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Antoine de LERIS (1723-1795)

État civil

Antoine de Léris est né le 28 février 1723 à Mont-Louis, Pyrénées Orientales (B.Un. ; N.B.G.). Son père, Gabriel Léris, décédé en mai 1734, s'était marié en 1720 avec Catherine Locher, décédée en octobre 1752; il était «écuyer» et fut «Gendarme de la garde du Roi» (M.C., LXLX, 664). Signalons qu'un Léris avait été désigné, en mai 1702, comme «Baille» de la ville de Mont-Louis, pour sa « suffisante probité, capa­cité, expérience de judicature» (A.D. Pyrénées Orientales, Ñ 2065). L. avait un frère, Gabriel, receveur des droits d'impériage à Saint-Laurent de Cerdans, près de Perpignan, et une sœur, décédée en 1753, Marie Philippe, mariée à Jean Simon Quidon, huissier à verge du Châtelet de Paris (M.C., LXLX, 664).

L. s'est d'abord marié avec Marie Anne Thérèse Raillard, qui mourut en avril 1758 (M.C., LXLX, 680), puis avec Agathe Jude en novembre 1761 (M.C., XLI, 574), qui disparut à son tour en messidor an VI (M.C., XIX, 914). Du premier mariage de L. naquit un fils, Jean Simon (M.C., LXLX, 680), né en 1747 (M.C., XLI, 574). Avec Agathe Jude, il eut trois enfants: Dominique François Cajetan, «mineur» en l'an IV (M.C., XIX, 914 et LXI, 678), Amandine Charlotte Léontine, mariée à Antoine François Louis Desrozières (M.C., XIX, 914), enfin Cécile Agathe, «mineure» en février 1787, mariée avec Jean Baptiste Charles Hecquet, avocat au Parle­ment (CXII, 809 A). Cécile Agathe, décédée en l'an VI, eut deux enfants : Antoine Félix et Agathe Joachim Louise (M.C., XIX, 914). L. est mort dans sa maison de Dannemois, près de Milly-la-Forêt le 3 octobre 1795 (M.C., LXI, 678).

L. a hérité de son père le titre d'écuyer et cette qualité apparaît assez souvent dans les actes officiels (voir par exem­ple Ars., ms. 4216, f° 1). L., d'origine noble, avait les armes que voici: «D'or à une bande d'azur chargée de 3 coquilles d'argent» (Morenas).

Formation

La B.Un. indique simplement que L. «fut envoyé à Paris pour y faire ses études», probablement des études de droit pour le préparer à sa profession d'huissier.

Carrière

L. commença par évoluer dans les milieux de l'édition: ainsi, en août 1754, le Journal de l'inspecteur d'Hémery le présente comme étant le «garçon de boutique» du libraire Jombert (B.N., f.fr. 22159, f° 55), avec lequel il était encore en contact en novembre 1759 pour la publication du Choix des anciens Mercures (B.N., f.fr. 22134, f° 119) et chez lequel il a fait paraître presque tous ses livres (sans doute des commandes de ce libraire). En 1758-1759, il semble que L. ait plus particulièrement travaillé pour le libraire Rollin.

Cette première période de la vie de L. fut marquée par une certaine indigence, mais tout changea, vers 1760, lorsqu'il parvint à devenir premier huissier de la Chambre des comptes (Ars., ms. 4217, f° 944; 4218, f° 1477-1478). L., en cette qualité, a fait partie, avec le titre de greffier, de la commission qui fut chargée, à partir de 1774, d'évaluer l'apanage du comte d'Artois (Ars., ms. 4216-4218). Il fit aussi l'expertise de la forêt de Bondy pour le roi et le duc d'Orléans (A.N., P 2091). Pendant la Révolution, on a saisi chez lui des documents relatifs à des propriétés de Monsieur, du duc d'Orléans, du duc d'Artois (A.N., T 1682, an II). D'autres documents encore, qui faisaient l'estimation de diverses propriétés de Louis-Philippe d'Orléans, furent saisis chez lui (A.N., T 1640, 12 prairial an II). L. était, semble-t-il, bien connu dans son milieu professionnel, car bon nombre de magistrats de la Cour des comptes, dont le président Nicolay, assistèrent au mariage de sa fille en février 1787 (M.C., CXII, 809 A).

Situation de fortune

Pendant la première partie de sa carrière, jusqu'au moment ou il a pu acheter sa charge d'huissier, L. a vécu assez modestement. En janvier 1753, il habite avec sa mère un deux pièces, au 3e étage d'un immeuble de la rue Pavée, paroisse Saint-André des Arts. La succession de sa mère est évaluée à 442 £. Cependant, Mme de Léris possédait un douaire de 12 000 £; elle avait par ailleurs une rente de 600 £ et avait vendu pour 28 000 £ deux maisons, rue de la Grange Batelière (M.C., LXIX, 664).

En juin 1758 la situation de fortune de L., alors «bourgeois de Paris », s'est quelque peu améliorée. Il vit, avec sa première femme et son fils, quai des Augustins, dans une maison dont le libraire Rollin est le principal locataire : une cuisine, trois pièces dont un cabinet (M.C., LXIX, 680). L'inventaire de ses biens, après la mort de sa première femme, s'élève à 5797 £ (M.C., LXI, 678). L., lui-même, dans une lettre à Malesherbes du 24 novembre 1759, explique qu'il a été contraint d'accep­ter des travaux de librairie pour survivre: «la fortune m'ayant peu favorisé», écrit-il, «j'ai été obligé de chercher et de saisir les occasions de vivre honnêtement par mon travail» (B.N., f.fr. 22134, f° 119).

L'acquisition de sa charge d'huissier a permis à L. de nouer des relations utiles dans le monde des affaires, explication plausible de l'amélioration rapide de l'état de sa fortune. Ainsi, en l'an III, L. a prêté la somme de 30 000 £ (M.C., LXI, 676), tandis que, au début de 1787, L. et sa seconde épouse constituent une avance d'hoirie de 80 000 £ à l'occasion du mariage de leur fille : 5000 £ pour un trousseau et 75 000 £ «pour être employées en l'achat d'un office de judicature» pour le futur mari (M.C., CXII, 809 A). D'autre part, sa demeure, en 1795, est décorée de meubles précieux : «un secrétaire en bois de rose», «une table en console en bois d'acajou», «une pendule Lepaute» (M.C., LXI, 678). Bref, l'ensemble de sa succession est, en 1795, évalué à 24 638 £ (ibid.). En juillet 1780, L. avait acheté pour 14 400 £ une ferme entourée de 190 arpents de terres à Dannemois (M.C. CXII, 755 A; CXII, 806 A).

Opinions

L. fut en relation étroite avec les milieux de l'édition, de la librairie et de la presse : « il passa sa vie au milieu des gens de lettres, dont il se faisait aimer par son caractère modeste et serviable» {B.Un.). L. semble avoir été proche de Cochin fils, «garde des Dessins du Cabinet du Roi», de l'Académie de peinture, à qui il a dédié sa Géographie aisée (1753). Il apparaît d'autre part que L. ne fut pas opposé aux nouvelles formes esthétiques: Le Fils naturel serait une pièce «très intéressante» (Dictionnaire des théâtres, éd. 1763, p. 204).

Trois inventaires après décès permettent de se faire une idée de sa bibliothèque (M.C, XIX, 914, LXI, 678, et LXIX, 680). Celle-ci comprenait environ 900 volumes et se composait d'ouvrages de droit (Montesquieu, d'Aguesseau), de sciences (Nollet, Buffon), d'ouvrages religieux (catéchisme janséniste de Montpellier). L. possédait aussi des ouvrages de littérature (Virgile, Régnier, Voltaire, La Fontaine), mais surtout des textes de théâtre (Molière, Corneille, Destouches, Favart) ou de livres s'y rapportant : Dictionnaire des théâtres des frères Parfaict, Correspondance dramatique de Du Coudray et Dictionnaire dramatique de La Porte et Chamfort.

Activités journalistiques

L. a collaboré au Choix des anciens Mercures, avec un «Extrait du Mercure français» (15 vol., in-12, 1757-1758), puis au Nouveau Choix de pièces tirées des anciens Mercures et des autres journaux (24 t. en 13 vol., in-12, 1758-1760) par Bastide puis Marmontel et La Place (D.P.i 208). Sa collaboration n'est pas tant littéraire qu'administrative comme le suggère par exemple l'Avis du t. XIII du Nouveau Choix, («c'est au sieur L. qu'il faut adresser franc de port, le prix de l'abonnement, et la lettre d'avis») et comme l'indique une lettre de L. à Malesherbes du 24 novembre 1759: «Je ne dois être considéré et ne suis en effet, que le commis du Choiiç. Faire le recouvrement des deniers, payer les frais, être exact à servir le Public, c'est là toute ma mission : je ne vois point les épreuves de cet ouvrage» (B.N., f.fr. 22134, f° 118).

L., qui possédait d'ailleurs dans sa bibliothèque un exem­plaire du Choix (M.C., LXI, 678), travaillait ainsi pour le libraire Rollin, l'éditeur du Choix, chez lequel il habitait (M.C., LXIX, 680 et Choix, t. XIII, Avis). On sait aussi que L. attendait, en novembre 1761, une somme de 3500 £ à récupérer sur le total du versement de Rollin (M.C., XLI, 574), et que l'un des co-auteurs, Bastide, en juillet 1758, dit avoir «perdu, depuis quatre mois, quatre mille livres annuelles que les libraires allaient [lui] payer pour l'ouvrage du Choix» (B.N., f.fr. 22147, f° 12).

L. a également participé à la publication du Nouveau Spectateur de Bastide qu'il connaissait assez bien pour lui devoir 200 £, suivant un billet à ordre payable en avril 1762 (M.C., XLI, 574). Le libraire Rollin a, comme pour le Choix, chargé L. d'organiser l'intendance du Nouveau Spectateur. Cette collaboration n'est attestée que pour les t. II-IV inclus (1758-1759), lorsque son nom apparaît au début de ces trois volumes. Il est possible, mais rien n'est sûr, que L. ait coopéré à la rédaction de ce périodique pour les articles de théâtre dont il était spécialiste: «Deux scènes de comédie» (t. I, p. 37), «Aventure arrivée à la Comédie française» (t. III, p. 235), «Entretien avec un homme profond sur la scène de Comédie insérée dans le Ier Cahier de cet ouvrage» (t. IV, p. 4), et probablement la « Lettre d'un fat au sujet d'une lettre écrite par une Comédienne» (t. VI, p. 416 [410]).

Publications diverses

Les Après-Soupers de la Campagne, ou Recueil d'histoires courtes, amusantes et intéressantes, Amsterdam, Paris, 1759. En collaboration avec Bruix, selon Barbier. – Dictionnaire portatif des théâtres, Paris, 1754, 2e éd. 1763. Le Journal de l'inspecteur d'Hémery signale que cet ouvrage fut d'abord attribué (à tort) au libraire Jombert (B.N., f.fr. 22159, f° 55). – La Géographie rendue aisée ou Traité méthodique pour appren­dre la géographie, Paris, 1753.

Bibliographie

8. F.L. 1769 ; B.Un. ; N.B.G. ; B.H.C. ;D.O.A. ; D.L.F. ; CioriS; CL. – A.D. Pyrénées-Orientales, Perpignan, C 2065 : «Pro­vision de l'office de Baille de la ville de Mont-Louis pour le S. Léris» (26 mai 1702). – B.M. Saint-Germain en Laye, FF 1 h: «Etat pour le compte que [rend] Antoine de Léris [...] au nom et comme curateur de l'interdiction de Jeanne Dia[...]», 2 janv. 1777, 68 f°. – Ars., ms. 4216-4218: « Procès-verbal de l'Evaluation de l'Apanage de Monseigneur le Comte d'Artois», 3 vol. in-folio. – B.N., f.fr. 22134, f° 118-120: lettre de L. à Malesherbes du 24 nov. 1759: f.fr. 22147, f° 12: «lettre de Bastide à Malesherbes, 4 juil. 1758; f.fr. 22159, f° 55: Journal de l'inspecteur d'Hemery, août 1754. – A.N., P 2091, T 1640, T 1682: «Procès verbal d'enlèvement des papiers d'émigrés chez le citoyen L.», an IL – A.N., M.C., V, 680, 17 sept. 1775; VI, 881, 30 avril 1793; XVIII, 890, 12 juin 1790; XIX, 914, 19 messidor an VI: inventaire après-décès de la veuve de L. ; XLI, 574, 7 nov. 1761: contrat de mariage entre L. et A. Jude; LXI, 676, 16 messidor an III; ibid., 678, 6 brumaire an IV : inventaire après-décès de L. (6 brumaire) ; LXIX, 664, 23 janv. 1753; ibid., 680, 21 juin 1758; CXII, 795 A, 12 juil. 1780; CXII, 809 A, 13 sept. 1785 et 11 févr. 1787: contrat de mariage de la fille de L., 11 févr. – Jougla de Morenas H., Grand armoriai de France, Paris, 1934-1952, t. IV, n° 21575.

Auteur(s) de la notice


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