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Jean LORET (1600?-1665)

État civil

Jean Loret naquit vers 1600 à Carentan de parents vraisemblablement fort modestes, et sur lesquels il restera discret. II ne s'est pas marié (M.H., t. II, p. 241 ; t. IV, p. 244) et n'a pas eu d'enfants (M.H., t. III, p. 351, 505). Il est mort à Paris vers le 18 mai 1665 s'il faut en croire La Gravette de Mayolas (lettre du 25 mai 1665, dans Rothschild, t.1, p. 5).

Formation

Sa formation fut sans doute celle d'un autodidacte ; la poésie semble chez lui un don naturel et il répète souvent qu'il n'entend ni grec ni latin. Il fut, dit-il, caporal en sa jeunesse (M.H., t. III, p. 235).

Carrière

De Carentan il serait venu à la Cour, au service d'Henriette Marie de France «dès qu'elle n'avait que douze ans», donc vers 1617 (M.H., t. III, p. 506), mais il n'est pas dans Griselle, Etat de la Maison, Paris, 1912. Une imprudence l'aurait contraint à s'enfuir et nous le retrouvons en 1622 à Rebetz–en-Vexin (Oise), où l'a recueilli Philippe de Pellevé {Le Tableau poétique de Rebais, p. 2). C'est peut-être alors qu'il se serait engagé dans l'armée d'où le tirera le duc d'Epernon (M.H., t. III, p. 350), chez qui il ne restera que «trois lunes». Nous perdons sa trace et ne la retrouvons qu'en 1646, au faubourg Saint-Germain où il est le protégé de Marie de Hautefort et de sa sœur Charlotte d'Escars {Poésies burlesques, 1647). Quand Marie de Hautefort épouse le maréchal de Schömberg, il la suit à l'hôtel de Schömberg, faubourg Saint-Honoré. C'est de là qu'il écrit, à partir de 1650, ses premières Lettres en vers qui allaient devenir La Muse historique, dédiée à Mlle de Longueville. Il vient s'installer, en octobre 1656, rue du Chantre (M.H., t. IL p. 244), et en mai 1660, rue de l'Arbre–sec(M.H., t. III, p. 207).

Situation de fortune

Sans fortune personnelle et de plus, grand joueur, L. fut contraint de vivre de sa plume, ce qui permit à Tallemant de le traiter d'auteur vénal. Vénale, sa gazette le fut, et il ne s'en cacha pas. Il vanta aussi bien les créations théâtrales que les livres nouveaux ; il célébra l'exposition de la baleine, l'huître, les carrosses à cinq sols, les poêles d'Allemagne, aussi bien qu'une prise de voile ; il annonça même l'apparition de concurrents comme le Journal des savants (M.H., t. IV, p. 322) et le Mercure français la semaine suivante (p. 323). La publicité ne représentait pourtant qu'une partie de ses revenus, car il fut pensionné jusqu'à la fin de sa vie par Marie de Longueville (1000 £ par an) et par Mazarin (600 £ par an, qui lui furent continuées par le duc de Mazarin semble-t-il). Il reçut aussi des sommes plus ou moins importantes de Mlle de Montpensier, d'Anne d'Autriche, de Philippe d'Orléans, de Fouquet, du cardinal Barberini et de beaucoup d'autres. Néanmoins, à la fin de sa vie, il semble harcelé par ses créanciers et ses derniers vers sont un pitoyable appel au lecteur.

Opinions

S'il fut en rapports avec les jansénistes par l'intermédiaire de sa protectrice Marie de Hautefort (il n'a pas caché son admiration pour les Liancourt), il ne prit pas, par la suite, franchement position. Il fut pieux sans être bigot et se félicita d'avoir toujours été du «bon parti» (M.H., t. II, p. 473). On peut s'interroger sur son attitude au moment de l'arrestation de Fouquet (M.H., t. III, p. 401, 406, 409) ; son silence est remarqué par Ballesdens qui écrit au chancelier Séguier : « Il paraît que le poète normand n'a plus de chénevis, puisqu'il est muet» (20 sept. 1661, f.fr. 17398, pièce 107). Quand Fouquet lui fit parvenir secrètement 1500 £ (Menagiana, Amsterdam, 1693, p. 195-196 ; Bibliothèque française, t. XVII, p. 120), il remercia le donateur anonyme (M.H., t. IV, p. 141) mais ne commenta la condamnation de son ancien protecteur que par ces mots : «Je ne sais pas bien son histoire » (t. IV, p. 287).

Il eut une querelle avec d'Assoucy, qu'il enterra, paraît-il, prématurément en 1654 ; celui-ci répondit ; Saint-Germain, en 1659, prend la défense de L. (M.H., t. II, pièce liminaire) ; d'Assoucy l'injurie plus tard (1677, éd. Colombey, Paris, Delahays, 1858, p. 236-238). Mlle de Scudéry l'a avantageusement mis en scène sous la nom de Télore dans Célinte (Paris, Courbé, 1661, p. 385-388 ; cf. M.H., t. III, p. 324).

Activités journalistiques

La Muse historique fut publiée sous la forme de lettres manuscrites à Mlle de Longueville, puis en partie imprimée sous le titre de Gazette du temps (D.P.1 557), sans l'aveu de l'auteur, du 25 août au 19 octobre 1652. L. n'obtint le privilège que le 19 mars 1665 ; ce privilège lui assurait l'exclusivité des nouvelles en vers. Alors que la Gazette du temps avait été un véritable périodique imprimé, La Muse historiquepubliée par Chenault de 1656 à 1665 fut une réédition de nouvelles à la main. La réédition donnée par Ravenel et La Pelouze offre la totalité de cette correspondance du 12 mai 1650 au 28 mars 1665.

Ed. anciennes : La Muse historique, année 1650, Paris, C. Chenault, 1656, in-4°, 311p., frontispice et portraits de L. et de Mlle de Longueville. La Muse historique, Paris, C. Chenault, 1658-1665, 16 livres en 3 vol. in-folio. – La Muse historique, lettre 37, 16 sept. 1656, in-folio, Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 1905. – Ed. de référence : (M.H.) La Muze historique, éd. J. Ravenel et E.V. de La Pelouze, Paris, P. Jannet (P. Daddis), 1857-1878, 4 vol. in-8°. – L'index alphabétique de la M.H. a été publié en 1891 par Crèvecœur.

Publications diverses

Autres ouvrages de L. : Le Tableau poétique de Rebais, Paris, C. Hulpeau, 1622, 50 p. in-folio. – Les Poésies naturelles du Sieur Loret, 1re part., Paris, Dugast, 1633, in-8°, VII-191 p. (un exemp. à la B.L.). – Poésies burlesques, Paris, Sommaville, 1647, in-4°, XX-212 p. – Estrenes pour la Cour, s.l.n.d., in-folio, 3 p. – Responce du Sieur Loret, «écrite à l'infante Nanon, la Merveille des Provinciales», Paris, C. Chenault, 1656, in-folio, 4 p.(Seconde, Troisième, Quatrième Responce, id.). La Paix triomphante et la Guerre en déroute, Paris, C. Chenault, 1660, in-40, 12 p. – L'Entrée de la Reyne, 26 août 1660, Paris, C. Chenault, 1660, in-4°, 8 p. – Adieu aux filles de ma connaissance du quartier Saint-Honoré, s.l.n.d. [1660?], in-4°, 2 p.

Bibliographie

Cior 17, n° 43675, 43676, 43680, 43689, etc. – Tallemant Des Réaux, Historiettes, Paris, 1960, t. I, p. 411. – Goujet C.P., Bibliothèque française, Paris, 1741-1756, t. XVII, p. 117-123. – Sabatier de Castres, Les Trois siècles de la littérature française, t. II, p. 456-457. – Blegny N. de, Livre commode, Paris, Bibl. elzévirienne, 1878 ; introd. par E. Fournier, p. XXVIII-XXXIII. – Les Continuateurs de Loret, éd. N.J.E. de Rothschild, Paris,' 1881-1889. – Leblond V., «Quelques notes sur le château de Rebetz-en-Vexin et son poète J. Loret», Mémoires Soc. Oise, t. XVIII, 1901-1903, 151-157. – Lachèvre, Bibliographie des recueils collectifs, Paris, 1901-1905, t. II, p. 345-347 ; t. III, p. 427-428. – Herval R., «Un grand journaliste au XVIIe siècle, Jean Loret», Revue de l'Université Laval, Québec, t. XX, n° 10, juin 1966, p. 934-953. – Adam A., Histoire de la littérature française au XVIIesiècle, Paris, 1948-1956, passim. – Carrier H., La Presse de la Fronde (1648-1653) : les mazarinades, Genève, 1991, t. II, p. 115-117.

Auteur(s) de la notice


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