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Michel GUYOT DE MERVILLE (1696-1755?)

État civil

plus tard sous le nom de Guyot de Merville, «Michel fils de René Guiot, maître de la poste de Versailles, et de Marie Andry», naquit en cette ville le 2 février 1696 et fut «baptisé le lendemain», paroisse Notre-Dame (A.M. Versailles ; Archives des Yvelines). Son parrain, Michel Blondel, était «conseiller du roi, procureur de la ville de Troyes», et sa marraine, Marie Sion, femme de Charles Mitouflet, «conseiller du roi». Il se serait marié à Paris, vers 1730, après avoir dû «soutenir» une «lutte» contre sa famille qui s'opposait à sa «passion» (B.Un., N.B.G.) : «histoire un peu romanesque» dont il aurait tiré sa comédie du Consentement forcé (N ; B.Un.). Il aurait eu «une fille unique» (M.S. ; N.D.H. ; B.Un.) et serait mort en 1765 (N ; N.D.H. ; le 23 mai, d'après Cior 18), ou, bien plus probablement en 1755 (B.Un. ; D.L.F.). Selon Titon du Tillet, «il mourut de colique de miséréré», près de Copponex, «sur le grand chemin de Genève» (N.D.H.) et fut enterré dans le cimetière de ce village. «D'autres rassurent qu'il se retira dans un couvent du pays de Gex où le chagrin termina promptement ses jours» (B.Un.). Mais «la plus commune opinion» -une certitude, d'après la B.Un.- «est que le chagrin le porta enfin à avancer le terme de ses jours en se noyant dans le lac de Genève» (N.D.H.). En mai 1755 (le 4, d'après la N.B.G.) il était sorti, vêtu seulement «d'une mauvaise capote» et sans porter son épée, «en disant qu'on ne l'attendît pas le lendemain» (M.S.). Le résident de France à Genève «fit des recherches» (N ; N.D.H. ; N.B.G.) et, «longtemps après» (N), découvrit «qu'à l'époque précise de la disparition de Guyot» un cadavre qui correspondait à son signalement avait été trouvé près d'Evian (B.Un. ; N.B.G.). On ne trouve apparemment pas de trace de ce fait dans les archives de la ville.

Formation

«Il eut de bonne heure le goût des voyages et profita d'une circonstance favorable pour visiter l'Italie, l'Allemagne et l'Angleterre» (P ; B.Un. ; D.L.F.). A son retour en France, il composa trois tragédies qui furent refusées par les Comédiens français (M.S.). Après avoir été quelques années libraire à La Haye (au moins de 1724 à 1729), il semble avoir de nouveau couru l'Europe et s'être trouvé en Allemagne lors de la guerre de Succession de Pologne. Il écrivait en effet dans une Ode au Roi. Sur le retour de Sa Majesté publiée chez Bordelet en 1754, mais écrite dix ans plus tôt : «Vingt ans en vingt climats [1716-1736?] par le sort exilé/ Des lieux où, près de toi, je reçus la naissance [...]/ Et pendant quatre mois dans les fers de Hambourg/ Charles me fit porter la peine de la gloire/ Qu'Asfeldt acquit à Philisbourg». Puis, rentré en France, il se lança dans une carrière de dramaturge, tout en collaborant un temps «à la rédaction [des] feuilles de l'abbé Desfontaines» (B.Un. ; N.B.G.). Il fit jouer, à la Comédie Italienne, les Mascarades amoureuses (un acte en vers, 4 août 1736) et les Impromptus de l'amour (un acte en vers ; 9 février 1737), puis, au Théâtre français, Achille à Scyros («comédie héroïque» en trois actes, d'après Métastase), le Consentement forcé (un acte en prose ; 13 août 1738), qui obtint un très grand succès, et les Epoux réunis ou la Veuve fille et femme (trois actes en prose ; 31 octobre 1738). Mais les Français lui firent réduire son Faux Enlèvement de cinq actes à trois, puis «de trois à un» (N), et enfin, «à la veille de la représentation», décidèrent de jouer à la place la Belle Orgueilleuse, de Destouches (P). Il finit par pouvoir faire représenter cette comédie au Théâtre Italien, sous le titre du Dédit inutile ou les Vieillards intéressés (11 juin 1742) ; mais elle n'y réussit guère» (D.L.F.) et les suivantes, pas davantage. L'Apparence trompeuse (2 mars 1744) lui valut «un regain de faveur». Mais, alors que ses Talents déplacés allaient être représentés, «l'acteur à qui seul convenait le rôle de Léandre refusa de le jouer» (P). G. de Merville supprima ce rôle et, le 20 août 1744, sa pièce fut très bien accueillie. Brouillé avec les Italiens, il fut bientôt repris par la passion des voyages et «visita de nouveau l'Italie» (B.Un. ; N.B.G.). S'y étant lié d'amitié avec un gentilhomme du pays de Vaud, il séjourna quelque temps à Genève -en 1750?- (N.B.G.). Enfin, vers 1753 (lettre à Voltaire eu 15 avril 1755), il se fixa à Genève, non loin de son protecteur (N ; N.D.H.) auquel il se proposait de dédier ses Oeuvres diverses (lettre citée).

Situation de fortune

D'après les biographes anciens de G. de Merville, sa vie aurait été une longue suite de «malheurs» et de «disgrâces». Comme libraire, il aurait eu peu de succès (B.Un.). «Sans état et sans fortune» (N) lors de son mariage avec une femme «privée comme lui» de tout bien, il aurait été amené à écrire dans les journaux de Desfontaines par «la nécessité de se procurer des ressources» (B.Un.). Bachaumont ajoute qu'il «apporta» en Suisse «une tristesse occasionnée en partie par sa mauvaise fortune» : «Il ne recevait plus ses petites rentes, par l'interruption des cours de justice. Les comédiens l'avaient traversé, et lui avaient ôté ses ressources ; une gouvernante infidèle avait abusé de sa confiance». A la veille de sa mort, rongé par les inquiétudes que lui causait la position d'une fille unique et d'une femme adorée» et déçu dans l'espoir qu'il avait formé d'éditer Voltaire, il fit un «état de ses effets» (N ; N.D.H.), constata que le montant en était suffisant pour «acquitter ses dettes» et «chargea, par une lettre, un magistrat de ses amis, de l'exécution de ses dernières volontés» (N.D.H. ; N.B.G.).

Opinions

Dans le tome II de l'Histoire littéraire de l'Europe (mai 1726, p. 1-10), G. de M. s'explique avec vivacité à propos de la publication d'un article qui lui avait valu d'être «insulté personnellement» par Burman, professeur à l'Université de Leyde dans ses Epistolae ad Cl. Capperonnerium. Bachaumont évoque «les querelles qu'il eut avec plusieurs gens de [la] troupe du Théâtre français», parce qu'il refusait de «fléchir» devant leur «autorité orgueilleuse» (N), et, dans la lettre qu'il écrivit à Voltaire, de Lyon, le 15 avril 1755, Merville fait mention avec amertume de leurs «mauvais procédés», tout en se flattant de l'«estime» et de l'«affection» du résident de France à Genève, M. de Montpéroux. Ses relations avec Voltaire semblent avoir été à l'origine du dernier drame de sa vie. Dans la lettre citée il lui avoue qu'à cause de son «attachement à Rousseau» et de sa «complaisance pour l'abbé Desfontaines», il avait écrit contre lui - «deux satires», dira Voltaire dans sa réponse -, alors qu'il l'«estime plus que [ses] partisans les plus zélés». Il lui envoie «des vers» qu'il avait déjà confiés au comédien d'Auberval pour les lui remettre lors de son passage à Lyon et se propose de lui apporter la critique de ses ouvrages : «quatre volumes manuscrits» et de supprimer de l'édition de ses Oeuvres diverses les «deux pièces de vers que Desfontaines [lui] avait suggérées», ainsi qu'une «lettre à la tête de [sa] première comédie, dont Rousset [lui avait écrit] autrefois que [Voltaire] avait été choqué». Enfin il est prêt à lui dédier son «théâtre en 4 volumes» et lui propose d'éditer tel ou tel de ses ouvrages, en se chargeant «du matériel de cette impression», comme il l'avait fait «à La Haye», «plus de trente ans» plus tôt lorsqu'il avait corrigé les épreuves de la Henriade (Correspondance de Voltaire, Bibl. de la Pléiade, t. IV, p. 1335-1337). Voltaire lui répondit que son amitié ne valait pas «les grands sacrifices» que Merville lui «offrait» et que, pour sa part, il ne dédiait ses ouvrages qu'à ses amis (Best. D 6252 ; ibid., p. 432). Ne se tenant pas pour battu, celui-ci «alla rendre visite à M. de Voltaire qui le reçut froidement» (M.S.). Désespéré, il alla passer «huit à dix jours chez son ami» (N), puis «retourna chez lui à Genève», pour se donner la mort.

Activités journalistiques

6. Nouvelliste sans fard, ou la Gazette sans privilège, «Cologne», Couraprez, 1723, 1725 (B.N., G 16506) ; D.P.1 1068.

Le Nouvelliste universel, La Haye, 15 juillet-28 décembre 1724 (Ars., ms. 10865 et Sächsische Landsbibl. Dresde, Eph. hist. 52). 48 livraisons (D.P.1 1069). Boindin écrivait à d'Ombreval au sujet de ce second journal, à la fin de 1724 : «C'est une Gazette qui s'imprime effectivement à La Haye, mais sans permission des Etats, et dont les auteurs se sont déjà fait de mauvaises affaires par leurs imprudences. [...] Il serait aisé d'en arrêter le cours, car elle a déjà été interdite une fois sous le titre de Nouvelliste sans fard et la moindre plainte suffirait pour la faire supprimer». Et de La Haye, La Grange-Chancel annonçait au Lieutenant général de police, le 1er février 1725, que «Caillaud, habitant de Rotterdam», avait pu apprendre par «M. Jeannisson» que l'auteur des «nombreuses Calottes» incriminées par le ministère français, et en particulier des vers contre Fleury, était Roy. Ils avaient été envoyés «par un commis de la poste de Bruxelles nommé doux fils». Convoqués par «le magistrat», «le sieur Guyot et demoiselle Vauclier» [Vaucher], «auteurs du Nouvelliste universel», «crurent devoir se précautionner de sorte [...] qu'ils déclarèrent qu'ils avaient brûlé tous leurs manuscrits, pour n'être pas obligés de trahir le secret de leurs correspondants» (A.B., t. 12, p. 108-109). D'après J. Lombard, G. de M. aurait assuré la direction du Mercure historique et politique pendant moins de deux ans à partir de 1724 (D.P.1 940).

Histoire littéraire de l'Europe, «contenant l'extrait des meilleurs livres, un catalogue choisi des ouvrages nouveaux, les nouvelles les plus intéressantes de la République des Lettres et les pièces les plus curieuses», La Haye, chez M. G. de Merville, 1726-1727, 6 vol. in-8°. Livraisons mensuelles (D.P.1 613). L'abbé Bonardy écrivait au président Bouhier le 8 mars 1726 : «M. Camusat qui avait eu beaucoup de part à la Bibliothèque française a dessein de faire l'histoire littéraire de l'Europe, et je crois qu'il a déjà vendu le titre aux Hollandais» (Correspondance littéraire du président Bouhier, éd. H. Duranton, n° 5, p. 8). L'auteur de la préface de ce journal érudit, paru dans une période d'interruption du Journal littéraire de La Haye, le plaçait sous le patronage de Bayle, de Beauval et de Le Clerc et il évoquait «la variété des sujets» qui y seraient abordés. Dans l'«Avertissement du Libraire» placé en tête du tome II (mai 1726) G. de M. «réitère la prière que les auteurs [du] journal ont fait[e] aux libraires de lui envoyer les livres nouveaux», sollicite des «nouvelles littéraires» et signale qu'il n'a jamais écrit lui-même qu'un article : «l'Eloge de Mr. de Rapin, [...] mois de février, p. 153». Parmi les collaborateurs de l'Histoire littéraire de l'Europe on peut compter J. Van Effen.

Collaboration probable de G. de M. aux Observations sur les écrits modernes.

Publications diverses

Voyage historique d'Italie, contenant des recherches exactes sur le gouvernement, les moeurs, les fêtes, les spectacles et les singularités des villes où l'auteur a passé, La Haye, G. de Merville, 2 vol. in-12°.– Une dizaine de pièces de G. de M. ont été publiées de son vivant : Les Mascarades amoureuses (Chaubert, 1736, et Prault père, 1742), Achille à Scyros (Chaubert, 1738), Le Consentement forcé (Chaubert, 1738 ; N.B. Duchesne, 1756 ; 1821, Le Dédit inutile et Les Epoux réunis (Prault père, 1742), Les Impromptus de l'amour et Les Dieux travestis ou l'Exil d'Apollon (1742), Les Talents déplacés (1745) et enfin Le Roman, comédie en trois actes et en vers, écrite en collaboration avec Procope-Couteau (1746).– Oeuvres de théâtre de M. Guyot de Merville contenant toutes ses comédies, nouvelle édition, Paris, 1758, in-8.– Oeuvres de théâtre de M. Guyot de Merville, Paris, veuve Duchesne, 1766, 3 vol. in-12. Le troisième volume contient quatre nouvelles comédies en vers «trouvées dans son portefeuille» : Les Tracasseries ou le Mariage supposé (5 actes), Le Triomphe de l'amour et du hasard (3 actes), La Coquette punie (1 acte) et Le Jugement téméraire (1 acte) ; comptes rendus dans le Journal encyclopédique, 1er février 1766, p. 96-113 ; le Mercure de France, février 1766, p. 92-102.– D'après le Nécrologe et les M.S., G. de M. «avait fait une Critique des Oeuvres de M. de Voltaire, un autre ouvrage qu'il appelait les Epîtres d'Horace et les Veillées de Vénus».

Bibliographie

(N.D.H.) Chaudon et Delandine, Nouveau Dictionnaire historique ; B.Un., N.B.G., D.L.F., Brenner, Cior 18.– (A.B.) Archives de la Bastille, Documents inédits par F. Ravaisson, 1881. Brenner. Cioranescu.– Supplément au Parnasse français (Titon du Tillet).– Notice en tête des Oeuvres de théâtre, 1766.– Castilhon J., «Eloge historique de M. Guyot de Merville», Ordre chronologique des deuils de cour, 1766, p. 121-150, et (N) Nécrologe des hommes célèbres, tome II, 1766, p. 67-81.– M.S., 12 décembre 1765 et 26 février 1766 (éd. Adamson, Londres, 1781, t. II, p. 172 et 300-301 ; t. XVI, p. 275-276).– (P) Petitot, notice en tête du Consentement forcé, t. 22 de son Répertoire du Théâtre français.

Auteur(s) de la notice


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