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Claude DORAT (1734-1780)

État civil

Claude Joseph Dorât est né le 31 décembre 1734 à Paris. Son père, Claude Joseph Dorât, était conseiller du roi et auditeur des comptes ; sa mère, Jeanne Fournel de La Roche, était déjà veuve d'un auditeur des comptes ; ils se marièrent en août 1731 en la paroisse de Saint-Sulpice et résidèrent quai Malaquais. Une fille, Angélique Suzanne, naît le 13 juin 1732. Le grand-père de D., Joseph Dorât, était seigneur de la Barre. Cette famille, originaire du Limousin, portait anciennement le nom de «Disnemandy », qui signifie «Disne-matin». Elle obtint des lettres patentes qui lui permirent de changer ce nom en Dorât, surnom d'un Disnemandy, poète sous Charles IX, que ses contemporains avaient surnommé «le Pindare françois». Depuis François Ier, la famille Dorât avait des emplois dans la magistrature. La mère de D., Jeanne Fournel de La Roche, était la fille d'un avocat au Parlement.

D. épousa Anne Pauline Geneviève, fille d'Antoine Fourès, écuyer, seigneur de Haburnet Bel Air ; ils eurent un fils qui fut employé dans les bureaux de la Guerre, auteur d'ouvrages sur la Légion d'honneur et l'armée, et une fille, née le 7 octobre 1780, rue Montmartre, cinq mois après le décès de son père.

D. meurt le 29 avril 1780 à Paris, rue d'Enfer, sur la paroisse de Saint-Séverin, ayant refusé les secours de l'Eglise.

Formation

D. fait ses études avec distinction au collège du cardinal Lemoine. Très tôt orphelin de père et de mère, ne voulant pas devenir magistrat, il entre dans la seconde compagnie des mousquetaires, le 20 avril 1757 ; il abandonne cet emploi le Ier avril 1758, à cause, dit-on, d'une vieille tante janséniste dont il devait hériter. Il entre alors dans la carrière des lettres. Il n'eut jamais vraiment de sentiments religieux. On ne lui connaît ni diplômes, ni titres particuliers.

Carrière

Nous savons peu de chose sur la jeunesse de D. ; vers 1765, il habite une petite maison à la barrière de Sèvres, maison assez isolée pour qu'il ait l'impression d'être à la campagne. Il partage alors sa solitude avec Frédéric Jacques Masson qui deviendra Monsieur de Pezay. L'hiver se passe généralement à Paris. Il restera quelque temps à Feuillancour, en compagnie de la société créole animée par Bertin et Parny. En septembre 1775, D. demeure rue de Vaugirard, paroisse de Saint-Sulpice ; le 22 mai 1778, nous le trouvons rue d'Enfer où il mourra.

Il semble que D. ait peu voyagé : en 1763, il va visiter avec son ami Masson la terre de Pezay, située aux environs de Blois. La mère de Masson venait de disposer de cette terre en faveur de son fils. D., en dehors de son métier d'homme de lettres, n'exerça pas de charges particulières ; il pouvait s'en dispenser grâce à sa fortune personnelle ; mais à la fin de sa vie il acceptera la rédaction du Journal des dames.

Situation de fortune

D. avait «maison montée, deux chevaux à son carrosse, bonne table». Malheureusement, il dissipera cette fortune de plusieurs façons : D. est un viveur qui entretient plusieurs maîtresses, aime la vie facile et reçoit beaucoup ; ses amis, tel Linguet, profitent de sa générosité naturelle ; il a la passion du colifichet, de la parure, de l'ornement extérieur. Il produit très vite et refuse de corriger ses œuvres. Il abandonne ses droits d'auteur, se trouve être le créancier de la Comédie à chaque nouvelle œuvre ; car, par surcroît de précautions, il achète une moitié de la salle qu'il remplit de ses amis et de gagés, aux deuxième et troisième représentations ; de plus, pour assurer le succès de ses livres, il fait appel aux illustrations, aux estampes, aux vignettes, œuvres d'Eisen, de Marillier, de Queverdo et de Parizeau. Ses dettes sont donc nombreuses ; pour les payer, il accepte la direction du Journal des dames; D. essuie deux banqueroutes, dont la faillite Lacombe. Son amie, Mme de Beauharnais, demande pour lui 20 000 F, à Beaumarchais, remboursables en six ans. Après avoir hésité, Beaumarchais accepte que D. puise dans ses caisses. En moins d'une année, D. aurait touché 8400 £. Il meurt en laissant 60 000 £ de dettes.

Opinions

Il eut beaucoup d'amis : Colardeau, Monsieur de Pezay (reçu par Voltaire à Ferney), Linguet, Michel de Cubières, qui prendra le nom de Dorat-Cubières. Il fut aussi le collaborateur de Fréron. Il eut une très longue querelle avec Voltaire qu'il persifla, bien qu'il le reconnût pour le «maître» ; il assista à la première lecture des Confessions de Rousseau qu'il admirait (cette lecture eut sans doute lieu en 1770) ; il demanda l'aide de Mme Necker pour se faire admettre à l'Académie. Il eut des querelles épistolaires avec Voltaire, avec La Harpe (surtout lorsque La Harpe succède à Colardeau à l'Académie en 1776) ; Lebrun-Pindare ne cessa de le railler. Il fut en procès avec ses libraires et ses comédiens.

Sans affiliation particulière à un parti, D. est reconnu comme le chef d'une école. De son vivant, ses flatteurs le comparent à Ovide. Son unique ambition, pendant vingt ans, sera d'entrer à l'Académie. Il perdra tout espoir en juin 1777, lors du remplacement de Gresset. D. avait un fond de délicatesse ombrageuse, de sensibilité chagrine, mais aussi un désir de libéralisme et le souci d'entretenir de bonnes relations avec les esprits éclairés (Diderot, d'Alembert, par exemple). Il fut l'ennemi de l'esprit de parti, du sectarisme, de la mesquinerie, mais non de la philosophie.

Activités journalistiques

D. était très lié à Fréron et a longtemps contribué à L'Année littéraire par des poèmes, des lettres, des comptes rendus de ses propres ouvrages (G, p. 253). En 1771, il a formé le projet d'un journal de théâtre intitulé Le Spectateur des trois théâtres, mais ce projet échoua (G, p. 254).

En janvier 1777, D. accepte la direction du Journal des dames (contrat du 27 janv. 1777 ; G, p. 247), que Mercier avait dû revendre à F.M. Chalumeau ; celui-ci l'avait cédé à Panckoucke, qui souhaitait un rédacteur prudent, capable de se concilier les autorités et notamment le censeur Coqueley de Chaussepierre (G, p. 248 et suiv.). D. assurera cette direction à peine un an, de mars 1777 à juin 1778. Il donne au journal un nouveau titre : Mélanges littéraires ou Journal des dames, dédié à la Reine, par M. Dorât. On lit dans le tome I (avril 1777) : «Ce journal paraît le quinze de chaque mois. Le prix de l'Abonnement est de 18 livres pour Paris, de 21 livres pour la Province, franc de port». Le numéro de juin 1778 est dit « quatrième et dernier Cahier de l'année 1778» : «Journal infortuné qui, avec un titre fait pour assurer le succès, et ayant eu des rédacteurs d'un véritable mérite, n'a jamais essuyé que des désastres» (Linguet). Le mot de Mélanges reflète exactement le contenu de ces feuilles où l'on trouve, dans un aimable désordre, des poésies, des comptes rendus, des «variétés», intelligemment triés et modulés. A force de prudence, de conformisme politique et de fadeur dans ses éloges, D. avait réduit le journal à une chronique impersonnelle dont les illustrations faisaient le principal intérêt (G., p. 256).

Publications diverses

D., dont on disait qu'il ne corrigeait jamais ses œuvres, a beaucoup produit. Il s'est essayé dans plusieurs genres : héroïdes, tragédies, comédies, poésies légères, épîtres, essais. On trouvera la liste de ses œuvres dans Cior 18, n° 25088-25179.

Bibliographie

B.Un. ; D.L.F. ; Cior 18. – Nécrologe, 1781, notice de D. par Castilhon. – Cubières-Palmézeaux. Ma confession sur quelques poètes vivants, 1790. – Poètes français ou Collection des poètes du premier ordre, Paris, Vve Dabo, 1821. – Desnoi-resterres G., Le Chevalier Dorât et les poètes légers au XVIIIe siècle, Paris, 1887. – Guitton E., /. Delille et le poème de la nature en France de 1750 À i#20, Paris, Klincksieck, 1974. – (G) Gelbart N., Féminine and opposition journalism in old régime France : le Journal des dames, Berkeley, U. of California Press, 1987, chap. 7.

Auteur(s) de la notice


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