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Antoine LE CAMUS (1722-1772)

État civil

Antoine Le Camus est né à Paris le 12 avril 1722 (B, p. IV ; N.B.G.) de Nicolas Le Camus, major des Gardes de la ville de Paris et de Françoise Carbonnet (Chereau, p. 307). Il était l'arrière-petit-fils du botaniste Sébastien Vaillant (B, p. XIII). L. avait un frère, Louis Florent, qui publia Le Négociant (D.P.1 975). L. est resté célibataire : «Ce n'était pas misanthropie de sa part : c'était encore moins amour de libertinage, mais bien de la liberté» (B, p. XVIII). Tombé malade au milieu de l'année 1771, L. «crut d'abord qu'il devait abandonner à la nature la guérison de sa maladie» (B, p. XVIII). Il s'abstient de toute médication, sa maladie empire, il consulte ses confrères, mais il meurt, «en bon chrétien», le 2 janvier 1772 (B p. XVII-XVIII ; N.B.G.). L. est inhumé en l'église Saint-Séverin (Chereau, p. 307). «Il est mort au milieu de sa carrière, pleuré de ses amis, regretté de ses confrères, des gens de lettres, et universellement de tous les hommes de bien. Son génie lui avait acquis une grande réputation et sa franchise beaucoup d'ennemis» (Journal économique , fév. 1772, p. 136). «Sa figure sans avoir rien de beau en général ne pressentait non plus rien de désagréable. Ses traits étaient allongés. Ses yeux pétillants et bien fendus, marquaient assez le feu de son imagination [...]. Son commerce était doux dans la société [...]. Il possédait toutes les vertus d'un vrai Philosophe, et toutes les qualités de ce qu'on appelle un honnête homme» (B, p. XVIII). Le Cabinet des Estampes de la B.N. possède deux portraits de L., l'un par Santerre et Dagoty, l'autre par Suvée et Née (J. Le Long, 162).

Formation

L. fit «toutes ses études» au Collège de Clermont où, en rhétorique, il a été l'élève du P. Porée, duquel «il prit ce goût pour la poésie et cette aisance à versifier» (B, p. IV). Il fit son cours de philosophie au Collège d'Harcourt et eut l'astronome P. Le Monnier, membre de l'Académie des Sciences, pour professeur (ibid.). Maître ès-arts en 1739, L. entreprend des études à la Faculté de Médecine de Paris sous la conduite d'Antoine Ferrein, plus tard adjoint à l'Académie des Sciences et Professeur au Collège Royal : «les progrès que fit [L.] en peu de temps furent bien capables d'honorer les leçons du Professeur». Il est reçu Bachelier en médecine en 1742 (ibid.). En licence, il est chargé par ses camarades de prononcer l'acte public des paranymphes, éloge public des candidats. Il s'en acquitta en vers francais, «et il eut la satisfaction d'avoir pu dérider la médecine» en cette occasion (p. V-VI). L. fut reçu docteur en médecine le 2 octobre 1744 (Chereau, p. 307) et non en 1742 comme l'indique la N.B.G. ; en cette circonstance, il montra comment il concevait son métier de médecin (B, p. VI).

Mais L. n'arrêta pas là ses études. Il commenca par dédier à la Faculté un poème intitulé Amphitheatrum Medicum (1745), composé pour célébrer l'inauguration de l'Amphithéâtre rénové, puis il soutint deux thèses en 1745 et en 1746 (B, p. XXI) en vue de l'obtention du titre de Docteur Régent de la Faculté.

L. était membre de l'Académie royale de La Rochelle et de la Société littéraire de Chalons-sur-Marne (1756). Il est en outre membre honoraire de l'Académie royale d'Amiens en 1757 (F.L. 1769, t. I, p. 46, 78, 129, 205 et B, p. XI). A la mort de Ferrein en 1769, il se présenta au siège qu'occupait son maître à l'Académie des Sciences, mais il échoua dans cette entreprise (B, p. XVI).

Carrière

L. a mené une double carrière de professeur et de médecin. Il fut nommé en 1762 professeur à la Faculté de Médecine ; il ouvrit son cours (21 nov.) par un discours en latin, «très applaudi», sur les moyens de pratiquer avec succès la médecine à Paris (B, p. XX). A partir de 1766, L. occupe la Chaire de chirurgie en langue française de la même Faculté. Dans sa leçon inaugurale, il entend prouver que «la chirurgie n'est point un art difficile» (ibid.). L. était enfin Agrégé honoraire au Collège royal des Médecins de Nancy (1768 ; B, p. XIV).

L. eut, avec d'autres, l'intention de fonder une «Société académique», où l'on aurait fait des conférences, lu des mémoires, formulé des observations sur la médecine. Ce projet, dont L. était «l'un des plus zélés partisans», n'aboutit pas, essentiellement à cause de l'hostilité de la Faculté.

En tant que médecin, L., partisan résolu de l'inoculation, eut l'idée en 1770 de faire «élever un hospice pour l'inoculation tant pour l'utilité que pour la sûreté publique». Cet hôpital était situé au Grand Charonne (L., Maison d'inoculation, 1771, p. 2). Dès les premières inoculations (mars 1771), les habitants du lieu s'inquiétèrent, adressèrent des plaintes à l'Administration qu'ils surent faire appuyer «du crédit de personnes puissantes», si bien que L. fut obligé de se «défaire promptement et avec perte d'un hospice qu'il n'avait établi que pour le bien de ses concitoyens» (B, p. XVII).

Sans se décourager, L. persévère dans ses entreprises hospitalières. La même année, il rédige avec Cambotte un projet de «Maison de santé», dont le but est exclusivement philanthropique. Il s'agissait de «fournir des lits propres, des gardes [...], un garçon chirurgien». Le prix de la pension est fixé a 4 £ par jour, mais on ne paie ni le médecin ni le chirurgien. La consultation pour les pauvres est gratuite. L. conclut que «l'humanité seule a dicté l'Etablissement d'une Maison où les Malades gagneront beaucoup du côté de la dépense, l'exactitude et de l'administration sûre et prompte des remèdes et aliments sous l'oeil des Ministres de Santé» (L., Maison de Santé, 1771, p. 2-3).

L. a demeuré rue du Four, «près la Croix Rouge» (A.R., 1765, p. 362), puis rue du Foin, «vis à vis la rue Bouterie» (ibid., 1772, p. VI).

Situation de fortune

L. s'est peut-être enrichi dans la pratique de son art, car c'était un médecin célèbre : Bourru évoque «le nombre considérable de malades qui prenaient ses conseils par écrit ou de vive voix» (p. VII).

Opinions

L. s'est toujours élevé contre le dogmatisme, le principe d'autorité, l'habitude dans la recherche médicale : il remarque que l'on s'est souvent déterminé «par prévention, par système, par routine, sans réflexion précise, sans examen particulier, sans jugement certain» (Journal économique, mars 1754, p. 124) ; on jurait «sur la parole de son maître et tout était décidé par son autorité» (L., Mémoires sur divers sujets de médecine, 1760, p. VI). Cependant L. se félicite que désormais «on pense qu'Aristote, aussi bien que les plus célèbres auteurs, ont pu se tromper» (ibid.). Et tout naturellement, pour lui, «le Scepticisme limité est la mesure de la raison [...]. Ce n'est que depuis que Descartes a introduit le doute dans la Philosophie, que les Sciences ont fait des progrès et que la raison humaine s'est perfectionnée» (Médecine pratique, t. I, Préface, p. IX). Aussi, écrit-il, «je suis exactement le précepte que j'ai donné de ne voir que par ses propres yeux» et «je tache seulement à engager les étudiants à se méfier de l'autorité [...]» (ibid., p. IX et X). Cette attitude novatrice de L. se retrouve évidemment dans ses travaux médicaux. C'est ainsi qu'il se prononce contre l'abus des drogues dans la thérapie, encourage les femmes à allaiter leurs enfants (Journal économique, mai 1755, p. 133). Dans quelques articles de ce même journal (mai 1755, p. 124 et suiv. ; juin 1755, p. 114), L. attaque vigoureusement l'abus de la saignée. Ces positions critiques ne lui firent pas que des amis. Au sujet de son opinion sur la saignée, il fut dénoncé, en compagnie d'un autre praticien, Marteau, dans une assemblée de médecins ; «il fut traité de novateur, de sectaire. On fit plus, pour le rendre vraiment criminel, on l'accusa d'avoir vomi des injures contre la Médecine et contre les Médecins» (B, p. IX-X). Signalons enfin que dans la querelle de l'inoculation, L. prit position pour cette pratique (Maison d'inoculation, 1771, p. 1).

Dans la Préface de la Médecine de l'esprit, L. entend écarter toute ambiguïté : il rejette à l'avance une éventuelle accusation de «matérialisme» qu'une de ses affirmations («je sais que par des causes vraiment méchaniques l'âme est aidée», Préface, p. IX) pouvait laisser supposer. Il affirme la spiritualité de l'âme et l'existence de Dieu (ibid., p. IX et X). Dans un premier temps les Mémoires de Trévoux prennent acte de cette profession de foi de L. : cette «précision» ne «laisse aucun nuage sur la religion et sur ses intentions» (avril 1753, p. 883). Mais dans un second temps, ce même journal observe que L. s'est trop «asservi» aux idées de Locke, qu'il développe «avec complaisance» (juin 1753, p. 1392).

Enfin, L. est entré en polémique avec Fréron au sujet du compte rendu qu'avait fait celui-ci de la Bibliographie médicinale de P.J. Du Monchaux que le critique attribuait à tort a L. Ainsi la Médecine de l'esprit serait une «production grotesque», et l'éloge qu'on fait de cette Bibliographie serait entaché d'«une sorte de ridicule» (L'Année littéraire, 1756, t. VII, p. 47 et 49). L. répond à Fréron dans le Journal économique d'octobre 1756 en disant qu'il n'est qu'un «zoïle» «qui cherche à décourager les talents» (p. 104).

L. a dédié sa Médecine pratique (1769) à Christian VII, roi du Danemark et de Norvège, et sa Médecine de l'esprit (2e éd., 1769) au Marquis de Paulmy.

Activités journalistiques

L. a collaboré au Journal économique du début de 1753 et régulièrement jusqu'en 1765 compris (F.L., t. V, p. 38 ; B.Un. ; D.P.1 729). Outre la publication de mémoires médicaux dans ce journal, L., tous les mois, rédigeait «des notes sur les maladies régnantes dans cette Capitale, l'analyse des thèses soutenues aux Ecoles de Médecine, l'annonce de différents ouvrages de Médecine à mesure qu'ils paraissaient» (Journal économique, févr. 1772, p. 136). Il est à signaler qu'il a fait paraître encore un dernier article dans ce même périodique en août 1769. La plupart des mémoires médicaux de L.C. ont été tirés à part, ou ont été recueillis dans ses Mémoires sur divers sujets de médecine, 1760.

De plus, L. a traduit en prose le Praedium rusticum du P. Vanière ; ce travail a paru en livraisons mensuelles de janvier 1755 à avril 1756, mais Barbier (D.O.A., t. II, p. 1037) indique que cette traduction serait en réalité du P. Antonin Boudet.

La collaboration de L. au Journal économique semble avoir été fort prisée des lecteurs. La B.Un. remarque qu'il traita sa partie «avec beaucoup de talent». De son côté, Du Monchaux écrit que le Journal économique «est très utile aux Médecins [...] ; on y voit toujours avec plaisir ce que le zèle et surtout l'amour de l'humanité dicte au sage médecin, auteur des articles les plus intéressants qu'on y trouve. Et d'ailleurs la plume légère de M. L. jette sur les choses les plus abstraites un air de gaîté qui plaît autant qu'il attache» (Bibliographie médicinale, p. 208-209). Enfin Eloy, après Bourru, fait observer que «ses Mémoires étaient écrits avec la franchise d'un honnête homme, le style d'un Lettré, le feu d'un Médecin de génie» (p. 524).

Publications diverses

L. est l'auteur de nombreux mémoires de médecine, dont on trouvera la liste dans la F.L. et dans le Tableau chronologique des ouvrages imprimés de Me Ant. Le Camus (B, p. XIX-XX). Ses deux ouvrages scientifiques essentiels sont La Médecine de l'esprit (1753, 2 vol., 2e éd. 1769) et La Médecine pratique rendue plus simple, plus sûre et plus méthodique (2 vol., 1769 et 1772). Par ailleurs, L. a publié plusieurs oeuvres littéraires, des traductions, un poème latin déjà cité, un roman, Abdeker, ou l'art de conserver sa santé (1748, 1754-1756, 1774, 1790-1791), trois comédies (F.L., Brenner, n° 8186-8187). Parmi les manuscrits qu'il a laissés, on relève des Mémoires de médecine, des additions à ses ouvrages déjà parus, un poème latin, Bibliothecae poema ab Antonio le Camus (1744), des Recherches sur l'histoire de l'Isle de Cos (catalogue des ouvrages mss. de L. dans Bourru, p. XXI). La B.N. a de lui un autre ms. qui ne figure pas dans ce catalogue : Compendium Botanices juxta Doctoris Tournefort Systema a Doctore Le Camus [...], 1763, in-12, 186 f. (n.a.fr. 4644).

D'une façon générale, on peut dire que ses ouvrages littéraires et scientifiques furent particulièrement bien accueillis de la critique du XVIIIe siècle. Pour l'abbé Sabatier, L. est un «homme d'esprit» et un «Ecrivain élégant» (Trois Siècles, t. I, p. 435). En août 1760, le Journal de médecine le présente comme «un homme d'esprit qui [joint] à l'aménité du style du feu et une imagination agréable» (t. XIII, p. 100). Dès ses débuts, en novembre 1745, les Mémoires de Trévoux avaient cru déceler en lui «un homme sçavant, instruit des règles et de l'histoire de son art, plein de la lecture des anciens» (p. 2082).

Bibliographie

B.Un., D.O.A., F.L. 1769 et Supplément 1784, Lelong, t. IV, p. 107, n° 46070 ; Ersch ; Feller-Weiss, N.B.G., B.H.C. – B.N., f.fr. 22085, f° 2 ; n.a.fr. 1180, f° 48 et 4644. – Journal économique, mars 1754, p. 102 ; mai 1755, p. 125 ; fév. 1772, p. 136. – Journal de médecine, juillet 1754 (2e éd. 1783, p. 5-20) et t. XIII, p. 99 ; t. XXXI, p. 565 ; t. XXXIV, p. 1. – Le Roux des Tillets J.J., Table indicative [...] du Journal de Médecine, 1788, in-4°. –Médecine de l'esprit, 2e éd., 1769. – Médecine pratique, 2e éd., 1772. – L'Année littéraire, 1754, t. I, p. 173 ; 1756, t. VI, p. 38. – Lettres sur quelques écrits de ce temps, 1752, t. VII, p. 339 et 1753, t. VIII. p. 121. – Mémoires de Trévoux, nov. 1745, p. 2071 ; avr. 1753, p. 881 ; juin 1753, p. 1389 ; sept. 1760, p. 2227. – Journal des Beaux-Arts et des Sciences, mars 1768, p. 378, 2335 etc. ; mai 1769, p. 353 ; mai 1773, p. 362. – Voltaire, Correspondence, éd. Bestermann, D 14654. – Du Monchaux P.J., Bibliographie médicale raisonnée, 1756, p. 208-209.- (B) Bourru E.C., «Eloge historique de Me A. Le Camus», dans L., Médecine pratique, 1772, t. II, p. I-XVIII. - Eloy N.F.J., Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne, Mons, 1778, t. I, p. 523-526 et t. II, p. 223-224. – Sabatier de Castres A., Trois Siècles de la littérature, éd. 1781, t. I, p. 435-436. – Lelong J., Liste générale et alphabétique des portraits gravés des Français et Françaises illustres jusqu'à l'année 1775, 1809. – Bayle A.L.J. et Thillayre, A., Biographie médicinale, 1855, t. II, p. 466-468. – Chereau A., Le Parnasse médical français ou Dictionnaire des médecins poètes de la France, 1874, p. 307-310. – Delaunay P., la vie médicale au XVIe, XVII et XVIIIe siècles, Paris, 1935.

Auteur(s) de la notice


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