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Antoine LE TEXIER (1736-?)

État civil

Antoine Le Texier, né à Lyon en 1736, d'un père «financier». D'un mariage contracté vraisemblablement en Angleterre, il a une fille, Elisabeth, en 1784 et un fils, Guillaume en 1787. Il quitte l'Angleterre -où il s'est réfugié en 1775- vers 1805, pour l'Allemagne, revient à Paris en 1814 et y meurt «dans un âge avancé» (G).

Formation

Il fit ses études chez les Jésuites. Le texte autobiographique en vers qu'on a de lui: Mes soixante ans (Londres, 1797), évoque du collège le souvenir du «fouet» et d'une «vive jeunesse soumise à la pédantesque phalange», qui combat sa vocation de poète et de bon vivant. Il aime les calembours innocents, les jeux de mots, écrit des comédies, des chansons, des petits-vers. A douze ans il montre une de ses poésies à son père qui se fâche, le fouette et lui dit « Quoi coquin ! veux-tu toi, fils de financier, devenir poète ? » « Pour me soustraire à cet arrêt fatal, je promis d'être un jour fermier-général. »

Carrière

Il semble qu'après une période de mondanités et d'aventures galantes, il ait suivi, en effet, la carrière paternelle et soit devenu receveur général des fermes de Lyon (CL.). Mais c'est comme « acteur de société » qu'on entend parler de lui dans les cercles cultivés, à partir de 1770, et on lui attribue la passion, même le génie du théâtre. D'abord il rencontre Rousseau à Lyon, grâce à son Pygmalion. En présence de l'auteur, la pièce est donnée sur un théâtre de société, construit à l'hôtel de ville de Lyon, par M. de La Verpillière, prévôt des marchands, en juin 1770 et jouée par L., dans le rôle du sculpteur. En 1774, il est à Paris, et Mme Du Deffand écrit à Voltaire le 2 avril 1774: «Avez-vous entendu parler de M. Tessier qui assis dans un fauteuil avec un livre à la main, joue des comédies où il y a 7, 8, 10, 12 personnages si parfaitement bien qu'on ne saurait croire, même en le regardant, que ce soit le même homme qui parle. Pour moi l'illusion est parfaite et je crois entendre autant d'acteurs différents». Même enthousiasme dans une lettre qu'elle écrit à Horace Walpole le 27 mars 1774. L'art de L., dit-elle, est tel qu'il rendrait bonne même une mauvaise pièce. Et la CL. exprime la même crainte, et la même admiration: «M. Le Tessier, receveur général des fermes de Lyon, homme d'esprit, ayant la passion du théâtre et étant comédien de la tête aux pieds, a imaginé de former sa voix naturellement flexible, à lire tous les rôles d'une pièce, en leur donnant à chacun le ton de leur âge et de leur caractère [...]. Deux séances ont suffi pour établir sa réputation, et, bientôt il n'a plus été question que de lui. Il a été retenu, dès huit jours après son arrivée, pour tout le temps de son séjour. Nos princes ont voulu l'entendre [...] c'est un délire complet». Voltaire le reçoit à Ferney, en novembre 1774.

L. n'eut pas le temps d'exploiter son succès, dont l'enivrement put le pousser à quelques imprudences. Une note de Beuchot dans son édition de la Correspondance de Voltaire (Didot, 1829-1834) dit de lui qu'il «fut obligé de quitter l'administration des fermes pour des négligences dans l'emploi des fonds dont il était chargé». C'est pourquoi nous le trouvons à Londres, dès 1775. Les charges contre lui devaient être importantes, puisqu'il ne revint d'exil, en France, que 40 ans plus tard. A Londres il cherche à subsister grâce à ses talents. Le changement de langue et de public ne l'aidèrent pas à réussir une entreprise théâtrale, et il revint aux lectures, où il semble avoir connu un bon succès. Il prend une maison à Lisle street, Leicester Fields. Et en 1777 il lance le Journal étranger de littérature, des spectacles et de politique qui n'eut qu'un seul numéro, malgré son titre ambitieux. En 1785 il publie à Londres chez T. Hooknam un Recueil des pièces de théâtre lues par M. Texier en sa maison Lisle Street, Leicester Fields, en 4 tomes. En 1786 paraissent les t. V et VI et en 1787 les t. VII et VIII. En 1799, il lit toujours, puisqu'à la même adresse et sous le même titre paraît un nouveau Recueil, en 4 tomes, en tout un répertoire et une soixantaine de pièces. Nous n'avons que peu de détails sur la fin de sa vie, que nous lisons dans une notice sur M. Le Texier par A. Rondel et T. Lascaris, en préface à la pièce : Le Ton de Paris de A.L. Gontaut-Biron, l'une de celles que L. avait interprétées et mises en son répertoire à la suite de la visite à Londres du duc en 1787. «La guerre contre Napoléon rendait en Angleterre le public peu favorable à ce qui était français. Vers 1805 L. quitta l'Angleterre. Il parcourut l'Allemagne en faisant des lectures. En 1814, lorsque les bouleversements politiques ainsi que la prescription eurent rendu possible son retour en France, il revint à Paris où il mourut dans un âge avancé. ».

Situation de fortune

A Londres il semble avoir joui d'une bonne aisance. En 1797 il a «une bonne maison» en ville, une chaumière à la campagne, un attelage de deux chevaux, deux serviteurs («à mon service depuis douze et quinze ans»). Nous n'avons pas de renseignement sur la situation et les biens qu'il avait perdus en France, ni sur ceux qu'il recouvra à son retour, 40 ans après.

Opinions

Pas d'autre témoignage sur ses opinions et ses goûts, que le seul numéro connu du Journal étranger (voir D.P.1 733). Il dut avoir de bonnes protections dans le milieu cultivé de gens parlant français à Londres. Il dit qu'il va souvent au théâtre et dispose de sa loge à l'opéra (Mes soixante ans, p. 19).

Activités journalistiques

Le Journal étranger (D.P.1 733) ne semble pas avoir eu de succès. On ne le trouve mentionné nulle part.

Publications diverses

Cior 18. – Q. (qui lui attribue, par erreur sans doute d'après Rondel et Lascaris, des Odes d'Horace trad. en français par M. Le Texier, ingénieur des Ponts et Chaussées, Paris Verdière, 1818, car il n'était pas ingénieur). – Mes soixante ans, épître en vers, Londres, 1797, 36 p. – Idées sur l'opéra; trad. anglaise, London, 1790. – L'Art de bien lire, suivi d'un recueil de morceaux choisis, Londres, 1800. – Petit cours de littérature à l'usage de la jeunesse, contenant une dissertation sur l'art de bien lire, Paris, Delalain, an IX.

Bibliographie

Voltaire, Correspondence, éd. Besterman, D18882, 19175. – CL., févr. 1774. – (G) Gontaut-Biron, A.L. de, Le Ton de Paris, éd. A. Rondel et T. Lascaris, Paris 1911.

Auteur(s) de la notice


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