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Claude DUPIN (1686-1769)

État civil

Claude Dupin (parfois orthographié Du Pin) est né à Châteauroux, le 8 mai 1686, de Philippe Dupin, écuyer, et de Jeanne Denis (Du Pin de Beyssat, p. 18-19 ; C, 1.1, p. 552). Il est baptisé ce jour en l'église de la paroisse Saint-André (C, t. I, p. 552, qui renvoie à A.N., V2 40). Son père, décédé le 16 novembre 1720, avait été receveur des tailles en l'élection de Châteauroux. Le 7 janvier 1714, il épouse Marie Jeanne Bouilhat de Laleuf, fille d'un élu de la ville (M.C., LXXXVIII, 719). Le 7 novembre 1715 naît un fils : Louis Claude, dit de Francueil, qui sera le grand-père de George Sand. Le 29 novembre 1722, D. se remarie par contrat avec Louise Marie Madeleine de Fontaine (M.C., CXVI, 236) ; la cérémonie religieuse a lieu le Ier décembre de la même année. De ce second mariage naîtra, le 3 mars 1727 (C, t. I, p. 553), un autre fils : Jacques Armand, dit de Chenonceaux, qui connaîtra une fin tragique loin des siens. D. décéda à Paris et y fut inhumé le «Dimanche 26e février 1769 à six heures du soir, en l'Eglise St-Eustache».

Formation

On ne sait rien de ses études, sinon qu'en mars 1703 il entre au collège bénédictin de Pontlevoy, près de Blois (B.M. Blois, ms. 45, f° 101 v°, d'après Durand, p. 555), et qu'il fut avocat au Parlement de Paris (C, t. I, p. 552).

Carrière

Nommé, le 2 février 1706, capitaine d'infanterie au Régiment de Noailles (C. d'Hozier, 496, f° 62), il est bientôt «cassé pour avoir fait tapage à Issoudun» (C, t. I, p. 552). Lors de son premier mariage, il n'est encore que receveur des tailles de l'élection de Châteauroux (Durand, p. 341, 355). En 1722, on le retrouve receveur général des Trois-Evêchés à Metz (C, t. I, p. 552). Grâce à la protection de Samuel Bernard, il obtient, le 1er octobre 1726, une place de fermier général pour le bail Carlier. Il «demeura en ex. jusqu'au bail Prévost en 1762, qu'il se retira ayant pour lors atteint l'âge de 76 ans» (ibid.). Le 24 déc. 1728 (et non pas en 1723, comme l'affirme Beyssat, p. 19), il se voit attribuer «l'office de conseiller secrétaire du Roy, Maison, Couronne de France et des finances» (C. d'Hozier, 496, f° 66).

Situation de fortune

Le 9 juin 1733, il achète au prince de Condé, pour 130 000 £, la châtellenie de Chenonceaux. Ce domaine, grossi des acquisitions ultérieures de D., est estimé 340 000 £ en 1772. Le 24 avril 1738, il acquiert de la comtesse de Parabère, moyennant 555 000 £, le marquisat du Blanc et la baronnie de Cors ; le tout évalué 700 000 £ en 1772 (M.C., LXXXVIII, 734). A Paris, D. possédait une maison rue Plâtrière (actuelle rue J.J. Rousseau). Il avait également une demeure à Clichy. Quant à l'Hôtel Lambert, il dut le revendre en 1750 pour honorer une forte dette de son fils puîné : Chenonceaux avait perdu, en une seule nuit, la bagatelle de 700 000 £ au jeu (Sénéchal, p. 269-270). Lorsque, en 1749, Mme Dupin dénonce l'esclavage comme « abominable» (Launay, p. 97), elle a tôt fait d'oublier que depuis l'année précédente son mari est partie prenante dans la Société de Guinée et que c'est un «financier négrier» (Durand, p. 139 ; pour plus de détails sur la fortune des Dupin et leur train de vie, voir Durand, passim).

Opinions

D. est un « traittant », fier de l'être et de servir en sa charge les intérêts royaux (cf. (Economiques, éd. Aucuy). En butte à l'hostilité des «auteurs ennemis des gens de finance» : Francheville d'abord (voir LL1), Montesquieu ensuite, il trouve en Louise-Marie-Madeleine une alliée (LL2, Add. 12). Ses idées n'ont guère été étudiées, sinon par Aucuy et par Doerner ; celles de Mme Dupin commencent à être mieux connues (cf. LL3 ; sur le « salon » de Mme Dupin, ses « visités » et ses correspondants, bonne analyse et recension des sources par Durand, p. 540-541).

Activités journalistiques

«A Paris, le 24 octobre 1759», D. adresse une Lettre à l'Editeur du Journal œconomique : cette lettre signée «Anony-mus» (Aucuy, p. LXIII), est publiée dans le numéro de février 1760 (p. 59-61). Elle est suivie (p. 61-73) du Mémoire sur les Bleds. Dans le numéro de mars paraît (p. 103-108) le Projet d'Edit (intitulé par 1'«Editeur» : «Suite du Mémoire sur les Bleds», à l'exception de deux paragraphes relatifs à Colbert (insérés p. 62, col. de droite), le texte du Journal œconomique n'est qu'une reprise du Chapitre sur les Bleds, des (Economiques de 1745 (t. I, p. 203-245 ; éd. Aucuy, t. I, p. 145-176). La Lettre à l'Editeur précise que ce travail «a été donné au Ministre en 1742» et son auteur se flatte d'avoir inspiré l'arrêt du Conseil du 17 septembre 1745. Selon Aucuy, cette Lettre traduirait une « évolution manifeste » de D., entre 1745 et 1759, vers des «tendances physiocratiques» (Œcon., Introd., p. LXIII-LXVI).

Publications diverses

L'article «Salines» de l'Encyclopédie n'est pas de lui, mais il a fourni à son rédacteur «tous les éclaircissements nécessaires» (Enc, t. I, «Discours préliminaire», p. XLIV). «M. Dupin» est d'ailleurs nommé dans cet article (Enc, t. XIV, P- 555' 560, n. p). – Ses œuvres, toujours tirées à un nombre très limité d'exemplaires et publiées anonymement sont : (Economiques, Carlsruhe (le titre gravé porte : « Carolsrvhe»), s.n., 1745, 3 vol. in-40. Rééd., toujours sans nom d'auteur, en 1747, 3 vol. in-40 (cf. B.N., 40 Lf*2 3). L'indication de lieu a disparu, ainsi que le titre (Economiques. Chaque tome a un titre distinct (t. I : Mémoires sur les domaines ; t. II : Définition et idée générale de l'office ; t. III : Mémoire général sur la levée des impositions). Dans l'exemp. B.N., le t. I a été paginé à la main. Enfin : (Economiques (174s), éd. M. Aucuy, M. Rivière, 1913, 2 vol. in-8°. – Mémoire sur les bleds, avec un projet d'édit pour maintenir en tout tems la valeur des grains à un prix convenable, s.l. (Villeneuve-Guibert, p. 29, avance : Paris), s.n., 1748, in-40 (reprend un chapitre des (Economiques). – Réflexions sur quelques parties d'un livre intitulé de l'Esprit des Loix, Paris, Benjamin Serpentin (pseud. de Guérin, d'après Du Plessis), 1749, 2 vol. in-8°. – Observations sur un livre intitulé de l'Esprit des Lois, divisées en trois parties, s.n. et s.l.n.d. (dans Cat.B.N., on a restitué, d'après une note ms. : Paris, 1757-1758 ; Le Bouler et Lafarge maintiennent fin 1751 - contre Sénéchal, p. 272-273 : début 1752), 3 vol. in-8° (seconde réfutation de Montesquieu).

Villeneuve-Guibert se demande (p. 29-30) s'il ne faut pas lui attribuer aussi un opuscule de 23 p., Manière de perfectionner les voitures.

Bibliographie

Du Pin de Beyssat L., Généalogie de la Maison Du Pin, Châteauroux, Badel, 1908. – (C) Caraman V.C., «Notes généalogiques pour servir à l'histoire des fermiers généraux », t. I (B.N., n.a.fr. 20533). – Bonhomme H., «Mme Dupin de Chenonceaux [sic] : sa vie, sa famille, son salon, ses amis (1706-1799)», Revue britannique, t. III, 1872. – Durand Y., Les Fermiers généraux au XVIIIe siècle, Paris, P.U.F., 1971. – Sénéchal A., «Jean-Jacques Rousseau, secrétaire de Madame Dupin», Annales J.J. Rousseau, t. XXXVI. – Launay M., « Le Discours sur les Sciences et les Arts : Jean-Jacques entre Mme Dupin et Montesquieu», dans Jean Jacques Rousseau et son temps, Nizet, 1969. – Aucuy M., Introduction aux Œconomiques (1745), Paris, M. Rivière, 1913. – (LL1) Le Bouler J.P. et Lafarge C, «Un emprunt de Claude Dupin», en annexe à : « Les emprunts de Mme Dupin à la Bibliothèque du Roi dans les années 1748-1750», S.V.E.C. 182, 1979. – (LL2) Id., «Catalogue topographique partiel des papiers Dupin-Rousseau, dispersés de 1951 à 1958», Annales J.J. Rousseau, t. XXXIX. – Doerner E., Die Politischen und volkswirtschaftlichen Anschauungen Claude Dupins, Halle, A.H. Müller, 1915. – (LL3) Le Bouler et Lafarge, «L'infortune littéraire des Dupin : essai de bibliographie critique», S.V.E.C. 182, 1979. – Villeneuve-Guibert G. de, Le Portefeuille de Madame Dupin, dame de Chenonceaux, Paris, Calmann-Lévy, 1884. – Du Plessis A.G., «Notice biographique, historique et littéraire sur Claude Dupin, fermier général», Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, 14e série, mai 1859.

Auteur(s) de la notice


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