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Alexandre GRIMOD DE LA REYNIERE (1758-1838)

État civil

Alexandre Balthazar Laurent Grimod de La Reynière est né à Paris, le 29 novembre 1758. Son père, Laurent, Sr de La Reynière, fermier général, s'était élevé à l'emploi d'administrateur des postes, fournisseur de l'armée du Maréchal de Soubise pendant la guerre de Sept Ans puis à celui de fermier général adjoint en 1753, titulaire de 1756 à 1780 (voir Y. Durand, généalogie des Grimod, p. 256-258). Sa mère, Mlle de Jarente, nièce de l'évêque d'Orléans, sœur de Malesherbes, était galante, spirituelle, orgueilleuse de sa naissance, en dépit de sa mésalliance. G. aimait rappeler son origine lyonnaise et plébéienne. Laid et difforme, ce qu'il ne pardonnait pas à sa mère, il dissimulait son moignon et sa patte d'oie par des doigts postiches dont il se servait avec habileté. Il aima l'actrice lyonnaise Mlle Feuchère qu'il épousa malgré sa famille, en septembre 1790 (Vingtrinier). Il mourut au château de Villiers-sur-Orge, près de Longjumeau, au début de l'année 1838 (Le Moniteur, janv. 1838).

Formation

Elevé par Mlle Quinault, la cadette, et par l'actrice Mlle Luzy dans le luxueux hôtel que son père fit construire à l'angle des Champs-Elysées et de la Place Louis XV, il leur dut le goût du théâtre et de l'excentricité (Vingtrinier). Destiné à la magistrature où Malesherbes pouvait l'aider, il préféra la littérature et le théâtre. Il montra, de bonne heure, un goût prononcé pour les caveaux et les bouffonneries. Avocat, il est grand prêtre d'une association de gastronomes, «Les Déjeuners philosophiques » ; il y retrouve Rétif de La Bretonne, Beaumarchais, Fontanes, Joseph Chénier. En 1788, il fréquente à Lyon l'abbé Barthélémy de Grenoble, le chevalier Aude. Il énumère lui-même ses titres : «écuyer, avocat au Parlement, Membre de l'Académie des Arcades de Rome, associé libre du Musée de Paris et rédacteur de la partie dramatique du Journal de Neuchâtel».

Carrière

Ce Parisien vécut six semaines à Lyon, en 1776, et rédigea les Lettres à M. Mercier qui parurent en 1781. Avocat au Parlement de Paris, il se distingue par son originalité de pensée et de style, mais il quitte le Palais pour se consacrer à la littérature. Une satire contre Fariau de Saint-Ange lui créa des difficultés avec l'ordre des avocats en 1786 et sa famille obtint pour lui une lettre de cachet qui l'exila à l'abbaye de Domèvre-en-Haye, près de Toul (Vingtrinier), ou de Blamont, près de Nancy (B.Un.), de 1786 à 1788. Il voyagea en Suisse, en Allemagne, parcourut les foires du Midi de la France. Il arriva, en juillet 1788, à Lyon où il fonda un commerce de bazar, épicerie, droguerie, rue Mercière (Vingtrinier).

De retour dans son hôtel parisien, il jouit de la sécurité pendant la Révolution et s'abstint, sinon d'écrire, du moins de publier, de 1789 à 1793. Il aurait alors travaillé à ses Voyages dans les provinces méridionales de la France, au Coup d'œil philosophique sur les individus de la société, à L’Essai sur le commerce en général et sur quelques commerçants en particulier. Il insiste sur ses déplacements et ses activités de commerçant.

Très en vue dans le Paris mondain de l'Empire, en dépit des pires extravagances, il sait demeurer un amphitryon parfait. Ce prince des gastronomes se retira au château de Villiers-sur-Orge. En 1805, il reconstitua un «caveau» à Lyon (Trénard).

Situation de fortune

G. vécut aux dépens d'une fortune familiale immense, élevé dans le faste de l'hôtel de La Reynière où son père tenait table ouverte, chaque jour, avec le meilleur cuisinier de Paris. Maître de ces biens à la mort de ses parents, il les gaspilla largement ; la Révolution lui laissa de quoi vivre avec les pires fantaisies et des repas somptueux.

Opinions

Esprit ouvert, il s'attache aux mœurs, aux caractères, à l'activité des lieux où il se trouve (Voyages dans les provinces méridionales, Tableau de Lyon). Il croit au rôle moralisateur du théâtre (d'après Peu de chose) ; très classique de goût, son œuvre présente quelques accents préromantiques ; il considère Voltaire comme un écrivain dramatique (Moins que rien). Grâce à sa prudence et à un certain caractère populaire, il traverse sans risques les périls révolutionnaires. En 1793, dans Moins que rien, il critique le théâtre, instrument politique. Après Fructidor, il dénonce les premiers abus de la République. Son Journal est poursuivi comme royaliste et contre-révolutionnaire, quoiqu'il fût étranger aux affaires politiques.

Son activité l'a poussé à se livrer au commerce ; il écrit pour les négociants son Essai sur le commerce.

Activités journalistiques

Succédant à Le Vacher de Chamois, il rédige le Journal des théâtres avec l'aide d'une «Société de gens de lettres» de septembre 1777 à juin 1778 (D.P.1716).

Il rédige seul la partie dramatique du Journal de Neuchâtel (1781-1782). Le ms. 1162 de la Bibliothèque de Neuchâtel contient 25 lettres de G., qui permettent de rendre compte de ses relations avec la Société Typographique. Après avoir fait un séjour de dix mois en Suisse en 1776, temps « le plus heureux de sa vie» (lettre du 26 déc. 1780), G. a traité avec la Société Typographique par l'intermédiaire de Montsauge, chargé d'affaire «des ouvrages périodiques» de la S.T.N. à Paris (lettre du Ier août 1780). Il assumera la partie dramatique du Journal de Neuchâtel à partir du Ier janvier 1781 (lettre du 8 déc. 1780), et envoie effectivement son premier extrait le 3 janvier 1781. Mais les difficultés se multiplient rapidement entre G. et les directeurs du Journal : les exemplaires destinés à Paris n'arrivent qu'avec retard et les comptes rendus de G. paraissent après ceux du Mercure (23 sept. 1781), des articles dûs à des Suisses compromettent G. à Paris (17 sept., 25 nov. 1781 ; 17 août 1782), Chaillet voit souvent en lui un rival (27 févr. 1782), les extraits de G. assurent parfois le « remplissage », les fautes sont nombreuses, les errata ne sont pas publiés (ibid.). Une brouille de trois mois intervient de décembre à février 1782, puis une autre en juillet-août 1782. Grâce à l'intercession de L.S. Mercier, ces malentendus paraissent surmontés, mais la lettre de réconciliation apparente du 31 août 1782 n'est suivie d'aucune autre. Pendant deux ans, G. a néanmoins assuré avec régularité la chronique dramatique du Journal de Neuchâtel ; la plupart des comptes rendus de spectacles parisiens peuvent lui être attribués avec certitude ; on en trouvera une liste partielle dans la lettre de G. du 9 oct. 1781 (renseignements fournis par J. Sgard).

En 1785, il publie les deux volumes de La Lorgnette philosophique (Vingtrinier ; D.P.1 853).

De 1787 à 1788, il travaille à la Correspondance littéraire secrète de Neuwied (D.O.A. ; D.P.1235), à laquelle il fournit six articles signés, observations littéraires rééditées ensuite dans Peu de chose (Hjortberg, p. 137).

Le Censeur dramatique « ou Journal des principaux théâtres de Paris et des départements par Grimod de La Reynière» paraît de 1797-1798, en 4 vol., in-8°, recueil recommandable par son impartialité.

De 1803 à 1812, il dirige la publication de L’Almanach des gourmands servant de guide dans les moyens de faire grande chère par un vieil amateur ou Calendrier nutritif. Il a fourni des articles à de nombreux journaux. Il compose toute la partie littéraire des Petites Affiches de Ducray-Duminil, de 1800 à 1806. En 1824, paraît son Nouvel Almanach des Gourmands. On lui a attribué un Journal des Gourmands et des Belles.

Publications diverses

Voir Cior 18, n° 32554-32572. Il débuta dans la carrière littéraire en éditant des œuvres de Lautier : en 1780, il édite Le Fakir, conte en vers ; en 1782, il édite et préface Le Flatteur, comédie en cinq actes et vers libres. Dès 1785, il publie ses œuvres personnelles : Réflexions philosophiques sur le plaisir, par un célibataire. Lorgnette philosophique trouvée par un R.P. capucin sous les Arcades du Palais Royal et présentée au public par un célibataire (de nombreux passages sont copiés dans La Berlue de Poinsinet de Sivry), 1785, 2 vol. in-12. – Peu de chose, Hommage à l'Académie de Lyon, Paris, 1788, Belin, in-8°, 64 p. – Lettre d'un voyageur à son ami sur la ville de Marseille, Paris, 1792. – Moins que rien, suite de Peu de chose, Lausanne et Paris, 1793, 72 p. – L'Alambic littéraire ou Analyse d'un grand nombre d'ouvrages publiés récemment, 1803, 2 vol., in-8°. – La Vision d'un bonhomme, Paris, 1803.Il a inauguré la littérature gastronomique en France et publié un Manuel des Amphitryons contenant un traité de la dissection des viandes, 1808, 1 vol. in-8°.

Bibliographie

B. Un. – Varillon P., « Grimod de La Reynière et la physiologie du goût», Revue des Deux-Mondes, Ier juin 1955. – Id., «Grimod de La Reynière», Revue des Deux-Mondes, Ier juin 1956, p. 503-510. – Rogeas H., «Lyon en 1788», Salut public, 21 juin 1901. – Desnoiresterres G., Grimod de La Reynière et son groupe, Paris, Didier, s.d. – Vingtrinier E., Le Théâtre à Lyon au XVIIIe siècle, Lyon, Melon, 1879, in-8°. – Trénard L., Lyon, de l'Encyclopédie au Préromantisme, Paris, P.U.F., 1958. – Durand Y., Les Fermiers généraux au XVIIIe siècle, Paris, P.U.F., 1971. – Hjortberg M., Correspondance littéraire secrète, 1775-1793 : une présentation, Acta Universi-tatis Gothoburgensis et J. Touzot, Paris, 1987, p. 133-137.

Additif

Une lettre de Grimod de La Reynière datée du 21 juillet 1780 et adressée à un destinataire inconnu, peut-être le lieutenant de police Lenoir (collection François Moureau), résume l’histoire du Journal des théâtres :

« Les deux premiers volumes du Journal des Théâtres ont été composés en 1776 par M. Le Fuel de Méricourt ; et M. de Charnois et moi n’y avons aucune part.  M. Le Fuel a disparu au 14e numéro après avoir emporté l’argent des souscriptions, et ce n’est que 6 mois après que notre bail a commencé. J’espère que vous vous en appercevrez, Monsieur, au ton de modération qui règne dans le troisième volume et dans les suivants. Les 27e, 28, 29 et 30e numéros sont aussi d’une plume étrangère. M. de Charnois et moi avions quitté l’ouvrage après le n° 26 [...] » (J.S.).

Auteur(s) de la notice


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