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Vincent GAUDIO (1722 ou 1723-1796)

État civil

Vincenzo (ou Vincent) Gaudio est né à Bari en 1722 ou 1723. Il se dit de famille très noble et très ancienne, invoquant le témoignage de divers historiens du royaume de Naples (C.B.). En 1758 il semble avoir eu une femme et trois enfants (De Boer). En 1766 il écrit dans le Journal des savants (J.S.) sous le nom d'Alétophile puis de Théophilandre. Il est mort à Amsterdam en 1796 (De Boer).

Etudes à l'Université de Naples où il devient docteur utriusque juris (C.B.).

Formation

Sauf indication contraire, les faits qui suivent sont tirés des interrogatoires de G. (C.B.) : 1748-1751, il est professeur à l'Académie royale de Naples. Début 1751 - juin 1754, employé à la chancellerie d'Italie à Vienne où il s'occupe de l'expédition des pièces latines et italiennes. Juin 1754, il part pour Dresde où il refuse un poste de deuxième bibliothécaire de l'électeur de Saxe. Avril (environ) 1755-1758, Gôttingen où il donne des leçons de droit, de philosophie et de belles-lettres, et à l'université des cours d'italien. 1758 - début 1761, Giessen, professeur de droit à l'Académie. Début 1761 - avril 1765, La Haye. Pendant environ un an et demi, il y enseigne le droit, la philosophie et la littérature aux pages du stadhouder, puis travaille sous la direction d'un certain Robinet pour divers libraires dont Merkus et Rey, et, après le départ de Robinet, pour Rey seul. 1765, il s'installe à Amsterdam où, début 1766, Rey lui confie la rédaction de la contrefaçon néerlandaise du J.S., complétée par un Extrait des meilleurs journaux de France et d'Angleterre. Le 18 février 1766, il achète le droit de bourgeoisie d'Amsterdam (De Boer). 30 juin 1766, à la suite d'un article de lui paru dans le numéro d'avril du J.S., G. est arrêté. Octobre 1766, il est condamné à 30 ans de réclusion et au bannissement perpétuel. Enfermé dans la maison de force nommée le Rasphuis et mis au secret, il devient fou vers 1779 et il est transféré dans une maison de correction où il meurt en juin 1796 (De Boer).

Situation de fortune

Les ressources de G. lui viennent des différentes fonctions qu'il a exercées. A Gôttingen, il touche 100 florins par an, à Giessen 200 (C.B.). Rey, pour la rédaction du J.S., lui offre 500 florins par an. Quand il quitte un emploi et un pays, il se trouve vite dans une situation difficile. A Amsterdam, en 1765, il autorise l'aubergiste Wijer à vendre sa bibliothèque pour payer ses dettes (De Boer). Au moment de son arrestation, on confisque ses livres, peu nombreux, et ses biens, mais leur vente suffit tout juste à payer ce qu'il doit (Oldewelt).

Opinions

Né et élevé dans le catholicisme, il déclare dans son interrogatoire du 1er juillet 1766 en avoir découvert la fausseté dès ses années d'enseignement à Naples. C'est la raison, dit-il, pour laquelle il quitte Naples, puis Vienne et refuse, effrayé par la bigoterie de l'électrice de Saxe, le poste de bibliothécaire qu'on lui offrait à Dresde. En 1755, à Gôttingen, il se convertit à la religion réformée entre les mains de MM. Kulenkamp et Colomb du Clos (C.B.). De caractère peu facile, il semble avoir eu des querelles avec ses collègues partout où il est passé (C.B.). Mais sa perte fut amenée par l'article qu'il publia en avril 1766 dans le Supplément au J.S., et où, sous le nom d'Alétophile, il défendait J.J. Rousseau et attaquait vigoureusement la tyrannie théologique. Sur plainte des pasteurs de l'Eglise wallonne, le libraire Rey est condamné à une amende, le journal d'avril interdit et les exemplaires restants confisqués. G. revendique aussitôt la responsabilité de l'article et, le 30 juin 1766, il est arrêté (De Boer).

Ses premiers interrogatoires ont lieu sans incidents, mais très vite G. accuse le grand officier, Isaac Sweers, de le persécuter pour des raisons personnelles et en appelle, en vain, à la cour de Hollande et au prince d'Orange. Sweers, dit-il, lui aurait demandé depuis longtemps d'écrire dans le J.S. contre la maison d'Orange et le stadhoudérat, et lui garderait rancune de son refus. L'accusation était grave et, à partir de là, les interrogatoires sont secrets. G. obtient l'autorisation de dicter une longue plaidoirie en français où, avec beaucoup de confusion et de grandiloquence, il expose son affaire. Mais il ne peut prouver ses dires et il est condamné comme calomniateur à 30 ans de détention et au bannissement (Secrète C.B.).

La sentence, dont on tient secrètes les véritables raisons, paraît disproportionnée avec l'article en cause. A partir de 1785, G. est mentionné à diverses reprises comme victime de la tyrannie cléricale (Boas).

Activités journalistiques

Au début de 1766, le libraire Rey engage G. comme rédacteur de sa contrefaçon du J.S. Dans le numéro de janvier 1766, G. expose son intention d'améliorer encore cette édition, déjà meilleure et plus libre que la française.

Publications diverses

Vincentii Gauàii Dissertatio ad Q. Horatium Fîaccum in qua vexatissimi loci ex «Artepoetica» (vers 128-130) nova traditur interpretatio et jura illustrantur. Laubaci in Wetteravia, typis M. Hildebrandi, 1760. – Nouvelle découverte dans l'histoire littéraire sur Polybe, par M. Gaudio, Berlin, 1758.

Bibliographie

A.M. d'Amsterdam : (C.B.) Confessie Boeken, R.A. 425 ; (Secrète C.B.) Secrète Confessie Boeken, R.A. 535. – Gallas K.R., «Vincenzio Gaudio», Jaarboek Amstelodamum, t. XXIII, Amsterdam, 1926. – Oldewelt W.F.H., «Nadere bijzonderheden over Vincenzio Gaudio», ibid., t. XXIV, 1927. – Boas M., «Nadere bijzonderheden over Vincenzio Gaudio», ibid., t. XXVI, 1929. – De Boer M.G., «Vincenzio Gaudio», ibid., t. XXVIII, 1931.

Auteur(s) de la notice


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