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Jacques LACOMBE (1724-1811)

État civil

Jacques Lacombe est né en 1724 (Sabatier) ; il est mort le 16 juillet 1811 (Fétis) ; Feller-Weiss, B.Un. donnent 1801. Il eut un frère, Honoré L., dit de Prezel, qui naquit en 1725, fut avocat et mourut sous la Révolution. Il fut, selon Fétis, le beau-frère de Grétry.

Formation

Il fit des études de droit à Paris, fut inscrit au barreau (Sabatier), puis se tourna vers la littérature. Il publie, en 1749, une ode : Les Progrès des sciences et des arts sous le règne de Louis XV. Il s'oriente dès lors vers la critique d'art et donne son Dictionnaire portatif des beaux-arts (1752), qui connut un grand succès.

Carrière

Il se fit alors, selon Sabatier, libraire puis imprimeur ; mais il ne fut reçu libraire qu’en 1765 et les premiers de ses ouvrages qui sortirent de son imprimerie, le Dictionnaire des anecdotes et la Poétique de M. de Voltaire, datent de 1766. A cette époque, il est connu comme critique d'art et comme compilateur, auteur de plusieurs «abrégés» à succès. A partir de 1760, il se lance dans l'édition des périodiques et acquiert en dix ans une douzaine de journaux. La banqueroute de 1778 met fin à cette ascension. L. passe au service de Panckoucke qui lui confiera la rédaction de nombreux «dictionnaires» de l'Encyclopédie méthodique.

Situation de fortune

L., qui semble avoir joui d'une importante fortune personnelle, est l'un des premiers grands commanditaires de la presse. Il rachète à Panckoucke en décembre 1765 pour 48 000 £ de privilèges de journaux (Tucoo-Chala., p. 94, 121). Le rachat du brevet du Mercure en 1768 témoigne de ses moyens : les charges du Mercure étaient estimées en 1762 à 60 000 £ (M.S., 28 janv. 1762) ; la défection de La Place permet à L. de reprendre le journal, moyennant un versement annuel de 30 000 £ pour les pensions (ibid., 21 mai 1768 ; C. Collé, Journal et Mémoires, éd. Bonhomme, p. 199-200). A cette date, il diffuse des ouvrages à gros tirages (abrégés, dictionnaires), des périodiques dont il est souvent l'imprimeur, et des ouvrages de moindre succès. Ce sera, selon Sabatier, la cause de sa ruine : L. s'est «chargé trop facilement des ouvrages de MM. Marmontel, de La Harpe, Gaillard, etc. qu'il n'a pu vendre et qui l'ont ruiné» (Sabatier, p. 8). Ses affaires commencent à prendre mauvaises tournure en 1773, quand il se mesure à Panckoucke, concurrent plus habile et plus cynique que lui : Panckoucke lui revend le Journal historique et politique en juillet 1773, puis s’entend avec le ministre des Affaires étrangères en 1776 pour reprendre ses droits sur le journal, faire acquitter de lourdes redevances et faire place au Journal de Bruxelles (Feyel, t. III, p. 935-940). L. fait faillite en mai 1778 : «Depuis longtemps, le Sr. La Combe, cet homme de lettres devenu libraire pour faire fortune, ayant voulu trop embrasser, était en mauvaise posture, et l'on craignait la faillite. Elle vient enfin de se manifester ; elle est d'un demi-million» (M.S., 14 mai 1778).

Opinions

L. ouvrit largement sa librairie puis le Mercure aux philosophes. Voltaire, qui lui commande des livres, le considère comme son ami (lettre à L., 12 juin 1767, D 14224 ; 17 juil. 1767, D 14283). Les comptes rendus du Mercure, les «délires philosophiques» de L. et ses éloges de Voltaire susciteront la colère de Sabatier (p. 4-6). J.J. Rousseau soupçonne L. de l'avoir plagié dans son Dictionnaire portatif des beaux-arts, (cf. Correspondance, éd. Leigh, n° 6812, 23 nov. 1770) : il y trouve plusieurs de ses articles pour l'Encyclopédie, transcrits «mot à mot» (Confessions¸ livre XII, éd. Pléiade, p. 608 et n. 4) ; L. les aurait obtenus de d'Alembert. On notera cependant que L. était partisan de la musique française, comme le rappelle Grétry dans ses Essais de musique (1796, t. III, p. 410). L. eut avec Voltaire une correspondance suivie (voir l’index de la correspondance, éd. Besterman : environ 80 lettres sous le nom de L.)

Activités journalistiques

On trouve dans la feuille d'annonces du Mercure de juillet 1768, alors imprimé et débité par L., la liste de tous les périodiques qu'il diffuse : le Mercure, le Journal des Savants, L'Année littéraire, L'Avant-Coureur, le Journal encyclopédique et le Journal de politique. Sabatier parle en 1778 du nombre des journaux qu'il a su «soumettre au joug de sa presse» et de la «surintendance» qu'il exerce sur le journalisme. Il est difficile de savoir quelle est la part qui revient à L. dans ces journaux : financement, impression et diffusion, rédaction d'articles (critique d'art, critique littéraire ou théâtrale). On peut considérer qu'il a eu la direction des journaux suivants :

Le Salon en vers et en prose, ou Jugement des ouvrages exposés au Louvre en 1753, Paris, 1753, in-12, 39 p. (D.P.1 1199). Le premier essai de critique de L. n'a pas de lendemain mais lui assure une petite place parmi les prédécesseurs de Diderot (H. Zmijewska, «La Critique des Salons en France avant Diderot», Gazette des Beaux-Arts, juil.-août 1970, p. 85-87).

L'Avant-Coureur, «feuille hebdomadaire où sont annoncés les objets particuliers des sciences et des arts, le cours et les nouveautés des spectacles et les livres nouveaux en tout genre», Paris, 1760-1773, 14 années en 13 vol. in-8° (D.P.1 129) : le sous-titre subira plusieurs modifications légères, dues aux protestations des auteurs du Mercure, jaloux de leur privilège ; une plainte est déposée à la fin de 1765, sans succès (M.S., déc. 1765 et janv. 1766, cités par Hatin, H.P.L.P., t. III, p. 183-184). Lacombe collabore avec Meunier de Querlon et La Dixmerie, avant de devenir propriétaire et éditeur du journal qui, en 1770, est publié «chez Lacombe, libraire à Paris, rue Christine, près de la porte Dauphine». La juxtaposition de « notices courtes, simples et précises » voulues par L. se heurte toutefois à la résistance des lecteurs (D.P.1 129, p. 155). En janvier 1773, l'Avant-Coureur entre dans sa 15e année (Avertissement du n° du 4 janv. 1773) ; il s'arrête au n° 48 de la même année, le 29 novembre. Panckoucke venait d'acheter, le 4 octobre, le privilège de l'Avant-Coureur, et le joignait à celui de la Gazette de littérature obtenue le 15 octobre 1773 (Tucoo-Chala, p. 195, n. 13) ; il publie, le 11 janvier 1774, le premier numéro de Gazette et Avant-Coureur de littérature, des sciences et des beaux-arts ; dans l'avertissement, il écrit : «... le sieur Panckoucke a acquis du sieur Lacombe pour le prix de huit mille livres, tous ses droits sur l'Avant-Coureur qui désormais sera réuni et confondu avec cette Gazette de littérature». Dès la fin de janvier 1774, le journal prend en effet le titre de Gazette de littérature, des sciences et des arts. Le 5 octobre 1774, Panckoucke réunira la Gazette et le Journal de politique pour créer le Journal de politique et de littérature dont la rédaction sera confiée à Linguet.

Le Mercure de France : l'avertissement de janvier 1768 précise que la direction du journal est passée de La Place au Sieur Lacombe, libraire à Paris, quai de Conti, par «brevet» prolongé le 12 septembre 1774 (Tucoo-Chala, p. 211). L. avait pourtant déjà pris place dans la rédaction du Mercure depuis plus d'un an : c'est à lui que s'adresse Voltaire le 17 novembre 1766, pour publier sa lettre à Hume avec des notes ; les «Notes sur la lettre de M. Voltaire à M. Hume» paraissent dans le Mercure de décembre. A partir de 1768, L. est le commanditaire, le directeur, l'éditeur et le diffuseur du journal, dont il confie la rédaction à plusieurs journalistes parmi lesquels La Harpe (M.S., 10 févr. 1770, 19 sept. 1775 ; D.P.1 924) et La Porte (Collé, Journal et mémoires, p. 199-200). Le poids des pensions devait cependant grever les bénéfices du Mercure, et L. déposa son bilan en mai 1778 (Tucoo-Chala, p. 211-212 ; voir le bilan, p. 247).

Journal des causes célèbres (D.P.1 201) : L. lance en avril 1773 ce périodique promis à un très grand succès, puisqu'il dure jusqu'en 1789 et forme une collection de plus de cent volumes. Publié chez Lacombe, libraire rue Christine, il paraît à raison de 8 vol. par an (voir la Gazette de littérature, n° 45, annonces). Lacombe avait déjà publié en 1766 un Dictionnaire d'anecdotes qui rappelait la manière de Gayot de Pitaval, premier compilateur de «causes célèbres».

C'est L. qui possède à l'origine le privilège accordé par le duc de Deux-Ponts, Christian IV, «de l'établissement d'une imprimerie de deux gazettes politique et de littérature à Deux-Ponts» (Gazette des Deux-Ponts et Gazette universelle de littérature). Il distribue ces journaux à Paris et y exerce la fonction de «libraire-agent en France» du duc de Deux-Ponts. Après lui, le privilège passe à Varennes, qui le conserve jusqu'au 15 mai 1773. Voir le «Mémoire 1° pour la modération du Port par la Poste de deux Gazettes, 2° pour l'indication d'un Bureau d'abonnements à Paris chés le libraire-agent en France de S.A.S.», (Bayerisches Hauptsaatsarchiv München, Geheimes Staatsarchiv, Bayerisches Gesantschaft Paris 278), et le privilège du 20 mars 1776 pour la Gazette des Deux-Ponts et la Gazette universelle de littérature (Landesarchiv Speyer B2.225.3, f° 16) ; renseignement communiqué par J. Schlobach.

Publications diverses

L. fut surtout connu par le Dictionnaire portatif des beaux-arts (Estienne et fils et Hérissant, 1752), le Spectacle des beaux-arts (Hardy, 1758) et l'Histoire de Christine, reine de Suède (Stockholm et Paris, Veuve Damonneville, 1762). On trouvera la liste de ses oeuvres dans B.Un., N.B.G., Brenner et Cior 18, n° 35339-35364.

Bibliographie

8. M.S., B.Un., N.B.G., Tucoo-Chala. – Fétis F.J., Biographie universelles des musiciens, 2e éd., Paris, 186-1880. – Sabatier de Castres A., Les Trois Siècles de la littérature française, Gosse junior, 1778, t. III, p. 3-8. – Feyel G., l’annonce et la nouvelle, la presse d’information et son évolution sous l’ Ancien Régime (1630-1788), thèse, U. de Paris IV, 1994 ; Oxford, Voltaire Foundation, 1999

Auteur(s) de la notice


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