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François GACON (1667-1725)

État civil

François Gacon naquit à Lyon, le 16 février 1667, «de Pierre Gacon, marchand toillier et de dame Anne Chrestien, sa femme (A.M. Lyon). Il semble avoir eu plusieurs frères, dont l'un résidait à Lyon en 1717 (C, 21 sept.). Il mourut le 15 novembre 1725 au prieuré de Bâillon, dans le «territoire» d'Asnières-sur-Oise, et fut «inhumé le lendemain dans sa chapelle prieurale», en présence de «Maître François Gacon [sic], avocat au Parlement de Paris, son frère» (reg. par. de Viarmes ; A.D. du Val d'Oise).

Formation

Prêtre de l'Oratoire, «il quitta de bonne heure la Congrégation pour s'occuper de littérature satirique» (D.L.F.). En 1717, l'Académie française lui accorda son prix de poésie pour une ode sur le thème de «Louis le Grand perdant ses enfants» ; mais comme il avait «satirisé presque tous ses membres» (N.D.H.), elle le lui fit remettre [B.Un.), par l'intermédiaire de l'abbé de Choisy (N.D.H.), pour éviter de le lui décerner sur place. Six mois plus tard, le 4 janvier 1718, proposé par l'archevêque, il fut reçu, « unanimement et avec toutes les marques possibles de distinction», à la «Société royale» de Lyon (C, lettres des 6 janv. et 11 mars).

Carrière

« Gacon reprit l'habit ecclésiastique sur la fin de ses jours » (N.D.H.) et il obtint le prieuré de Notre-Dame de Bâillon, abbaye bernardine toute proche de celle de Royaumont. A ce titre, il était aussi chapelain de Sainte-Anne, d'Asnières, comme le rappelle son acte de décès, où il est désigné comme «clerc tonsuré du diocèse de Lyon».

Opinions

G. s'était donné pour «modèle» Boileau (N.D.H.). Il lui arriva pourtant de le critiquer (en lui reprochant notamment la froideur de sa «satire contre les femmes»), peut-être sous l'influence de Regnard (B.Un.) qui, disait-on couramment, dans le choix de ses ennemis, puisqu'il soutint des guerres d'épigrammes contre Pradon (B.Un. ; N.B.G. ; D.L.F.), puis contre Jean Baptiste Rousseau (Passeron), et qu'il attaqua notamment Bossuet, Fontenelle (N.B.G. ; D.L.F.), Crébillon, Dufresny, au sujet du Chevalier joueur (B.Un.), Perrault, «les auteurs du Mercure galant», Thomas Corneille, Duché, Dancourt, à propos de La Foire de Bezons, l'abbé Bordelon, mais bien d'autres écrivains de moindre importance, comme la demoiselle Saintonge, pour ses opéras de Didon et de Circé, le vieil avocat grenoblois Perrachon, le sieur Debrie (Passeron), etc. Le Poète sans fard lui valut quelques mois de prison (N.D.H. ; B.Un. ; N.B.G.). Il dédia son Homère vengé à la duchesse du Maine sans lui en demander la permission. La Motte, qui fut un de ses adversaires privilégiés, déclara qu'il ne voulait pas lui répondre «parce qu'on n'a rien à gagner avec ceux qui n'ont rien à perdre» ; mais l'abbé de Pons le dénonça au chancelier Voysin (Mercure, mai 1715 ; Journal littéraire, 1715, t. VI, p. 452-465) et il «dut écrire dans un avertissement ajouté à son livre une espèce d'amende honorable» (N.B.G.). Quoique soumis préalablement à la censure (B.N., f.fr. 21942, p. 265 ; 31 oct. 1714), L’Homère vengé, violent pamphlet contre les Modernes, fut « supprimé » l'année suivante (Bonaccorso, p. 175, n.). Gacon s'acquit ainsi, auprès de certains de ses biographes, une réputation, largement usurpée, de «nouvel Arétin» (B.Un.). Le P. Oudin écrivait à Bouhier, à propos de L’Homère vengé : Gacon «est toujours le même» (f.fr. 24417, f° 342) ; et Bonardy, le 8 mars 1726 : «Un neveu de Gacon mettra bientôt sous presse ses ouvrages posthumes» (Correspondance littéraire du président Bouhier, éd. H. Duranton, n° 5, p. 8).

Brossette, l'éditeur lyonnais de Boileau, a entretenu une correspondance amicale avec G. (C). En 1710, il discute longuement le mémoire que celui-ci a envoyé au prévôt des marchands de Lyon « concernant les inscriptions de la statue équestre » de Louis XIV (16 janv.). En 1717, après avoir reçu l'ode qui avait obtenu le prix de l'Académie française (21 sept.), il lit à la Société royale la lettre que G. avait adressée à celle-ci (déc.) et facilite l'admission du poète à cette « Académie» qui n'avait pas encore obtenu de «lettres patentes» (lettres du 6 janv. et du 11 mars 1718). La B.N. conserve une lettre, imprimée, de Gacon (1723) à Desrochers, pour les portraits duquel il avait rédigé « plus de deux cents inscriptions en vers» (N.D.H.).

Activités journalistiques

En tenant compte notamment de leur titre, on peut à la rigueur considérer comme des publications journalistiques les petits pamphlets que Gacon a écrits contre les Modernes à l'occasion de la querelle littéraire qui a suivi la représentation de L’Inès de Castro, de La Motte :

Le Secrétaire du Parnasse, au sujet de la tragédie d'Inès de Castro. Et souscriptions désintéressées, par le P.S.F., Paris, François Fournier, 1723, in-8°, II-57 p. (D.P.1 1202). «Permission simple » accordée à Etienne Ganeau et enregistrée le Ier octobre (f.fr. 21952, p. 359), puis à F. Fournier (signature du 12 nov., enregistrement du 16 : ibid., p. 677). Cette permission fut ensuite révoquée, le 29 mars 1724 (ibid., note marginale), alors qu'un exemplaire avait été fourni pour le Cabinet du roi le 31 décembre précédent (f.fr. 22022, p. 35). Annonce préalable dans les Nouvelles littéraires du 1er décembre 1723 (p. 14-16). Comptes rendus dans une lettre datée du 15 décembre, parue, vers le 10 janvier, dans le Mercure de décembre, p. 1158, et dans les «Nouvelles littéraires» du 15 janvier 1724, p. 91-93 («Du bon et de l'original, mêlé avec du médiocre et du mauvais»). Autre édition, «par M. Gacon, poète sans fard», La Haye, M. Roguet, 1724, 54 p. in-8°.

Suite du Secrétaire du Parnasse, par le poète sans fard. Seconde partie, François Fournier, 1724, 48 p. in-8. (D.P.1 1234).

Publications diverses

Voir Cior 18, n° 29962-29976. Y ajouter L’Epître à M. D. sur son dialogue ou Satire Xème contre les femmes, par le Sieur Gacon, Lyon, 1694 et quelques «brevets» satiriques dans le Recueil de pièces du Régiment de la Calotte, 1726, et dans les Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte, 1752.

Bibliographie

Nicéron, t. XXXVIII, p. 233-240 ; N.D.H. ; B.Un. ; N.B.G. ; D.L.F. ; Cior 18. – Pérachon, Le Faux Satirique puni et le mérite couronné, Lyon, 1696. – Goujet C.P., Bibliothèque française, Paris, 1740-1756, t. IV. – Dreux Du Radier J.F., Table générale alphabétique et raisonnée du Journal historique de Verdun, Paris, 1760. – «Lutte satirique de Crébillon et de Gacon», Revue rétrospective, t. II, 1834, p. 149-158. – (C) Collombet F.Z., « Lettres inédites de Brossette à Gacon », Revue du Lyonnais, 1.1, 1835, p. 189-196. – Passeron J.S., «François Gacon et Jean-Baptiste Rousseau», ibid., p. 337-375. – Collombet F.Z., «Gacon ou le poète sans fard», Etudes sur les historiens lyonnais, t. II, Paris, 1844, p. 139-173. – Lachèvre F., Bibliographie des recueils collectifs, t. III, Paris, 1904, p. 343-344 ; t. IV, 1905, p. 114. – Watts G.B., «An epigram erroneously ascribed to Voltaire», Modem language notes, t. XXXVIII, 1923, p. 119-120. – Id., François Gacon and his enemies», Philological quarterly, t. III, 1924, p. 58-68. – Lachèvre F., «Bibliographie des ouvrages de Gacon», Bulletin du bibliophile, 1927, p. 131-140 ; 182-189 (repris dans Nouvelles Glanes bibliographiques et littéraires, 1933). – Adam A., Histoire de la littérature française au XVIIe siècle, Paris, Domat, 1956, t. V. – Bonaccorso, G., Gli Anni difficili di Marivaux, Messina, Peloritana, 1964. – Les Archives de la Ville de Lyon conservent une abondante liste de manuscrits et ouvrages lyonnais où il est fugitivement question de François Gacon.

Auteur(s) de la notice


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