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Pierre de LA PLACE (?-?)

État civil

Pierre Antoine de La Place est né à Calais le 1er mars 1707 de Pierre de La Place (1676-1724) et de Jeanne Lauret ou Loret (Cobb, app. IV, p. 212). Selon le certificat produit le 12 juillet 1743 par Jean Charles de La Place-Torsac, il était descendant direct de Pierre de La Place (1520?-1572), historien, président de la Cour des Aides, massacré lors de la Saint-Barthélémy. La veuve du magistrat s'établit à Calais en 1572 ; son petit-fils, Pierre de La Place, père de L., fut juge-consul et directeur de la Chapelle Notre-Dame de Calais (voir le mémoire consacré à Pierre de La Place dans Pièces intéressantes et peu connues, t. III, p. 342-361, confirmé par Cobb, appendix, p. 212-213). L. épousa le 27 juillet 1733, Jeanne Thérèse Martin, fille d'un chirurgien des hôpitaux du roi à Aire-sur-la-Lys (Cobb, p. 214) ; il en eut une fille, mentionnée par Collé (cité par Cobb, p. 18). Il mourut à Paris le 10 mai 1793 (article nécrologique de La Harpe, dans le Mercure du 20 juillet 1793). Il signe «De La Place» ou «Delaplace», «M.D.L.P.», parfois accompagné de «Picard» ou «bourgeois de Calais».

Formation

Il fut élevé «conformément aux Edits de Louis XIV, concernant les Réformés, au collège des Jésuites Anglois de Saint-Omer» où il demeura de 1714 à 1721 (P.I., t. III, p. 131 ; Cobb, p. 12-13). L'enseignement y était donné en langue anglaise. «Quoique peu familiarisé avec la langue française», il entreprit, au sortir du collège, d'écrire une tragédie imitée de Racine (P.I., t. III, p. 131-132 ; Cobb, p. 14 et suiv.). Il fit des études de droit à Paris en 1733 et devint avocat à Arras ; il fut l'un des premiers membres de la société littéraire d'Arras (1737), plus tard Académie d'Arras.

Carrière

Elu député des états d'Artois vers 1740 (P.I., t. V, p. 52 ; t. VII, p. 54) pour la bourgeoisie, car il ne possédait pas de «terre à clocher» (P.I., t. VII, p. 306), il s'installe à Paris pour le reste de ses jours ; il démissionna de l'académie d'Arras en 1745 (Cobb, p. 26). Dès 1735, il s'était fait «l'écolier de Voltaire» (lettre à M. de B., citée par Cobb, p. 20-21 ; réponse de Voltaire le 14 nov. 1735). Il débuta au théâtre avec une imitation d'Otway, Venise sauvée (5 déc. 1746), usa de l'influence du maréchal de Richelieu, ami de son père, pour faire jouer Adèle de Ponthieu (8 avr. 1757), tenta vainement de faire reprendre ses tragédies à la Comédie Française (6 lettres ms. aux Archives de la Comédie Française, cf. Cobb, p. 214), et se résigna à faire carrière de traducteur et de journaliste.

Situation de fortune

Jusqu'en 1760, il vécut surtout de ses traductions (Le Théâtre anglais, 1745-1749, en 8 vol. ; Le Véritable Ami ou la Vie de David le simple de Fielding, en 1749 ; Histoire de Tom Jones de Fielding en 1750, etc.). Marigny, frère de la marquise de Pompadour, le chargea en 1759 de traduire, dans le plus grand secret, une biographie de la marquise, parue à Londres (The History of the Marchioness of Pompadour, Londres, 1759-1760, 3 part. en 1 vol.). En fait, l'ouvrage avait été écrit en français par Mme de Fauques, ou de Falques, et fut imprimé à Amsterdam, dans le texte d'origine, dès 1759 (voir Quérard, art. «Fauques») ; le travail de La Place, inutile, fut désavoué par Marigny. C'est Mme de Pompadour qui l'en récompensa, selon La Place lui-même, par le brevet du Mercure («Anecdote persanne», P.I., t. II, 312-320).

Le Mercure lui assura une existence confortable. Il prit la direction du journal en février 1760, succédant à Marmontel dont la pension était de 15 à 18 000 £ (H.P.L.P., t. III, p. 40) ; lorsque La Combe prit en charge la gestion du journal en 1768, il assura à La Place une pension de 5000 £, qui lui fut versée jusqu'à sa mort (M.S., 21 mai 1768, IV, 37 ; La Harpe, art. cité ; H.P.L.P., t. I, p. 423). Outre le privilège du Mercure, La Place avait le privilège du Choix du Mercure, beaucoup plus lucratif semble-t-il (voir B.N., ms. fr. 22134, f° 30 et suiv.) ; en association avec l'abbé de La Porte (M.S., 28 janv. 1762) il en publia 69 volumes en quatre ans. Après son départ du Mercure en 1768, il publia de nouveau romans et traductions. Collé le dit rapidement ruiné : «Banqueroutier frauduleux, il a vendu une partie de sa bibliothèque et de ses effets avant sa fuite à Bruxelles. Arrangé probablement avec ses créanciers, il est revenu depuis quelques années à Paris, où il vit dans la crapule» (Journal, éd. 1805-1807, t. II, p. 180, cité par Cobb, p. 18).

Opinions

Il vécut à Paris dans un petit cercle d'épicuriens plus ou moins athées : Boindin, Boismorand, Caylus, Crébillon, Piron, Duclos ; il faisait partie de plusieurs sociétés «badines» dont celle des Dominicains (P.I., t. V, p. 277 ; Cobb, p. 152). Il avait été patronné à ses débuts par Fontenelle, ami de son père (P.I., t. II, p. 235). A en croire les Pièces intéressantes, il fréquenta tous les grands écrivains de son temps. Il eut surtout l'art de s'introduire auprès des gens en place (le Régent, Maurepas, Marigny). Très opportuniste, il évite longtemps de manifester ses sentiments. Les P.I. montrent cependant une certaine fidélité à son milieu d'origine et au protestantisme, ainsi qu'une hostilité durable au prosélytisme jésuite (cf. P.I., t. III, p. 137-138, N.B.). Cette haîne s'affirma dès les premiers jours de la Révolution ; il salua l'ouverture des Etats Généraux («Essor de sentiment patriotique» s.l., 1 p.) et attaqua vivement la superstition (Lettres à M. Cerutti sur les prétendus prodiges, 1790-1791 ; Les Forfaits de l'intolérance sacerdotale 1791).

Activités journalistiques

L. prit la direction du Mercure en janvier 1760 (C.L., IV, 184 ; ms.fr. 22134, f° 99 ; Cobb, p. 150-151) ; il démissionna en juin 1768 (avertissement du Mercure du même mois) quand l'entreprise fut commanditée par Lacombe. En qualité de directeur, il exerça toutes les fonctions : choix des collaborateurs, correction des épreuves (P.I., t. IV, p. 310-311 ), rédaction de contes, de traductions, de vers et de chansons (Cobb, ch. VII). Il tenta de faire attribuer les pensions du journal aux écrivains chargés d'une chronique du Mercure ; il eut pour collaborateurs Lagarde pour le théâtre (payé 1000 écus, selon H.P.L.P., t. I, p. 423), La Dixmerie pour les contes, et La Porte. Sa gestion fut très critiquée ; dès 1762, selon Bachaumont, «la diminution des fonds a été si sensible que le grand nombre des pensionnaires s'en est ressenti» (M.S., 15 oct. 1762, additions, t. XVI, p. 160). Le Mercure, disait-on, était «tombé sur la place» (La Harpe). Pour se défendre, La Place publia une liste de 1600 souscripteurs (H.P.L.P., t. I, p. 419) ; il inaugura une rubrique économique en concurrence avec celle du Négociant (M.S., 22 oct. 1762, additions, t. XVI, p. 162) ; mais il ne put empêcher la crise et le recours à un commanditaire privé.

En même temps que le brevet du Mercure, il eut en 1760 l'exclusivité du Choix des Mercures qu'il publia sous le titre : Nouveau choix de pièces tirées des anciens Mercures et des autres journaux. Cette publication était elle-même périodique (voir la notice «Bastide»), à raison de 16 volumes par an. La tomaison est continue depuis le 1er volume du Choix publié par Bastide en 1757, jusqu'au 108e volume de la collection ; le nom de La Place figure, en page de titre, du tome XL (1760, 3e année) au tome CVIII (1764).

On l'a dit à l'origine du premier quotidien français, le Journal de Paris ou Poste du soir : «M. de La Place, pour l'exécution de son projet de la Poste du soir a pris deux acolytes, les sieurs d'Ussieux et de Senneville, personnages peu connus. Quoiqu'il en soit, ces Messieurs fondent, non sans vraisemblance, de grands espoirs de fortune sur le nouvel établissement ; ils ont en conséquence loué un hôtel dans un quartier de Paris fort cher et vont monter des bureaux» (M.S., 18 nov. 1776, t. IX, p. 265). L. avait, selon le même témoignage, l'appui du lieutenant-général de police, Jean Charles Lenoir. Le prospectus de lancement du journal parut en novembre 1776. Le rôle de L. paraît s'être limité à la gestion du journal pendant trois semaines (D.P.1 682, p. 618) ; il donna sa démission dès le 18 janvier 1777 (voir art. «Corancez») et son nom n'est jamais cité parmi ceux des premiers rédacteurs (voir B.H.C., p. 76-78).

L. a en outre adressé de nombreux contes, vers, chansons et épitaphes comiques à divers périodiques : l'Almanach des Muses, l'Année littéraire, le Journal étranger, le Journal littéraire, les Mémoires de Trévoux (liste de ces contributions dans Cobb, p. 216-217).

Les Pièces intéressantes et peu connues publiées de 1781 à 1790 (Bruxelles et Paris, 1781-1790, 7 vol. ; rééd. à Maestricht chez Roux, 1790, 8 vol.) constituent plutôt un recueil d'ana qu'un périodique. On y retrouve cependant la manière du directeur du Mercure et du Nouveau Choix : abondance d'anecdotes historiques et littéraires, traductions de l'anglais, vers et épitaphes, lettres inédites (tirées des archives de Duclos pour le t. I, puis de la correspondance du Mercure). Comme dans le Nouveau Choix, les emprunts à Prévost sont nombreux.

Publications diverses

Liste des oeuvres de L. dans Cobb, Appendix I-III, et dans Cior 18, n° 36297-36 974 ; en retirer les Mémoires de Milord «par Monsieur D.L.P.», Paris, 1737 : L. Cobb les attribue avec raison à Guillot de La Chassagne, qui signe «D.L.P.» les Mémoires d'une jeune fille de qualité. Les M.S. signalent en outre une comédie jouée en 1777, Le Veuvage trompeur (9 avr., 4, 9 et 16 mai 1777, t. X, p. 96-97).

Bibliographie

H.P.L.P. – Cobb L., Pierre Antoine de La Place. Sa vie et son oeuvre (1707-1793), Paris, de Boccard, 1928. Si l'on excepte la notice nécrologique fournie par La Harpe (Mercure de France, 20 juil. 1793), très limitée et malveillante, l'essentiel de nos informations repose sur les Pièces intéressantes et peu connues (citées ici dans l'éd. de Maestricht) et sur les documents réunis par L. Cobb.

Auteur(s) de la notice


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