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Louis François GROSLEY (1760-?)

État civil

Né à Troyes vers 1760, Louis François Grosley est le cadet des trois enfants de François Grosley dit Grosley de La Murotte, avocat au Parlement, chevalier de l'Ordre du Saint Sépulcre de Jérusalem, et de Jeanne Lefebvre. Ses deux soeurs épouseront des avocats troyens : l'aînée, Marie Elisabeth, se marie avec Jean Edme Houzelot ; Louise, avec l'avocat et lieutenant particulier des Eaux et Forêts, Moreau (Babeau, 1879, p. 5-6 ; 1901, p. 173, n. 1). A la suite de la mort de leur père en 1761 et de leur mère en 1772, les trois enfants auront pour tuteur leur oncle, l'écrivain et journaliste Pierre Jean Grosley. Louis François Grosley était marié. Il signe ses premiers articles «Grosley neveu».

Formation

Louis François Grosley fait ses études au Collège de l'Oratoire de Troyes, études sans doute bonnes puisqu'il obtient, en 1788, alors qu'il est en réthorique, le premier prix d'amplification française. Il étudie également la musique avec un professeur de Troyes, Nérat (Babeau, 1879, p. 6).

Carrière

Après la mort de sa mère, Louis François est mis en pension chez une demoiselle Simon, puis chez le Sr. Olivier, maître de pension. En 1776, il est pensionnaire au collège (Babeau, 1879, p. 6). A sa sortie du collège, il pense un moment à entrer dans l'artillerie puis se décide à entreprendre des études de droit, mais sa vie dissipée, «sa mauvaise conduite décidée et les scènes les plus étranges tant [à Troyes] qu'à Paris», poussent son tuteur, sur recommandation de ses professeurs et en accord avec le conseil de famille, à solliciter une lettre de cachet pour le faire enfermer dans une maison de correction, chez les Frères de Saint-Yon à Rouen. Il y est en mai 1781, époque à laquelle Pierre Jean Grosley demande à d'Alembert d'intercéder auprès de Beaumarchais pour que celui-ci trouve place pour ce «neveu mauvais sujet» dans le corps expéditionnaire destiné à soutenir les insurgés américains (Lettres, p. 182-185). On ne sait si cet expédient a réussi, mais on retrouve Louis François Grosley à Paris et à Troyes à la fin de 1783. Il joue la comédie dans les salons et publie quelques articles dans le Journal de Troyes. Son oncle, qui meurt au début de novembre 1785, ne lui a cependant pas pardonné, puisqu'il le déshérite ainsi que ses soeurs au profit du petit-fils d'un de ses amis (Babeau, 1901, p. 173). Louis François ne semble cependant pas lui en avoir tenu rigueur, refusant de s'associer à la procédure entamée par ses soeurs en vue de faire annuler le testament. Dans la notice nécrologique qu'il fait insérer dans le Journal de Troyes, il oublie les dissensions passées pour ne se souvenir que des talents et des bienfaits de son oncle : «Je n'entreprends pas son éloge, c'est quand je lui ressemblerai que j'essaierai de le peindre. Le souvenir des soins qu'il a pris de mon éducation a laissé dans mon coeur un respect inaltérable [...]. Cette gratitude, et le respect que tous les talents m'inspirent, voilà les motifs qui m'invitent à rendre cette notice publique» (J.T., 16 nov. 1785).

Tout en faisant de fréquents séjours à Troyes, Louis François Grosley s'installe à Paris pour y poursuivre une carrière d'auteur dramatique. En 1787, le directeur de l'Ambigu comique, Audinot, accepte une parodie de l'opéra de Beaumarchais, Tarare, que Grosley a écrite en collaboration avec Marchand, mais au dernier moment la représentation de la pièce aurait été «interdite par ordre supérieur» (Babeau, 1901, p. 174). L'année suivante, Grosley fait représenter à Troyes une comédie en deux actes, la Double vengeance, puis en 1789, un opéra-comique, la Promenade du matin.

Au delà de son engagement de journaliste, on ne sait pas exactement quelle est la nature du rôle joué par Grosley pendant la Révolution. Un pamphlet de 1797, Les Candidats à la nouvelle législature, l'accuse d'avoir été le secrétaire de Ronsin et d'être allé à Lyon exercer ses «qualités révolutionnaires» (n° IV, p. 103). Grosley se trouvait effectivement à Lyon au début de 1794, alors que la ville est réoccupée par les troupes révolutionnaires. Il a pu être un des nombreux jacobins envoyés de Paris en novembre, à la suite de Collot d'Herbois, pour épurer la ville et réorganiser la municipalité ; mais il semble douteux qu'il ait été le secrétaire de Ronsin, puisque Grosley écrit à Hébert, de Lyon, le 15 mars 1794, pour lui demander d'intervenir en sa faveur auprès du «général rouge» (A.N., W 78, (I) 20 ; Jacob, p. 38). La veille, Hébert et Ronsin avaient été arrêtés à Paris et ils seront exécutés le 24 mars.

Grosley était lié avec Hébert qu'il avait peut-être connu alors que celui-ci, contrôleur au Théâtre des Variétés, s'essayait sans succès à une carrière d'auteur dramatique. Grosley rédige avec Hébert les premiers numéros du Père Duchesne, en 1790 et 1791, puis collabore à plusieurs journaux dont la Quotidienne et le Postillon des Armées (B, p. 174). En mai 1797, il fonde L'Aurore, journal du nouveau tiers qui sera quelques mois plus tard parmi les 31 journaux interdits à la suite du coup d'état du 18 fructidor an V (4 sept. 1797). Le nouveau «Directoire exécutif» ordonne également que les rédacteurs et imprimeurs des journaux interdits soient conduits et enfermés «dans la maison d'arrêt de la Force», mais ce n'est en fait que deux ans plus tard que ces dispositions seront exécutées. Par l'arrêté du 16 fructidor an VII (3 sept. 1799) est décrétée l'arrestation et la déportation à l'île d'Oléron des «propriétaires, entrepreneurs, directeurs, auteurs, rédacteurs des journaux» interdits le 18 fructidor. Grosley, Lasalle et Grimaldi sont nommément désignés pour L'Aurore, mais, dans le cas de Grosley, l'arrêté est rapporté dès le 13 vendémiaire (5 oct. 1799 : Mitton, p. 200-206 ; Aulard, t. IV, p. 315-317, t. V, p. 711-713).

Sous l'empire, Grosley est nommé conseiller de préfecture à Luxembourg, chef-lieu du département de Forets (Babeau, 1901, p. 179). Il y fait jouer, en 1802, un opéra-vaudeville en deux actes Marion Delorme. C'est également à Luxembourg qu'est publié en 1809, L'Entrée des Français à Madrid, un drame en un acte et en vers dédié au «maréchal de Dantzick», sans doute le maréchal Lefebvre, duc de Dantzig. En 1798, Grosley avait déjà fait «le premier pas dans la carrière difficile du théâtre tragique», publiant à Paris une tragédie en cinq actes, Le Vatican ou la mort du général Duphot (Avertissement, p. iii).

Situation de fortune

La fortune de son père semble avoir été médiocre puisqu'en 1778, lorsque son oncle rend les comptes de tutelle, Louis-François ne reçoit pour sa part que 498 £ (Lettres, p. 184, n. 3). En 1797, Grosley était cependant, très probablement, sinon le propriétaire, du moins le directeur de l'imprimerie de L'Aurore, rue Saint-Honoré. L'année suivante, en effet, c'est sa femme, qui assure la publication, sans nom d'auteur, de La mort du général Duphot- l'«Avertissement de l'éditeur» est signé «Femme Grosley, rue Honoré, N° 1431». Elle doit être alors en charge de l'imprimerie, pendant que son mari se cache pour échapper aux dispositions de l'arrêté du 18 fructidor.

On ne sait rien de la situation financière et des moyens de subsistance de Grosley par la suite.

Pour se donner une idée du salaire d'un conseiller de préfecture sous l'Empire, on peut noter qu'en 1809, un sous-préfet gagne entre 3000 et 4000 francs (Tulard, p. 321).

Opinions

Grosley partage un temps les convictions politiques d'Hébert. Ainsi en mai 1793, dans son propre Père Duchêne, il prend le parti du «peuple» contre les «foutus girondins» qui s'attaquent alors aux pouvoirs de la Commune. En octobre de la même année, les Soirées de la campagne, journal auquel il collabore, applaudiront aux exécutions de Marie-Antoinette et des députés girondins qui marquent la fin de l'aristocratie et «affermi[ssent] de manière inébranlable le régime de l'égalité» (Babeau, 1901, p. 175). Après Thermidor, Grosley semble, sinon rejoindre les rangs de la contre-révolution, du moins s'en rapprocher. Dans l'Aurore de juin 1797, il dénonce «la fureur des partis [...], l'insolence des Jacobins et l'impolitique des honnêtes gens [qui] vont encore une fois replonger la France dans un déluge de maux». Il prévoit le coup d'état militaire du 18 fructidor qui annulera les élections favorables aux royalistes, et le dénonce d'avance comme «un nouveau 31 mai» et le retour au «temps de Robespierre» (id., p. 177). Défenseur sous le Directoire de ce «nouveau tiers» qui aspire à l'ordre et à la stabilité, Grosley se ralliera au Consulat. Seul son anticléricalisme, qui se donnait libre cours dans les premiers numéros du Père Duchesne, ne semble pas avoir changé : en 1798, dans sa tragédie La Mort du général Duphot, il rejette tous les torts sur le Vatican qui «nourrit la haine de la France» et sur le pape, ce «prêtre dont le trône écrase la nature» (id., p. 178).

Activités journalistiques

A partir de septembre 1783, Grosley publie des petits poèmes et des articles de critique littéraire et musicale dans le Journal de la ville de Troyes (v. par ex., «Sur la musique du Te Deum», 7 janv. 1784 ; «Ariette», 10 mars 1784 ; «Lettre», 7 fév. 1787). Pendant la Révolution, il s'engage dans le journalisme politique, rédigeant avec Hébert, en 1790 et 1791, le Père Duchesne (Jacob, p. 57 ; Braesch, p. 96-99). Celui-ci avertit ses lecteurs, dans le premier numéro de l'année 1791, qu'on essaie de l'imiter et les prévient «qu'[il] n'avoue que les feuilles imprimées chez Tremblay et signées d'un G. et d'un H.», Grosley et Hébert. Il est difficile de déterminer la nature exacte de la contribution de Grosley, mais elle semble avoir été importante. En mai 1793, il entreprend à son tour de publier son propre Père Duchêne, et à la fin de son premier numéro, qui ne semble pas avoir eu de suite, il insère un avis destiné à Hébert qui avait prévenu ses «amis les Sans-Culottes de se défier d'un foutu marchand de contrebande qui a pris [son] nom, [son] portrait et [ses] fourneaux» (P.D., n° 231, p. 8) : «Père Duchêne de la cour des Miracles, le prétendu marchand de contrebande use de sa propriété [...]. Les trois quarts de tes cent premiers numéros ont été composés avec lui». (Je suis le véritable père Duchêne, p. 8).

Après l'échec de son Père Duchêne, Grosley, si l'on en croit le pamphlet de 1797 précédemment cité, aurait collaboré au Journal de la Montagne qui paraît à partir du 1er juin 1793 (Les Candidats, n° IV, p. 103-104). Il collabore aux Soirées de la campagne qui n'auront que onze numéros du 2 octobre au 13 novembre 1793. Ce journal s'adressait aux «habitants de la campagne», voulant les «rallier autour de la Constitution, leur inspirer le goût des vertus républicaines, leur présenter de nouvelles découvertes en agriculture» et aussi traiter de «questions de santé et d'hygiène» (Babeau, 1901, p. 175-176). Grosley a également collaboré à La Quotidienne (22 sept. 1792-18 oct. 1793) et au Postillon des Armées, journal quotidien publié par Cretot du 1er mai 1793 au 4 septembre 1797. Il fonde en mai 1797, L'Aurore ou le Journal du nouveau tiers dédié aux Amis de la Vérité, qui aura 106 numéros du 21 mai au 4 septembre 1797. Il le rédigeait avec Lasalle et Grimaldy.

Publications diverses

Oeuvres : Le Vatican ou la Mort du général Duphot, Paris, An VI (1798).– L'Entrée des Français à Madrid, Luxembourg, 1809.– Le premier numéro du Père Duchêne de Grosley porte le titre suivant : Je suis le véritable père Duchêne, foutre! Vous resterez MM les bougres, ou la Grande colère du père Duchene contre les jean-foutres d'aristocrates qui veulent transplanter la Convention nationale à Versailles et faire perdre à Paris le fruit de ses travaux et les avantages de la Révolution, Imprimerie des Bons-Enfants, s.l.n.d. (Paris, mai 1793 ; B.N., 8° Lc2 2568).– Grosley a fait représenter plusieurs pièces qui ne semblent pas avoir été imprimées : La Double Vengeance (Troyes, 1788) ; La Promenade du matin (Troyes, 1789) ; Marion Delorme (Luxembourg, 1802). Quérard lui attribue La Mort de Louis XVI, sans préciser le genre ni la date de publication de cette oeuvre.

Bibliographie

A.N., W 78, liasse 1, pièce 20 – (J.T.Journal de Troyes.– (P.D.Le Père Duchesne.– Les Candidats à la nouvelle législature ou les Grands Hommes de l'An Cinq, Paris, An V (4 numéros paginés de 1 à 170) [B.N., 8 Lc2 2662].– Grosley P.J., Vie de M. Grosley, Londres et Paris, 1787.– Id., Lettres inédites, éd. M. Truelle, Troyes, 1878.– Aulard A., Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire, Paris, 1900, 5 vol.– Babeau A., Le Frère de Grosley et ses enfants, Arcis-sur-Aube, 1879.– Id., «Le neveu de Grosley»,Mémoire de la Société académique (...) de l'Aube, XXXVIII, 65, 1901, p. 171-180.– Braesch F., "Le Père Duchesne" d'Hébert, Paris, 1938.– Mitton F., La Presse française sous la Révolution, le Consulat, l'Empire, Paris, 1945.– Jacob L., Hébert le Père Duchesne, chef des sans-culottes, Paris, 1960.– Tulard J., Napoléon, Paris, 1977.

Additif

État-civil: né le 21 décembre 1760, marié, sans enfant (AN Luxembourg B-0606, ce formulaire du « 1er Frimaire an 12 » [23 novembre 1803], rempli par Grosley, nous a été signalé par Paul Rousseau et aimablement transmis par Philippe NILLES, Conservateur, sections moderne et iconographique).

Carrière: « Quelle était votre profession avant 1789 ? Avocat. / Depuis 1789 ? Secrétaire dans les missions du représentant du peuple Roger Ducos : aujourd’hui professeur à l’École Centrale du département des forêts et Chef de bureau à la préfecture » (AN Luxembourg B-0606.). Membre du Conseil de préfecture et du Collège Électoral du 2e arrondissement du département des Forêts (Paul Rousseau).

Situation de fortune: en 1803: « douze à quinze mille francs de biens fonds et mes traitemens » (AN Luxembourg B-0606).

Opinions: membre de la Loge « Les Enfans de la Concorde fortifiée » de Luxembourg, affiliation le 9 juin 1803, la même année Maître, et Orateur adjoint, Vénérable Maître en 1808 (BnF, Département des manuscrits, FM2 (578)) (Paul Rousseau)

Auteur(s) de la notice


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