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Dominique GARAT (1749-1833)

État civil

Dominique Joseph Garât est né à Bayonne (Ustaritz) le 8 septembre 1749 (Mathiez ; B.Un.). Son père (mort vers 1764) était un docteur basque qui exerçait à la fois en Espagne et en France (G., Mémoires, p. 465) ; son frère aîné, Dominique (1735-1799) fut élu avec lui représentant du Tiers-Etat pour le «bailliage de Labour» aux Etats Généraux. Il avait un autre frère, Léon, et une sœur qui fut « supérieure du couvent de la Visitation à Bayonne» (B.Un.).

Le neveu de G., Pierre Jean Garât (1764-1823), un des quatre fils de Dominique, fut l'un des plus fameux chanteurs de son temps (B.Un.). G. se maria et eut au moins un fils, Paul. En septembre 1793, il vivait depuis environ huit ans avec sa maîtresse (ou son épouse), Marie Sainjal (Mathiez) ; dans une lettre écrite de Trêves à son ami Ginguené en l'an XII, G. parle affectueusement de sa femme (R.H.L.F., 1930, p. 231-232). Il mourut à Urdains le 9 décembre 1833.

Formation

L'un des premiers maîtres de G. fut un «abbé Duronéa, curé de Saint Pé et parent de son père». Il poursuivit ses études au collège de Guyenne à Bordeaux. Il demeura quelque temps au séminaire de Larressone (B.Un.). Cependant, il n'aimait pas les études formelles et se prétendait un autodidacte, errant parmi les champs de son village, Ustaritz, avec un Virgile dans une poche, un Locke ou un Montesquieu dans l'autre (Mémoires, p. 465-466). Il fit son apprentissage d'homme de loi avec son frère et «fut reçu avocat au parlement de Bordeaux» (B.Un.). Il abandonna le droit et vint à Paris pour faire sa carrière dans les lettres. Il y rencontra beaucoup de « philosophes » et fut particulièrement influencé par Condorcet dont il devint l'ami.

Carrière

G. arriva à Paris en 1777. Il y rencontra Suard et Panckoucke et fut aussitôt employé au Mercure de France, où il donna des articles dans la section littéraire. Il acquit presque immédiatement la célébrité ; après un Eloge de Michel de l'Hospital imprimé en 1778, il gagna le prix de l'Académie française en 1779 pour son Eloge de Suger, et de nouveau en 1781 pour son Eloge de Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier, et en 1784, pour son Eloge de Bernard de Fontenelle. A la même époque, il écrivit de nombreux articles pour le Mercure de France et le Journal de Paris, ainsi que pour l'Encyclopédie méthodique de Panckoucke. En 1786, il fut nommé professeur d'histoire au Lycée où il enseigna l'histoire ancienne, avec quelques interruptions, pendant de nombreu ses années. Déjà célèbre en 1789, il connut un succès encore plus grand sous la Révolution et l'Empire. Elu député à l'Assemblée Constituante le 22 avril 1789 (D.C.), chargé de la section politique du Journal de Paris, il se retira provisoire ment de l'activité politique à la fin de la Constituante. En avril 1792, il suivit l'ambassadeur de France en Grande-Bretagne ; il y revint en juin pour défendre la Révolution qu'il jugeait travestie (Mémoires, p. 295). Le 9 octobre 1792, il remplaça Danton comme ministre de la Justice, et devint ministre de l'Intérieur le 14 mars 1793. Il démissionna le 20 août. Arrêté en septembre 1793 (Mathiez), il fut relâché et mis en résidence surveillée, mais se retrouva en prison en 1794 et fut condamné à la guillotine le 2 thermidor. La mort de Robespierre ne le tira pas immédiatement du danger et Billaud réclama son exécution ; mais plusieurs des nouveaux membres de la Convention souhaitaient le nommer «commissaire de l'Instruction publique» (Mémoires, p. 458) ; il fut désigné comme «professeur de philosophie à l'école normale». En 1796, il fut élu au Conseil des Anciens par le département de la Seine-et-Oise ; nommé ambassadeur à Naples en 1798, il fut nommé sénateur sous Napoléon, puis comte d'Empire et commandeur de la Légion d'honneur. Sous la Restauration, G. fit partie de la Chambre des Cent jours (D.C.), puis se retira de la vie publique et continua d'écrire. Il fut membre de l'Institut de 1803 à 1816.

Situation de fortune

G. prétendait qu'il était né sans fortune et qu'il était arrivé à Paris en 1777 avec 36 louis. Pendant quelque temps, «il se procura une correspondance littéraire qui lui valut 50 louis par an » ; en même temps, il était appointé au Mercure de France pour une somme de 4 à 6000 £ par an. A partir de 178 5 environ, il eut une rente de 360 £ sur un « placement fait [...] sur les fonds de l'état» (Mathiez). Il acquit ainsi une sécurité financière suffisante pour lui permettre de refuser deux pensions en 1785 : l'une de 1200 £ payées auparavant à l'abbé Raynal, qui venait d'être obligé de quitter la France Garât déclara qu'il «ne savait pas s'enrichir des dépouilles des vivants» - ; l'autre était une «gratification» de 300 £ que lui offrait le baron de Breteuil pour son travail au Mercure ; Garât la refusa car il n'en était pas «à cet état d'humiliation et détresse qui peut réduire un homme de lettres à accepter une gratification de cent écus» (H.P.L.P., t. II, p. 416-418 ; CL., t. XIV, p. 173-174). Comme professeur d'histoire au Lycée, il gagnait 5000 £ par an (Mathiez).

La publication du Journal de Paris de 1789 à 1791 lui valut environ 32 000 £ (Mémoires, p. 467) : interrogé par le comité révolutionnaire «Mont-Blanc» en septembre 1793, G. dit avoir reçu 2000 écus la première année, 12 000 £ la seconde année, et 15 000 £ pour la troisième (Mathiez). Il fut également rétribué pour ses fonctions politiques, ce qui lui permit, avec son activité d'écrivain et d'enseignant qu'il sut toujours mener de pair, de s'assurer une vie confortable pour le restant de ses jours.

Opinions

Bien que très attaché à sa sœur religieuse, et bien qu'il soit devenu catholique pratiquant dans ses dernières années, il fut athée sans l'avouer, au moins durant la Révolution. Il crut pouvoir concilier son rationalisme et les croyances de l'Eglise. Dans ses Mémoires, et dans le Journal de Paris, il apparaît comme un philosophe convaincu de la vertu du « laissez-faire » en économie et de la possibilité du progrès dans le domaine social. Il fut favorable à la Révolution et compta parmi ses amis Brissot, Condorcet et Rabaud de Saint-Etienne. Napoléon le considérait comme un «idéologue». Si les idées de G. étaient radicales, il était d'une nature timide ; son jugement était compromis par un optimisme naïf, par la crainte de susciter la polémique et par le souci obsédant de flatter les maîtres du jour.

Activités journalistiques

Mercure de France : il en fut l'un des principaux rédacteurs dès 1777. En septembre 1784, Meister notait le «grand nombre d'articles intéressants dont il a enrichi depuis quelques années le Mercure de France» (t. XIV, p. 29) ; en juin 1785, il le disait «l'un des coopérateurs les plus laborieux et les plus distingués» de ce journal (t. XIV, p. 173).

Journal de Paris : G. y donne des articles à partir de 1781. De mai 1789 à septembre 1791, il assura la section politique du journal et rédigea l'article «Assemblée nationale» (D.C.). A dater d'octobre 1792, il fut présenté comme l'un des éditeurs du journal, mais il est peu probable qu'à cette époque, il y ait joué un grand rôle.

Gazette nationale ; il écrivit sous la rubrique « Convention » les comptes rendus consacrés aux premières et rares sessions de cette assemblée (Mémoires, p. 296).

Journal politique et philosophique «ou considérations périodiques sur les rapports des événements du temps, avec les principes de l'art social», an III. Seul parut le «Discours préliminaire».

Le Conservateur «journal politique, philosophique et littéraire», an V-VI, en collaboration avec Daunou et Chénier.

La Clé du Cabinet des souverains, an V-XIII, en collaboration avec plusieurs écrivains.

Publications diverses

Voir Cior 18, n° 30248-30279.

8. B.Un. ; D.B.F. – Garât D.J., Mémoires sur la Révolution, ou Exposé de ma conduite dans les affaires et dans les fonctions publiques, Paris, 1795 ; rééd. par Bûchez et Roux dans Histoire parlementaire de la Révolution française, t. XVIII. Nos références renvoient à cette édition. – Mathiez A., «L'arrestation du ministre Garât», Annales historiques de la Révolution française, t. IX, 1932, p. 156-162. Cet article reprend le procès-verbal de la section du Mont-Blanc, comité révolutionnaire, à la suite de l'arrestation de G. en septembre 1793. – Gusdorf G., La Conscience révolutionnaire : les idéologues, Paris, 1978. Correspondance inédite de Condorcet avec Suard, Garât, éd. E. Badinter, Paris, 1988. – Soboul A., Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, 1989. – (D.C.) Lemay E., Dictionnaire des Constituants, Paris, 1991.

Auteur(s) de la notice


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