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Pierre Jean GROSLEY (1718-1785)

État civil

Pierre Jean Grosley est né à Troyes le 18 novembre 1718, de Jean Grosley, avocat et bailli de Saint Maure, et de Louise Barolet, fille de Pierre Barolet, marchand et conseiller en l'échevinage de Troyes (Vie, p. 3). Il est l'aîné de trois enfants survivants. Sa soeur, Marie Elizabeth, née en 1719, se marie en 1739 avec un riche marchand troyen, M. Gallien. Son frère, François Grosley dit Grosley de Lamurotte, né en 1724, avocat au Parlement, chevalier de l'Ordre du Saint Sépulcre de Jérusalem, se marie en 1753 avec Jeanne Lefebvre dont il aura trois enfants. Pierre Jean Grosley, lui-même resté célibataire, en deviendra le tuteur à la suite de la mort de son frère en 1761 et de celle de sa belle-soeur en 1772 (Babeau, 1879, p. 3-4). L'un des enfants, Louis François, sera journaliste et auteur dramatique, puis conseiller de préfecture sous l'Empire.

Pierre Jean Grosley a utilisé différents pseudonymes : du Chasselas ; Sogirel ; Chapus ; Vauraoult ; Glaudot ; Girodet de Saint-Florentin ; Pancrace Floguy ; Zorobabel ; Malebranche ; de Villedieu ; le père Adri ; Vadeboncoeur ; le gentilhomme suédois. Il est mort à Troyes le 4 novembre 1785.

Formation

Un «vieux maître d'école», Huez, lui apprend les rudiments et les «premiers principes du latin», puis il entre en cinquième, à sept ans, au Collège de l'Oratoire de Troyes où il fait des études brillantes, recevant notamment tous les premiers prix en rhétorique (Vie, p. 15, 53). «Ingeniosus, sed dolos meditans», note un de ses maîtres (Morel, p. 6). Grosley poursuit ensuite ses études à la Faculté de Droit de Paris, et obtient sa licence le 3 juin 1740 (Babeau, 1887, p. 14). Avocat, il sera également titulaire de plusieurs charges de justices seigneuriales : «Grand-Maire» de l'abbaye de Saint-Loup, dont la juridiction s'étendait sur une partie de la ville de Troyes et plusieurs villages des environs ; bailli des baronneries de Chappes et de Vaucharsis (Babeau, 1882, p. 4)).

Pierre Grosley était membre de l'Académie de Châlons-sur-Marne (1756), de la Société royale des Belles-Lettres de Nancy (1757), de la Société royale de Londres (1766). Il fut élu en 1762 membre libre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Carrière

A la fin de ses études secondaires, Grosley pense un moment à entrer dans les ordres, puis se décide à devenir avocat comme son père (Vie, p. 54). De 1737 à 1740, il étudie le droit à Paris, tout en étant employé comme clerc chez différents procureurs. Il réside alors successivement rue de la Comtesse d'Artois, rue du Cimetière Saint-André, et à la pension Fromentin, rue de l'Arbre-Sec, près de Saint-Germain l'Auxerrois. Pendant son séjour à Paris, Grosley fréquente différents cafés littéraires, notamment le café Gradot, et se lie avec le père Tournemine chez lequel il rencontre Voltaire, Piron, Lefranc et le sculpteur Bouchardon (Vie, p. 58-71 ; Babeau, 1887, passim). Il commence aussi à écrire, publiant plusieurs articles dans le Journal de Verdun et le Mercure de France. Le père Tournemine le presse de s'installer définitivement à Paris, ainsi qu'un compatriote, Aubert, qui lui offre de reprendre son cabinet et sa clientèle, mais, reçu avocat, Grosley décide de rentrer «ouvrir boutique» à Troyes (Vie, p. 80 ; Dubois, p. 183). Là, son cabinet, ses fonctions judiciaires, vont moins l'occuper que l'étude et les lettres.

Il se fait connaître en 1744 par les Mémoires de l'Académie de Troyes, une «facétie» qui s'amuse des débats et dissertations des académies de province. Le succès de librairie de cette oeuvre de jeunesse dont il n'est qu'en partie responsable, va contribuer à créer, parfois au détriment d'autres aspects de son caractère et de son oeuvre, l'image d'un Grosley original et facétieux, l'un des derniers représentants de «l'esprit de malice du bon vieux temps» pour reprendre le titre de l'article que Sainte-Beuve lui a consacré.

En 1745, son désir de voyager pousse Grosley à solliciter le poste de trésorier de la partie des équipages dans l'armée du maréchal de Maillebois, poste qu'il obtient grâce à la protection d'un ami (Vie, p. 99-105). Grosley passe six semaines à Lyon pour se familiariser avec son nouvel emploi et notamment «apprendre l'arithmétique dont [il connaît] à peine la première règle», puis rejoint l'armée à Nice et parcourt, à sa suite, tout le nord de l'Italie. La campagne, très dure, se termine par une retraite désastreuse, et Grosley est de retour à Troyes dès la fin de 1746.

En 1749, Grosley participe au concours organisé par l'Académie de Dijon sur la question de savoir «si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les moeurs». Comme Jean Jacques Rousseau, mais d'une facon moins radicale, il répond par la négative à la question posée. Sa dissertation, qui obtient l'accessit, est publiée dans le Mercure de France de juin 1752. Cette année-là, Grosley publie ses Recherches pour servir à l'histoire du droit français qui attirent l'attention des milieux juridiques et notamment de Joly de Fleury, qui en fait paraître un extrait dans le Journal des Savants (Vie, p. 121 ; Dubois, p. 186). Quatre ans plus tard, il fait paraître la Vie de Pierre Pithou, juriste et écrivain champenois du XVIe siècle, l'un des auteurs de la Satire Ménippée. Grosley continue également à collaborer à plusieurs journaux et contribue au Nouveau dictionnaire historique de Chaudon et à la réédition entreprise par l'abbé Goujet du Dictionnaire de Moreri. Grosley sera aussi l'auteur de l'article «Roise» de l'Encyclopédie.

Grosley aimait peu plaider, sinon pour des causes qui lui tenaient à coeur, celles des «petits» et des nécessiteux (B.N., n.a.fr., 805), celles aussi des jansénistes, pour lesquels il a des sympathies, et qu'il défend à plusieurs reprises contre l'archevêché de Troyes lors de l'affaire des «billets de confessions» (Mémoires historiques, t. II, p. 667-669). Il passe également plusieurs mois à Paris en 1756, défendant, à ses frais, la ville de Troyes contre la Compagnie des Fermiers généraux dans un procès devant le Conseil en Cassation d'Arrêt (Vie, p. 336). Un héritage important dont il est bénéficiaire cette année-là, va lui permettre de «relâcher les liens qui [l'attachent] au palais» (Vie, p. 143) et de se consacrer à la littérature, entreprenant notamment la publication des Ephémérides troyennes qui paraîtront chaque année de 1757 à 1768. En 1757, l'attentat de Damiens pousse Grosley à «déclarer une guerre ouverte» à ses «bons amis Jésuites» qu'il accuse d'être à l'origine d'un «plan de subversion» dont l'attentat ne serait qu'un des épisodes (Lettre d'un solitaire, p. 11 ; Lettre d'un patriote, p. 2, 27). Il les attaque dans plusieurs pamphlets, notamment la Lettre d'un patriote qui est saisie et brûlée. L'imprimeur Gobelet et sa femme sont arrêtés et emprisonnés à la Bastille, mais Grosley réussira à échapper aux poursuites (Mémoires historiques, t. II, p. 665-667). Ses Mémoires pour servir à l'histoire des Jésuites seront également livrés au feu.

En mai 1757, Grosley s'était rendu en Lorraine où il avait été reçu dans l'Académie de Nancy sur la recommandation du roi Stanislas. De mai à décembre 1758, il voyage en Italie, visitant Milan, Venise, Rome, Naples, Florence (Vie, p. 152-170). A l'aller, il s'arrête aux Délices où Voltaire le retient huit jours (Lettres, p. 182), au retour au château des Ormes chez le comte d'Argenson (C, p. 29). Le président Hénault le presse de nouveau en 1759 de venir s'installer à Paris et de prendre place dans l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, mais il refuse : «Je suis addictus glebae et j'ai pris définitivement mes arrangements en conséquence» (Formey, t. II, p. 299-301). Il sera reçu membre libre de l'Académie des Inscriptions en 1762.

Le goût des voyages qu'il avait hérité de son père (Vie, p. 43), le pousse à entreprendre un nouveau voyage au printemps 1765, visitant la Bretagne puis se rendant à Londres où il séjourne six semaines (Vie, p. 219). Son récit de voyage, Londres, dans lequel il faisait l'éloge du libéralisme anglais, sera à l'origine de plusieurs polémiques lors de sa publication en 1770 (Simon, p. 31 ; C.L., t. VIII, p. 501-502). Grosley effectuera un autre voyage dans le nord de la France et en Hollande au cours de l'été 1772. A son retour d'Angleterre, en 1765, il avait pensé un moment à se marier avec la veuve d'un ami, puis y avait renoncé en raison de sa «passion irrésistible pour l'étude, la retraite et la liberté» (Vie, p. 269).

Au retour de ses voyages ou des séjours qu'il faisait presque chaque année à Paris, Grosley reprenait ses habitudes, la journée passée à l'étude, les «musarderies» quotidiennes dans les rues de Troyes, les longues randonnées à pied dans la campagne troyenne, appelé dans l'un ou l'autre village par ses fonctions de juge. Tout en donnant de nombreux articles à différents journaux, notamment au Journal encyclopédique auquel il collabore depuis 1764, Grosley consacre la fin de sa vie aux Illustres Troyens et aux Mémoires historiques et critiques pour l'histoire de Troyes, deux ouvrages dans lesquels il se proposait de rassembler les résultats de ses recherches sur le passé de Troyes et de sa région. Seul le premier volume des Mémoires historiques et critiques paraîtra en 1774.

Pierre Jean Grosley meurt à Troyes, dans la maison de la rue du Bourg-Neuf où il était né, le 4 novembre 1785. A sa demande, il est enterré comme «les morts les plus pauvres de l'Hôtel-Dieu». Dans son testament, de nombreux legs charitables, une rente «à la personne qui se chargera de [ses] deux chats, [ses] commensaux», et une donation pour contribuer «au monument à ériger au célèbre Antoine Arnauld» (Mémoires historiques, t. II, p. 679-682).

Situation de fortune

Aux gains que lui rapportent sa profession d'avocat, s'ajoutent un «petit revenu» qui provient de la succession de son père mort en 1732, et l'intérêt de 3000 £ qu'il place chez les frères Dufour en 1746, à son retour de la campagne d'Italie (Vie, p. 120, 126). En 1754, il sollicite et obtient, grâce sans doute à la protection du président Hénault (Lettres, p. 49), plusieurs charges de justices seigneuriales. Le bailliage de la baronnerie de Vaucharsis lui rapporte «30 livres de gages» en plus des «droits, profits et émoluments» dont le montant devait être assez réduit puisque Grosley, montrant une modération peu ordinaire pour l'époque, se limitait même «dans le temps où [il était] le moins pécunieux», à juger «les procès de rapport à 24 sols d'épices» (Vie, p. 126 ; Babeau, 1882, p. 8, 14).

Légataire universel de son oncle maternel, Nicolas Barolet, il hérite en 1756 de près de 80 000 £, somme importante pour l'époque. Il fait aussitôt don de la moitié à sa soeur en la dispensant, devant notaire, de toute reconnaissance. Il ne met qu'une condition à sa donation : que lui soit livré chaque année à la Saint-Martin, «deux muids de vin des Hauts-Clos» (Vie, p. 126-135). Le reste, placé, lui procure une rente annuelle de 2400 £, rente qu'il trouve encore «trop forte pour la figure qu'[il veut] faire» (Vie, p. 396). Aussi décide-t-il de la ramener à 1800 £ et d'offrir à la ville de Troyes les bustes de sept troyens célèbres, bustes qu'il commande, pour la somme de 2000 £ chacun, au sculpteur du roi, Vasse. Cinq seront exécutés, la banqueroute des frères Dufour chez lesquels il avait placé une partie de son argent, lui faisant perdre, quelques années plus tard, 8000 £ «dont le revenu formait précisément l'excédent ou le superflu [...] destiné à cette entreprise» (Vie, p. 140-142).

Grosley avait très tôt pris le parti «d'étouffer dans son sein jusqu'au moindre principe de la soif des richesses, jusqu'à la moindre des tentations de l'ambition» (Vie, p. 395). Méprisant le luxe, s'efforçant de se borner au nécessaire et de vivre une vie des plus simples, il a travaillé toute sa vie «à resserrer [ses] besoins, [ses] goûts et [ses] désirs» pour se contenter de peu et même «retrancher encore de ce peu, par la crainte de ne pas s'en contenter toujours» (Vie, p. 140, 395). Il ne faisait exception à cette règle que pour ses voyages, sa collection de tableaux, estampes et médailles, et sa bibliothèque, considérable pour l'époque, puisqu'elle contenait plus de 4000 volumes (Babeau, 1883, p. 23). Il lèguera la plus grande partie de sa fortune, qui s'élevait, à sa mort, à près de 50 000 £, au petit-fils d'un de ses anciens camarades d'études (Vie, p. 206-207 ; Mémoires historiques, t. II, p. 681-682). Le testament sera contesté par ses deux nièces (Babeau, 1901, p. 173).

Opinions

Dans sa dissertation présentée au concours de l'Académie de Dijon, Grosley concluait que le rétablissement des sciences et des arts avait été plus nuisible qu'utile aux moeurs, mais il s'agissait moins pour lui de condamner les sciences et les arts en tant que tels que d'appeler à retrouver ou préserver, «dans les siècles éclairés», la «pureté des anciennes moeurs», car il faut bien faire ce constat «humiliant pour l'humanité», que «les siècles les plus polis» n'ont pas été les plus vertueux, «la corruption des moeurs avoisin[ant le plus souvent] les lumières de l'esprit». Les siècles de Périclès, d'Auguste ou de Louuis XIV auraient été des «siècles encore plus heureux, si dans les hommes les panchans du coeur [avaient été] déterminés par les lumières de l'esprit» (M.F., juin 1752, p. 69, 86-87, 96). Contrairement à ce que certains ont voulu laisser croire (Dacier, p. 368 ; Georges, p. 16-17 ; B.Un., N.B.G.), Grosley prenait sa thèse au sérieux et n'a jamais renié les idées défendues dans cette dissertation. Il s'est en fait toujours efforcé d'accorder sa conduite à ses principes.

Lorsqu'en 1740, à vingt-deux ans, Grosley décide de revenir s'installer à Troyes, il a déjà choisi un «système de vie» qu'il suivra «imperturbablement et sans regrets», s'efforçant toujours de limiter son domaine pour mieux s'approprier ce qu'il possède (Vie, p. 18). Aux «illusions flatteuses», à la «représentation» et aux «entremangeries» de la capitale, aux jeux de l'intérêt et de l'ambition qui poussent à vivre «sans avoir vécu un instant pour soi-même», il préfère le «bonheur de province», la vie en retrait, la «médiocrité» qui donne la paix et les loisirs pour mieux se consacrer à l'étude, aux autres et à soi-même (Vie, p. 18, 60, 86 ; Dubois, p. 183). La lecture de Montaigne et des auteurs anciens qui, comme Horace, ont celébré l'aurea mediocritas, est venue fortifier une conviction acquise auprès de son père qu'il a peu connu mais qu'il a toujours admiré : «le bonheur que j'ai trouvé dans l'indépendance, dans la médiocrité, dans les goûts qu[e mon père] m'a transmis, est une continuité de celui qu'il a trouvé dans la modération de ses désirs, dans la paix de l'âme, et dans l'amour de l'étude» (Oeuvres inédites, t. I, p. 421). A Troyes, dans la maison familiale à laquelle il refusera toujours de changer quoi que ce soit, Grosley veut poursuivre la vie simple de ses ancêtres, «vivre de peu, désirer peu, ne rien devoir», cherchant, dans la mesure des besoins et la modération des désirs, l'équilibre, «la paix de l'âme» qui assure «la vraie liberté et la véritable indépendance» (Vie, p. 18, 395). «Paix et peu, c'est ma devise» (B.N., n.a.fr., 804, 97). A l'écart du monde, Grosley s'est cependant voulu un homme engagé dans son temps. Son oeuvre est presque entièrement consacrée à sa «patrie», sa ville, sa province, dont il veut mieux faire connaître le passé, les faits et les hommes qui l'ont illustrée. Mais, chez lui, l'attachement au passé va de pair avec l'amour du progrès : il faut lire «l'Histoire avec des yeux philosophiques», y tirer des enseignements pour mieux s'engager dans le présent (E.T., 1759). Influencé par les théories de Quesnay et de d'Argenson, Grosley défend les droits provinciaux contre les empiètements de l'autorité parisienne, encourage la décentralisation administrative et la renaissance des franchises locales, favorise l'essor des régions. Il encourage également la décentralisation culturelle, recensant les richesses artistiques de sa province et s'attachant à les faire connaître et aimer, rappelant les traditions, recueillant les contes et légendes, établissant un «vocabulaire troyen» : «Pourquoi donc Vaugelas restreint-il le bon usage de la langue française à la manière de parler des meilleurs écrivains et des personnes polies de la Ville et de la Cour?» (E.T., 1761, p. 75-124 ; Sainte-Beuve, p. 165, note 1). Grosley s'efforce de ranimer le «zèle patriotique» pour mieux lutter contre l'hégémonie culturelle et politique de la capitale. Il y voit aussi le plus sûr garant de la préservation de «la pureté des anciennes moeurs» (Dubois, p. 192-193).

Ce «provincialisme» de Grosley n'est ni étroit ni exclusif. Il s'accompagne d'une curiosité toujours en mouvement qui le pousse notamment à voyager, pour découvrir les productions artistiques du passé, se familiariser avec d'autres moeurs et d'autres gouvernements, et surtout «voir des hommes», étudier l'homme en général et les hommes dans un endroit particulier (Vie, p. 170, 219). Grosley s'est également engagé dans la lutte philosophique, soutenant l'effort des encyclopédistes, défendant le libéralisme économique et politique, combattant pour la tolérance religieuse. Il était en correspondance avec de nombreux savants et hommes de lettres, Joly de Fleury, le president Hénault, Desmarets, Chaudon, Coqueley de Chaussepierre, Dom Taillandier, Formey, d'Alembert notamment, et Voltaire, un temps, de 1758 à 1761. Pour beaucoup, Grosley est resté l'auteur des Mémoires de l'Académie de Troyes, mais il fut aussi, dans sa vie comme dans son oeuvre, ce «guerroyant philosophe» dont parle Voltaire dans une lettre à Formey (Best., D 8784).

Activités journalistiques

Pierre Jean Grosley a collaboré à de nombreux journaux. On a relevé près de cent articles publiés dans le Journal de Verdun, le Mercure de France, le Journal Encyclopédique, le Journal de Paris, les Mémoires de Trévoux, les Affiches de Reims, ou le Journal de Troyes. Corrard de Breban en a publié une liste partielle dans l'Annuaire de l'Aube de 1850 et 1852. On trouvera une liste plus complète, établie par Grosley lui-même, dans l'Ineditorum incomposita farrago, manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale (n.a.fr., 805-806).

Le «coup d'essai» de Grosley, alors qu'il est encore en logique chez les Oratoriens de Troyes, est une énigme «sur l'espérance» publiée en 1736 dans le Journal de Verdun. Deux autres énigmes parues dans le même journal en mars 1739 et avril 1744, seront tout ce qu'il aura «jamais tiré de sa veine poétique» (n.a.fr., 805, 162). Parmi ses contributions, quelques contes et «facéties» («Conte de Barolet Chauveau», J.Enc., avril 1777), plusieurs articles de critique littéraire sur des auteurs anciens («Sur un vers de l'Enéide», J.de Tr., juil. 1760, le seul article publié dans ce journal) et modernes («Sur Molière», J.Enc., 1/15 mai 1776) ; mais surtout des contributions de nature érudite sur des sujets d'histoire («Anecdotes sur Henri IV», J.Enc., avril 1777 et suiv.), de peinture («Sur le jugement dernier de Michel-Ange», J.Enc., août 1765), d'architecture («Lettre», M.de Fr., oct. 1757), de droit («Précis de la procédure criminelle contre le chevalier de Jars», J.Enc., fév. 1764), ou de langue («Sur les homonymes», J.Enc., avril 1776). De nombreux articles traitent de l'histoire de Troyes et de sa région : ses portraits des «Illustres troyens», par exemple, sont publiés presque régulièrement de décembre 1779 à octobre 1782 dans le Journal encyclopédique. On trouve également plusieurs articles de nature polémique, controverses religieuses («Sur le pays de Jansénie», J.Enc., sept. 1770) ou littéraires («Sur un prétendu plagiat de Voltaire», J.Enc., mars 1770), réponse à ses détracteurs à propos de sa vie («A Vassé, sur les bustes», J.Enc., nov. 1772) ou de ses oeuvres («Réponse sur Garrick», J.Enc., oct. 1770).

Grosley entreprend en 1757 la publication des Ephémérides troyennes dans le but «d'intéresser [ses] concitoyens à leur patrie», de leur faire «prendre connaissance des faits les plus intéressants de [leur] histoire» et de leur «ouvrir les yeux sur des entreprises utiles» (Vie, p. 143, 171-172). Elles paraîtront chaque année jusqu'en 1768. Les Ephémérides troyennes se présentent sous la forme d'un almanach mais contiennent également, outre des «pièces relatives à l'histoire civile, ecclésiastique et naturelle de Troyes» et aux «curiosités et singularités» artistiques de cette ville, des articles d'actualité rassemblés sous la rubrique «Etablissements et entreprises utiles». Dans cette rubrique, de plus en plus importante à mesure que les années passent, Grosley propose toute une série de mesures destinées à promouvoir le développement économique de la région et à améliorer la vie quotidienne de ses habitants. En 1757, par exemple, on trouve des articles sur les réformes à apporter aux hôpitaux, l'usage des bains publics, le développement de la navigation fluviale, les différentes utilisations possibles de la corne du bétail ou l'introduction de nouvelles cultures.

La publication des Ephémérides troyennes a soulevé beaucoup de remous à Troyes. Elles seront même saisies et détruites en 1762, sous prétexte que Grosley s'était moqué des «moeurs et de la religion» en publiant le portrait satirique d'un chanoine (Vie, p. 177-180, 204-208). C'est que Grosley dérange et heurte susceptibilités et intérêts locaux. Qu'il s'oppose au nouveau plan d'aménagement urbain par goût du «gothique» et de «l'ancienne tortuosité» des ruelles troyennes, ou qu'il remette en cause le privilège des «Communautés de fabricants» en encourageant l'artisanat local pour fournir de l'emploi aux paysans l'hiver, on le dénonce aussi bien comme un esprit rétrograde que comme un dangereux novateur. Les «tracasseries» continuelles, «les petits intérêts, les petites vues et les petites passions» qui sont de province comme de partout (E.T., 1758, Avis), auront raison de son entreprise : il abandonne avec la livraison de 1768.

Publications diverses

Oeuvres : Mémoires de l'Académie des Sciences, Inscriptions, Belles-Lettres, Beaux-Arts, etc., nouvellement établie à Troyes en Champagne, Liège, 1744 (avec David et A. Lefebvre) ; rééd. augm., 1756, 1768.– Mémoire pour Etiennette Boyau, s.l.n.d.– Mémoires pour servir de supplément aux "Antiquités ecclésiastiques du diocèse de Troyes" par N. Camusat, s.l., 1750 ; rééd. augm. en 1757, sous le titre, Mémories pour servir à l'histoire des RR.PP. Jésuites.–«Discours qui a balancé les suffrages de l'Académie de Dijon pour le prix de 1750», dans le Mercure de France, juin 1752, p. 68-100.– Recherches pour servir à l'histoire du droit francais, Paris, 1752.– Eloge historique et critique de M. Breyer, s.l., 1753.– Dissertation historique et critique [...] sur la conjuration de Venise, Paris, 1756.– Vie de Pierre Pithou , Paris, 1756.– De l'influence des lois sur les moeurs, Nancy, 1757.– Déclaration de guerre contre les auteurs du parricide tenté sur la personne du roi, s.l.n.d. (Troyes, 1757).– Réflexion contre l'attentat commis le 5 janvier contre la vie du roi, s.l.n.d. (Troyes, 1757).– Lettre d'un solitaire sur le mandement de M. l'archevêque de Paris, s.l.n.d. (Troyes, 1757).– Lettre d'un patriote, s.l.n.d. (Troyes, 1757).– Lettre a Mgr, au sujet des observations sur l'Almanach de Troyes, s.l. (Troyes), 1757.– Les Iniquités découvertes, ou Recueil des pièces curieuses et rares qui ont paru lors du procès de Damiens, Londres, 1760.– Projet aussi utile aux sciences et aux lettres qu'avantageux à l'Etat, par Sadoc Zorobabel, juif nouvellement converti, et compagnie, Bordeaux, 1762.– Nouveaux Mémoires ou observations sur l'Italie et sur les Italiens, Londres, 1764, 3 vol.– Londres, Lausanne, 1770, 3 vol.– Mémoires historiques et critiques pour l'histoire de Troyes, Troyes, 1774 ; rééd. augm., Paris, 1812, 2 vol.– Mémoires sur les campagnes d'ltalie de 1745 et 1746, Amsterdam, 1777.– Vie de M. Grosley, écrite en partie par lui-même, continuée et publiée par M. l'abbé Maydieu, Londres et Paris, 1787.– Voyage de P.J. Grosley en Hollande, éd. L.M. Patris-Dubreuil, Paris, 1813.– La Canonisation de Saint-Yves, conte, éd. S. Bérard, Paris, 1826.– Oeuvres inédites, éd. L.M. Patris-Dubreuil, Paris, 1812, 3 vol.– Lettres inédites de Grosley, éd. M. Truelle, Troyes, 1878.– Lettres inédites de Grosley écrites de l'armée d'Italie en 1745 et I746, éd. A. Babeau, Troyes, 1897.– De nombreux manuscrits, ainsi que des lettres et pièces diverses, sont rassemblés dans les Mélanges Grosley, B.N., n.a.fr., 802 à 806.

Bibliographie

C.L., B.Un., N.B.G., Cior 18.– (M.F.) Mercure de France.– (E.T.) Ephémérides troyennes.– Voltaire, Correspondance and related documents.– Corrard de Bréban, «Farrago de Grosley», Annuaire [...] pour le département de l'Aube, n° 27, 1852, p. 3-8.– Babeau A., Le Frère de Grosley et ses enfants, Arcis-sur-Aube, 1879.– Id., Grosley magistrat, Troyes, 1882.– Id., Les Correspondants de Grosley, Troyes, 1883.– Id., «L'Académie de Troyes et les auteurs des Mémoires publiés sous son nom», Mémoires de la Société académique [...] de l'Aube, L (1886), p. 121-148.– Id., Grosley étudiant, Troyes, 1887.– Id., «Le neveu de Grosley», Mémoires de la Société de l'Aube, XXXVIII (1901), p. 171-180.– Dacier B.J., «Eloge de M. Grosley», Histoire de l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XLVII, Paris, 1809, p. 365-376.– Dubois J., «Un savant champenois : Grosley», Mémoires de la Société de l'Aube, XXXVIII (1901), p. 181-603207.– Formey J.H.S., Souvenirs d'un citoyen, Berlin, 1789.– Georges E., Les Illustres Champenois : Grosley, Troyes, 1849.– Herluisson G.P., Eloge de P.J. Grosley, s.l.n.d.– Morel-Payen L., La Vie pittoresque et laborieuse de l'historien troyen Grosley, Troyes, 1931.– Sainte-Beuve, «De l'esprit de malice au bon vieux temps», Revue de Paris, X (1842), p. 145-169.– Simon Ch., Notice sur la vie et les ouvrages de M. Grosley, s.l., 1787.

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