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Philippe HERNANDEZ (1724-1782)

État civil

Philippe Hernandez est né à Paris en 1724 (F.L. 1769, I, 294) ; il est mort dans la même ville en 1782 (Chaudon, Xlll, 427 ; B.Un., N.B.G.). Il était originaire d'Espagne et a d'ailleurs dédié sa traduction du Voyage aux Indes orientales à Jaime Masones de Lima et Soto-Mayor, «Gentilhomme de la Chambre de Sa Majesté Catholique», qui le protégeait (p. Vl). H. était père d'une «nombreuse famille» et avait fait allaiter ses enfants par une chèvre (Chaudon, B.Un.).

Formation

Selon la B.Un., H. qui était d'«un esprit vif et enjoué», possédait vingt-six langues «sans compter les idiomes» (B.Un.). On est sûr qu'il écrivait «fort clairement» et qu'il était «bien versé dans la langue anglaise» (Mémoires de Trévoux, juil. 1758, p. 1543). H. parlait également russe et polonais. En 1769, il demande à la Bibliothèque du Roi «communication des livres russes qui pourraient y être, afin de s'exercer dans cette langue». Mais il n'y a qu'une «Bible esclavonne, pas même un dictionnaire ou une grammaire» (f.fr. 9454, f° 192).

Carrière

En 1769, H. habitait au Collège de Cluny, place de la Sorbonne (Description de la Généralité de Paris). En 1758, il logeait chez le libraire Lambert (f.fr. 22141, f° 202).

H. avait fait un voyage en Russie, et en octobre 1774 l'Administration royale se demande comment elle pourrait se «servir utilement de lui, pour tirer de ce pays-là une notice des manuscrits grecs, qu'on prétend effectivement y avoir été transportés du Mont Athos» (f.fr. 9454, f° 193). Au début d'août 1757, il est à Londres (f.fr. 22152, f° 217) ; à la fin de ce même mois (26 août), il est à Lille chez Panckoucke. Le 8 octobre, la veuve Panckoucke écrit que H. est revenu d'un voyage de La Haye «fort fatigué» (ibid., f° 228-229). On le retrouve enfin à Amsterdam du 10 au 24 octobre 1757 où il habite chez Marc-Michel Rey (ibid., f° 223 et f° 232). En 1758-1759, H. écrit à Malesherbes qu'il part avec le prince Doldoruk «pour l'armée de France» ; il se propose ensuite de faire «avec lui le voyage d'ltalie et des Cours du Nord» : «La fortune, lui dit-il, ne me traite pas ici assez bien pour que je refuse ce parti» (f.fr. 22141, f° 208).

H., protégé par Malesherbes, lui demande en novembre 1758, 400 £ d'avance pour payer le papier de son Almanach de la Généralité de Paris (ibid., f° 203). Mais Bonamy, le censeur, fait des difficultés : il demande à l'article «Montereau» que la phrase «Le Dauphin avait fait assassiner au XVè siècle le duc de Bourgogne» soit remplacée par celle-ci : «Ce fut en présence du Dauphin, etc...». H. fait faire le carton et le livre paraît. Pour cet ouvrage, il a puisé ses informations dans les «Bureaux de l'Intendance», dans l'Histoire de Paris de l'abbé Leboeuf et dans l'Histoire de Meaux de Dom Duplessis ; de plus, il avait interrogé les sub-délégués (ibid., f° 205-206).

Situation de fortune

H. était interprète du Roi (F.L., N.B.G., B.Un.). Il était employé par le Département des Affaires étrangères où il faisait des «traductions journalières» du russe et du polonais (f.fr. 9454, f° 192). En octobre 1774, H. demande le rétablissement de l'emploi «d'interprète des langues russe et polonaise attaché à la Bibliothèque du Roi», qui était vacant depuis la mort de l'abbé Girard en 1748. H. appuie ainsi sa demande : «[...], pour soutenir la prééminence que la Bibliothèque du Roi a sur toutes les autres bibliothèques de l'Europe [...], il faut indispensablement qu'il y ait des livres russes et polonais. Il [H.] les connaît assez pour indiquer ceux de première nécessité. Il pourra faire les traductions que Monseigneur jugera nécessaires pour le bien du service» (ibid.).

Activités journalistiques

H. a collaboré au Journal étranger. Une note manuscrite sur le feuillet de garde de l'exemplaire de la B.N. (t. I, avr. 1754, Z 21730) indique qu'il en a même été le «principal rédacteur». La F.L. de 1769 (I, 294) suivie par Des Essarts (III, 455) précise qu'il a travaillé au Journal étranger pour la partie anglaise en 1757 et en 1758. La date de 1758 est corroborée par la page de titre du Voyage aux Indes orientales. Quérard, la B.Un. et la N.B.G. donnent «depuis 1755 jusqu'en 1779», Chaudon «depuis 1751 jusqu'en 1761», mais c'est manifestement une erreur dans les deux cas puisque le Journal étranger a paru seulement et par intermittence de 1754 à 1762.

Publications diverses

Liste de ses oeuvres dans F.L. 1769 (I, 294), B.Un., N.B.G. et dans Cio 18, n° 33929-33932. Y ajouter : Catalogue de livres russes propres à faire connaître l'histoire, la législation et la constitution de la Russie que j'ai rapportés de ce pays (f.fr. 9454 f° 181-191). – Histoire des comtes de Flandres, mars 1759, 663 p. : le libraire Dessaint reconnaît avoir reçu ce manuscrit pour la veuve Panckoucke. Il ne semble pas avoir été imprimé (f.fr. 22144, f° 190).

Bibliographie

Lelong J., Bibliothèque historique de la France, éd. 1768-1778, I, 2242. ; F.L. 1769, t. I p. 294 ; Desessarts, t. III, p. 455 ; N.D.H. ; B.Un. : N.B.G. – B.N., f.fr. 22141, 22144, 22152, 9454. – Catalogue de la Bibliothèque de M. Edgard Mareuse, 1928, t. I, n° 5503. – Journal encyclopédique, 1758, t. IV, p. 96-110. –Mémoires de Trévoux, juillet 1758, p. 1541-1557.

Additif

Carrière : D’après A. Mézin et V. Rjéoutski dans Les Français en Russie au siècle des Lumières. Dictionnaire des Français, Suisses, Wallons et autres francophones en Russie de Pierre le Grand à Paul Ier (Ferney-Voltaire, 2011, t. II, p. 415), Hernandez a fait un premier séjour à Moscou, avec femme et enfants, en 1761, et un second en 1768. Les 5 lettres de H. conservées dans la correspondance de M.-M. Rey à la B.V. d’Amsterdam (686.2 REY) permettent de compléter ces informations : H. est arrivé à Moscou en octobre 1760, pour remplir un emploi de précepteur d’une « Princesse » (15 juin 1761), sans doute une princesse Gallitzine, chez qui il réside (6 décembre 1761) ; il reçoit 2400 £ de salaire annuel, avec table, deux laquais, un  carrosse et des chevaux. Il est en relations avec Rey pour une vente de fourrures (10 octobre 1760), puis de livres. Rey lui fournit des livres, surtout des romans, car les Russes veulent de l’amusant (24 septembre 1761). H. garde les invendus, car les livres sont sa « passion dominante » (28 octobre 1761).

Activités journalistiques : En juin 1761, il publie chez l’éditeur hollandais T.S. Höjer un Journal des sciences et des arts « particulièrement consacré à l’instruction de la jeunesse russienne par M. Hernandez, ci-devant l’un des auteurs du Journal étranger », journal dont on n’a pas gardé de trace. Le 6 décembre 1761, le premier volume de son journal est en vente ; il en envoie 50 exemplaires à Rey, mais les liaisons entre Moscou et Amsterdam sont difficiles. Il se fait aider dans son travail par un copiste que Rey lui a procuré (15 juin, 24 septembre 1761) : M. de Chavannes.

Il repart en France en 1768 avec sa famille et une importante bibliothèque. (J.S.)

Auteur(s) de la notice


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