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Louis Stanislas FRERON (1754?-1802)

État civil

Louis Stanislas Fréron naquit à Paris probablement en 1754, d'Elie-Catherine Fréron, directeur de l'Année littéraire et grand ennemi de Voltaire, et de Thérèse Jacquette Guyomar. (Certains disent qu'il ne naquit qu'en 1765, et ainsi aurait eu pour mère Annetic Royou, que le père épousa en 1766 ; voir B.Un.). Il eut pour parrain Stanislas, roi exilé de Pologne et beau-père de Louis XV, et pour protectrice Madame Adélaïde, fille de Stanislas et tante de Louis XVI. Fréron fils faillit devenir le beau-frère de Napoléon par son intimité avec la soeur du Consul, Pauline, mais la famille Bonaparte s'opposa au mariage. Il mourut le 15 juillet 1802 à Saint-Domingue.

Formation

F. entra au collège Louis-le-Grand le 30 septembre 1771.

Carrière

Outre sa carrière de journaliste, F. s'illustra surtout comme révolutionnaire. Malgré ses alliances royalistes, il prit part à tous les événements de la Révolution, après avoir renoué avec ses anciens camarades Desmoulins et Robespierre. Il fut chargé de plusieurs missions dans les départements, par exemple à Marseille en 1793, où, par des atrocités, il essaya avec Barras de soumettre cette ville à l'autorité de la Convention. Encore en 1793, lorsque les Anglais se furent emparés de la ville de Toulon, F. fut chargé de la reprendre. Il commença par changer le nom de Toulon en celui de Port-la-Montagne, et fut responsable de l'exécution de centaines de Toulonnais. Au mois de mars 1794, le Comité de Salut Public le rappela à Paris, où il fit partie du Club des Cordeliers, et fut lié à la faction de Danton et de Desmoulins, contre Robespierre. Lors de la chute de ce dernier, le 9 thermidor (27 juil. 1794), F. et Barras dirigèrent l'attaque contre l'hôtel de ville, citadelle des robespierristes. Toujours avec Barras après les événements du 1er prairial An III (20 mai 1795), il reçut l'ordre de désarmer les habitants du faubourg Saint-Antoine, qu'il tenta en vain de raser.

Vers la fin de la Révolution, F. essaya de faire valoir son élection à la Guyane au Conseil des Cinq-Cents mais il fut repoussé. Après la révolution du 18 brumaire, il n'eut qu'un poste médiocre dans l'administration des hospices, en dépit de ses rapports personnels avec les Bonaparte.

Situation de fortune

F. ne s'occupa que très peu de la direction de l'Année littéraire, qu'il laissa à l'abbé Royou et à Geoffroy. Après la suspension du privilège de ce journal en 1781, F. mena une vie de «parasite et débauché» (Arnaud). Pourtant, sur un contrat passé le 26 février 1784, par sa belle-mère, F. put à nouveau participer aux bénéfices de la revue (A.N., t. 546).

Barras nous a laissé de lui un portrait qui ne contredit en rien ses actes : «Fréron était bien un littérateur efféminé, pour qui une carrière militaire devenait un effort plus qu'humain. Il lui était difficile d'en prendre la vigueur et l'activité. L'usage des spiritueux, l'exaltation qu'il devait à cet auxiliaire lui donnait une hardiesse, une intrépidité presque guerrière. Avec un caractère déjà très décidé, cela faisait un excellent révolutionnaire» (Mémoires, p. 119).

Son poste dans une sous-préfecture à Saint-Domingue ne l'empêcha pas de mourir dans la misère (Arnaud).

Opinions

F. hérita de son père, en plus de la direction de l'Année littéraire, du courroux de Voltaire, des encyclopédistes et de tous leurs disciples. C'est ainsi qu'on trouve la remarque suivante du grand Voltaire : «Le petit Fréron a autant de malice et moins de talens que son père...» (D 20553) ; ou encore le 26 septembre 1777 : «J'ai un chien gros comme un mulet qu'on appelle Fr..., parce qu'il aboie toujours. Je ferai dévorer Fr... minor par mon chien, s'il ose jamais répéter l'impertinence imprimée dans le gros livre du père Lelong» (D 20816). F. riposta en défendant son père et en accusant Voltaire d'avoir causé sa mort (Année littéraire, 1776, t. IV, p. 224 à 230).

Dans l'Orateur du peuple, il plaida violemment en faveur de l'exécution du roi ; ainsi en juin 1791 : «Louis XVI doit perdre la tête sur un échafaud, et la reine doit, comme Frédégonde, être traînée dans les rues de Paris, à la tête d'un cheval entier». De retour à Paris après ses atrocités de Toulon et de Marseille, il reçut du Club des Jacobins le titre de «Sauveur du Midi» (B. Un.).

Malgré tout, il se montra toujours un des grands défenseurs de la liberté de la presse : «La presse est libre ; dans aucun temps, pour aucun motif, et sous aucun prétexte, elle ne recevra aucune atteinte ni effet rétroactif» (Discours de F. en faveur de la liberté de la presse, mai 1795, Martin et Walter, vol. 2, n° 13944).

Activités journalistiques

Ce furent F., l'abbé Royou et le professeur Geoffroy qui continuèrent l'Année littéraire après la mort d'Elie Fréron en 1776 jusqu'en 1790, à l'exception de la période de suspension citée ci-dessus.

Du mois de décembre 1789 jusqu'au n°15 du t. VII (1791), il imprima, sous le pseudonyme de Martel, l'Orateur du peuple. Cette feuille qu'on distribuait alors dans les rues fut non moins anarchique que son modèle, l'Ami du peuple de Marat.

F. collabora à l'Ami des citoyens, 1790-1791, aux Révolutions de France et de Brabant avec Desmoulins, 1791-1792, et encore avec ce dernier à la fondation de la Tribune des patriotes en avril 1792 (Martin et Walter, t. V).

Enfin, après la chute de Robespierre, il reprit l'Orateur du peuple (sept. 1794), qui devint alors le principal organe anti-jacobin, et qui ne s'attaqua plus aux royalistes.

Publications diverses

Mémoire historique sur la réaction royale et sur les massacres du Midi, avec des notes et des pièces justificatives, 1re partie (il n'en parut pas d'autres), 1793. – Réflexions sur les hôpitaux et particulièrement ceux de Paris, et l'établissement d'un mont-de-piété, 1800.

Bibliographie

B.Un. Arnaud R., Le Fils de Fréron, Paris, Perrin, 1909. – Cornou F., trente années de lutte contre Voltaire et les philosophes du XVIIIe siècle, Elie Fréron, Paris, Champion, 1922. – Martin A. et Walter G., Catalogue de l'Histoire de la Révolution française, Paris, 1936-1943, t. II et V. – Barras P., Mémoires, Paris, Le Prat, 1946. – Voltaire, Correspondence, éd. Bestermann.

Auteur(s) de la notice


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