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Jean JOUIN DE SAUSEUIL (1731-?)

État civil

Le chevalier Jean Nicolas Jouin de Sauseuil est né à Paris en 1731. Les biographes n'ont relevé aucun renseignement sur son ascendance, sa carrière, ni même la date de sa mort.

Formation

Il semble avoir eu d'abord une carrière militaire : on le dit capitaine des Gardes du Prince de Liège, puis capitaine d'infanterie au service de la France. Il passe en Angleterre en 1762 et il enseigne le français à l'université d'Oxford, où il se présente comme diplômé de l'université de Paris : L.L.D., suivant le signe anglais, c'est-à-dire docteur en droit. Il y reste comme «lecturer» au moins jusqu'en 1773. Il rentre ensuite en France où il fréquente des gens de lettres, lance Le Censeur universel anglais, tout en poursuivant une activité de traducteur, peut-être d'enseignant : il publie en 1783, à Paris, une Grammaire anglaise, traduite de Lowth. Il est membre de la Société anglaise pour l'encouragement des Arts.

Carrière

On ignore tout de ses études et de sa première carrière militaire. Mais celle-ci correspond avec la guerre de Sept Ans, et c'est juste après, en 1763, qu'on le trouve à Oxford, ainsi qu'en atteste la lettre dédicatoire au chancelier de l'université d'Oxford, le comte de Litchfield, datée du 1er février 1772, qui figure en tête de son ouvrage didactique : Brachygraphy... Il écrit : «votre protection m'a sauvé des dangers pressants auxquels ma relation avec une certaine personne également illustre et infortunée, m'avait exposé par le ressentiment d'ennemis puissants d'une autre nation [...]. Je me souviens encore de tous les autres bienfaits que j'ai eu l'honneur de recevoir de vous pendant mes huit ans de résidence à Oxford» (lettre rédigée en anglais). Huit ans en 1772, qui se sont peut-être prolongés jusqu'en 1776, année où il publie à Londres un ouvrage en anglais : Free thoughts on quacks and their medicines, écrit à l'occasion de la mort d'Olivier Goldsmith dont on accusait les empiriques, que l'auteur s'attache à justifier. Il s'y cache sous le nom de Spilsbury.

Situation de fortune

Sa situation familiale n'est pas connue. Dans l'armée, il est dit capitaine, donc titulaire d'une solde. Mais l'adversité qui l'oblige à quitter son grade et son pays pour se réfugier en Angleterre reste mystérieuse. Il trouve heureusement un emploi à Oxford, grâce à des protections, grâce aussi, sans doute, à sa culture universitaire et à son savoir-faire pédagogique. Mais l'on ne sait ni quand ni comment son séjour se termine, ni les circonstances de son retour en France.

Opinions

En fait sa principale activité, puisqu'elle correspond à une quinzaine d'années de sa vie, aura été celle d'un linguiste, enseignant sa propre langue à l'étranger, et sa grande oeuvre est celle qu'il publie à Londres, en anglais, en 1772, et annonce en ces termes, dans la Préface : «This Brachygraphy (= méthode facile pour conjuguer les verbes français) intended to follow 3 other publications : Analysis of the french orthography – Rational Grammar of the french language – Practical grammar, with a new set of Exercises adapted to them. The 2 last are in the press and the whole is designed to form a complete course of lectures on the french language, nearly such as I read publicly in every term during six successive years (from 1764-1770) in the University of Oxford». C'est ce même ouvrage, traduit en français sous le titre : Anatomie de la langue française, que publiera Sauseuil en 1783, à Paris, ouvrage pour lequel il déclare qu'il a fait imprimer 50 000 prospectus [sic : in Lettre de l'Auteur de l'Anatomie de la langue française à M. le Baron de ***, Paris et Londres, 1785]. Le succès de ce livre en France ne semble pas avoir été évident, ce qui n'a rien d'étonnant puisque sa méthodologie était pensée pour des Anglais apprenant le français.

Activités journalistiques

En 1785, J. se tourne vers une activité nouvelle : un périodique, le Censeur universel anglais (DP 1 204) consacré à diffuser des extraits de gazettes anglaises et américaines, accompagnés de réflexions, d'anecdotes, de plaisanteries, et où il donne encore de longs feuilletons anonymes, sans doute traduits par lui aussi. Seule une comparaison attentive avec la presse anglaise pourrait faire apparaître l'originalité du commentaire et du choix des textes, donc la part personnelle du rédacteur du Censeur universel anglais. Le journal porte en sous-titre qu'il est rédigé par J. et par une Société de gens de lettres. Il est dédié à Madame. Les noms desdits gens de lettres n'apparaîtront pas dans le texte, mais le cercle de Monsieur, époux de Madame (Marie-Josèphe de Savoie) se réunit au château de Brunoy, où il reçoit des lettrés, des académiciens, des savants, des artistes qui doivent être sinon des fournisseurs d'articles, du moins des abonnés. Ils semblent avoir été nombreux puisque le nouveau rédacteur, Griffet de La Baume, prenant la suite de J. en janvier 1786, fait état du succès du journal : «Tous les journaux ont pillé le Censeur, les extraits ont été réimprimés, ainsi que les poésies, anecdotes, plaisanteries ignorées en France», ce qui est «une preuve d'estime des confrères». D'ailleurs la formule courte, trouvée par J., avec un numéro par jour, était réussie et son talent de journaliste semble d'autant plus évident qu'après lui le journal devient beaucoup plus lourd, moins varié, moins attrayant. Une étude du milieu anglophile qui lisait le Censeur serait à faire, qui mettrait en parallèle avec lui un autre périodique contemporain consacré aussi à transmettre la presse anglaise : le Courrier de l'Europe. Quand J. cesse son activité, un avis paraît dans le journal pour dire que «depuis le premier janvier 1786, M. de Sauseuil n'a plus aucune part au privilège, à la rédaction et à la composition du Censeur anglais.

Publications diverses

La plupart de ses ouvrages sont écrits en anglais et publiés à Londres : Analysis of the french orthography and principles of french pronunciation, Londres, 1772.– Brachygraphy of french verbs, Londres, 1772.– Free thought on quacks..., Londres, 1776. A partir de 1783, on trouve en français à Paris : – Grammaire anglaise, trad. de Lowth, 1783.– Emily Corbett, trad. de Pratt, 1783.– Anatomie de la langue française, 1783.– Lettre de l'auteur de l'Anatomie à M. le Baron de B***, 1785.– A partir de 1788 on retrouve des ouvrages traduits du français en anglais et publiés à Londres : Valuables secrets concerning arts and trades, et The Manoeuvrer, trad. de Bourdé, 1788. Cela pourrait signifier que J. dont on perd toute trace en France après 1785, serait retourné en Angleterre pour y finir sa vie. Les archives manquent encore et on est réduit à des conjectures.

Bibliographie

B.Un. – Lettres et préfaces à l'édition de Londres de 1772 de la Brachygraphy.

Additif

Jean Nicolas Jouin de Sauseuil est né, selon Desessarts (Les Siècles littéraires de la France) , le 13 mai 1731, le 18 mai selon la France littéraire de Ersch. D’après la France littéraire (supplément de 1778), il est fils de Nicolas Jouin, pamphlétaire janséniste, auteur des Nouveaux Dialogues des morts et du Philotanus moderne. Son nom a été  transcrit de différentes manières (Sanseuil, Sauseuil, Sauseuille). Il a usé souvent de pseudonymes et sa qualité de chevalier est douteuse. On ne connaît pas la date de sa mort. Rétif, qui l’a connu et qui le mentionne dans Mes Inscriptions et parle en 1789 dans les Nuits de Paris de « l’infortuné chevalier de Sauseuil » (nuit CLXVI), pourrait faire allusion à sa mort récente.

Formation: Auteur d’un prospectus pour le Cabinet héraldique, il est donné comme généalogiste par la France littéraire, mais l’ouvrage n’a pas paru.  Il aurait été militaire, mais on ne sait rien de ses premières années, sinon ce qu’en dit la France littéraire de Ersch, qui le fait « Chevalier de l’Ordre de St. Philippe, ancien Capitaine des Gardes du Prince de Liège, et ci-[devant] Capit. d’Infant. Au service de France, Capitaine et Major adj.  de la Légion de Tonère, et M.[embre] de la Soc. Angl. Pour l’encouragement des Arts ».

Carrière: Une procédure d’enquête lancée contre lui  le 31 octobre 1759 (A.N. Y 10.225, affaire n°12, résumée par Catherine Samet dans Naissance de l’escroquerie moderne, L’Harmattan, 2005, p. 98-101) jette toutefois un doute sur cette trop belle carrière. Le 9 octobre 1759, un individu « de cinq pieds environ, portant des cheveux roux, avec une figure longue et blême, un chapeau à plumet blanc, une épée d’acier damasquiné, des boucles de souliers à diamants, un habit couleur marron » est venu louer en urgence une chaise « en forme de sabot garnie en velours d’Utrecht jaune », afin de remplacer son cabriolet accidenté, le paiement étant remis à plus tard. Il affirme se nommer le chevalier de Faucilly, mais sa logeuse, tenancière d’une maison close, affirmera qu’il porte plusieurs noms et qu’il est connu pour se livrer à l’usure et à des manoeuvres frauduleuses. Il a d’ailleurs loué de la même façon plusieurs voitures, avec l’intention apparemment de les revendre. Jouin de Sauseuil, demeurant dans l’île Saint-Louis, « généalogiste de son état », est  arrêté, ainsi que sa logeuse ; la sentence du  Châtelet l’inculpe d’escroquerie le 20 janvier 1761 ; l’arrêt de la Cour le condamne « au carcan et au bannissement pour différentes escroqueries ». Il y est nommé Jacques Nicolas Jouin de Sauseuille (collection Anisson, 22094, n°57), mais la similitude des noms, la qualité de généalogiste, l’apparence militaire et les dates permettent de penser qu’il s’agit bien de notre journaliste, qui disparaît peu de temps après, et qu’on retrouve en Angleterre en 1762.

En Angleterre, il s’établit à Oxford, se marie le 6 février 1767 à St. Peter’s church : « Messire Jean Nicolas Chevalier de Sauseuil marié le 1st juin 1768 à Anne Stratford Native d’Oxford ». De ce mariage sont issues, Henriette Anne, née le 1er février 1767, Aune [Anne ?] Amélie Mathilde, née le 7 mai 1768 et Élisabeth, « the Daughter of Jean Chevalier and Anna de Sauseuil », née et inhumée le 11 mai 1769 (Ancient and present state of the city of Oxford, ed. John Persall, 1773, p. 172 et 173).

Situation de fortune: Il revient en France très probablement en 1782 ou 1783, année où il fait paraître son Anatomie de la langue française, traduite de son Analysis of the french orthographie (1772), qu’il avait envoyée à Voltaire ; celui-ci l’a remercié  dans une lettre du 24 septembre 1773. Dans le prospectus de son édition de 1783, répandu selon lui à 50.000 exemplaires, J. tente de se faire connaître en attaquant Rivarol ; il affirme, avec une insolence qui semble lui être coutumière, que le Discours sur l’universalité de la langue française aurait d’abord besoin d’être traduit en français... Les Mémoires secrets, qui rapportent l’anecdote, s’attendent à une réplique et à une « guerre littéraire » (31 octobre 1784). Il n’en sera rien ; Rivarol réplique dans deux lettres hautaines adressées au Journal de Paris, le 15 octobre 1784 et le 20 juillet 1785, et Sauseuil retombe aussitôt dans l’obscurité (Voir le résumé de cet épisode dans Rivarol, sa vie, ses idées, son talent d’après des documents nouveaux, ouvrage collectif, Slatkine, 2009, p. 148-149). Un lecteur du Journal général de France, dans une lettre du 8 juin 1785, constate que cette « agression » est restée sans lendemain, et souligne l’injustice de ces critiques. (J.S.)

Auteur(s) de la notice


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