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Nicolas FRAMERY (1745-1810)

État civil

Nicolas Etienne Framery naquit à Rouen le 25 mars 1745. Son père exerçait, près de la cathédrale, dans la paroisse de Saint-Candé-le-Jeune, la profession d'orfèvre-bijoutier (C, p. 63). Il fut marié, mais n'eut pas d'enfants (C, p. 117). Il mourut à Paris le 26 novembre 1810.

Formation

«Commencées à Rouen», ses études «se continuèrent à Paris, d'abord au collège Mazarin, puis dans celui du Plessis», où il fut si brillant que, malgré sa petite taille, «ses professeurs le [surnommèrent] le grand écolier» (C, p. 63). «Encore sur les bancs du collège», il fit recevoir par la Comédie italienne sa comédie de La nouvelle Eve, dont la représentation fut interdite par la police (M.S., 3 mars 1763). En 1769 l'Académie des Palinods de Rouen lui décerna un second prix d'ode française pour son poème sur La Pureté de l'âme (C, p. 69). Sa Médée, inspirée d'une tragédie anglaise de Glower, remporta en avril 1787 le premier prix au concours institué par arrêt du Conseil d'Etat (3 janv. 1784), pour encourager la composition de livrets d'opéra (C, p. 97). Enfin, la 4e classe de l'lnstitut (Littérature et Beaux-Arts) ayant ouvert un concours sur la question : «Analyser les rapports qui existent entre la musique et la déclamation, déterminer les moyens d'appliquer la déclamation à la musique sans nuire à la mélodie», prima son Discours le 15 nivôse de l'an X - 5 janvier 1802 (C, p. 110). Elle l'élut membre correspondant le 30 juillet 1803 (C, p. 112), et dès lors les trois membres de la section de musique, Grétry, Gossec et Méhul, se reposèrent sur lui du soin d'accomplir leur travail académique : «Il était chargé de la rédaction du dictionnaire [des beaux-arts], prenait part à toutes les délibérations et était en quelque sorte regardé comme un membre honoraire» (Choron, Motifs d'éligibilité présentés par un des candidats pour la place vacante à l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut royal de France, cité par C). Il fut également membre de la Société philotechnique, du Lycée des arts et de la Société d'émulation d'Abbeville, où il présenta diverses communications.

Carrière

La carrière de F. se dessina très tôt, lorsqu'il aborda la «comédie à ariettes» ou «opéra-bouffon» : Nanette et Lucas (d'après sa Nouvelle Eve), musique du chevalier d'Herbain, 1764, Nicaise (d'après la comédie de Vadé), musique du jeune «prodige» Félix Bambini, 1767 ; La Sorcière par hasard, dont il composa la musique et le livret, jouée chez la duchesse de Villeroy en 1768 et reprise à la Comédie italienne en 1783 ; L'Indienne (d'après La Veuve du Malabar, de Lemierre), musique de J. Cifolelli, représentée d'abord devant la Cour, à Fontainebleau, en 1770 ; La Tourterelle, ou les Enfants dans les bois, musique d'A. Gresnich, 1796. «Tout jeune, il devint surintendant de la musique du comte d'Artois» (Fétis, p. 304 ; C, p. 69). Mais dans ce domaine sa grande spécialité fut d'appliquer des paroles et parfois des intrigues nouvelles à des musiques déjà écrites, et c'est ainsi qu'il fit connaître en France Anfossi (Il Geloso in cimento, qu'il adapta sous le titre du Jaloux à l'épreuve), mais surtout Sacchini (L'Isola d'amore qui, sous sa plume, devint La Colonie, l'un des plus grands succès dramatiques de l'époque ; L'Olympiade ; Armida, qu'avec l'aide de Leboeuf il transforma en Renaud, d'après un ancien scénario de Pellegrin) et Paisiello (Le Duc Comtesse ; La Frascanata, dont il fit L'Infante de Zamora en tirant son livret du Diable amoureux) ; Le Barbier de Séville, dont il dirigea les répétitions avec Beaumarchais et qu'il fit jouer devant la Cour (en sept. et oct. 1784). En 1795 il remit au goût du jour le Tarare de Beaumarchais et Salieri, en lui donnant «une forte teinte révolutionnaire» (C, p. 107).

En même temps il fut l'un des pionniers de l'analyse musicale, substituant à des réflexions purement «littéraires» un examen sérieux des partitions (voir sa présentation de Philidor dans le Journal de musique) et se passionna pour la technique du «théâtre chanté» («déclamation» et mélodie). A la mort de l'abbé Arnaud (1784), Suard, qui avait été chargé par Panckoucke de composer avec celui-ci le Dictionnaire de musique, lui confia la rédaction des articles techniques. Framery s'associa Ginguené et, assisté par des collaborateurs comme l'abbé Feytou, Jean Castilhon et Hullmandel, publia le premier tome (jusqu'à l'article «Gamme») en 1791. Son nom figure sur la page de titre du tome II, mais celui-ci ne fut entrepris qu'en 1813 (par Jérôme de Momigny). Comme «homme de lettres, versé [...] dans la théorie musicale» (Cherubini, dans Le Moniteur universel du 16 pluviôse de l'an X), F.. fut appelé à faire partie de la commission, nommée l'an IX, pour procéder au choix d'un traité d'harmonie destiné «à l'enseignement dans le Conservatoire» national de musique (C, p. 107) fondé sept ans plus tôt, suivant le voeu qu'il avait formulé dans un mémoire de 1784.

Au début de 1791, F. fut l'un des promoteurs de la réunion des auteurs et compositeurs dramatiques, au cours de laquelle ceux-ci décidèrent «d'établir un bureau central chargé de correspondre avec les différents théâtres de France, d'opérer le recouvrement des droits» et d'en effectuer la distribution (C, p. 105). Elu agent général à l'unanimité, «il établit son agence dans son domicile, 127 rue Neuve-des-Petits-Champs, vis-à-vis la rue de Chabanais» et déploya un «grand zèle» dans l'accomplissement de cette fonction, qu'il exerça jusqu'à sa mort. Sa correspondance avec Beaumarchais montre les difficultés qu'il éprouva pour recueillir les droits des auteurs dramatiques (G. et M. von Proschwitz, Beaumarchais et le Courier de l'Europe. Documents inédits ou peu connus, S.V.E.C. 273-274, doc. 631, 636, 645).

Mis à part un voyage à Londres que F. fit vers la fin de 1775 pour transmettre à Sacchini les propositions de l'administration de l'Opéra (C, p. 79), il semble qu'il n'ait jamais quitté Paris.

Situation de fortune

La charge de surintendant de la musique du comte d'Artois procura probablement plus de relations et d'honneurs que d'argent à F., car il ne figure pas dans la liste de la «maison» de celui-ci, tenue à jour dans les Almanachs royaux. En 1787 son premier prix de «tragédie lyrique» lui valut 1200 £ (C p. 97). Ses adaptations musicales, qu'il ne put pas toujours faire jouer à la Comédie italienne (en raison des privilèges de l'Opéra où régnaient les gluckistes) obtinrent de grands succès en province, et c'est ainsi que L'Infante de Zamora fit le tour de la France avant d'être enfin reprise à Paris, au théâtre de Monsieur. Mais il est difficile de savoir s'il put toujours faire valoir ses droits d'auteur : en juin 1781, la directrice du théâtre de Strasbourg Mlle de La Haye, invita vainement ses confrères à voter en faveur de Framery un subside qui pût lui permettre «de s'occuper exclusivement de traductions, dans l'intérêt des théâtres de province» (C, p. 90).

Opinions

Pour présenter les citations musicales, il utilisait le système de notation chiffrée de Jean-Jacques Rousseau, légèrement modifié, et ce n'est peut-être pas la moindre raison de l'hostilité de Grimm à son égard (voir la C.L., 1er déc. 1770, mais déjà, il est vrai, 15 juin 1764). La principale controverse où il fut engagé fut celle qui l'opposa à Gluck en 1776. Dans La Soirée perdue à l'Opéra, l'abbé Arnaud avait accusé Sacchini, son idole, d'avoir emprunté à l'Alceste de Gluck un air de L'Olympiade : dans le Mercure de septembre, F. soutint, un peu imprudemment, que le plagiaire était Gluck ; celui-ci l'accabla de son mépris dans le Mercure de novembre. Pendant plusieurs années les projets de N.E.F. se heurtèrent aux persécutions de ses partisans.

Activités journalistiques

A partir de mai 1770, Framery a assuré la rédaction du Journal de musique historique, théorique, pratique, qui, d'après Fétis, aurait été fondé en 1764 par Mathon de la Cour, et publié de loin en loin jusqu'en août 1768, puis poursuivi l'année suivante par Etienne de Framicourt, conseiller au Présidial d'Angers. Malgré le patronage de la dauphine, Marie-Antoinette, la publication dut cesser après le mois d'avril 1771 en raison du trop petit nombre d'abonnés (C, p. 72-73). Le Journal de musique «par une société d'amateurs», continua cependant de paraître épisodiquement, sous l'impulsion de F., entre 1773 et 1778, trois vol. in-8° s'ajoutant à celui de 1770-1771. A partir de 1777, il publia dans le Courier de l'Europe des articles sur le théâtre et la musique. En 1788 et 1789, il publia le Calendrier musical et il semble qu'il tint la rubrique des spectacles dans les trente-quatre volumes du Mercure français politique, historique et littéraire qui parurent de décembre 1791 à l'an VII. Vers la fin de sa vie il continua certainement de faire paraître des articles sur des sujets musicaux, comme en témoigne une «Lettre sur la Médée de Glower», parue dans le Moniteur universel, 1807, n° 112.

Publications diverses

Nanette et Lucas, ou La Paysanne curieuse, comédie [...] mêlée d'ariettes, en un acte, repr. [...] Ie 14 juin 1764, Paris, C. Hérissant, 1754 [sic]. – Le Passé, le présent et l'avenir, contes, s.l. 1766. – Réponse de Valcour à Zeïla, précédée d'une lettre de l'auteur à une femme qu'il ne connaît pas, Paris, impr. de S. Jorry, 1766, in-8° de 42 p. et fig. (1re éd., 1764 – voir C.L. du 15 juin). – Les Trois Nations, contes nationaux, Londres et Paris, Vve Duchesne, 1768, 2 t. en un vol. in-12. – L'Indienne, comédie en un acte mêlée d'ariettes, repr. [...] Ie 31 octobre 1770, Paris, Vve Duchesne, 1770 (2e éd., 1771). – La Pureté de l'âme, ode, s.l. – Mémoires de M. Ie marquis de St Forlaix recueillis dans les lettres de sa famille (Trad. de Frances Mores Brooke), Paris, 1770, 4 vol. in-12. – La Colonie, comédie en deux actes, imitée de l'italien et parodiée sur la musique du sign. Sacchini, repr. [...] Ie 16 août 1775, Paris, Vve Duchesne, 1775 (nouv. éd. : ibid., 1776 ; Parme, Impr. royale, s.d. (1784) ; trad. danoise, à Copenhague, en 1778 ; allemande à Francfort, la même année). – L'Olympiade, ou le Triomphe de l'amitié, drame héroïque en trois actes et en vers, mêlé de musique, repr. [...] le 20 octobre 1777, Paris, Vve Duchesne, 1777, et Impr. de P.R.C. Ballard, 1777. – Les Deux Comtesses, opéra-bouffon en deux actes, imité de l'italien et parodié sur la musique du célèbre sign. Paisiello, Paris, 1781. – La Sorcière par hasard, opéra comique en vers, mêlé de musique, Paris, Houbaut, 1783. – Mémoire sur le Conservatoire de musique et les écoles de chant, Paris, 1784. – Jérusalem délivrée trad. par M.F., Paris, 1785, 5vol. in-18 (autre éd., s.l.n.d. Essai d'une version fidèle de la Jérusalem délivrée). – Ie Barbier de Séville, opéra-comique en quatre actes, mis en musique sur la traduction italienne, par le célèbre Paisiello, et remis en français d'après la pièce de Beaumarchais, et parodié sur la musique, Amsterdam, 1786. – Le Musicien pratique (trad. de F. Azopardi), Paris, 1786. Roland furieux trad. par MM. Panckoucke et Framery, Paris, 1787, 10 vol. in-24 (nouv. éd., 1842). De l'organisation des spectacles de Paris, ou Essai sur leur forme actuelle, sur les moyens de l'améliorer par rapport au public et aux acteurs ; dans lequel on discute les droits respectifs qui concourent à leur existence, et où l'on trouve les principales questions relatives à ce sujet. Ouvrage utile dans les circonstances présentes et dédié à la municipalité, Paris, Buisson, 1790, in-8° de 262 p. – L'Infante de Zamora, com. en quatre actes, mêlée d'ariettes, parodiées sur la musique du sign. Paisiello, Paris, Durand neveu, 1791. – Encyclopédie méthodique. Musique, publiée par MM. Framery et Ginguené [et de Momigny], Paris, 2 vol. in-4°, Panckoucke, 1791, 760 p., et Agasse, 1818. – Avis aux poètes lyriques, ou de la nécessité du rhythme et de la césure dans les hymnes, ou odes destinées à la musique, Paris, impr. de la République, an IV, in-8° de 11-36 p. Sur les théâtres, discours à la séance du Lycée des arts, du 9 pluviôse an VI, (Paris), impr. du Lycée des arts, s.d., in-8° de 15 p. – Notice sur le musicien Della-Maria, lue à la Société polytechnique, Paris, 1800. – Discours qui a remporté le prix de musique et de déclamation proposé par la classe de Littérature et Beaux-Arts de l'Institut, Paris, E. Pougens, an X, in-8° de 51 p. et ms. – Notice sur Joseph Haydn, associé étranger de l'lnstitut de France, contenant quelques particularités de sa vie privée relatives à sa personne ou à ses ouvrages [...], Paris, Barba, 1810, in-8° de 47 p.

Bibliographie

B.N.C. ; B.Un. ; H.P.L.P., t. III, p. 236-238 (analyse de la composition du Journal de musique, parue dans L'Année littéraire). – M.S., 3 mars 1763, 14 juin 1764, 3 et 12 oct. 1777, 19 janv. 1778, 30 avr. 1780, 5 fév. 1785. – Fétis J.G., Biographie universelle des musiciens, Paris, Didot, 186-1880, t. III, art. «Framery», «Framicourt». – (C) Carlez J., «Framery littérateur-musicien (1745-1810)», Mémoires de l'Académie nationale des sciences, arts et belles-lettres de Caen, Caen, Henri Delesques, 1893, p. 62-117.

Auteur(s) de la notice


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