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Pierre GINGUENE (1748-1816)

État civil

Pierre Louis Ginguené est né à Rennes, le 25 avril 1748, de Pierre François Ginguené et d'Anne Marie Gagon. Sa famille est d'origine noble, mais sans fortune. Kerviler la rattache aux Ginguené de Breuil Samin. Pierre Louis est parent de Chateaubriand par les Bedée (G. Collas, La Vieillesse de Mme de Chateaubriand, Paris, 1961, t. I, p. 59). Son frère, Gaspard François, né en 1749, fera carrière dans l'administration impériale [Almanach impérial, 1805 : il y figure, comme directeur des Domaines à Laon). Pierre Louis épouse, avant la Révolution, Marie Anne Poulet (Guillois, Le Salon, p. 111). Daunou dit que G. l'a «choisie dans sa propre famille» ; selon Guillois (La Marquise de Condorcet, p. 151), c'était une amie de Sophie de Grouchy, marquise de Condorcet. En 1805, G. et sa femme adoptent un jeune orphelin anglais, James Parry.

G. est mort à Paris le 16 novembre 1816.

Formation

Il fait ses études au collège de Rennes, dirigé par les Jésuites, puis, après l'expulsion par des prêtres séculiers. Il y est le condisciple de Parny (Daunou, p. V). C'est son père qui lui apprend l'anglais et l'italien et l'initie aux beaux-arts.

Carrière

Il se fait connaître dans les milieux lettrés de Rennes par ses poésies. Il arrive à Paris en 1772. Il lit sa Confession de Zulmé à l'académicien Rochefort (Daunou, p. VII). Il devient précepteur. En 1778, il entre, comme commis, au Contrôle général des finances. Pendant la Révolution, sous la Terreur, il est arrêté à Noisy-le-Sec, le 14 floréal an II (3 mai 1794), incarcéré à Saint-Lazare le 19 floréal, libéré le 23 thermidor (10 août) (A.N., F7, 4725). En janvier 1795, il devient l'adjoint de Garât, commissaire de l'Instruction publique au Ministère de l'Intérieur, puis commissaire lui-même, le 19 août, enfin Directeur général. Lors de l'organisation de l'Institut, en octobre 1795, il en fait partie, dans la classe des Sciences morales et politiques.

Il est candidat au Directoire, pour le remplacement de Carnot, mais c'est François de Neufchâteau qui est élu par le conseil des Cinq-Cents. Le 18 décembre 1797, G. est nommé ambassadeur de France à Turin. Il y arrive le 24 mars 1798, après avoir séjourné, au cours de son voyage, à Lyon et à Genève. Il revient à Paris en thermidor an VII (août 1799).

Membre du Tribunat après le 18 brumaire, il en est renvoyé le 17 janvier 1802, avec d'autres opposants tels que Benjamin Constant, Daunou, Chénier, J.B. Say. De 1803 jusqu'à sa mort, il est professeur de littérature italienne à l'Athénée. En 1815, il cherche à obtenir du gouvernement des Cent-Jours un emploi dans l'Université, sans succès, malgré l'appui de Carnot et de Fouché (Levot). Il est envoyé en mission en Suisse, pour y rencontrer le colonel La Harpe et négocier un rapprochement entre Napoléon et le tsar Alexandre.

Situation de fortune

Sous l'Empire, il vit de son traitement de membre de l'Institut et de ses travaux littéraires.

Opinions

Défenseur de la musique italienne, contre Gluck. Franc-maçon : entre I782eti784, il appartient à la loge des Neuf-Sœurs (Le Bihan, Franc-maçons parisiens du Grand Orient de France, Paris, B.N., 1966). Partisan de la Révolution, il compose une ode sur l'ouverture des Etats Généraux. Il écrit ses Lettres sur les Confessions à un moment où les révolutionnaires ont un culte pour Rousseau. Pendant le Directoire, il s'affirme comme républicain : il s'oppose à Necker, trop indulgent pour Louis XVI, dans son livre De la Révolution de France (1797). Il s'oppose aux tribunaux spéciaux créés par Bonaparte : c'est la cause de son élimination du Tribunat. Son article sur L'Anarchie de Pologne de Rulhière provoque, par ses appels à la liberté, la suppression de La Décade philosophique. G. est hostile au catholicisme : La Feuille villageoise est vivement anticléricale. Directeur de l'Instruction publique, G. écrit dans une circulaire : «Toutes les religions positives, ne pouvant s'alimenter que de superstitions, sont à peu près équivalentes ; et les hommes, en se détachant de l'une pour suivre l'autre, n'ont fait que changer d'esclavage» (Kerviler, p. 126).

Activités journalistiques

Journal de Paris (D.P.1681) : il y écrit des articles de critique musicale entre 1780 et 1783, sous le nom de «Mélophile».Courier de l'Europe : G. est mentionné comme collaborateur de ce journal en 1780 (G. et M. von Proschwitz, Beaumarchais et le Courier de l'Europe : documents inédits ou peu connus, S.V.E.C. 274, 1990, doc. 254).Mercure de France : lettres, signées « Mélophile », entre 1780 et 1783. Chronique, non signée, de l'Académie royale de Musique, les 25 janvier et 1er février 1873 ; le 22 février, Suard précise que ces comptes rendus n'ont pas son accord. Voir G., Notice sur Piccini, p. 62-63.Gazette nationale ou le Moniteur universel : collaboration de G. à partir de 1790 (Kerviler, n° 11).La Feuille villageoise : G. en est le principal rédacteur à partir d'octobre 1793.La Décade philosophique, littéraire et politique, floréal an II -an XII (1794-1804), impr. des Sciences et des Arts, puis du Propagateur, Paris, 42 vol. Puis Revue philosophique, littéraire et politique (oct. 1804-1807), Paris, 11 vol. Articles signés Ginguené.

Publications diverses

Cior 18, n° 31201-31226. Ses livres les plus importants sont : Les Lettres sur les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, 1791. – Les volumes Musique de L’Encyclopédie méthodique (avec Framery), 1794-1818. – Notice sur la vie et les ouvrages de Nicolas Piccini, 1801. – Coup d'œil rapide sur le Génie du Christianisme, 1802. – Histoire littéraire d'Italie, 1811-1835, continuée par Salfi, à partir du t. IX. – Cior 18 ne mentionne pas l'ouvrage anonyme Mélophile à l'homme de lettres chargé de la rédaction des articles de l'Opéra dans le Mercure de France, Paris, 1783 (B.N., Vz. 2489).

Bibliographie

A.A.E., fonds Piémont, C.P., vol. 275-277 : correspondance pendant l'ambassade de Turin. – B.N., n.a.fr. 9192-9220 : papiers de G. – Paris, mairie du XVIe, Collection Parent de Rosan. – A.N., F 7, 3456 et 4725 : documents concernant G. – Garât D.J., «Notice sur M. Ginguené et sur ses ouvrages», dans Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M.P.L. Ginguené, Paris, 1817. – Dacier B.J., «Notice historique sur la vie et les ouvrages de Ginguené», Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres, t. VII (année 1818), Paris, 1824, p. 145-159. – Duval A., notice sur G., dans Histoire littéraire de la France, Paris, 1817, t. XIV. – Daunou P.C.F., notice historique sur G., dans G., Histoire littéraire d'Italie, 2e éd., Paris, 1824,1.1 : c'est la plus complète des notices sur G. – Orain A., Galerie des poètes bretons, Revue de Bretagne et de Vendée, 1.1, 1867, p. 267-272. – Guyot R., « Ginguené à Turin», Feuilles d'histoire du XVIIe au XXe siècle, t. VII, Paris, 1912, p. 127-134. – Levot P., Biographie bretonne, Vannes, 1852-1857, t. I, p. 199-808. – Kerviler R., Répertoire générale de bio-bibliographie bretonne, Rennes, 1886-1908, t. XVI. – Guillois A., Le Salon de Mme Helvétius, Paris, 1894. – Id., La Marquise de Condorcet, Paris, 1897. – Moravia S., Il Tramonto dell'Illuminismo, Bari, 1968. – Ginguené : idéologue et médiateur, éd. E. Guitton, dans Cahiers Roucher-André Chenier, n° 13-14, 1995.

Auteur(s) de la notice


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