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Jean Baptiste LE VILLAIN DE LA VARENNE (1689-1745)

État civil

Jean Baptiste Le Villain de La Varenne est né en 1689, peut-être à Paris (matricules de Saint-Maur), peut-être en Bretagne (reg. de mariage : A.M. Amsterdam ; B.W. ; B.U. Leyde, March. 47). Le 20 septembre 1733, L., habitant Amsterdam, et Suzanne Vaucher de La Haye, font publier des bans à La Haye, puis à Amsterdam, le 2 5 septembre. Un acte dressé à Amsterdam le 12 octobre leur permet de se marier à La Haye ; mariage le 15 octobre dans l'église wallonne. Suzanne Vaucher, fille de Guillaume Vaucher et de Jeanne de Faur, était née le 23 décembre 1700 (A.M. La Haye). Suzanne Vaucher, «femme de Mr. la Varene», est reçue membre de l'église d'Amsterdam (B.W.), où leur fils, Jean Baptiste Guillaume, né le 21 novembre 1734, est baptisé le même jour (A.M. Amsterdam).

L. est mort à Amsterdam où il est inhumé le 25 novembre 1745. Le 23, on a payé 3 florins pour son enterrement (B.W.) ; sa veuve meurt en 1774.

Formation

Le Ier mai 1707, à l'âge de dix-huit ans, L. fait profession à l'abbaye de Marmoutier (matricule de la Congrégation de Saint-Maur, n° 4824). On note qu'il est exclaustré, sans mention de date. Il devient alors protestant. Il sait l'italien et l'anglais (Glaneur).

Carrière

Après avoir défroqué, il se réfugie en Angleterre ; de là, passe en Hollande où il entreprend, dès le Ier janvier 1731, la publication du Glaneur. La publication est interrompue par un voyage de L. à Paris entre le 4 janvier et le 5 mars. Le Glaneur a été successivement édité à Utrecht (5 mars-5 nov. 1731), à La Haye (8-19 nov. 1731), Utrecht (22 nov. 1731) et à La Haye (26 nov. 1731 -8 juin 1733). Le 12 juin, l'ambassadeur de Hollande à Paris, A. van Hoey, demande aux Etats des Provinces-Unies la suppression du Glaneur parce qu'il contient des passages offensants pour le roi de France et ses ministres. Le Glaneur est interdit le 19 juin !733 (Archief van de Staten generaal 6812 ; 3788 ; Archief van de Staten van Holland en West Friesland 170 ; Familiearchief van Slingelandt, De Vrij Temminck 144). L. se rend à Amsterdam : « Ce moine est chassé de La Haye, et est caché à Amsterdam» (Voltaire à Thiériot, lettre du 28 janvier 1737, D1331).

Il continue son activité de journaliste, mais le Secrétaire du public est interdit (Bruys, p. 165), de même que l'Observateur polygraphique (p. 166). Fin janvier 1737, Voltaire signale la présence de L. à Amsterdam, comme agent de J.B. Rousseau (D1331, 1329, 1734). En août 1737, L. est à La Haye comme correspondant et nouvelliste au service du sieur Weidmar, gazetier de Leipzig ; il aide Weidmar à contrefaire les éditions de Hollande en lui envoyant les publications récentes de La Haye dans un paquet de nouvelles (B.U. Leyde, March. 2, lettre de Fritsch à Marchand, 28 août 1737). II correspond en outre avec Vigean, Joseph Marckel et Zamboni à Londres (B.L., Rawlinson Letters 127, 333, 335, 340).

Situation de fortune

Bien que les débuts du Glaneur semblent avoir été difficiles (voir n° du 29 déc. 1732), L. affirme à plusieurs reprises qu'il peut vivre de son journal (24 mars 1732 ; 19 janv. 1733) ; d'autres ressources lui viennent de ses traductions du latin, de l'anglais, de l'italien, ainsi que de ses activités de pamphlétaire (Weyerman). Pour le «petit Burnet» (La Vraie Religion), dont il est le copiste et l'auteur, il touche 30 exemp. (March. 47). On ignore son salaire de correspondant, mais à sa mort, Marckel lui doit plus de 600 florins (Rawlinson Letters 127, 18 déc. 1744).

Opinions

Bénédictin puis protestant, membre de l'église wallonne. Le Glaneur est très hostile aux jésuites et au pape ; il soutient le Parlement de Paris contre les ultramontains ; favorable aux jansénistes, à ses débuts, il est ensuite hostile aux convulsionnâmes et aux Nouvelles ecclésiastiques. Avec J. Rousset, L. compte parmi les alliés protestants de J.B. Rousseau. Dans l'Observateur, il attaque les francs-maçons (lettre X). Il critique les spinozistes dans le Glaneur (17 mars 1732) mais avoue à Heinzelmann avoir lu le «livre rouge» (c'est-à-dire La Vie et L'Esprit de Spinoza) et avoir songé à faire un commentaire de cet ouvrage (March. 47).

Son attitude à l'égard de la «cabale» catholique de Van Duren est nuancée. II publie une fable de La Martinière (18 juin 1731), approuve la condamnation de La Barre de Beaumarchais (2 août 1731) ; ses rapports avec la Bibliothèque française sont excellents (B.F., t. XVII, p. 191, 381 ; t. XVIII, p. 357-358 ; t. XXII, p. 367-368 ; Glaneur, 19 et 22 janv. 1733, 8 juin 1733). Il a tour à tour loué Desfontaines (14 avril et 20 oct. 1732) et critiqué ses journaux (31 déc. 1731) ; l'Observateur s'oppose constamment à Desfontaines. Dans la querelle qui oppose Voltaire et J.B. Rousseau, il prend parti pour Rousseau (Glaneur, 6, 20 et 23 avril, 25 mai 1733) ; mais il publie dans l'Observateur une première version de la Lettre philosophique sur Locke (lettres XXIII et XXV), ce qui provoque la suppression de l'Observateur (Bruys, p. 165-166). Voltaire a toujours parlé avec mépris de L.

Dénoncé par le Glaneur comme espion ecclésiastique, Camusat essaie d'obtenir la suppression du journal par la Cour de Hollande qui ne prononce pas de sentence contre L. (Algemene Rijksarchief, La Haye, Hof n° 292, décret du 8 juillet 1732).

Activités journalistiques

Le Glaneur historique, moral, littéraire et galant, La Haye, 1731-1733, 3 vol. L. a signé toutes les feuilles ; J. Rousset prétend avoir collaboré au journal (L'Epilogueur, t. VII, préface). Le Glaneur débute le 1er janvier 1731 à Amsterdam et se termine le 8 juin 1733 (D.P.1 588).

Le Secrétaire du public, 1733 ; attesté par Dom Jean Liron (lettre à Bouhier, 27 août 1733, B.N., f.fr. 24413) et par Bruys (p. 165).

L'Observateur, ouvrage poligraphique et périodique, «tome premier», Amsterdam, J. Ryckhoff le Fils, 1736 (D.P.I 1083). Continuation d'une contrefaçon hollandaise des Observations sur les écrits modernes à laquelle L. aurait collaboré en 1735 (Avis du libraire ; lettre de Graitton, Dunkerque, 13 juin 1736, Ars., ms. 10297).

Publications diverses

L. est l'auteur supposé (ou l'éditeur ou le copiste) de La Vraie Religion démontrée par l'Ecriture Sainte, Amsterdam, Lôhner, 1745, dit «le petit Burnet» (lettre d'Heinzelmann à Marchand, 23 mars 1749, March. 47, et nouveautés littéraires du 1er décembre 1746, ibid.). Il annonce dans le Glaneur une traduction de Selectorum litterariorum [sic] Pentas, non retrouvée (7 avril 1732), et un supplément du Recueil de brevets de la Calotte ; il fait allusion peut-être aux Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte, éd. augmentée, Moropolis, chez le libraire de Momus, 1732 : la 3e partie contient plusieurs pièces empruntées au Glaneur.

Bibliographie

B.U. Leyde, March. 2, 47. – (B.W.) Bibliothèque wallonne, Amsterdam. – Bruys F. Mémoires historiques, critiques, et littéraires par feu M. Bruys, éd. L.P. Joly, Paris, Hérissant, 1751. – Weyerman J.C., Den Kluyzenaer in een vrolyk humeur, Utrecht, s.d. [1733], n° 16. – Voltaire, Correspondence, éd. Besterman. – Couperus M., Un périodique français en Hollande, le «Glaneur historique» (1731-1733), La Haye, Paris, Mouton, 1971.

Additif

Carrière : Une lettre importante, adressée par L à l'ambassadeur La Mothe-Fénelon le 10 septembre 1732 et découverte par O. Lankhorst aux Archives des Affaires étrangères de France, permet de reconstituer sa carrière monastique. Entré à quinze ans, sous la contrainte de ses parents, au monastère bénédictin de Marmoutier (donc vers 1704), il fait profession en 1707 ; il passa par différents monastères avant de se retrouver sous-prieur et procureur de l'abbaye de Quimperlé en 1722. Menacé, à cette date, d'être jeté en prison pour des raisons obscures (jansénisme? conflit avec Dom Thibault?), il s'enfuit en Hollande par Nantes. Il séjourne à Amsterdam, effectue des voyages en Allemagne et en Prusse, avant de tenter un retour en grâce, à la faveur d'un passage dans l'ordre large de Cluny, vers 1726-1727 ; mais revenu à Paris, il est dénoncé et livré à Dom Thibault qui le fait emprisonner et juger à Marmoutier. Il y reste neuf mois, est condamné à trente ans de prison par la justice bénédictine, s'évade (en 1728) et se retrouve en Hollande (voir Lankhorst, p. 252-255, et lettre de L., p. 260-263). Ces démarches et ces aventures rappellent de près celles de Prévost la même année. Il tentera une nouvelle démarche au début de 1731, mais la pénitence qu'on exige de lui (forte amende et nouvelle claustration) lui paraît excessive. En septembre 1732 encore, il présente à La Mothe-Fénelon sa longue lettre autobiographique avec l'espoir d'une intervention du cardinal Fleury ; mais faute d'un sauf-conduit explicite, il ne se hasarde pas à rentrer en France, étant toujours sous le coup d'une condamnation à trente ans de prison.

Activités journalistiques : La lettre du 10 septembre 1732 permet de lui attribuer un rôle important dans les Mémoires historiques pour le siècle courant, revue mensuelle fondée en juillet 1728 par Desroches-Parthenay (DP1 896) : "J'y fis premièrement les Mémoires historiques pendant 10 mois..." (Lettre citée, Lankhorst, p. 263). Il aurait donc eu part aux dix premiers numéros, de juillet 1728 à avril 1729.

Une clé manuscrite des Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte en 1739 précise à propos du Glaneur : "Spicator, le glaneur, double feuillet, de la façon d'un misérable Bénédictin défroqué, qui se fait appeler la Va... Cet homme est presentement aux gages du Sr. Tr. du B..., imprimeur & éditeur de la Gazette Françoise d'Amst... "(p. 149). L. aurait donc été le rédacteur de la Gazette d'Amsterdam vers 1738-1739, pour le compte de César Tronchin du Breuil (D.P.2 778).

Bibliographie : Lankhorst, Otto S., "Jean-Baptiste Le Villain de La Varenne, journaliste du Glaneur et sa requête de 1732 pour rentrer en France", dans L.I.A.S. 20 (1993), n° 2, p. 251-268 (J.S.).

Auteur(s) de la notice


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