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Jacques GAUTIER DAGOTY (1717?-1785)

État civil

Jacques Fabien Gautier (ou Gauthier) Dagoty (ou d'Agoty) est né à Marseille en 1717 (B.Un.; P. Larousse ; D.B.F.), peut-être en 1710 (Bénézit). Il eut cinq fils qui furent comme lui graveurs et travaillèrent dans son atelier : Jean Baptiste (1740-1786), Arnauld Eloi (mort en 1771, peut-être l'aîné de la famille), Honoré Louis (né en 1746), Jean Fabien (né en 1747) et Edouard (mort en 1784), dont le fils, Pierre Edouard (1775-1871) fut également peintre et graveur (Bénézit). Dagoty le père est mort en 1785.

Formation

Il vient à Paris en 1737 et travaille dans l'atelier de Jean Christophe Leblon au moment où celui-ci, après plusieurs tentatives infructueuses en Hollande et en Angleterre vers 1710, imposait à Paris le procédé de l'impression en couleurs. Leblon expose en 1738 le portrait du cardinal Fleury et en 1739 le portrait du roi ; il obtient, le Ier avril 1738, un privilège de vingt ans pour l'impression en couleurs «lui enjoignant de déclarer son secret et de faire travailler sous les yeux de différents amateurs nommés à cet effet » (Le Pour et contre, t. XVI, p. 42-43). Dès cette époque, Leblon avait découvert l'impression en trois couleurs dont G. se dira l'inventeur (cf. G. Wildenstein, «Jacob Christoffel Le Blon ou le secret de peindre en gravant», Gazette des beaux-arts, juil.-août 1960, p. 91-100) ; mais il ne livre pas les secrets de sa technique, malgré les quatre adjoints dont il avait été doté en juillet 1739, et il meurt ruiné en 1741. C'est G. qui lui succède dans l'exploitation de son privilège. Selon les termes du «Mémoire de l'Afaire d'entre Jacques Gautier, Maurice Viguier son associé & le Sieur Pierre Vilars» (f.fr. 22136, f° 6), Jacques Gautier, «jeune homme vif et ardent qui avoit travaillé quelque tems avec le Blond, et qui prétendoit avoir puisé dans les mêmes sources, c'est à dire dans les leçons & les idées du P. Castel», obtient, le 5 septembre 1741, un arrêt du Conseil qui lui permet d'exercer l'art de Leblon. Les associés de celui-ci entament un procès. G. achète alors à la fille de Leblon son privilège pour la somme de 6403 £ (12 mai 1742) et constitue une société qui lui apporte les fonds. A cette première société s'en substitue une autre à la fin de 1743 ; mais G. veut garder la maîtrise de l'exploitation de son procédé, d'où des dissensions qui ne prendront fin qu'avec la transaction du 29 janvier 1745. En 1747, il obtient enfin un privilège en forme et à son nom pour un Cours complet d'anatomie. Le dossier 22136 de la collection Anisson-Duperron contient le détail de ces longues négociations, qui ont fait également l'objet de nombreux articles de G. dans le Mercure, notamment en 1749. Le seul apport incontestable de G. est d'avoir ajouté aux trois couleurs le noir, qui permettait les modelés. F.L. 1769 le qualifie ainsi : «Anatomiste, pensionné du Roi, de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon».

Carrière

Autodidacte versé dans la physique, les sciences naturelles et la médecine, G. utilise alors méthodiquement la gravure colorée pour la reproduction des planches anatomiques, comme l'avait envisagé Leblon («Mémoire instructif», Mémoires de Trévoux, août 1737). Il grave plusieurs séries de planches (Myologie de la tête en 1745, Myologie du pharynx en 1748) ; L’Anatomie complète de 1748 lui vaut une gratification royale de 600 £. Il expose à l'Académie des sciences, les 22 et 26 novembre 1746, sous le nom de «chroa-génésie» une nouvelle théorie de la génération des couleurs «contre le système de Newton ». Il passe de la médecine à la mythologie, à la botanique, à la reproduction de tableaux, spécialisant ses fils dans chacune de ces parties et fondant lui-même sa propre maison d'édition (1741).

Situation de fortune

La fortune de G. repose sur l'exploitation méthodique du privilège de Leblon qui portait à la fois sur les figures d'anatomie, d'histoire naturelle et sur la reproduction de tableaux. C'est en vertu de ce premier privilège que G. peut obtenir, le 8 octobre 1751, un privilège pour les Observations sur la physique, sur l'histoire naturelle et sur les arts. En 1757, G. cesse de publier ce périodique mais en fait renouveler le privilège qu'il vend puis rachète à Toussaint (18 sept. 1758), ce qui lui permettra d'obtenir de Rozier en 1771 une pension de 600 £ en dédommagement. Cette pension avait d'abord été fixée à 2800 £ ; Rozier parvient à la faire abaisser, mais G. obtient alors le privilège du Journal de Monsieur ou table des journaux. Rozier considère, non sans raison, G. comme un homme d'affaires et un spéculateur (voir le «Mémoire pour le sieur abbé Rozier contre le sieur Jacques-Gautier Dagoty père», Paris, Clousier 1778, p. 3-8, B.V. Grenoble, Presse 1900).

Activités journalistiques

Les Observations sur la physique, sur l'histoire naturelle et sur les arts, premier journal consacré en France à la physique obtiennent un privilège le 8 octobre 1751 et paraissent en 1752 à Paris, chez Delaguette, sous le titre : Observations sur l'histoire naturelle, sur la physique et sur la peinture. Le journal paraît d'abord sous forme de cahiers de planches in-40 commentées 12 cahiers en 1752, 6 en 1753, 6 en 1754, puis en volumes in-12 sans planches. La collection complète, de 1752 à 1755, comporte 3 volumes in-40 ou 6 volumes in-12 (D.P.1 1089). Le succès initial engage G. à joindre à ses commentaires des observations, des dissertations et des extraits d'ouvrages de physique. Après une interruption en 175 5» Le journal reparaît sous le titre : Observations périodiques sur la physique, l'histoire naturelle et les arts, ou Journal des sciences et des arts, « avec des planches imprimées en couleur par Gautier fils», 3 vol. in-40, 1756-1757 : Arnauld Eloi Dagoty grave les planches ; Rozier (voir ce nom) collabore avec G. à la rédaction, avant d'entrer en conflit avec lui et de fonder en 1772 ce qui sera le véritable Journal de physique.

Journal de Monsieur, table générale des journaux anciens et modernes : G. en obtient le privilège en 1776 et signe de ses initiales l'épître dédicatoire à Monsieur, frère du Roi, en tête du premier numéro, en septembre 1776. Ce journal rassemble des extraits des journaux, les querelles des savants et hommes de lettres, des commentaires sur les ouvrages recensés. G. en est le principal rédacteur jusqu'en avril 1777, époque où des dissentiments à l'intérieur de l'équipe provoquent une interruption d'un an (H.P.L.P., t. III, p. 205-209 ; D.P.1 674).

Publications diverses

Parmi les nombreuses publications de G., dont on trouvera la liste dans F.L. 1769, B.Un., D.B.F. et dans Cat.B.N., on citera : Mythologie complette en couleurs et grandeur naturelle, Paris, Gautier, 1746. – Lettres concernant le nouvel art d'imprimer les tableaux avec quatre couleurs, 1749. – Observations physiques «dédiées au Roi par M. Gautier», Paris, Jorry, 1750. – Observations sur la peinture et sur les tableaux anciens et modernes, Paris, Jorry, 1753. – Collection des plantes usuelles [...], gravées en couleurs, Paris, chez l'auteur, 1767, 4 vol., in-8°.

Bibliographie

Feller-Weiss ; B.Un. ; Dictionnaire de P. Larousse ; H.P.L.P. ; D.B.F. – B.N., f.fr. 22136, f° 3-25. – Bouchard A., «Une famille d'artistes français au XVIIIe siècle : les Gautier d'Agoty», Mémoires de la Commission des Antiquités du Département de la Côte d'Or, t. XXI, 1936-1937, p. 135-140. – Ledoux-Lebard R., «La première planche anatomique imprimée en couleurs en France», Bulletin de la Société française de l'histoire de la médecine, t. X, 1937, p. 109-115. – Bénézit E., Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Grund, 1951, art. «Gautier d'Agoty». – Anatomie de la couleur : l'invention de l'estampe en couleurs, Paris, Lausanne, 1996, catalogue de l'exposition de la B.N. en 1995.

Additif

Bibliographie : E. Lavezzi a attiré l’attention sur un écrit de G.D. qui manifeste ses ambitions de savant, spécialiste des problèmes d’optique (« Peinture et savoirs scientifiques. Le cas des Observations sur la peinture (1753) de Jacques Gauthier D’Agoty », DHS n° 31, 1999, p. 233-247). Cette publication rassemble les articles qui traitent de la peinture dans les Observations sur l’histoire naturelle, notamment sur les Salons de 1751 et de 1753. G.D. affirme qu’un peintre doit être à la fois « physicien et anatomiste » et tente de le prouver ; il reprend par là le vieux thème de l’imitation de la nature, en l’appuyant sur des recherches d’optique plus récentes, mais un peu « fragiles » (J.S.).

Auteur(s) de la notice


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