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Alexandre DU COUDRAY (1744-?)

État civil

Alexandre Jacques Louis Du Coudray est né le 22 mai 1740, à Paris, baptisé le même jour à l'église Saint-Sulpice (D.N. ; M.C., XIV, 486), et non pas en 1744 comme l'indiquent Desessarts (t. II, p. 201), F.L. 1769 et Q. (t. I, p. 631). Son père, Jacques Chevalier (1686-1754), écuyer, capitaine de cavalerie au régiment de La Ferronnaye, avait épousé en 1733 Marie Anne Michelle Nicaise. D. avait trois sœurs, dont Marie Madeleine, mariée en 1753 au marquis de Gordon, brigadier des Gardes du Corps du Roi, et capitaine de cavalerie (D.N.; D., Relation fidèle et historique du voyage de M. le comte de Falkenstein dans nos provinces, 1777, p. 106, n.).

D., qui fut émancipé par des lettres de Chancellerie du 18 mai 1754 (A.V.P., DC6 13, f° 155 r°), s'est marié, le 3 septembre 1765 à Anne Geneviève Le Camus. Voir aussi O., p. 103. De ce mariage sont nés Geneviève Louise, «inscrite pour Saint-Cyr», et Antoine Louis, né en 1766, «lieutenant de Roi» de la ville de Dammarie-les-Lys, qui fut «inscrit pour être reçu au nombre des Pages de la Chambre du Roi» (D.N.), et suivit les cours de l'Ecole militaire (Lettre à M. Palissot, p. 3. n.).

D. était noble. Voici ses titres exacts : «Seigneur du Coudray, des Fossez, de la Gilbarderie et autres lieux». Ses armes étaient «d'or, à trois chauderons de sable, 2 et 1» (D.N.), sa devise Multo labore (Jougla de Morenas, t. II, p. 434).

D. est mort en janvier-février 1790, car le Châtelet, le 20 février de cette année, nomme pour curateur de sa succession, Dominique Aubert, bourgeois de Paris (A.V.P., DC6 32, f° 187 r°).

Formation

Comme il le dit lui-même dans L'Ombre de Colardeau (p. 3), D. a été le camarade de collège de Colardeau. Il est probable qu'il a suivi les cours de l'Ecole militaire. De sa campagne en Westphalie en 1761 (Eloge historique de M. de Saint-Foix, p. 7, et Lettre à M. de Saint-Foix dans Suite des Poésies et Œuvres mêlées, 1775, p. 23), D. a contracté une certaine familiarité avec le monde germanique et, vraisemblablement, il connaissait la langue allemande : voir sa traduction des Fables allemandes de Lessing, pour laquelle, cependant, il dit devoir «quelque reconnaissance» au travail antérieur de d'Antelmy (éd. de 1772, p. XLVI). D. a eu aussi l'intention de se présenter à l'Académie française en 1773, comme il l'écrit dans son «Epître dédicatoire à MM. de l'Académie françoise » de son poème Le Luxe (p. III-IV) : Voltaire, à qui D. avait envoyé ce poème, a répondu positivement (il ne pouvait faire autrement), à ce projet académique par une lettre datée du 8 février 1775, parue dans Epîtres et lettres (O., n.p.).

Carrière

On possède peu de renseignements sur la fortune de D., mais il est probable qu'il disposait de revenus importants. Le testament du père de D., Jacques Chevalier, demande que ses biens immeubles, dont la nature n'est pas précisée, «soient et demeurent substitués» aux enfants de D. et de sa sœur, l'usufruit devant, de toute façon, revenir à ses petits-enfants (A.V.P., DC6 237, f° 148 r°). En octobre 1791, la veuve de D. touche 1200 £ en règlement d'une obligation d'Antoine René Larcher, capitaine de vaisseau (M.C., VII, 508).

Situation de fortune

D. a subi diverses influences intellectuelles. D'abord le rousseauisme, devenu stéréotype, dans son poème Le Luxe (Chant premier, p. 4), où il condamne «le luxe corrupteur». D. a envoyé son poème à Voltaire, qui lui répondit ironiquement par une lettre du 1er mars 1773(017163). Le corollaire de cette critique du luxe est une apologie de la campagne (Essai sur l'agriculture, O., p. XIII). Parallèlement, D. défend les idées les plus traditionnelles de patriotisme (Les Bienfaisances royales, 1778, Epître dédicatoire à la Nation), et exprime sa nostalgie d'une noblesse autrefois respectée (O., p. 1).

Opinions

D. s'est aussi élevé constamment contre le droit «mal acquis» des comédiens de refuser les pièces de théâtre qu'on leur soumet, car, en définitive, «l'homme de Lettres ressemble à un vassal de fief qui va faire foi & hommage à un seigneur Suzerain» (Lettre à M. Palissot, p. 17). Pour échapper à leur verdict, D. suggère d'établir un tribunal de huit hommes de lettres, chargés d'examiner les textes dramatiques (T.P., p. 32-33). Enfin, pour limiter définitivement le pouvoir des comédiens, D. préconise l'institution d'un second théâtre (voir les textes déjà cités dans ce paragraphe et la Préface de Vénus pèlerine, 1778, p. VI-VII). Mais dans la C.D., il propose aussi la création d'une intéressante société littéraire, la Société dramatique, dont le but aurait été «l'encouragement des Auteurs, la perfection de l'art, et la correction des mœurs». Elle se serait «composée de gens de l'art et d'amateurs». On se serait réuni le mardi et l'on aurait lu «des Tragédies, des Comédies, des Opéras sérieux et comiques, Parodies, Parades [...], avec des morceaux ou discours sur l'Art Dramatique, ou Pièces relatives au Théâtre» (CD., t. II, p. 7, 1eraoût 1777).

Voltaire a sans doute exercé un fort ascendant sur D. : il le reconnaît comme son «maître» dans l'Epître IX de ses 0. (p. 47-48) : «De toi, de tes écrits, sagement idolâtre». En 1774, d'ailleurs, D. a publié une pièce de théâtre, La Cinquantaine dramatique de M. de Voltaire, dans laquelle il dit son admiration pour ce grand homme, et l'excuse de ses textes antireligieux et anticléricaux (se. 6, p. 13-14).

D. a noué plusieurs amitiés littéraires à Paris, bien que la CL. dise qu'il n'est «connu de personne» (janv. 1775, t. XI, p. 21) et que, dix ans plus tôt, le 21 juillet 1765, Diderot, dans une lettre à Sophie Volland, évoque «un certain» Du Coudray. Il connaissait De Belloy (L'Ombre de Colardeau, p. 2), était l'ami de Lemierre (Epître n° 2, O., p. 5), et de Claude Parfaict (T.P., p. 5). En outre, D. a été le condisciple et «l'ami» de Colardeau (L'Ombre de Colardeau, p. 3), mais c'est avec le poète Saint-Foix qu'il a été le plus familier. D. le connaissait dès 1759 (T.P., p. 3), puis il s'est lié «davantage de connaissance et d'amitié» avec lui à partir de 1761 (Eloge historique de M. de Saint-Foix, p. 7).

Activités journalistiques

Il existe deux éditions du périodique de D., La Correspondance dramatique : l'une parue en 1777 (1 vol.), l'autre en 1778 (2 vol.). B.H.C (p. 589), Cior 18, n° 26057, et Q. (t. II, p. 631) ne signalent que la première ; voir D.P.1233.

L'origine de la C.D. est à chercher dans la proposition que fit D. d'acheter à Le Fuel de Méricourt le privilège du Journal des Théâtres, périodique qui dérivait lui-même du Nouveau Spectateur de Le Prévost d'Exmes. Ce projet de D. échoua : «plusieurs difficultés m'en ont empêché, même insurmontables», écrit-il (C.D., 1.1, p. 144). On apprend plus loin que ce sont des «ordres supérieurs» qui auraient interdit à D. de reprendre le Journal des Théâtres (C.D., t. I, p. 354). Ne pouvant s'approprier ce périodique, D. résolut de demander un privilège pour la C.D., en sollicitant, en vain, la collaboration de Palissot et de Beaumarchais (C.D., t. I, p. 227).

Publications diverses

D. est l'auteur de nombreux ouvrages : il a commencé son activité littéraire dès 1764, comme l'indique l'Avertissement de L'Egoïste, comédie-ballet de 1774 (p. III). Dans l'ensemble, ses œuvres ont été jugées avec sévérité : les M.S., évoquant la Lettre à M. Palissot, font remarquer que D. est «un espèce de fol» (19 avril 1775). La C.L. n'est guère moins sévère : les Anecdotes intéressantes et historiques de l'illustre voyageur ne sont qu'une «misérable brochure» (juil. 1777, t. XI, p. 499- 500) ; à lire l'Eloge historique de M. de Saint-Foix, on ne peut que «perdre son temps» (janv. 1777, t. XI, p. 410).

Il n'est pas de domaine que n'ait abordé D. : conte, poésie, pamphlet, journalisme, mémoires, histoire, théâtre enfin ; voir notamment Le Roi et le Ministre, 1775, et L'Egoïste, 1774. Nous renvoyons, pour plus de précisions, à Cior 18, n° 26034-26076. On ajoutera : Les Amours nationales, comédie-ballet en trois actes, vers libres, et prologue, 1788 (Brenner, n° 5896). — Le Naufrage des Français dans l'Albanie vénitienne sur les confins du domaine turc ou les Corsaires vaincus, ballet pantomime, représenté au théâtre de Rouen, en juillet 1788 (Brenner, n° 5902). — Les Offrandes de l'amour, ballet représenté au théâtre de Rouen en juillet 1789 (Brenner, n° 5903). — Les Plaisirs de la Campagne, ballet pantomime, représenté au théâtre de Rouen en janvier 1789 (Brenner, n° 5904). Brenner tient ces trois dernières identifications de l'ouvrage de J.H. Bouteiller (Histoire des théâtres de Rouen, 1860-1880, t. I, p. 203, et 225), mais celui-ci ne se réfère pas expressément à D. : il est seulement question d'un certain Chevalier «maître de ballet de la Cour de Modène» qui a dansé les «principales entrées» de ses trois pièces.

D. annonce dans l'Avertissement de sa pièce, Le Roi et le Ministre (p. IV), qu'il «travaille» à un «drame» intitulé François premier, et dans les O. (p. XXXI), il dit avoir représenté sur son «petit théâtre de famille» une pièce dont le titre est Le Seigneur à dîner chez son fermier. Nous n'avons pas trouvé trace de ces deux textes.

Bibliographie

F.L. 1769 ; Desessarts. — (A.M.V.) Vincennes, Archives militaires, Yb 29, f° 76 et f° 120 : dossier militaire de D. — (A.V.P.) Paris, Archives de la Ville, DC6 13, f° 155 r° : lettres de la Chancellerie du Palais (18 mai 1754), portant émancipation de D., insinuées le 20 mai 1754. DC6 32, f0 18 7 r° : sentence du Châtelet du 20 février 1790, nommant le curateur de la succession de D. DC6 237, f° 148 : testament de Jacques Chevalier, insinué le 7 août 1754. — A.N., M.C., VII, 508, 15 oct. 1791 : règlement de 1200 £ à la veuve de D. ; XIV, 486, 14 août 1784 : acte de notoriété de D. – CL. : à ce qui est déjà cité, ajouter : janvier 1775, t. XI, p. 24-25 ; août 1777, t. XI, p. 509 ; sept. 1782, t. XIII, p. 189-190 ; sept. 1784, t. XIV, p. 49. – M.S., notamment le 19 avril 1775» L VIII, p. 11. — (O.) Œuvres meslées de M. le Chvr D***, nouv. éd., 1777, 2 part, en 1 vol. (nous nous référons uniquement à la 2e part.). — Voltaire, Correspondence, éd. Besterman, notamment la lettre à D. du 1er mars 1773. D17163. — Diderot, Correspondance, éd. Roth-Varloot, lettre de D., 21 juil. 1765, t. V, p. 52-60, en part. p. 59. — Jougla de Morenas H. et al., Grand armoriai de France, Paris, 1934-1952. — (D.N.) La Chesnaye Des Bois, Dictionnaire de la Noblesse, 3e éd., Paris, 1863-1876. — Mouhy, C. de Fieux de, Abrégé de l'histoire du théâtre françois, Paris, 1780.

Additif

 «Les Nouveaux Essais historiques sur Paris […] ont pour père anonyme un autre chevalier, Alexis-Jacques Ducoudray, ancien mousquetaire gris, gouverneur du pays des Andelys, auteur d’une foule de compilations et de productions en tous genres, et pourtant (les biographies ne le disent pas, pour l’honneur des lettres) mort à l’Hôtel-Dieu de Paris le 7 février 1789, et enterré le lendemain à la paroisse de Saint-Pierre-aux-Bœufs.» (Paul Lacroix, Les Cent et une. Lettres bibliographiques à  M. l’administrateur général de la Bibliothèque nationale,1re série, Paris, Paulin, 1849, p. 94).   (Gilles PLANTE) 

Auteur(s) de la notice


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