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François Joseph FLEURIAU (1700-1767)

État civil

Né à Rennes le 2 février 1700, Jean Fançois Joseph Fleuriau est mort dans la même ville en 1767.

Formation

Il entra au noviciat de la Compagnie de Jésus le 15 septembre 1715.

Activités journalistiques

Pendant dix-sept ans, il est lié à la rédaction des Mémoires de Trévoux, à l'époque où le Père Berthier avait la direction du journal.

Sommervogel indique deux articles du Père Fleuriau, écrits pour le Mercure : «Fables pour servir d'inscriptions aux logis de la Ménagerie de Chantilly», mars 1728, p. 509 ; une autre pièce en novembre 1730, p. 2597-2602,

Publications diverses

Odes sur le vain usage de la vie, par Pierre François Desfontaines, 1715 (traduit en latin de J.F. Fleuriau, un de ses élèves : Sommervogel). – Le Génie de la France, poème sur la convalescence du Roy, (p. 19-22 d'un recueil du collège Louis-le-Grand), 1728. – Serenissimi Delphini cunae, hendecasyllabi, 1729. – Ode sur la gloire des Saints à l'occasion de la cérémonie faite pour la canonisation des SS. Stanislas Kostka et Louis de Gonzague, dns Recueil du collège Louis-le-Grand, Paris, 1730, 7 p. – «Vers grecs sur la naissance du duc de Bourgogne» (dans un recueil du collège Louis-le-Grand), 1751. – « Poème latin sur la convalescence de M. le Dauphin », Paris, 1752 : ce poème doit faire partie du recueil du collège de Paris ; cependant, il n'y a pas dans ce recueil de pièce signée par le Père Fleuriau ; serait-ce la pièce anonyme : «in restitutam serenissimo Delphino valetudinem», p. 3? toutes les autres pièces sont signées (Sommervogel).

Bibliographie

Sommervogel. – Dumas G., Histoire du Journal de Trévoux depuis 1701 jusqu'en 1762, Paris, Boivin et Cie, 1936.

Additif

État-civil: Jean François Joseph Fleuriau né à Rennes, le 2 février 1700, est baptisé le lendemain en l’église Saint-Sauveur de cette ville (A. M. de Rennes, GG StSA 54). C’est le fils d’un noble, avocat au Parlement, apparenté à des familles considérées de sa province. Son frère aîné, Bertrand Gabriel, également jésuite, s’est distingué dans la poésie néo-latine. On désigne parfois Jean François Joseph comme “Fleuriau le cadet”. Les deux frères Fleuriau ne semblent pas appartenir à la famille du Garde des Sceaux Joseph Jean Baptiste Fleuriau d’Armenonville, d’où est issu un autre jésuite de leur période, Thomas-Charles Fleuriau d’Armenonville.

Formation: Jean François Joseph Fleuriau, après une scolarité au collège jésuite de Rennes, où il a été élève de Desfontaines (Sommervogel, t. II, col. 1962, art. “Desfontaines”, n 1), entre fort jeune, le 15 septembre 1715, au noviciat de la province de France, à Paris. Il effectue l’intégralité de ses études supérieures dans la Compagnie (A.R.S.I., francia 21),au sein de laquelle il fait ses trois années de philosophie, puis, après un temps de régence, ses quatre années de théologie. Il est ordonné prêtre à Paris, le 25 mars 1730 (A.R.S.I., francia 19, f° 468 r°) et il émet ses quatre vœux à Rouen, le 15 août 1733, alors qu’il vient tout juste d’avoir les trente-trois ans prévus par les règles pour accéder au rang de profès (A.R.S.I., gal 20, t. II, f° 143, vœux autographes).

Carrière: Bien que sa formation le destine à une carrière d’enseignant, on le retrouve au cours des années suivantes dans des fonctions de prédicateur, associées à celles de confesseur. Sa carrière est très itinérante : il passe, au cours de la décennie qui suit l’émission de ses voeux, successivement par Compiègne (1734), Tours (1735), Alençon (1736), Paris (1737-1738), la résidence de Nantes (1739), Caen (1740), Orléans (1741). Après une carrière bien remplie de prédicateur - en 1746, il a déjà derrière lui onze années de prédication - Jean François Joseph Fleuriau est nommé en 1749 scriptor à Paris (A.R.S.I., francia 28, f° 63) et officiellement attaché à la rédaction des Mémoires de Trévoux. Il conserve sa qualité de scriptor jusqu’à la suppression de la Compagnie de Jésus dans le ressort du Parlement de Paris (arrêts du 6 août 1762)

Situation de fortune: Après la suppression, qui provoque l’interruption de la série des catalogues jésuites, le P. Fleuriau nous échappe presque totalement. Seules les procédures engagées par le Parlement de Paris, dans le cadre des suites de l’affaire des jésuites, nous permettent de glaner ici et là quelques informations sur sa vie  d’ex-jésuite. On sait ainsi que le P. Fleuriau comparaît, le 16 août 1762, au sein d’un groupe de confrères devant le notaire Bronod, économe-sequestre des biens de la Compagnie, et perçoit, en application des arrêts du Parlement, 425 £ au titre des premiers secours accordés aux ex-jésuites, qui se retrouvent sans revenus au lendemain de la Suppression. Il réside à ce moment-là avec les confrères qui comparaissent avec lui à Paris, à la Maison professe, paroisse Saint-Sulpice (AN., Minutier central, Et/LXXXVIII/775). Quelques mois plus tard, au début de 1763, il présente une requête au Parlement de Paris afin de bénéficier d’une pension, en faisant valoir qu’il ne dispose d’aucun revenu d’aucune sorte. Le Parlement fait droit à sa requête. Il est alors domicilié à Paris, à l’abbaye de Port-Royal, rue de la Bourbe, dans le faubourg Saint-Jacques (Recueil par ordre de date, t. III). Selon toute vraisemblance, il est encore à Paris à la fin de 1763 : il paraît, en effet, impliqué, avec d’autres jésuites, dans l’affaire de la distribution de l’Instruction pastorale de Mgr de Beaumont du 28 octobre 1763, qui prend la défense de la Compagnie de Jésus et qui a été condamnée par le Parlement. Son nom est mentionné dans les papiers Joly de Fleury relatifs à cette affaire, aux côtés de celui de son ex-collègue des Mémoires de Trévoux, le P. Plesse (BN., ms. Joly de Fleury 403, f° 113). Il réside encore, au moins officiellement, à l’abbaye de Port-Royal. Le P. Fleuriau ne joue sans doute pas un rôle de premier plan dans cette affaire, car son nom disparaît très rapidement dans les papiers du Procureur du Parlement Joly de Fleury.

Il tente, par la suite, de rester à Paris et d’échapper aux arrêts du Parlement enjoignant aux jésuites de quitter la capitale. Il introduit, comme nombre de ses confrères, une requête auprès du Parlement afin de bénéficier d’une dérogation, en arguant de son âge et d’infirmités dûment constatées (BN., n.a.fr 8249, Conseil secret du Parlement, f° 190, 2 avril 1764). La Cour le déboute et lui enjoint de se conformer à l’arrêt du 9 mars 1764 : le 7 juin, il reçoit l’ordre formel de quitter Paris (BN., ms. Joly de Fleury 1629, f° 188). Il déclare alors aux autorités se retirer à Rennes (ibid.), où il décède trois ans plus tard dans la paroisse Saint-Jean, le 27 juillet 1767. Il est inhumé le lendemain dans le cimetière paroissial sans aucun apparat : les frais funéraires s’élèvent à peine à 20 £ (A.M. de Rennes, GGStJe 18, à la marge de l’acte). Le P. Fleuriau s’éteint à la veille des arrêts du Parlement de Bretagne (2 mars 1770), qui, durcissant la législation anti-jésuite, bannissent de France les membres de la Compagnie persistant dans leur refus de prêter serment et de renoncer à leurs voeux. Il ne figure donc pas sur les précieux tableaux des survivants de la Compagnie dressés à cette occasion (AD. Ille-et-Vilaine 1 Bk 12), pas plus que dans les papiers de l’Intendance de Bretagne relatifs à la suppression (AD. Ille-et-Vilaine C 1250).Comme la plupart de ses confrères sans protecteurs et ayant refusé de révoquer leurs vœux, le P. Fleuriau semble avoir passé les dernières années de sa vie dans la gêne ; il ne peut légalement pas obtenir de bénéfice comportant charge d’âmes et ne dispose que des secours versés, irrégulièrement, par le Roi. Son édition anonyme, en 1763, du Théâtre des Grecs du P. Brumoy, a pu lui apporter quelques ressources supplémentaires. Quoi qu’il en soit, il ne tombe pas dans la misère absolue : il n’est pas enterré “gratis”, comme les malheureux dont le nom voisine le sien dans le registre des décès de la paroisse Saint-Jean.

Dans son étude sur les jésuites bretons après la suppression, D. G. Thompson affirme que le P. Fleuriau a été expulsé du royaume en 1764, malgré l’obtention d’un certificat médical attestant de ses infirmités (op. cit., p. 126). Nous n’avons pas trouvé trace du départ du P. Fleuriau, qui a pu bénéficier de l’Édit royal de  novembre 1764 permettant aux ex-jésuites refusant de révoquer leurs vœux de se retirer dans le diocèse de leur naissance sous l’autorité de l’ordinaire.

Opinions: L’existence discrète du P. Fleuriau a peu marqué les esprits et on trouve peu de traces de lui dans nos sources. C’est tout juste si les rédacteurs des Nouvelles ecclésiastiques, pourtant systématiquement aux aguets et prompts à dénoncer les jésuites, lui consacrent quelques lignes. La feuille janséniste mentionne, en septembre 1748, le P. Fleuriau comme un possible défenseur du P. Jean Pichon, l’auteur du célèbre Esprit de Jésus-Christ et de l’Eglise sur la fréquente communion, ouvrage exécré des jansénistes : “Un autre jésuite, qu’on dit être le P. Fleuriau Prédicateur du Collège, avoit prêché avec beaucoup de zele la doctrine de son confrere, aux 2 monasteres des Religieuses de la Visitation” (Nouvelles ecclésiastiques, 1748, p. 142). Même lorsqu’elles sont catégoriques, les affirmations des Nouvelles ecclésiastiques sont à utiliser avec prudence. On peut donc difficilement faire fonds sur celle-ci, qui relève de l’aveu même du rédacteur de la rumeur. On observera toutefois qu’elle est compatible avec les fonctions exercées par le P. Fleuriau à ce moment-là et avec ce que l’on sait de la fin de sa vie : on l’a vu participer à la diffusion de l’Instruction de Christophe de Beaumont et refuser de révoquer ses vœux. On entrevoit au travers de ces faits un tout autre Fleuriau que celui que nous a légué la tradition : le collègue du P. Berthier, qui nous apparaît sous les traits d’un subtil et pacifique poète néo-latin, est - ce semble - un jésuite convaincu, engagé dans les polémiques religieuses les plus violentes de son temps.

Activités journalistiques: Le P. Fleuriau devient membre officiel de la rédaction des Mémoires de Trévoux en 1749 et le reste au cours de la décennie qui suit. Durant cette période, il forme avec les PP. Plesse et Berthier une sorte de troika, dominée par ce dernier, qui est qualifié de “préfet des journaux” dans les sources jésuites. C’est un collaborateur régulier des Mémoires de Trévoux.A ce titre, le P. Fleuriau est connu au dehors de la Compagnie (cf. les différentes éditions de la France littéraire) et se distingue de ces nombreux collaborateurs intermittents de la revue jésuite dont nous parle le P. André dans ses notes inédites, qui se recrutent parfois parmi les simples régents de collège (A. M. de Caen, ms. Recueil J). Sa renommée reste cependant limitée : dans son énumération des journalistes ayant travaillé avec quelque éclat à la rédaction des Mémoires de Trévoux, Diderot ne mentionne pas son nom en 1751 (première lettre ouverte au P. Berthier au sujet de l’Encylopédie).

On ne sait rien de précis sur le travail journalistique du P. Fleuriau, qui  reste, comme la plupart des rédacteurs des Mémoires de Trévoux,un personnage de l’ombre. Dans sa Bibliotheca scriptorum Societatis Jesu,le P. Zaccaria relève les dons du P. Fleuriau pour les lettres et sa contribution aux journaux de Trévoux sans nous dire en quoi elle consiste (Archives de Loyola-Azpetia). Il est fort croyable que le P. Fleuriau, qui s’est essayé avec succès à la poésie néo-classique et a édité le Théâtre des Grecs du P. Brumoy ait suivi pour le journal tout particulièrement les ouvrages en rapport avec la littérature antique. 

Nous ne savons pas quand prend fin exactement la collaboration du P. Fleuriau à la rédaction du périodique jésuite. L’édition 1759 du Moreri le met encore au rang des rédacteurs des Mémoires de Trévoux et le Catalogus personarum et officiorum provinciae Societatis Jesu lui donne, en 1761, qualité de scriptor. Mais on ignore si, à cette date, le P. Fleuriau écrit toujours dans le journal et, si tel est le cas, avec quelle régularité. L’année suivante, en revanche, il est à peu près certain qu’il ne fait plus partie des rédacteurs réguliers des Mémoires de Trévoux : le procès-verbal des établissements jésuites de la capitale dressé, en mai 1762, en application des ordres du Parlement, ne le qualifie pas de journaliste (AN., X/1b/9695, pièce 26) et dans les papiers Joly de Fleury relatifs à la suppression de la Compagnie de Jésus, le P. Fleuriau est qualifié d’“ancien associé du Journal de Trévoux” (BN., ms. Joly de Fleury 403, f° 113 r°). Le Recueil par ordre de date de tous les arrêts du Parlement de Paris concernant les ci-devant soi-disans jésuites (Paris, 1766), qui fournit un tableau de la Compagnie dans le ressort du parlement au moment de la suppression ne mentionne même pas cette qualité de journaliste ou d’ancien journaliste (t. III, p. 33).

On notera encore à propos de l’activité journalistique du P. Fleuriau que des pièces poétiques de sa plume figurent dans le Mercure en 1728 (p. 509) et en 1730 (pp. 2597-2602). Sa collaboration avec le Mercure est-elle allée plus loin ? F. Moureau signale la présence d’un P. Fleuriau sur la liste des collaborateurs du célèbre périodique (Répertoire des Nouvelles à la main, Oxford, 1999, p. xxxv). Il informerait la rédaction sur les Missions jésuites (AN., AJ/13/1034 (13), papiers Fuzelier). Rien ne permet de dire qu’il s’agit ou pas du P. Jean François Joseph Fleuriau. On peut penser cependant qu’ on a plutôt affaire à Charles-Thomas Fleuriau, qui était en correspondance avec les missionnaires de la Compagnie. 

Publications diverses: Comme tous les scriptores, le P. Fleuriau a travaillé à diverses œuvres, certaines d’entre elles restant inconnues. Il a notamment composé de nombreuses pièces de poésie de circonstance (voir ci-dessus l’inventaire de Santo Arico).

Bibliographie: A.R.S.I. (Archives romaines de la Compagnie de Jésus), francia 19 et sq. ; gal 20 — Archives jésuites de Loyola-Azpetia, papiers du P. Zaccaria, Bibliotheca Jesuitica, Caja 84 — A.F.C.J. (Archives françaises de la Compagnie de Jésus, Vanves) pour les catalogues annuels — AN., Minutier central, Et/LXXXVIII/775, X/1b/9695, pièce 26  — BN., ms. Joly de Fleury 403, f° 113 r°  — A. M. de Rennes, GG StSA 54 et GGStJe 18 — Nouvelles ecclésiastiques, 1748, p. 142 — Recueil par ordre de date de tous les arrêts du Parlement de Paris concernant les ci-devant soi-disans jésuites (Paris, 1766) — Menant S., La chute d’Icare, Genève, 1981 —C. Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus — Thompson D.G., “A modern persecution, Breton Jesuits under the suppression of 1762-1814”, SVEC 378 (1999), pp. 5-182. (Christian Albertan).

Auteur(s) de la notice


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