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Guillaume LE TROSNE (1728-1780)

État civil

Guillaume François Le Trosne, ou Letronne (on rencontre les deux orthographes), est né à Orléans le 13 octobre 1728. Il est le fils de Guillaume Le Trosne, conseiller et secrétaire du roi, juge magistral au bailliage et siège présidial d'Orléans, et de Thérèse Marguerite Arnault, fille de Louis Arnault de Nobleville, marchand bourgeois d'Orléans. Il fut baptisé le même jour en l'église de Saint-Pierre-Ensentelée et eut pour parrain François Lhuillier, sieur de La Bretonnerie, et pour marraine Anne Le Trosne (M.S.A.). Il est mort à Paris le 26 mai 1780 (B.V. Orléans) à la suite d'une fluxion de poitrine (M.S.). Il eut des enfants auxquels il fait allusion dans un Discours sur la liberté du commerce des grains, prononcé au bailliage d'Orléans le 10 janvier 1775 (De l'ordre social, Paris, Debure, 1777. P- 488).

Formation

Il fait ses études de droit à Orléans. Depuis le 17 juin 1762, il est membre titulaire fondateur de la Société royale d'agriculture de la généralité d'Orléans et collabore aux travaux de cette société (liste de ses travaux dans M.S.A.). A partir de 1769, il est membre associé de l'Académie royale des belles-lettres de Caen où il lit, en 1770 et 1771, cinq discours qu'il publiera en 1777 dans De l'ordre social (voir Avertissement). Il est, d'autre part, membre honoraire de la Société économique de Berne.

Carrière

Il suit l'exemple paternel et se destine tôt à la robe. En 1748, il est, en première année de droit, l'élève de Pothier dont il composera plus tard un Eloge historique (1773). Cette année-là, il accompagne son maître au cours d'un voyage au Havre et, dans le carrosse, Pothier lui explique et commente en latin les Institutes (Eloge historique de M. Pothier, Orléans, 1773, p. CLV et suiv.). Pendant deux ans, il demeure avec M. de Guienne, avocat au Parlement et ami intime de Pothier, et tous deux aident celui-ci à revoir le manuscrit de son grand ouvrage : Pandectae Justinianeae in novum ordinem digestae, Paris, 1749-1752, 3 vol. in-folio (ibid., p. XC et suiv.).

En 1753, il est installé dans l'office d'avocat du roi au présidial d'Orléans et conserve cet office «plus de vingt années». Il quitte sa charge en prononçant son Discours sur la liberté du commerce des grains (De l'ordre social, p. 487) lors de la présentation des lettres patentes du 2 novembre et de l'arrêt du conseil du 13 septembre 1774. Il reçoit alors le titre de conseiller honoraire au présidial d'Orléans.

Jusqu'en 1763, il s'occupe de questions de droit naturel, de droit des gens et de droit féodal. Au début de 1763, il prononce au présidial d'Orléans un discours intitulé : Vues sur la justice criminelle où, selon Brissot, perce «un levain d'économisme » (Etude). De 1765 à 1767.il insère des articles d'économie dans les journaux spécialisés. A partir de 1768, il se livre à des travaux plus amples où il développe les principes de l'école physiocratique. Son dernier ouvrage, De l'administration provinciale et de la réforme de l'impôt, qu'il commence à composer sous forme d'un « mémoire » d'ailleurs primé en 1776 à l'Académie de Toulouse (voir De l'intérêt social par rapport à la valeur, à la circulation, à l'industrie, au commerce intérieur et extérieur, Paris, Debure, 1777, p. 545), n'est édité qu'en 1779 à Bâle, sans nom d'auteur. Dans un Avertissement, l'éditeur, M. Hirzel, pasteur à Zurich, déclare qu'il a d'abord eu l'intention d'insérer par morceaux le manuscrit reçu en janvier 1779 dans les Ephémérides de l'humanité, «nouveau journal» circulant «dans toute l'Allemagne» et où sont déposées «les connaissances morales et politiques», mais qu'il y a renoncé en raison de la forte cohérence interne du développement (M.S.). Après avoir fait l'objet d'«une distribution d'exemplaires gratuite», l'ouvrage est vendu «clandestinement et cher» et n'échappe pas au sort tumultueux qu'a connu le livre de Turgot sur le même sujet : au début de mai 1780, L., abandonné par Necker, qui l'a d'abord soutenu mais qui, par la suite, tient à ménager l'Assemblée du Clergé, vient plaider sa cause à Paris auprès du Garde des Sceaux et réclamer « cent exemplaires » qui ont été saisis (ibid.). C'est au cours de ce voyage qu'il gagne la fluxion de poitrine qui doit l'emporter.

Opinions

Il passe pour un des fondateurs de l'économie politique en France. Disciple de Quesnay, dont il fait un éloge - tribut de la reconnaissance - dans De l'ordre social (éd. cit., p. 447 et suiv.), il défend avec chaleur les doctrines physiocratiques, notamment la nécessité de la liberté entière du commerce des grains, et son œuvre peut apparaître comme constituant un vrai corps de doctrine (Etude). L. a été lié avec les principaux représentants du parti physiocratique : Dupont de Nemours, Turgot, Gerbier, l'abbé Baudeau (qu'il convertit à la cause), Condillac, même s'il a eu l'occasion de le réfuter (voir De l'intérêt social). Une amitié privilégiée le lie à son compatriote, l'abbé de Reyrac. Ce fut un esprit libéral animé d'un grand souci humanitaire.

Activités journalistiques

Il collabore aux publications où s'expriment et s'affrontent les partisans du système mercantile et les adeptes de l'école de Quesnay. Il fait paraître une «Lettre sur l'exclusion des vaisseaux étrangers pour la voiture des grains» dans les numéros des 23, 26 février et 2 mars 1765 de la Gazette du commerce (1er avril 1763 - 13 déc. 1783, Paris). Comme ce périodique ne parvient plus à publier tous les articles des philosophes économistes, L. adresse, de juillet 1765 à novembre 1766, diverses contributions au Journal de l'agri­culture, du commerce et des finances (1765-1774, Paris, Van Knapen, in-12) dont le rédacteur en chef est alors Dupont de Nemours. Lorsque celui-ci quitte la rédaction du Journal de l'agriculture sous l'action des adeptes du système mercantiliste, impatients de fermer la feuille à l'expression des idées des économistes, L. collabore aux Ephémérides du citoyen (4 nov. 1765-1772, Paris, Delalain et Lacombe, in-12), où l'accueille Baudeau, lié au marquis de Mirabeau : plusieurs de ses dissertations paraissent d'octobre 1766 à novembre 1767.

Liste des différents articles de L. dans Etude. Certains de ces articles, qui ne sont pas exempts d'un esprit polémique et parfois pamphlétaire, ont pu être ensuite recueillis en volume.

Publications diverses

F.L. ; Cior 18, n° 40025-40041. De l'ordre social et De l'intérêt social ont été traduits en allemand par C. Wichmann, Leipzig, 1780-1788 (Ersch ; F.L.).

Bibliographie

F.L. 1769 ; Ersch, t. III ; B.Un. ; Feller-Weiss ; N.B.G. ; D.L.F. – B.V. Orléans, ms. 976, 740, n° 1339. – M.S., XIV, p. 315-19 (19 et 2 déc. 1779), t. XV, p. 104 (31 mars 1780), p. 149-150 (5 mai 1780) et 184-185 (7 juin 1780). – Annonces, Affiches et Avis divers de l'Orléanais, 2 juin 1780 (art. nécrologique par l'abbé P. de Laurens de Reyrac). – Daire E., Physiocrates, Collection des principaux économistes, Paris, 1846 (art. sur L., p. 879-884). – Brainne C, Débarbouiller J., Lapierre CF., Les Hommes illustres de l'Orléanais, Orléans, 1852, t. II, p. 115-119. – Dictionnaire de l'économie politique, éd. Coquelin et Guillaumin, 2e éd., t. II, Paris, 1854, p. 38-39. – (Etude) Mille J., Un physiocrate oublié G. F. Le Trosne : étude économique, fiscale et politique, Paris, 1905. – (M.S.A.) Mémoires de la Société d'agriculture, des sciences, belles-lettres et arts d'Orléans, 5e série, t. XXI, 1926, p. 64-65 et 90-91.

Auteur(s) de la notice


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