480

Charles LECENE (1647-1703)

État civil

Charles Lecène est né à Caen en 1647. Il épousa vers 1681 Esther Pallier. De cette alliance, il eut au moins un fils, Michel Charles, né en 1683 ou 1684, et une fille, qui naquit en 1692.

Formation

Après avoir fait ses études d'humanités dans sa ville natale, il se rendit en 1667 à l'Académie de Sedan où il étudia la théologie sous la direction de Louis Le Blanc de Beaulieu. Le 15 avril 1669, il quitta Sedan et retourna à Caen où il fut pendant quelques semaines proposant de l'Eglise Réformée. Dès le 15 août 1669, il partit pour Genève, s'y fit inscrire à l'Académie (15 octobre 1669) et poursuivit ses études de théologie. A la fin de 1670 ou au début de 1671, L. se rendit à Saumur. A l'Académie de cette ville, il découvrit une théologie plus libérale.

Carrière

Ayant terminé ses études en mars 1672, L. commença une carrière ecclésiastique comme ministre du Saint Evangile. Son premier poste reste inconnu, mais dès 1672 il fut appelé à Honfleur où il desservit l'église jusqu'en septembre 1682. Il partit alors pour Paris. A sa demande il fut nommé pour une année pasteur à Charenton. Soupçonné de conceptions pélagiennes, il demanda lui-même son congé. Après que le consistoire de Charenton lui eut demandé sa démission le 13 septembre 1683, sans condamnation définitive, il retourna à Honfleur.

Le 4 janvier 1685, le roi lui permit de quitter la France pour chercher fortune en Angleterre. Avant de se rendre à Londres, L. avait encore essayé de trouver un poste dans les Provinces-Unies par l'entremise de Jean Leclerc, mais sans succès. Nous ignorons presque tous les détails sur son premier séjour en Angleterre qui commença au printemps de 1684. Il semble y avoir cherché un poste à l'Eglise Anglicane, mais son refus de se faire ordonner prêtre de même que le soupçon d'avoir des sympathies sociniennes firent échouer ses projets. Il quitta l'Angleterre à l'automne de 1686 et se rendit aux Provinces-Unies. A nouveau il eut des difficultés pour trouver un poste dans le milieu ecclésiastique, d'autant plus qu'il se refusa à signer un acte promulgué par les Eglises wallonnes qui condamnait le pajonisme. Aussi L. a-t-il probablement gagné sa vie dans des centres d'éditions tels que Rotterdam et Amsterdam, sans poste fixe, en corrigeant les épreuves et en publiant ses propres manuscrits. En 1694, il s'établit de nouveau en Angleterre où il a rempli une fonction, semble-t-il, à l'église anglicane de Cantorbery. Il perdit cependant cette fonction en 1696 à cause de son hétérodoxie. En 1697, il tenta encore en vain de fonder une Eglise socinienne et arminienne à Londres. Il mourut en mai 1703 à Londres.

Opinions

L'oeuvre de L. respire une tendance socinienne très nette. En même temps et pour des raisons qui se laissent deviner, il défendit vivement la tolérance à l'égard des opinions hétérodoxes, notamment dans : Conversations sur diverses matières de religion. Où l'on fait voir la tolérance que les chrétiens de différens sentimens doivent avoir les uns pour les autres, et où l'on explique ce que l'Ecriture Sainte nous dit des alliances de Dieu, de la justification et de la certitude du salut. Avec un traité de la liberté de conscience, Philadelphie, T. de S. Amour, Amsterdam, Savouret, 1687. Cet ouvrage qui parut anonymement se compose de 5 traités parmi lesquels il y en avait un (Vindiciae pro religionae libertate, 1637) de la main du socinien John Crellius, qu'il avait traduit en français. A la bibliothèque de l'Université d'Amsterdam sont conservées deux lettres de Jean Leclerc à L. de l'année 1685.

Activités journalistiques

Après le départ de Jean Cornand de La Crose pour l'Angleterre en 1689, L. succéda à ce dernier comme collaborateur de Jean Leclerc, qui rédigeait ces années-là la Bibliothèque universelle et Historique. Abstraction faite des articles VIII et XV et de la préface, de la main de Leclerc lui-même, L. rédigea tout le tome XIII, couvrant la période avril-juin 1689. Jean Leclerc fut très mécontent du travail journalistique de son nouveau collaborateur et il le fit savoir à John Locke dans sa lettre du 5 juillet 1689 : «M. Le Cène qui a fait le volume XIII, l'a fait si misérablement, que malgré les corrections infinies que j'y ai faites, j'en ai honte moi-même» (Correspondence of John Locke, éd. E.S. de Beer, Oxford 1978, t. III, p. 641-642 .). Ainsi cette collaboration se limita-t-elle à ce seul tome de la Bibliothèque universelle et historique. Ce fut en même temps la seule activité journalistique de L.

Publications diverses

A cause de leurs idées toutes hétérodoxes, les ouvrages théologiques de L. furent publiés dans les Provinces-Unies : De l'Etat de l'homme après le péché et de sa prédestination au salut, Amsterdam, H. Desbordes, 1684. – Entretiens sur diverses matières de théologie, où l'on examine particulièrement les questions de la grâce immédiate, du franc arbitre, du péché originel, de l'incertitude, de la métaphysique et de la prédestination, Amsterdam, H. Wetstein, 1685, dont une partie est de la main de J. Leclerc. Cet ouvrage fit beaucoup de bruit en Europe à cause de ses opinions osées. – Conversations, voir ci-dessus. – Projet d'une nouvelle version françoise de la Bible, Rotterdam, P. van der Slaart, 1696. Bien que cet ouvrage eût été vivement critiqué par Jacques Gousset dans les Considérations théologiques et critiques sur le Projet d'une nouvelle version françoise de la Bible, Amsterdam, 1698, il fut deux fois réimprimé (1705 et 1722). C'est seulement après la mort de L. que son fils Michel-Charles fit publier à Amsterdam en 1741 la version intégrale de la Bible, sous le titre : La Sainte Bible contenant les livres de l'ancien et du nouveau Testament : nouvelle version française.

Bibliographie

Haag. – Lecène M.C., «Avertissement de l'éditeur»,en tête de La Sainte Bible, Amsterdam, 1741. – Vercruysse J., «Crellius, Le Cène, Naigeon ou les chemins de la tolérance socinienne», Tijdschrift voor de Studie van de Verlichting, 1973, p. 244-320. – Briggs E.R., «Les Manuscrits de Charles Le Cène (1647?-1703), dans la Bibliothèque de la Huguenot Society of London», Tijdschrift voor de Studie van de Verlichting, t. V, 1977, p. 358-378. – Bots H. et al., De Bibliothèque universelle et historique (1686-1693), Een periodiek als trefpunt van Geletterd Europs, Amsterdam, 1981, p. 49-59.

Auteur(s) de la notice


Ce dictionnaire est mis à disposition du public avec l'aimable autorisation de la Voltaire Foundation

Site mis en ligne par le IHRIM UMR 5317 et l'ISH USR 3385 - Mentions légales - Remerciements - Contacts - Se connecter - Créér un compte

IHRIM   ISH