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Louis LA VERGNE DE TRESSAN (1705-1783)

État civil

Louis Elisabeth de La Vergne de Tressan est né le 5 octobre 1705 (B.Un., Oeuvres, t. XI, p. 3) ou le 4 novembre (Q. ; Cordorcet, p. 111) au Mans, de François de La Vergne-Tressan et de Madeleine Brulart de Genlis. Sa famille paternelle était d'origine languedocienne, devenue protestante puis reconvertie sous Louis XIII. Le grand oncle de Tressan fut archevêque de Rouen et grand aumônier du duc d’Orléans ; une grand tante, la duchesse de Ventadour, fut gouvernante du jeune roi Louis XV (Kafker, 366). Il épousa Charlotte Michel Russell en 1744, après la naissance de deux de leurs enfants (Kafker, 367). Sa fille devint la femme du marquis de Maupeou, et un de ses fils, l'abbé de Tressan, fut littérateur. T. mourut à Paris le 31 octobre 1783 (ou le 1er novembre : Oeuvres, t. XI, p. 44).

Formation

T. fit ses premières études à La Flèche et Louis-le-Grand ; il fut envoyé à treize ans à la cour pour achever sa formation avec le jeune roi. Voltaire, Montesquieu et Fontenelle figuraient parmi ses relations au cercle du Palais-Royal, et il fréquenta les salons de Mme Doublet et de Mme de Tencin. Au cours d'un voyage d'Italie, T. découvrit les romans de chevalerie dans la bibliothèque du Vatican. De retour en France, il fut admis à la cour de la reine Marie Leszcynska, dont le père devint par la suite son protecteur. T. brigua longtemps une place à l'Académie française, qu'il n'obtint qu'en 1781. Associé libre de l'Académie des Sciences en 1750 ; membre de la Société royale de Londres, des académies de Berlin, Edimbourg, Montpellier, Caen, Rouen. Fondateur principal de celle de Nancy, et prononce le discours d’ouverture. Franc-maçon pendant dix ans au moins, à partir de 1737.

Carrière

Sa carrière militaire fut brillante : colonel au régiment du roi à dix-sept ans ; maître de camp dans le régiment du régent ; aide de camp pour le duc de Noailles, maréchal de camp en 1744 ; blessé à Philisbourg et Fontenoy ; lieutenant-général en 1747. Gouverneur du Toulois et de la Lorraine française en 1750, de Bitche plus tard. Il ne joua pas de rôle dans la guerre de 1756. Grand-maréchal du logis du roi Stanislas pendant plus de 20 ans. Commandeur de l'ordre de Saint-Lazare. Ami du marquis de Paulmy, qui rédigea la Bibliothèque universelle des romans dès 1775, T. en fut l'un des principaux collaborateurs. Ses extraits de romans de chevalerie devinrent une des rubriques les plus goûtées du périodique. Une querelle avec le marquis survenue quand T. sut que certains de ses textes avaient été altérés semble avoir provoqué le départ de Paulmy en 1778 (Martin, 7).

Situation de fortune

Les frais de garnison et le faste diminuèrent sa fortune plutôt modique, qu'il avait néanmoins refusé de réparer par un brillant mariage (Oeuvres, t. XI, p. 33, 16). Ayant perdu ses traitements de lieutenant-général sous Choiseul, T. se réfugia à Lunéville où il fut très lié avec le roi Stanislas. Cependant T. n'eut pas de legs à la mort de son protecteur, ce qui l'obligea de vivre longtemps à la campagne notamment à Nogent l’Artaud en Champagne, et à Fraconville. Dans ses dernières années il dut réduire son train de vie pour payer des dettes et maintenir deux fils au service (Oeuvres, t. XI, p. 42-43). Sa participation à la Bibliothèque universelle des romans serait en partie motivée par l'état de ses finances (Poirier, 17).

Opinions

Prévenant et aimable, T. fut aussi capable de méchancetés : Boufflers l'appela «une guêpe qui se noie dans du miel» (B.Un.). Il s'attira très tôt des ennemis par des satires et épigrammes, et la brusque fin de sa carrière militaire serait due à des couplets qu'il fit contre la duchesse de Chateauroux et que Louis XV ne lui pardonna jamais (Poirier, p. 16, n° 29). Un Jésuite, le P. de Menoux, dénonça à la reine un discours sur le progrès des sciences prononcé par T. à l'académie de Nancy. Il sut se défendre en obtenant des approbations de l'évêque de Toul et de la Sorbonne (Oeuvres, t. XI, p. 30-31). T. se montra parfois hypocrite quand il essaya de ménager des amis appartenant à des camps différents. Sur la demande du roi Stanislas, T. appuya Fréron devant Malesherbes, puis traita le journaliste de «poliçon» dans une lettre à d'Alembert, qui fut publiée (Kafker, 368). D'Alembert lui demanda de faire expulser Palissot de l'académie de Nancy, ce que T. ne put faire ; il dut se réconcilier ensuite avec ce protégé des cours à Lunéville et Versailles. T. attaqua Palissot de nouveau dans l'article «Parade» au t. XI de l'Encyclopédie (il avait déjà fourni trois articles sur l'art militaire au t. VII) ; il nie ensuite sa participation à Palissot, tout en désavouant avec d'Alembert son amitié envers un adversaire des philosophes (Kafker, 368-369 ; Palissot, 432-433). Auteur d'un traité sur l'électricité, Tressan s'intéressait à l'histoire naturelle, surtout à la botanique. Il entretint une correspondance avec plusieurs grands scientifiques (Maupertuis, La Condamine, Réaumur, Bernouilli, Haller) ainsi qu'avec des philosophes et des hommes d'état (Voltaire, Rousseau, Frédéric II ; v. Mercure, p. 121).

Activités journalistiques

Dans le Mercure : «Lettre à M. l'abbé Raynal», p. 87-101 ; mars 1754, «Discours dédicace de la statue de Louis XV à Nancy», janv. 1756, p. 83-96 , «Lettre», oct. 1774, p. 173-177.

Dans la Gazette littéraire de l'Europe : «Extrait d'une lettre [sur la mort du nain du roi Stanislas]», t. II, p. 59-63 (1764).

Il fut l'un des principaux rédacteurs Bibliothèque universelle des romans (voir art. Paulmy et Bastide). Avec Paulmy et Legrand d'Aussy, il fournit les extraits de romans jusqu'au XVIe siècle. Voir Martin, Index, p. 458, pour la liste de ses contributions, dont celles-ci furent publiées à part : Amadis de Gaule, p. 3-132 (I, vi, 1779) ; Histoire du petit Jehan de Saintré, p. 65-226 (II, i, 1780) ; Histoire de Tristan de Léonois, p. 53-238 (I, iv, 1776).

Publications diverses

Cior 18, n° 62192-62226 : Q., t. IX, p. 548-549, D.L.F.

Bibliographie

Q., N.B.G., B.Un.,D.L.F.. – Kafker F.A. et S.L., The Encyclopedists as individuals : a biographical dictionary of the authors of the Encyclopédie, S.V.E.C. 257, 1988, p. 366-370. – Vie dans Oeuvres choisies, Paris, Desray, 1791, t. XI, p. 3-55. – Eloge dans Condorcet, Oeuvres, Stuttgart et Bad Cannstatt, F. Fromann Verlag, 1968 (réimp. de l'éd. de Paris, 1847-1849), t. III , p. 110-120. – Imbert, «Nécrologie», Mercure, janvier 1784, p. 117-123. – Mémoires inédits de Mme la Comtesse de Genlis, sur le dix-huitième siècle et la révolution française, depuis 1756 jusqu'à nos jours, Paris, Ladvocat, 1825, t. III, p. 316-318. – Palissot de Montenoy C., Mémoires pour servir à l'histoire de notre littérature, depuis François 1er jusqu'à nos jours, Paris, Gérard, 1803, t. II, p. 427-434, 492-497. – Poirier R., La Bibliothèque universelle des romans : Rédacteurs, Textes, Public, Genève, Droz, 1976. – Martin A., La Bibliothèque universelle des romans. 1775-1789. Présentation, table analytique, et index, S.V.E.C. 231, 1985.

Auteur(s) de la notice


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