Maisonneuve (D.P.1 697). Avec son ami Claude Sixte Sautreau de Marsy, il a donné au journal une couleur plus moderne et plus philosophique (Gelbart, p. 150 et suiv.). A la même époque, il a travaillé à un Journal de musique (A.H.R., t. VI, p. 303, n° 1). Par la suite, il contribue largement à YAlmanach des Muses, lancé par Sautreau de Marsy en 1768 (D.P.1 80), et lui fait d'emblée dans le Journal des dames une large publicité (Gelbart, p. 149). En 1775, il fonde, avec Etienne Framery, un périodique annuel, L'Almanach musical,ouvrage que les deux auteurs céderont à Luneau de Boisjermain en 1781

(D.P.i 85).

Après la suppression du Journal des dames, M. se retrouvait dans une situation difficile : non seulement il était soudaine­ment sans revenus réguliers, mais il avait aussi perdu une somme considérable investie dans le journal que le lieutenant général de police, Sartine, venait de suspendre. Ces conditions l'obligeaient à chercher un autre emploi. Il entra en négociation avec un certain Dampierre, chargé de trouver un remplaçant à Jean Manzon, alors rédacteur du Courier du Bas-Rhin, gazette éditée à Clèves en Allemagne depuis 1767. Dampierre lui-même avait été contacté par le conseiller de la Chambre de guerre et des domaines à Clèves, Bernuth, qui, en tant que «premier directeur» du journal, dirigeait le Courier depuis février 1769, après une réorganisation du périodique transformé en entreprise royale, sous contrôle immédiat de l'Etat prussien. Après seulement quelques mois de fonction, Bernuth songeait déjà à se débarrasser du «deuxième direc­teur et auteur de la gazette», Manzon, un Piémontais d'origine. Après que Dampierre, le 10 août 1769, eût transmis à Clèves qu'il avait trouvé un excellent candidat pour le poste de rédacteur, avec «une réputation faite dans les Lettres», M., lui, s'adressa directement au dirigeant du journal de Clèves une semaine plus tard. «Je cède», écrivit-il, «aux instances de M. de Dampierre et j'accepte pour moi même non la place de correspondant à Paris, mais celle qu'on veut remplir à Clèves [...]. Je tacheroi de prouver à ceux qui protegoient l'auteur actuel qu'on peut avoir de la fermeté et de la dignité dans le style sans faire dégénérer une Gazette en Libelle. » Le salaire qu'il exigeait ne dépassait pas la somme que touchait alors le rédacteur en fonction, Manzon : « 1.600 Livres de fixe, le logement, le feu et la lumière avec un bénéfice de 50 florins par cent de débit». Des conditions assez modestes pour cet auteur reconnu, et qui soulignent à quel point M. dut être pressé de quitter sa patrie pour un certain temps. Le journaliste tombé en disgrâce à Paris ne chercha point à cacher les motifs qui l'avaient poussés à accepter un emploi dans la Westphalie lointaine : « L'envie de voyager, et d'étudier les mœurs allemandes s'est jointe à des circonstances particulières, qui me font consentir à ce voyage. Le ministre vient de supprimer mon Journal sous prétexte qu'il faisoit tomber les Mercure. On ne me donne aucun dédommagement pour cet ouvrage qui m'avoit coûté 25 mille livres d'avances. Je veux le remplacer par une autre occupation suivie, et je suis charmé d'en trouver hors de France». La négociation échoua. Il semble que Jean Manzon ait été déjà suffisamment en faveur auprès des ministres à Berlin pour garder son emploi. En automne 1769, il l'emporta finalement sur son concurrent parisien. [Paragraphe rédigé par Mathias Beerman.]

Il est le principal rédacteur du Journal de Lyon ou Annonces et variétés pour servir de suite [puis : de supplément] aux Petites Affiches de Lyon dont le 1er numéro (16 p. in-8°) paraît le 8 janvier 1784 ; le dernier numéro connu est celui du 12 juillet 1792 (Aimé de La Roche, puis, en 1792, Bruyset frères, 9 vol. in-8°). D'abord à dominante littéraire, le Journal de Lyon fait une part croissante à la politique. Seulement toléré, il n'obtient que le 5 septembre 1787 la liberté de circulation dans tout le royaume et devient alors Journal de Lyon et des provinces de la généralité (D.P. 1 668). A partir du 3 avril 1791, il englobe le Courrier de Lyon, feuille plus vigoureusement révolutionnaire de l'avocat Champagneux (Vingtrinier, t. I, p. 13-16 ; Loche, p. 10-11).

Parmi les rédacteurs du Journal de Lyon, il faut signaler Jacques Maurice Gaudin (1740-1810), Oratorien, bibliothé­caire du collège de la Trinité, député de la Vendée à l'Assemblée Nationale en 1792, qui a rédigé les articles d'histoire locale (Biographie lyonnaise, p. 122) et l'historien Lemontey (Vingtrinier, p. 15).

Publications diverses

M. s'est fait connaître par la traduction de l'italien d'un opéra, Orphée et Eurydice (Paris, 1765, in-12) ainsi que par une Dissertation [...] sur les lois de Lycurgue (Lyon et Paris, Durand et Vallat La Chapelle, 1767, in-8°), présentée au Roi le 6 septembre 1767 (Gazette, 11 sept. 1767). Son ouvrage le plus célèbre jusqu'au XIXe siècle est le Testament de Fortuné Ricard, maître d'arithmétique (s.l. [Lyon], 1785, in-8°), qui fut parfois attribué à Franklin. Au total, si Cior 18 ne retient que 9 titres (n° 43729-43737), une bibliographie plus complète a été établie dans la notice des A.H.R. (t. VI, p. 302-303, notes) et par J.B. Dumas qui relève 16 ouvrages imprimés et 7 ms. conservés (t. I, p. 330-331 ; analyses dans Camelin, 27 janv. 1921).

Bibliographie

CL. ; B.Un. ; Cior 18. – Geheimes Staatsarchiv Preus­sischer Kulturbesitz, Abteilung Merseburg : 1) copie d'une lettre adressée à Bernuth et datée de Paris le 10 août 1769 (GStA Merseburg, Generaldirektorium, tit. CXLIX, n° 1, vol. 3, f° 18) ; 2) lettre de M., «rue de grenelle et honore», datée de Paris le 17 août et adressée à Bernuth (ibid., f° 19). – Bréghot Du Lut et Péricaud, Biographie lyonnaise, Lyon, 1839. – (A.H.R.) Archives historiques du Rhône, t. VI, Lyon, 1827. – Dumas J.B., Histoire de l'Académie de Lyon, Lyon, Giberton et Brun, 1839. – Vingtrinier A., Histoire des jour­naux de Lyon, part. 1, «de 1677 à 1814», Lyon, Brun, 1852, 13-16. – Desvernay F., notice de M. dans Lyon Revue, 1886, p. 154-157. – Loche M., Journaux imprimés à Lyon, 1633-1794, Paris, Le Vieux Papier, 1968, fasc. 229, p. 10-11. – Tricou J., Armoriai et répertoire lyonnais, Paris, Saffroy, 1965-1976. – Camelin J., «Un journaliste lyonnais : Mathon de La Cour», Sud-Est, 27 janv., 3, 11 et 17 févr. 1921. – Gelbart N.. Feminine and opposition journalism in old régime France : le Journal des dames, Berkeley, U. of California Press, 1987.

Auteur(s) de la notice


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