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François DUCRAY-DUMINIL (1761-1819)

État civil

François Guillaume Ducray est né à Paris en 1761 de Guillaume Ducray, ingénieur «machiniste». Il ajouta le nom de sa mère Duminil, souvent écrit Dumesnil, pour former son nom de plume. Sa famille comprend deux ingénieurs « hydrauliques », et plusieurs hommes de loi. Il épouse Catherine Sophie Lhair. Il meurt dans sa maison de campagne à Ville d'Avray le 29 octobre 1819.

Plusieurs biographes invitent à ne pas le confondre avec Ducray-Maubaillarcq son frère cadet, auteur de romans moins prisés.

Formation

Membre de l'Académie des Arcades de Rome, du Musée de Paris, du Lycée des arts, sciences et belles-lettres et du Lycée de Paris. De18o8 à1818 il fournit au Caveau moderne ou à l'Enfant lyrique du Carnaval autant de chansons et de poésies fugitives que Béranger.

Carrière

Sur les quelques actes notariés répertoriés au M.C., il est inscrit comme «homme de lettres». Il ne quitta guère Paris où le retenaient ses fonctions de journaliste et d'auteur dramatique.

Situation de fortune

On peut supposer ses ascendants fort à l'aise. En 1788, son père est choisi comme tuteur d'un neveu qui hérite de grands biens, et D. lui-même, en l'an VIII est désigné comme tuteur d'une cousine, orpheline à l'âge de deux mois et

héritière d'un cabinet de «Pratique et Recouvrement» très prospère.

D. tirera profit de ses activités de journaliste puis de rédacteur en chef dans divers journaux d'annonces ou de spectacles. Une affaire prouve son sens commercial. En l'an VII, rédacteur du Journal d'annonces, affiches et avis divers, dit Affiches de Paris, en désaccord avec le propriétaire au sujet de la gestion, il donne sa démission et fonde avec un associé, sous le nom très proche de Petites affiches de Paris, une feuille concurrente, qui entraîne presque tout le personnel, les imprimeurs et de nombreux abonnés dont les noms ont été relevés sur les livres d'adresses de l'ancienne feuille. Cette affaire donne lieu à des échanges fort vifs entre les deux journaux et se poursuit en justice, sans dommage pour D.

L'essentiel de ses revenus vient de la littérature. A côté de pièces de théâtre avec vaudevilles dont il assure la réclame dans son Courrier des spectacles, il publie plus de vingt romans, dont les rééditions, de son vivant et tout au long du XIXe siècle, prouvent le succès commercial.

Opinions

Il n'est pas facile de cerner ses opinions politiques. Sous le titre La Semaine mémorable, il publie le 24 juillet 1789 une sorte de reportage enthousiaste, à l'usage de la province, des événements du 12 au 17 juillet. Ce récit n'aurait sûrement pas trouvé place dans le journal de l'abbé Aubert. En 1815, l'avant-propos du roman L'Hermitage Saint-Jacques ou Dieu, le Roi, la Patrie, accompagné d'une dédicace à la duchesse d'Angoulême, salue le retour des Bourbons et des armées qui les ramènent. Cet itinéraire est jalonné par des hommages aux Patriotes, aux soldats de la Grande Armée, au Grand Napoléon, poèmes lus dans les Académies parisiennes et les sociétés chantantes.

Cet accord avec la sensibilité dominante ne le mit pas complètement à l'abri des ennuis. En 1792, une de ses pièces de théâtre est censurée {Le Retour des Patriotes ou la Journée interrompue) et le 12 nivôse an II, il est décrété d'arrestation par la Convention nationale pour avoir laissé passer, dans le journal d'annonces dont il est rédacteur, l'avis d'un notaire proposant d'emprunter 60 000 £ en assignats démonétisés. Il ne s'agissait pas d'une plaisanterie comme l'ont cru les biographes du XIXe siècle, mais d'une tentative de spéculation, publiée, par suite d'un retard du journal, après la date limite de retrait des billets, le délit économique se doublant d'une apparente provocation politique puisque les assignats en question étaient les assignats à face royale. D. ne resta pas longtemps en prison mais le notaire fut interdit d'exercice pendant un an {Moniteur universel, 5 nivôse an II).

Activités journalistiques

Sa carrière de journaliste fut consacrée à deux groupes de publications : des journaux d'annonces comportant quelques rubriques théâtrales et littéraires ; des journaux de théâtre comportant quelques annonces.

Sous le titre Annonces, affiches et avis divers ou Journal général de France (D.P.1 49), quotidien dont l'abbé Aubert est rédacteur, on trouve quelques rubriques de la plume de D. En septembre 1790, l'abbé Aubert se retire, remplacé assez vite par D. En l'an VII, il déserte ce journal pour fonder les Petites affiches de Paris où il sera le maître. Il fait de nouveau appel à l'abbé Aubert. De 1799 à 1811, les deux journaux se font concurrence avec un net avantage pour celui de D., plus varié, vivant et riche : articles de mode, poésies légères, lettres de lecteurs, une critique théâtrale et des Salons dûs à D. En août 1811, un décret impérial ordonna la réunion des diverses feuilles d'annonces en un seul journal nommé lui aussi Petites affiches, seul habilité à recevoir les annonces judiciaires. C'est la fin des journaux d'annonces tels qu'ils ont fonctionné pendant plus d'un siècle.

Le Courrier des spectacles ou Journal des théâtres, quotidien qui paraît du 18 nivôse an V au 31 mai 1807 réunit Lepan, Legouvé, Salgues et accueille D. au bout de deux mois. Sa participation, annoncée en tête du journal, paraît de nature à attirer des abonnés. De fait D. signera des articles de plus en plus nombreux : critique de théâtre, d'opéra, étude des grands rôles (Alceste, Médée), problèmes du jeu dramatique, articles sur l'histoire du théâtre, etc. Sa collaboration au Courrier des spectacles ne s'est pas prolongée au-delà de l'an VIL.

Le 10 frimaire an VII, D. avait lancé le Journal des théâtres, de la littérature et des arts, qui ne durera que jusqu'au 30 floréal. L'opération de concurrence ne réussit pas aussi bien que pour les Petites affiches. Là aussi le rédacteur présente en feuilleton une histoire du théâtre. Les rubriques se diversifient : à côté de la partie littéraire (comptes rendus de romans nouveaux, musique, citations des classiques, poésies diverses), des recettes évoquent l'almanach (comment préserver les arbres de la gelée, comment soigner certaines maladies). Les annonces s'introduisent par la facilité donnée aux abonnés d'insérer gratuitement des avis personnels. Les formules des deux types de publication finissent par se rejoindre.

Publications diverses

On peut classer l'œuvre littéraire de D. en quatre séries : théâtre, poésies et chansons, recueils de contes et d'historiettes souvent groupés sous le titre de Soirées et les romans proprement dits :

a) théâtre : il est très difficile d'établir la liste complète des pièces de D., souvent restées manuscrites : Les Deux Martines ou le Procureur joué, comédie parade en un acte et en prose, 1786. – Martine et Trottin, suite des Deux Martines.Arlequin Pygmalion, comédie en un acte et en prose, avril 1789, pour le spectacle des Bluettes comiques et lyriques. – L'Entrevue des Patriotes en 1790 ou la Journée dérangée, comédie en un acte, mêlée de vaudevilles représentée au théâtre de la rue Feydeau en 1792. – Le Testament mal entendu, comédie en deux actes et en prose mêlée d'ariettes, paroles de D., musique de Jadin, reçue au Théâtre-Italien le 3 juillet 1793. Les Horaces, tragédie lyrique en trois actes et en vers.

b) les poésies, idylles en prose et pièces diverses sont encore moins bien répertoriées. Les publications du Caveau moderne ou de L'Enfant Lyrique du Carnaval en présentent plusieurs par an. On en découvre dans les journaux d'affiches. Un recueil de ces pièces a été constitué par D. lui-même sous le titre : Le Codicille sentimental et moral : Recueil de discours, contes, anecdotes, idylles, romances et poésies fugitives, Paris, Le Prieur, an II, 2 vol. in-12.

c) les contes et les soirées : Les Soirées de la Chaumière ou les Leçons du Vieux Père, Paris, an III, 4 vol. – Les Veillées de ma grand-mère ou Nouveaux contes de fées, Paris, an VII, 1 vol. – Les Déjeuners champêtres de mon cher oncle à l'usage des adolescents, Le Prieur, an IX, 2 vol. – Les Journées au village ou Tableau d'une bonne famille, Paris, Le Prieur, an XII, 1804, 8 vol. in-12. – Emilio ou les Veillées de mon père, Paris, Belin, 1811,4 vol. – Contes moraux de ma grand-tante, à l'usage des enfants du second âge, Paris, Le Prieur, 1807, 2 vol. – Les Fêtes des enfants ou Recueil de petits contes moraux, Paris, Ménard et Desenne Fils, 1818, 3 vol. – Contes des Fées, Paris, Ménard et Desenne Fils, 1819, 4 vol. – Le Bon Oncle et ses neveux, annuaire moral où l'on trouvera quelques compliments et bouquets pour les jours de fêtes, Paris, Belin-Le Prieur, s.d. – Nouveaux contes des Fées, Paris, Le Bailly, 1844.

d) les romans proprement dits : Lolotte et Fanfan ou les Aventures de deux enfants abandonnés dans une isle déserte, rédigée sur des manuscrits anglais par M. D de M, Charlestown et Paris, 1788, 41. en 2 vol. – Alexis ou la Maisonnette dans les bois, manuscrit trouvé sur les bords de l'Isère et publié par l'auteur de Lolotte et Fanfan, Grenoble et Paris, Maradan, 1789, 4 vol. – Victor ou l'Enfant de la forêt, Paris, Le Prieur, an V-1797, 4 vol. Coelina ou l'Enfant du mystère, Paris, Le Prieur, an VII, 3 vol. – Les Petits Orphelins du hameau, Paris, Le Prieur, an X-1802, 4 vol. – Paul ou la Ferme abandonnée, Paris, Le Prieur, an XI-1803, 4 vol. – Elmonde ou la Fille de l'hospice, Paris, Dentu, 1805, 5 vol. – Jules ou le Toit paternel, Paris, Dentu, 1806, 4 vol. – Le Petit Carillonneur, Paris, J.G. Dentu, 1809, 4 vol. – La Fontaine Sainte-Catherine, Paris, Ménard et Raymond, 1813, 4 vol. – Madame de Valnoir ou l'Ecole des familles, Paris, J.G. Dentu, 1813, 4 vol. – L'Hermitage Saint-Jacques ou Dieu, le Roi et la Patrie, Ménard Fils, 1815, 4 vol. – Jean et Jeannette ou les petits Aventuriers parisiens, Paris, Ménard et Desenne Fils, 1816, 4 vol.

Bibliographie

B.N.C. ; B.Un. (1er éd.) ; N.B.G. ; B.H.C.,Cior 18.

Auteur(s) de la notice


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