543

Louis MANGENOT (1694-1768)

État civil

Né à Paris, «en 1694, d'un homme de commerce» (N.) «peu fortuné» (Desessarts ; B.Un. ; N.B.G.), Louis Mangenot était le neveu de Palaprat, célèbre fournisseur de l'ancien Théâtre-Italien. Il avait une sœur, «fort dévote, qui le tyrannisait» (N.), et un frère, Christophe, décédé vers 1758, qui sans avoir «fait aucune espèce d'études», avait composé quelques chansons très connues, dont «Malgré la bataille», ou «Le départ de La Tulipe», souvent attribuée à Voltaire (lettre de Fautrier à Fréron, L'Année littéraire, 1761, t. I, p. 128-132). Il mourut à Paris, le 9 octobre 1768 (N.).

Formation

«Son éducation fut négligée au point qu'il avait environ dix-huit ans lorsqu'il commença ses études», mais «il était né avec le goût et le talent de la poésie» (N.) et Palaprat transmit à son insu à l'Académie des Jeux Floraux sa première églogue : «Le rendez-vous». Il obtint l'églantine d'argent qui lui aurait été présentée par Jean Baptiste Rousseau en personne, à un dîner où son oncle avait aussi convié Campistron et Brueys (N. ; B.Un.).

Carrière

«Son peu de fortune fut ce qui le détermina principalement à entrer dans l'état ecclésiastique» (N.). Il devint assez vite chanoine du Temple, « en partie » grâce « à ses compositions poétiques» {B.Un.).

Situation de fortune

Ce «poète aimable», «idolâtre des femmes» (M.S.) et «ennemi de toute dépendance» (N.), s'appliqua à vivre «loin du monde» (N.D.H., d'après N.), «content de sa petite fortune» (B.Un.) ; mais «souvent on l'a vu disposer à l'avance du revenu de son bénéfice pour en aider des malheureux » et se trouver dans la gêne (N.).

Opinions

D'après le Nécrologe (t. II, p. 157), c'est M. qui inspira à l'abbé Bridard de La Garde, «élevé au Temple», «le goût des lettres et des arts». Plusieurs de ses biographes anciens citent les vers qu'il avait fait graver dans un « petit salon » : vivant «sans peine» et «sans inquiétude», il se flattait de jouir «du destin le plus beau» : «Les dieux m'ont accordé l'âme de Diogène/ Et mes faibles talents m'ont valu son tonneau». Paralytique pendant les dernières années de sa vie - près de « dix-huit ans » -, il « avait conservé dans cet état son aménité, sa gaieté et sa philosophie » et il mourut « doucement, comme il avait vécu» (M.S.).

En mai 1755 (p. 26-27), le Mercure, alors rédigé par Boissy, a consacré à M. une notice aimable à l'occasion du «présent» que La Tour lui avait fait de son portrait, exposé au Louvre, puis copié par un des disciples du maître. Palissot déclare avoir eu avec lui des «liaisons particulières» (N.) et il lui arriva de recevoir Sedaine ; sa sœur, qui ne prenait pas celui-ci pour un homme de lettres, lui aurait déclaré que, comme poète, il était le seul à «déshonorer» une famille qui ne comptait que «d'honnêtes gens» (Desessarts). Sa bête noire était Vadé : le 3 février 1761, écrivant à Fréron pour le remercier d'avoir rendu à son frère la chanson «Malgré la bataille», il se disait «très fâché» de la manière de celui-ci, car il attribuait « la naissance du style poissard à la réussite du style grivois» (L'Année littéraire, 1761, t. I, p. 253-254) ; six semaines plus tard, le 15 mars, il envoyait à Lebrun un épigramme «que l'indignation [lui] a[vait] suggérée contre le brutal Fréron, c'est-à-dire contre le proxénète de la Muse de Vadé» ; «le dieu du goût» y condamnait le journaliste «Pour avoir excusé les vers d'un polisson, / Et dénigré d'Aquin, Lebrun, même Voltaire» (Lebrun). Or, dans une lettre datée du 15 juin 1764 (D11906), P.L. d'Aquin félicita Voltaire d'avoir « mis aux galères » nombre de ses adversaires, à la suite desquels il désignait «le paralytique Mangenot».

Activités journalistiques

D'après la B.Un., «l'abbé Mangenot avait travaillé au Journal des savants depuis le 20 septembre 1727 jusqu'au 17 novembre 1731». La lecture des numéros en question ne semble pas permettre de savoir quelle fut au juste cette participation.

Selon Palissot, certaines de ses chansons parurent «dans quelques journaux». En tout cas, son «Eglogue première» et sa «Seconde églogue», «les Confidences» ou «Thémire et Silvarette», furent publiées dans le t. V du Censeur hebdoma­daire (1760, p. 3-18 et 81-87). «Tircis et Philis» parut aussi dans le Journal encyclopédique, 1761, t. II, p. 116-120, et «Thémire et Silvarette», la même année, t. III, p. 102-106.

M. est-il l'auteur du Spectateur littéraire, quatre feuilles parues chez Chaubert et vendues «six sols», en I728(?), 91 p., in-8°, reliées à la suite du Nouvelliste du Parnasse dans une collection de la B.M. Lyon : 377496, t. IV (D.P.1 1222)? Approbations : 10 janvier, 1er, 13 et 23 février 1728. «Permission simple» accordée à Hugues Daniel Chaubert le 18 janvier (f.fr. 21954, p. 57 ; 21955, n° !556). Feuilles «retirées» pour le Cabinet du roi le 19 mars (f.fr. 22023, f° *54). L'abbé Desfontaines lui attribuait ce journal sans la moindre ambiguïté. On peut lire en effet dans un Avis paru dans la Bibliothèque française (t. XI, 2e part., p. 272) : «En faisant la critique du Cyrus, on ne s'est jamais proposé d'en parler comme d'un ouvrage de doctrine, ce qui serait ridicule. Ainsi l'on est bien éloigné d'y trouver un Germe de Tolérantisme » (en note : Journal de février 1728) : «Cette belle découverte n'appartient qu'à un nouveau journaliste qui depuis peu vient d'imprimer, par simplicité ou par bêtise, qu'on ne saurait démontrer invinciblement l'existence de Dieu, ni rien écrire de supportable sur la Providence. C'est dans une brochure » (en note : On peut prouver par écrit et par témoins que le St [sic] Mangenot en est l'auteur, quoique la honte le lui fasse nier) « qu'il vient de donner la preuve de sa capacité et de son esprit, par son pitoyable extrait du Cyrus». Puis, p. 288, toujours en note, à propos d'un abbé mis en scène dans les Entretiens sur le voyage de Cyrus et qui ressemble fort à Desfontaines lui-même : « Cet abbé est peut-être celui dont il est parlé dans la nouvelle brochure intitulée : Le Spectateur littéraire, de l'abbé MANGENOT, nouveau journaliste de Paris ; brochure qui peut servir sans doute à établir sa réputation dans la République des Lettres ». Toutefois, dans le même numéro, rubrique «Nouvelles littéraires», p. 338, parut le démenti suivant : « Il a paru chez Chaubert quatre feuilles [sic] d'une brochure intitulée le Spectateur littéraire. Cet ouvrage qu'on a attribué à l'abbé Mangenot Journaliste de Paris dans les Entretiens sur le Voyage de Cyrus est constamment de M. Camusat ; peut-être que M. Carlet de Marivaux y a mis la main». D'autre part, M. se défendit d'en être l'auteur dans le Journal des savants (1728, p. 254) «et assura qu'il n'avait pas même lu ce petit ouvrage périodique» {B.Un.).

Publications diverses

La première églogue de M. a été publiée dans le Recueil de l'Académie des Jeux Floraux, 1718, p. 67-72. La plupart de ses compositions - des «petits riens» (M.S.) -, «églogues», «fables», «contes», «réflexions», «sentences», «madrigaux», etc., ont été recueillies dans les Poésies de M. l'abbé Mangenot, Maestricht, J.E. Dufour et P. Roux, 1738, in-8°. Les huit ou dix lignes, imagées et humoristiques que repré­sente son «Histoire abrégée de la poésie française», de Ronsard et Baïf à Voltaire, en passant par Corneille, Racine et Quinault (L'Année littéraire, 1762, t. VII, p. 334-335) ont souvent été citées jusqu'au milieu du XIXe siècle.

Bibliographie

B.Un. ; N.D.H. ; N.B.G. ; D.L.F. ; Desessarts, t. IV, p. 258­259 ; Cior 18. M.S., 22 nov. 1768, t. IV, p. 149-150. – (N.) Nécrologe des hommes célèbres (art. de Palissot), t. III, 1769, p. 85-111. – Sabatier de Castres A., Les Trois siècles de notre littérature, Amsterdam, Paris, 1772. – Philipon de La Madelaine L., Dictionnaire portatif des poètes français, Paris, 1804. – Lebrun, P.D. Ecouchard, Œuvres, Paris, 1811, t. IV, 116. – Gilot M., Les Journaux de Marivaux, U. de Lille III, 1974, t. II, p. 875.

Auteur(s) de la notice


Ce dictionnaire est mis à disposition du public avec l'aimable autorisation de la Voltaire Foundation

Site mis en ligne par le IHRIM UMR 5317 et l'ISH USR 3385 - Mentions légales - Remerciements - Contacts - Se connecter - Créér un compte

IHRIM   ISH