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Adrien MARTEL (1647?-1730?)

État civil

D'après P. Larousse, Adrien Martel serait mort à Toulouse vers 1730. Son prénom est bien attesté : c'est par erreur que la Biographie toulousaine (t. II, p. 25) attribue la paternité des Mémoires sur divers genres de littérature à un N. Martel, «avocat au Parlement de Paris».

Carrière

« Il avait été avocat au Parlement de Toulouse », dit Camusat, suivi par l'abbé d'Artigny (t. VII, p. 8) et Larousse, fait confirmé par une lettre de M. (Archimbaud), bien qu'on ne le trouve pas dans la liste des avocats qui se sont inscrits au Parlement de cette ville de 1610 à 1715 (A.D. Haute-Garonne, ms. 88), pas plus que parmi les avocats parisiens. Au XVIIe siècle, un Jean Martel fut avocat à Toulouse (B.N., 4° Frm 25365). On serait tenté d'identifier notre journaliste «avocat» (texte du privilège de ses journaux) à l'Adrien Martel qui en 1694 était «expéditionnaire en Cour de Rome établi à Rouen» (B.N., ms. Clair 1087, f° 222), bien que son nom ne figure dans aucune des biographies normandes (T. Lebreton, E. Frère, etc.). D'après Larousse, M. «consacra tous ses loisirs à la culture des lettres, parcourut l'Italie, l'Allemagne, habita quelque temps Paris et devint membre des Académies des Ricoverati de Padoue, des Infecondi de Rome, des Lanterniers de Toulouse (1688)». La plupart de ces renseignements peuvent être vérifiés : en 1696 M., secrétaire de l'Académie des Lanterniers dont il a été «l'un des principaux fondateurs», en expédie les statuts au Prince de l'Académie de Padoue, propose un « échange de lettres et d'études» entre les deux compagnies et loue les Ricoverati d'avoir accepté dans leurs rangs «les femmes de lettres les plus illustres du siècle présent». Proposé comme membre de l'Académie de Padoue le 1er juin 1693, et peut-être dès 1690, par Charles Patin (1633-1693), qui en avait été le Prince en 1678 et 1679, il n'y fut admis officiellement que le 10 novembre 1696 et dispensé alors de la supplique orale obliga­toire en raison de ses mérites (Giornale degl'Atti correnti dell'Accademia de'Signori Ricoverati, C, p. 64-67). Il semble bien avoir été de ces riches amateurs, passionnés d'échanges culturels, qui tenaient peut-être plus passionnément encore à passer pour des «savants» : en février ou mars 1722, il rencontre Camusat à Paris et lui demande de composer à son intention une épître dédicatoire et une préface latine pour un recueil de lettres d'Heinsius. Le jeune érudit le prit d'abord «pour un escroc» ; jugeant que le texte avait subi « des retranchements et des corrections » impardonnables, il refusa vertement et dépeignit M. comme « une espèce de fou » (Camusat, t. I, p. 196-197). Selon le P. Desmolets, celui-ci était un esprit «plein de chimères» (Bertrand).

Opinions

M. destinait ses Mémoires à l'« éducation d'un jeune prince » (texte du privilège) et l'épître dédicatoire des Nouvelles littéraires semble montrer qu'il connaissait personnellement la princesse de Conti : il la loue d'avoir «le courage [de] vivre dans l'obscurité d'une condition privée».

Activités journalistiques

Mémoires sur divers genres de littérature et d'histoire, mêlés de Remarques et de dissertations critique [sic], «ouvrage divisé en deux parties. Première partie contenant des recherches de productions de la nature, de pièces fugitives, etc. Par la Société des curieux. Seconde partie contenant divers ouvrages historiques et des vies des grands hommes tant anciens que modernes. On y ajoutera les Extraits des Journaux des savants, à mesure qu'ils paraissent en divers Etats de l'Europe, avec de nouvelles réflexions sur les plus curieux ouvrages, dont les Analyses y sont rapportées», Paris, veuve Le Febvre, 1722 (D.P. 1 905) ; privilège du 7 mai, publication en juin (B.N., f.fr. 21952 et 22022).

Nouvelles littéraires curieuses et intéressantes : t. I, Paris, L. Sevestre, 1723, 45 p. in-8° ; approbation du 24 juillet, paru­tion en octobre (D.P.1 1040). Le projet de M. (faire d'un journal publié «exactement de quinze en quinze jours» un lien entre intellectuels de «divers Etats») fut repris, sous une forme plus modeste, mais avec plus de possibilités de réalisation, par le P. Desmolets dans ses Nouvelles littéraires (D.P.1 1041). M. a pu collaborer à ce journal en envoyant des informations d'Italie («De Padoue», dans les Nouvelles littéraires du 1er déc. 1723. P- 5!-54).

Roderici Alexandri, Opus nullum, Paris, veuve Le Febvre et Bauche le fils, 1722, 2 feuilles ; attribution proposée par F. Moureau qui a remarqué que « les deux exemplaires consultés portent [le] monogramme manuscrit» de M. «sur le titre de la première feuille» (D.P.1 1196).

Publications diverses

Lorsqu'ils accueillent M. dans leurs rangs, les académiciens de Padoue évoquent élogieusement ses œuvres impri­mées : une Réponse «pour défendre l'Académie instituée à Toulouse» contre «l'antique Académie» des Jeux Floraux ; un Discours académique sur l'inclination des Italiens pour les belles-lettres ; de «petits Discours écrits en l'honneur du Roi Très Chrétien qui veut faire passer le repos de l'Europe avant sa propre gloire en offrant la paix à ses ennemis». D'autre part, dans sa lettre d'octobre 1696, M. leur demandait «un livre qui lui [avait] été promis par le Sieur Patin pour le joindre à un autre, composé par lui, intitulé La Gloire du beau sexe». En 1716 il prévoyait de publier une Vie du Président Duranti, avec son apologie contre le P. Martène, et annonçait des Vies des illustres Toulousains (Archimbaud). D'Artigny indique que cette vie de Jean Etienne Duranti est le seul élément «intéressant» des Mémoires historiques et littéraires que M. aurait publiés en 1721, en «2 vol. in-12» (t. VII, p. 8).

Bibliographie

Camusat F.D., Histoire critique des journaux, Amsterdam, 1734. – Artigny A. d', Nouveaux mémoires d'histoire, de critique et de littérature, Paris, Debure, 1749-1456. – Biogra­phie toulousaine, Paris, L.G. Michaud, 1823. – Larousse P., Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle. – Desbarreaux-Bernard, «Les petites illustrations lanternistes», Bulletin du Bibliophile, 10e série, mai i85i,p. 232 et suiv., sur l'Acadé­mie des Lanterniers. – Archimbaud, Nouveau recueil de pièces fugitives, 1717,1.1, 2e part., p. 5 5 (lettre de M. datée de Lyon, 14 nov. 1716). – Bertrand L., Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse Leclerc, Paris, 1878, p. 72 (lettre du P. Desmolets à Le Clerc, 19 juil. 1722).

Auteur(s) de la notice


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