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Charles LEROUX (?-?)

État civil

On ignore la date et le lieu de sa naissance. Marié, il a au moins une fille et un gendre. Il meurt dans les dernières années du XVIIIe siècle ou les premières du XIXe siècle.

Formation

Il est maître ès arts en l'Université de Paris.

Carrière

Il embrasse la carrière de l'enseignement. En 1759, il est présenté par les auteurs de la CL. comme «principal du collège de Nogent-sur-Seine». Un ou deux ans plus tard, il est maître de pension à Amiens. Il est bien accueilli, gagne la confiance publique, se donne tout entier à ses élèves, aidé par sa femme, Louise Leroux, qui fait preuve à l'égard des enfants d'une tendresse proprement maternelle. Les Affiches de province, le 5 août 1767, vantent cette pension établie dans un cadre vaste et riant, qui compte plus de 50 élèves (de toutes classes) et est sur le pied des pensions les mieux disciplinées de la capitale.

Au début de 1768, il se lance dans une activité journalistique (il a déjà connu une activité littéraire: l'une de ses premières publications - Eloge de la sincérité - remonte à 1754) et cela au prix d'un «travail infatigable» (J.E., oct. 1768, p. 73), prenant sur son sommeil le temps qu'il donne au Journal d'éducation.

En septembre 1768, il quitte Amiens et s'installe maître de pension à Paris « rue des vieilles Thuilleries au coin de la rue Bérouillère, vis-a-vis l'hôtel de Montmorenci, fauxbourg Saint-Germain». Fort regretté par les Amiénois, il emmène avec lui plusieurs de ses pensionnaires. Il entend organiser son enseignement selon «une bonne méthode». Il continue la publication de son Journal lequel est interrompu au cours de l'année suivante.

Il en reprend la rédaction au début de 1776 et est alors maître de pension au collège royal de Boncourt, «rue Bordet, montagne Sainte-Geneviève». Il est toujours aidé par sa femme, véritable mère pour les élèves, et cette nouvelle pension est encore vantée pour la «salubrité» de son air et «l'agrément» de son séjour (Gazette des arts, 2 nov. 1775).

En même temps que le Journal d'éducation, il compose divers Mémoires. Le 16 novembre 1777, il présente au roi, au château de Choisy, l'un d'eux qui a concouru pour le prix de l'Académie de Châlons : Idée d'un nouvel Ordre de bienfaisance et de patriotisme ou Mémoire sur la création d'un nouvel Ordre aussi intéressant, aussi cher à l'humanité que glorieux à la nation (J.E., nov. 1777, p. 83-95, déc. 1777. P- 94).

Mais cet esprit d'invention, il l'exerce surtout dans le domaine de la physique. Déjà, en 1765, alors qu'il est à Amiens, il découvre un moyen d'obvier aux funestes accidents causés par les incendies (Affiches de province, 6 nov. 1765) et fait remettre un Mémoire (imprimé) au ministre par l'intermédiaire de l'intendant, M. Dupleix de Baccancour. Il ne cesse de poursuivre ses recherches pour lutter contre les fléaux non seulement du feu, mais aussi de l'eau, de l'air contagieux, et, à partir des années 1780, il se présente comme «physicien en l'Université de Paris». II met au point «plusieurs machines utiles à la conservation du genre humain» (Supplément à la 4e éd. de L'Art de nager, 1782), qu'il expérimente en public à Paris, expose (comme dans le Salon de la correspondance des sciences et des arts), soumet à l'approbation de sociétés savantes ou présente au ministre (Découverte contre les incendies; les dangers des eaux, 1788) : scaphandres de différentes sortes, pantalon universel de coutil ou taffetas ciré, vêtements de santé propres à abriter de l'humidité, etc.

La Révolution ne ralentit pas son activité. Il adresse à l'Assemblée Nationale des Mémoires sur ses inventions dont il montre les avantages (et les devises) qu'elles pourraient rapporter au pays. Il dépose même sur le bureau de l'Assemblée certaines de ses découvertes (un carton de bureau incom­bustible, par exemple, en févr. 1790), demande des commissaires pour les examiner, assiste à plusieurs séances. Ses Mémoires, plans et inventions, il les offre en «dons patriotiques» (A.E.S., n° 7). Sous la Convention, un commissaire, nommé par la Section du Temple, fait un compte rendu favorable au Comité de la guerre et L. rédige une pétition pour obtenir un local où, avec l'aide de son gendre (qui a travaillé avec succès à la direction de l'aérostat), il pourrait fabriquer les objets de ses découvertes (il en énumère 14 dans une brochure publiée à l'époque), ce qui concourrait au «salut de la République».

En 1790, il reprend, après un an d'intervalle, et en association avec Mme Mouret, auteur des Annales de l'éducation du sexe ou Journal des Demoiselles, la direction du Musée patriotique des Dames qu'il a fondé et où un cours d'études est dispensé à l'adresse des femmes (lectures, expériences de physique, concerts). Il habite alors quai des Miramiones, n° 28. Au temps de la Convention, il demeure rue et porte Saint-Jacques, n° 550.

Situation de fortune

Le prix de la pension qu'il ouvre à Paris en 1768 est de 500 £; il comprend la nourriture, l'éclairage, le chauffage, le blanchissage et les études ordinaires; à chacun des trois précepteurs attachés à la pension, les parents versent, quand l'enfant entre, 6 £. Les maîtres particuliers pour études et exercices extraordinaires se paient séparément (J.E., janv. 1769, p. 84-86).

Une somme de 10 000 £ lui est promise par le gouvernement lorsqu'il compose, sur son ordre, le Journal d'éducation pour l'institution des Enfants de France, ainsi qu'en témoigne une lettre du gouverneur des princes, le duc de Vauguyon. Mais il ne reçoit pas cette somme par suite de l'exil précipité du chancelier, et les contrôleurs généraux successifs en diffèrent le paiement d'année en année. En 1790, L. en fait don à l'Assemblée Nationale (A.E.S., n° 7).

Ses découvertes lui valent certaines gratifications dont le montant n'est pas précisé. C'est ainsi qu'en 1783 il obtient une récompense du magistrat présidant le corps municipal de Paris pour une expérience faite sur la Seine en présence de savants (il s'agit d'un moyen de se garantir du danger des eaux: Mercure de France, 19 juil. 1783). Quand, en 1790, il offre à l'Assemblée Nationale «un mouvement sans fin», il rappelle que, voici 40 ans, le gouvernement a promis 100 000 écus à l'inventeur d'un tel mouvement. S'il mérite le prix, il fait l'hommage de cette somme à la nation (A.E.S., n° 7).

Opinions

Esprit inventif, il semble mû par l'ardent désir de se rendre utile, qu'il s'agisse d'éducation (il souhaite faciliter et abréger le chemin des études) ou de physique: il veut protéger les hommes des fléaux qui les affligent. Par ses recherches, il entre en relation avec les hommes de science et les sociétés savantes. Son Journal d'éducation et sa Nouvelle méthode d'ap­prendre les langues sont notamment approuvés par d'Alembert (lettre du 21 avril 1776) et Buffon (lettre du 26 avril 1776) ces deux lettres sont reproduites dans le J.E. d'octobre 1776 et dans l'Avis très-intéressant aux chefs de famille, s.l.n.d.

Dans ses rapports avec les Assemblées révolutionnaires, il se montre un citoyen soucieux du bien de la nation, animé de l'amour de la justice et de l'humanité. Dès avant la tenue des Etats Généraux, il dresse un plan des abus à supprimer dans toutes les institutions et des moyens d'y remédier (A.E.S., n° 7).

Activités journalistiques

Sa production périodique est exclusivement consacrée à l'éducation :

Journal d'éducation. «Présenté au Roi», janvier 1768-mars 1769 (?), Amiens, Veuve Godart (puis Veuve Caron), Paris, Durand Neveu (et Fetil), Versailles, Fournier, in-8° (D.P.1 635). L'auteur présente le premier volume au roi, au comte de Provence et au comte d'Artois (Journal politique, janv. 1768, p. 51). Entrepris en janvier 1768, le Journal est interrompu, sinon en mars 1769, du moins avant la fin de cette année par des «circonstances critiques»(J.E., juin 1776), peut-être des raisons financières.

Six ans plus tard, L. le fait reparaître d'abord sur le même plan: Journal d'éducation. «Présenté au Roi» (à partir de janvier 1778 : «Dédié et présenté au Roi», janv. 1776 - déc. 1778, Paris, Couturier père et fils). Un Prospectus est publié en janvier 1776, un second l'est en juillet, plus méthodique et dessinant une nouvelle distribution des matières. L'Avis aux souscripteurs (janv. 1776) précise que les précautions les plus sûres ont été prises pour la continuation de l'ouvrage (notamment, l'argent des abonnés est en dépôt conformément aux vues du magistrat). Comme précédemment, L., qui entend tout rapporter aux trois objets de l'éducation (religion, sciences et mœurs), ouvre son Journal aux contributions d'instituteurs et de maîtres de pension (Le Boucq, Percheron, Tresséol, Beaurieu), voire d'élèves. Il n'hésite pas à reprendre certains morceaux publiés en 1768-L769. En avril 1778 (p. 77), il annonce que le Journal contiendra le Mentor de la jeune noblesse, dédié à S.A.S. le duc de Chartres et agréé par ce prince pour l'éducation de ses fils (les ducs de Valois et de Montpensier). Un Prospectus paraît (Paris, d'Houry, 1778) intitulé: Journal d'éducation où sera contenu le Mentor de la jeune noblesse, ouvrage périodique divisé en deux parties, l'une pour les instituteurs et les élèves adolescents fort avancés dans les études; et l'autre à l'usage des enfants qui les commencent. On y apprend que l'auteur s'est associé «les plus habiles instituteurs et quelques autres littérateurs doués d'un goût et d'un talent particulier pour l'institution de la jeunesse». A partir d'octobre, le J.E. répond au nouveau titre et à la nouvelle disposition. Mais les collections actuellement connues ne nous permettent pas de dire s'il s'est prolongé au-delà de 1778.

Dans l'Avis très-intéressant aux chefs de famille, L. se présente comme l'auteur du Journal d'éducation pour les étudiants, «dédié au Roi, et présenté à l'Assemblée Nationale». Dans le n° 4 de 1790 des Annales de l'éducation du sexe, Mme Mouret signale, de son côté, que le J.E. va reparaître (Journal d'éducation publique) et montre combien les circonstances sont favorables puisque l'Assemblée Nationale, soucieuse de réformer tous les abus, aura à cœur de soutenir un ouvrage tendant à la régénération de l'Etat, et que l'auteur n'aura plus «à craindre les vexations des partisans de l'ancien système gothique d'instruction absurde».

Publications diverses

Liste des ouvrages dans le Cat.B.N. ; y ajouter notamment : Eloge de la sincérité, 1754 (ce poème, revu et augmenté, est réimprimé dans le J.E., mars 1778, p. 52 et suiv.). – Système nouveau par lequel on peut devenir savant sans maître, sans étude et sans peine, 1759, in-12 (CL.). – Nouvelle méthode d'apprendre la langue latine (de cette méthode, approuvée par les savants les plus distingués dès 1776, l'Assemblée Nationale se propose de faire usage dans son Plan d'éducation). – Découverte contre les incendies; les dangers des eaux; de l'air méphitique ou contagieux; et de plusieurs maux qui affligent l'humanité. Avec un Supplément contre les dangers des voyages et des chutes, Paris, Demonville, 1788 (B.N., 8° Z Le Senne 8558, 4). – Doléances des écoliers français à l'Assemblée Nationale (le président, Stanislas de Clermont-Tonnerre, en accuse réception dans sa lettre du 18 août 1789; A.E.S., n" 7). – Un ouvrage sur les dangers du fanatisme (approuvé par le Comité d'Instruction publique) ; voir Découvertes importantes, B.N. Vp. 4298. – Divers Mémoires présentés aux Assemblées révolutionnaires. – Divers poèmes (il laisse entendre qu'il fait avec beaucoup de facilité et en très peu de temps quantité d'assez bons vers, J.E., avril 1778): notamment à l'occasion des événements de la Révolution (Poème de la Confédération nationale et fraternelle des Français).

Bibliographie

F.L. 1769 (Q. distingue à tort deux Leroux, l'un maître ès arts, l'autre physicien). – CL., t. IV, 15 sept. 1759, p. 143. – (J.E.) Journal d'éducation, 1768 - mars 1769; 1776-1778. – (A.E.S.) Annales de l'éducation du sexe ou Journal des Demoiselles, 1790, n° 4-8.

Auteur(s) de la notice


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