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Jean GONTIER (?-?)

Activités journalistiques

Jean Théodore Gontier est surtout connu pour le rôle essentiel qu'il joua dans la création, puis la direction de la Gazette de Vienne, le plus important des journaux de langue française édités à Vienne durant le XVIIIe siècle (D.P.1, 533). Sa demande de privilège, en date du 2 janvier 1757, devait rapidement obtenir satisfaction, grâce à l'appui décisif du comte de Kaunitz, principal instigateur du récent renversement des alliances. A partir du 2 mars 1757, et jusqu'en 1780, G. assura, avec autant de docilité que de souplesse, la direction de la nouvelle gazette dont l'audience ne cessa de croître. Ces succès furent favorables à G. qui se lia au célèbre et puissant Van Swieten, médecin personnel de Marie-Thérèse, se vit confier par celui-ci les fonctions de censeur de la librairie, et fut chargé de la régie du Burgtheater de 1770 à 1772. Il exerça ainsi une influence notable sur la vie culturelle viennoise.

Bibliographie

Duchkowitsch W., Absolutismus und Zeitung, die Strategie der absolutistischen Kommunikationspolitik und ihre Wirkung auf die Wiener Zeitungen (1621-1757), thèse, U. Wien, 1978. – Schmidt J., Voltaire und Maria-Theresia, französische Kultur der Barock in ihren Beziehungen zu Österreich, Wien, Mitteilungen des Vereines für Geschichte der Stadt Wien, t. XI, 1931. – Strasser K., Die Wiener Presse in der josephinischen Zeit, Wien, Verlag Notring der wissenschaftlichen Verbände Österreich, 1962. – Teissier P., « La Presse de langue française éditée à Vienne au XVIIIe siècle », dans Le Journalisme d'Ancien Régime, dir. P. Rétat, P.U. de Lyon, 1982.

Additif

État-civil: Jean-Théodore Gontier, fils de Théodore et de Jeanne Françoise Longdoz, vit le jour à Liège le 19 septembre 1715. Le 13 mai 1749, Jean-Théodore a épousé Anne-Marie Delvaux de Presseux, la fille d’un notable liégeois (A.E.L., R.P., Liège). On ignore la date de sa mort mais il est fort probable qu’il soit décédé à Vienne au cours de l’année 1780. 

Formation: Peu d’informations nous sont parvenues sur son éducation et ses études. Il dut cependant entreprendre, vraisemblablement dans une université allemande, des études juridiques puisqu’il se trouve qualifié de « licencié en droit » dans un acte notarié du 3 juin 1749 (A.E.L., Notaires, J.-F. Hannecart). Son père était lui-même un brillant homme de loi; appelé à défendre de nombreuses causes devant les différentes cours et tribunaux liégeois, il s’était acquis la réputation d’un plaideur à la fois redoutable et redouté. Cette notoriété lui valu d’être revêtu en 1735 du titre de conseiller impérial. Cette remarquable ascension ne l’empêcha pas d’avoir à plusieurs reprises des démêlés avec les instances judiciaires principautaires, où ses opinions tranchées et sa vive intransigeance l’amenèrent à ne pas respecter les privilèges accordés au pays. Cette atteinte à l’autorité souveraine devait lui être fatale car le prince-évêque, Georges-Louis de Berghes, outré par cet acte d’insubordination, ordonna  son arrestation le 31 juillet 1736. Pour échapper à l’emprisonnement, Théodore Gontier n’eut d’autre choix que de prendre le chemin de l’exil. Après avoir erré quelque temps  dans les principales capitales allemandes, il finit par se fixer en 1739 à Vienne où il avait d’influentes relations (D.J., p. 505, n. 40). Son fils dut, sinon l’accompagner, du moins le rejoindre dans son exil puisqu’il entre, au début de l’année 1741, en qualité  d’homme de confiance, au service de Charles Vincent, le chargé d’affaires du roi de France auprès de Marie-Thérèse (A.E.L., C.P., 2653, lettre de Théodore Gontier, Vienne, 1er janvier 1741).

Carrière: L’avènement d’un nouveau prince-évêque à la tête de la principauté de Liège allait permettre à Théodore Gontier de regagner sa patrie. En effet, le 30 juillet 1744,  le souverain lui accordait la grâce tant attendue (A.E.L., C.P., 72). Après son mariage en 1749, Jean-Théodore, marchant sur les traces de son père,  s’inscrit à son tour, le 9 août 1751, à la cour spirituelle de Liège en qualité d’avocat (C. de B., p. 190). Le 15 avril 1752, il acquiert moyennant une somme de 6.400 florins la seigneurie de Paifve et Nederen qu’il revendra  en 1763 à Gilles Graillet, prête nom du comte de Velbruck (A.E.L., Notaires, L.-D. Lhoist; L. G., 1, p. 230). Cette ascension sociale, jointe à ses talents professionnels, aurait pu laisser croire que le jeune marié allait jouir pleinement des charmes de la vie, mais les événements devaient en décider autrement. Jean-Théodore de Bavière, le nouveau prince-évêque, devait en effet décevoir les attentes des Liégeois. Prélat aux mœurs dissolues, perdu de dettes, il joignait à sa faiblesse de caractère une extrême pusillanimité. Pensionné avéré de la France, il était  inféodé à sa politique. Par ailleurs, ne résidant que par intermittence sur les bords de la Meuse, il avait très tôt abandonné à ses favoris l’exercice du pouvoir. Face à cette situation se développe, au début des années 1750, un vaste mouvement de contestation. En désespoir de cause, cinq des principaux marchands de la capitale se décidèrent à adresser aux trois « États du Pays de Liège et Comté de Looz », « les pères de la patrie », un mémoire lourd d’accusation. Dans ce factum, ils reprochaient au prince, non seulement d’avoir autorisé la frappe d’une monnaie de mauvais alois, particulièrement préjudiciable à la prospérité générale, et de fermer les yeux  sur les malversations de ses favoris mais aussi d’être totalement inféodé à la politique de la France. Cette démarche provoqua l’ire du souverain, qui  ordonna aussitôt de « faire brûler la ditte requête et de poursuivre en justice  les marchands séditieux ». La rigueur et la soudaineté de la réaction de Jean-Théodore de Bavière incitèrent les factieux à recourir au juge suprême de l’empire : l’empereur. A cette fin, ils déléguèrent Jean-Théodore Gontier à Bruxelles auprès du comte de Cobenzl, ministre plénipotentiaire des Pays-Bas autrichiens,  afin d’obtenir son appui auprès de la cour de Vienne. Cobenzl s’empressa d’accorder son concours à l’émissaire. Entièrement favorable à la cause des marchands, G. finira par apparaître comme une des principaux acteurs de la rébellion. Malgré les efforts de Jean-Théodore de Bavière en vue de contrecarrer les tentatives des séditieux, ceux-ci finirent par déférer leur cause devant le Conseil aulique, d’autant plus que François Ier venait d’enjoindre au prince-évêque de suspendre toute poursuite criminelle. Cette décision renforça la détermination des commerçants liégeois, qui s’empressèrent de dépêcher Gontier à Vienne, « muni des pleins pouvoirs ». Chaudement recommandé par Cobenzl, par Kaunitz et le maréchal de Batthyani, G.  ne doutait pas de l’issue du procès. Il allait devoir déchanter. En effet, l’engorgement du Conseil aulique, l’apathie des juges, la lourdeur de la bureaucratie ne laissaient guère augurer une issue rapide du procès. Les commerçants de Liège, désespérant de voir leur cause aboutir, commencèrent à se diviser. L’Autriche, malgré la fermeté de ses propos, hésitait à s’immiscer dans les affaires liégeoises. Or, privée de tout appui politique, l’opposition à Jean-Théodore de Bavière n’avait aucune chance de succès. En 1757, le procès était toujours en suspens, et cette sourde indifférence finit par avoir raison des séditieux. L’annonce de cette débâcle consterna G. qui, pleinement compromis, comme son père jadis, se résolut à l’exil. Puisqu’il s’y trouvait depuis plus de deux ans, il décida de se fixer à Vienne (D.J., p. 489-519, 551-559, 576-578).

Ce choix allait s‘avérer des plus heureux. En effet, G. va dès lors connaître dans la capitale habsbourgeoise une ascension aussi brillante que fulgurante. « Homme plein de goût, de littérature, et d’esprit » (F., 2, p. 267, lettre de Dancourt, Vienne, 13 mars 1763), G. devient en 1763, choisi par Gerhard Van Swieten, le médecin personnel de l’impératrice, un des sept membre de la commission de censure des livres, en charge essentiellement de la littérature française (A.F., p. 418-419, 463; Van L., p. 387, 393,396-397;van de K., p. 241, 276). Grâce à cette relation privilégiée - une amitié indéfectible devait unir les deux hommes - il est introduit dans l’intimité de la souveraine et va avoir l’insigne « honneur de contribuer à l’éducation en partie de la famille impériale par de petits ouvrages de morale en prose et en vers ». Cette fonction de pédagogue lui confère une grande notoriété et lui vaut « à très-juste titre la confiance de Sa Majesté ». Preuve de cet ascendant, la vérification de la gestion « devenue suspecte » du comte Durazzo, l’ordonnateur des spectacles de la cour qu’il contribue à « désenfler prodigieusement » (F., 2, p. 267-268, 271, lettre de Dancourt, Vienne, 13 mars 1763). Cette incursion indirecte dans le monde du théâtre va l’amener à entrer en relation avec l’acteur Louis Dancourt, un intime de Favart, et à jouer un rôle de plus en plus important dans la vie artistique et culturelle viennoise (A.G.R., S.E.G., 1133, lettres de Gontier à Cobenzl, 1763-1769, passim). Outre sa charge de censeur de la librairie qu’il occupera jusqu’en 1772 (A.F., p. 445) et de directeur de la Gazette de Vienne qu’il assumera jusqu’en 1780, date probable de sa mort, il exercera au Burgtheater la fonction d’ Ober-Regisseur der französischen Komödie de juin 1770 à février 1772 (Katalog, p. 20). Par ailleurs, il est possible qu’il ait composé en 1765 pour Goffried Van Swieten, fils de Gerhrard, le livret d’un opéra comique, dont on n’a pas retrouvé la trace (Bulletin de l‘Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts, p. 887; Mozart-Jahrbuch, 1953, p. 16-17).Comme Van Swieten, il semble avoir été franc-maçon mais aucun document ne permet d’attester son appartenance à l‘ordre.

Activités journalistiques: Conséquence du renversement des alliances, il est chargé par Kaunitz, le principal artisan de cette révolution diplomatique, à la fin de l’année 1756, de lancer un nouveau journal : « La Gazette française de Vienne », proposition à laquelle G. s’empresse de donner suite puisque le premier numéro paraît le 2 mars 1757 (DP1 , notice 533). Très vite le nouveau périodique connaît un vif succès. Le tirage s’élève dès le début « à près de 800 par ordinaire » et le journaliste espère « tous frais faits avoir par an environ 4.000 florins de bon (A.G.R., S.E.G., 1133, lettres de Gontier, Vienne, 1er janvier, 3 mars, 19 octobre 1757)». Cette faveur s’explique par la protection de la comtesse de Plettenberg dont la fille épousera le fils aîné du ministre de Marie-Thérèse (A.A.E. Liège, lettre de Durand d’Aubigny, Liège, 12 mai 1754).

Bibliographie: (A.E.L.), Archives de l’État à Liège; (R.P.), registres paroissiaux; (C.P.),  Conseil privé. - (A.G.R.), Archives générales du Royaume  à Bruxelles; (S.E.G..), Secrétairerie d’Etat et de Guerre. - (A.A.E.), Archives du Ministère des Affaires étrangères à Paris.

(F.), Favart, Charles-Simon, Mémoires et correspondances littéraires dramatiques et anecdotiques, 2, Paris, 1808. - (L.G.), Galesloot, Louis,   Inventaire des archives de la cour féodale de Brabant, 1, Bruxelles, 1870.-  (A.F.), Fournier, August Gerhard Van Swieten als Censor nach archivalischen Quellen, Wien, 1877. -  (C. de B.), de Borman, Camille, « Les avocats à la cour spirituelle de Liège de 1604 à 1794 », Bulletin de l’Institut archéologique liégeois, 21, Liège, 1888, p. 159-236. - (Katalog), Katalog der Portrait-Sammlung de k.u.k. General-Intendanz der k.k. Hoftheater. Zugleich ein biographiques Hilfsbuch auf dem Gebiet von Theater und Musik. Zweite Abteilung. Gruppe IV. Wiener Hofteather, Wien, 1892. -  (Van L.), Van Leersum, E. C., « Gérard Van Swieten en qualité de censeur », Janus, 11, Harlem, 1906, p. 383-398, 446-469, 501-522. -  Schmid, Ernst Fritz, « Gottfried van Swieten als Komponist », Mozart-Jahrbuch, 1953, Salzbourg, 1954, p. 15-32. -   (van de K.), van de Korst J. K., Een dokter van formaat : Gerard van Swieten, lijfarts van keizerin Maria Theresia, Amsterdam, 2003. -  (D.J.), Jozic, Daniel, Liège sous la crosse d’un Wittelsbach. Contribution à l’histoire politique de la principauté de Liège durant les douze premières années du règne de Jean-Théodore de Bavière (1744-1755), thèse de l’Université de Liège, 2007. (Daniel JOZIC).

 

 

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