559a

Christophe Gabriel MAT (1719-1787)

État civil

Christophe Gabriel Mat -on trouve Mathe ou encore Math dans certains documents- naît à Pontivy, le 29 novembre 1719 (acte de baptême du lendemain, mairie de Pontivy). C’est le fils d’un procureur au Parlement de Rennes apparenté à la petite noblesse bretonne et à des familles détentrices d’offices locaux. La sœur qui lui survit, prénommée Françoise Julienne, est l’épouse d’un Sieur Avril, «noble homme».

Formation

On ne sait rien de précis sur la formation initiale de Christophe Gabriel –le second prénom fait son apparition ultérieurement- Mat. La suite est mieux connue : il entre au noviciat de la province de France de la Compagnie de Jésus, rue du Pot-de-Fer à Paris, le 26 septembre 1736 (A.R.S.I., francia 20, f° 455 r°). Il a alors le niveau de rhétorique, niveau exigé de tous ceux que l’on destine à l’état de profès, et poursuit ses études au sein de la Compagnie. Il fait sa philosophie (1737-1740) et sa théologie (1746-1750) à Louis-le-Grand. Entre temps, Christophe Mat est chargé, selon l’usage, d’enseigner les humanités : il occupe cette fonction à Rouen (1740-1745), puis à Bourges (1745-1746). Au sortir de ses études dans la Compagnie, au cours desquelles il se lie d’amitié avec le P. Guillaume Bougeant (D. Thiebault), il enseigne la philosophie à Tours (1750-1753), puis à Rouen (1753-1755), où il prononce ses vœux définitifs, le 2 février 1754 (A.R.S.I., gal. 23, ff° 481-482). Parallèlement, il exerce dans cette ville le ministère de la prédication (il est autorisé et renouvelé comme prédicateur en 1755 : AD Seine-Maritime, G. 742).

Carrière

Le P. Mat est nommé ensuite – consécration et manifestation de la confiance de ses Supérieurs – professeur de philosophie à Louis-le-Grand (1755-1759). Il fait alors partie des éléments en vue de la Société. Dans le catalogue de 1757, ses supérieurs notent à son sujet dans la rubrique « profectus in litteris » : « summus » (A.R.S.I . francia 21, f° 374 r). Deux ans plus tard, en 1759, il devient «scriptor», c’est-à-dire écrivain au service de la Compagnie, et il est chargé à ce titre de diverses publications. On le retrouve dans ces mêmes fonctions en 1762, au moment de la suppression de la Compagnie de Jésus dans le ressort du Parlement de Paris. Au lendemain de la suppression, le P. Mat échappe manifestement aux effets de la proscription qui s’abat sur ses confrères et les prive de fonctions religieuses.

Situation de fortune

En dépit de toutes les dispositions prises à l’encontre des ex-jésuites refusant de révoquer leurs vœux, il parvient à obtenir, sans doute grâce à de hautes protections, –il est un des légataires de la Maréchale de Luxembourg (legs mentionné dans son testament)–, un état enviable. Il voyage à l’étranger –il se rend notamment à Berlin (Sermons du P. Charles Frey de Neuville, éd. Querbeuff, préface, p. xxxiij)– fréquente la haute société  (legs de la Maréchale de Luxembourg, legs à M. d’Amicourt, Conseiller en la Grand’Chambre, et à Jean-Antoine Rigoley de Juvigny, l’adversaire de Voltaire) et accumule les pensions. A sa mort, survenue à Paris, le 25 avril 1787, il est prieur de Loupiac, près de Cahors, et possède plusieurs pensions à nomination royale. Il reçoit à ce titre 1400 £ sur l’évêché de Lectoure (1772), 5000 £  sur l’abbaye de Fécamp (1778), à quoi s’ajoute une pension de 300 £ sur le Trésor royal (cf. testament, AN., Minutier central, Et/LXXIX/278). Il était déjà détenteur d’une rente viagère sur le Roi sans retenue au moment de la suppression de la Compagnie, ce qui motive le refus de lui accorder la pension versée aux ex-jésuites (Recueil par ordre, arrêt sur les pensions du 22 février 1763, p. 22). L’abbé Mat fait fructifier ces différents apports financiers en se constituant plusieurs rentes (cf. inventaire après décès). Ses revenus lui permettent de passer ses dernières années dans l’aisance, rue Saint-Honoré. Il habite alors un logement appartenant aux Feuillants, qu’il loue pour 1500 £ par an (A.N., Minutier central, Et/LXXIX/280, arrêté de comptes de la succession) et où il est servi par un domestique et une gouvernante (cf. testament et procès-verbal d’apposition des scellés, Y 15681). On découvre sous les scellés de l’abbé Math pour plus de 4000 £ en espèces et l’inventaire révèle qu’il avait prêté, en 1772, 6000 £ au marquis de Boux. Le revenu, au moins sur le papier, est confortable, le patrimoine est inexistant. Ses héritiers –une sœur et des neveux– renoncent à la succession et décident de s’en tenir aux legs particuliers contenus dans le testament (AN., Minutier central, Et/VII/480, 26 juillet 1787).

Opinions

À en croire les Nouvelles ecclésiastiques, le P. Mat serait un bel exemple de jésuite relâché. En décembre 1744, il aurait enseigné à ses élèves, scandalisés, qu’un “scélérat peut jurer sur le saint Évangile qu’il est innocent pourvu qu’il n’y ait pas de témoins de ses crimes” (N. E., 1745, p. 143). Grosley affirme, de son côté, qu’un P. Mathe – il veut sans doute dire Mat - a aidé le P. Patouillet dans son travail d’édition de la Réalité du projet de Bourgfontaine démontrée par l’exécution (S.l., 1755), un classique de la littérature anti-janséniste (Vie de M. Grosley, Londres, 1787, p. 137). Quel crédit accorder à ces assertions, qui ne s’appuient sur aucune source vérifiable et qui s’inscrivent dans un contexte de polémique ? Grosley est même contredit par son propre éditeur, l’abbé Maydieu (Op. cit., p. 137n). Ce qui est certain, c’est que le P. Mat est très attaché à son ordre et adopte une attitude pugnace au moment de la suppression de la Compagnie : il participe, en 1764, à la distribution de l’Instruction pastorale de Christophe de Beaumont qui prenait la défense des jésuites. Le texte est condamné par le Parlement de Paris, le 9 mars 1764, et cela vaut à l’abbé Mat – son nouvel état – d’être recherché pour information. Il habite alors rue Neuve-Saint-Augustin, paroisse Saint-Roch (BN., ms. Joly de Fleury 403, f° 114 r°). Il y réside depuis sa sortie du collège Louis-le-Grand (Recueil par ordre, arrêt sur les pensions du 22 février 1763, t. III, p. 92).

Activités journalistiques

On ne sait rien de bien précis sur l’activité journalistique du P. Mat. Dans son édition du Moréri de 1759, l’abbé Goujet, suivi par Sommervogel (Essai historique sur les Mémoires de Trévoux, p. lxxxix), fait figurer le P. Mat parmi les membres de l’équipe de journalistes des Mémoires de Trévoux écrivant après 1745 (notice “Trévoux”). À cette date, le P. Mat exerce en province et c’est sans doute seulement en 1759, en devenant «scriptor», que le P. Mat se voit confier un poste de journaliste dans la rédaction des Mémoires de Trévoux. La France littéraire ne le mentionne d’ailleurs pas dans son édition de 1758 (p. 94). En 1762, au moment de la suppression de la Compagnie, il est le seul journaliste officiel figurant aux côtés du P. Berthier dans l’équipe rédactionnelle des Mémoires de Trévoux, qui a été restreinte (procès-verbal des commissaires du Parlement au collège Louis-le-Grand, AN., X/1b/9695, pièce 26).

Publications diverses

Le P. Mat n’a laissé aucune œuvre à son nom – Sommervogel pour cette raison ne lui consacre aucune notice – et pas davantage de correspondance que l’on puisse localiser à ce jour. On sait seulement qu’il a participé à l’édition des sermons de son ami Charles Frey de Neuville s. j. donnée par le P. Querbeuff (Paris, 1777) : il classe les papiers et relit le tout avec attention. Il est une parfaite illustration de ces rédacteurs jésuites dont l’activité journalistique et littéraire nous est pratiquement inconnue, bien qu’ils aient écrit pendant plusieurs années dans le célèbre Journal de Trévoux.

Bibliographie

Archives historiques de la Compagnie de Jésus à Rome (ARSI, francia 20 et 21 ; Gal. 23) — Archives nationales : Minutier central (pièces autour de la succession signalées) ; X/1b/9695 (Suppression de la Compagnie) ; Y 15681 (scellés) — Archives françaises de la Compagnie de Jésus (Vanves) pour les catalogues annuels — Bibliothèque nationale (départements des manuscrits, Joly de Fleury 403) — Catalogus personarum et officiorum provinciae societatis Jesu pour 1759-1761 (BN. 8Ld39. 1) — Dictionnaire de Moréri (Paris, 1759) — C. Sommervogel, Essai historique sur les Mémoires de Trévoux (Paris, 1864) et Bibliothèque de la Compagnie de Jésus (Bruxelles-Paris, 1891 et sq., t. V, col. 672) — Les Nouvelles ecclésiastiques, 1745 —  Recueil par ordre de date de tous les arrêts du Parlement de Paris concernant les ci-devant soi-disans jésuites (Paris, 1766) — Sermons du Père Charles Frey de Neuville (Paris-Mérigot, 1777) — Grosley Pierre-Jean, Vie de M. Grosley (Londres, 1787) —Thiebault Dieudonné, Mes souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin (Paris, 1804) — Ch. Albertan, Apogée et fin d’un périodique jésuite : les Mémoires de Trévoux (1751-1762)[à paraître]. (J.S.)


Ce dictionnaire est mis à disposition du public avec l'aimable autorisation de la Voltaire Foundation

Site mis en ligne par le IHRIM UMR 5317 et l'ISH USR 3385 - Mentions légales - Remerciements - Contacts - Se connecter - Créér un compte

IHRIM   ISH