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Alexandre DELEYRE (1726-1797)

État civil

Alexandre Deleyre, dont le nom est souvent orthographié de Leyre ou Delaire, est né en janvier 1726 (le 5 janv. d'après D.H.B.R., le 10 d'après D.C.) aux Portets en Gironde, fils de Jean Deleyre, huissier maître au Présidial de Guyenne selon le Calendrier bordelais (1749). Il eut pour parrain Antoine Alexandre de Gasq (1712-1781), seigneur et baron des Portets, président à mortier du Parlement de Bordeaux (Leigh, n° 423, n. c); il pousa en 1760 Caroline Alexandrine Loiseau (1728-?), fille de Mathurin Loiseau, caissier aux Etats de Bourgogne et de Jeanne Delalor (Leigh, n° 819, n. c) dont il eut trois enfants nés à Parme: un fils qui naquit infirme en 1762 (Leigh, n° 2760), une fille en 1764 (Leigh, n° 3666), une seconde fille en 1766 (Leigh, n° 5616). Il eut des frères dont l'un, Arnaud, né vers 1740, entra chez les Jésuites le 1er juillet 1760, fut professeur à Aurillac et fut, semble-t-il, retenu par son Ordre en 1764 (Leigh, n° 3443). D. est mort à Paris le 10 mars 1797.

Formation

Son enfance fut triste et malheureuse ; il fit ses premières études dans un pensionnat de Bordeaux où il subit « des châtiments cruels » ; il alla ensuite au Collège des Jésuites de cette ville; très influencé par ses maîtres, il prit l'habit à l'âge de quinze ans. Quand les Jésuites adoptèrent un régime plus libéral dans leur enseignement, D., partagé entre des sentiments contraires, se détacha peu à peu de leur influence. A vingt-deux ans, il annonça son intention de quitter son ordre malgré les objurgations de sa famille et de ses maîtres (Le Breton). Pour se conformer aux vœux de son père, il se destina au barreau, mais il s'aperçut vite que cette carrière ne lui convenait pas. Il quitta Bordeaux en 1750 (Silvestre).

Carrière

Il arriva sans ressources à Paris à l'âge de vingt-quatre ans avec l'intention de poursuivre une carrière littéraire. Peut-être est-ce Montesquieu qui lui fit faire la connaissance de Duclos. Il rencontra J.J. Rousseau qui le présenta à d'Alembert (Leigh, n° 415) et à Diderot (Confessions, éd. Pléiade, t. I, p. 428-429). Il fréquenta ensuite la coterie holbachique. Encouragé par Diderot, grand admirateur de Bacon (C.L., t. III, p. 116), D. entreprit, pour se faire connaître, une étude de la philosophie du chancelier, ouvrage qui parut en octobre 1755. Diderot l'invita alors à collaborer à l'Encyclopédie ; D. fournit un article détaillé sur l'Epingle (t. V, 1755) puis un des articles les plus importants de l'Encyclopédie, l'article « Fanatisme », qui eut un retentissement considérable (Leigh, n° 415). D. s'attaquait à la superstition ; son article fut utilisé par Voltaire avec certaines modifications dans le Dictionnaire philosophique. En juillet 1756, D. soumit à Rousseau un nouvel article intitulé « Fortune » (Leigh, n° 415). Cependant cet article n'est pas celui qui parut dans l'Encyclopédie sous ce titre (t. VII). Après avoir collaboré au Journal étranger (nov. 1756-mars 1757) et au Journal encyclopédique (janv. 1758), il se vit offrir un poste lucratif aux appointements de 12 000 £, celui de secrétaire des carabiniers commandés par le jeune comte de Gisors, fils unique du maréchal de Belle-lsle. En fait, ce poste avait été proposé à Marmontel qui le refusa car il venait d'assumer la direction du Mercure de France. Marmontel pensa à Suard pour le remplacer, mais celui-ci recommanda D. dont la demande fut appuyée par le duc de Nivernais (Marmontel, Mémoires, éd. J. Renwick, Clermont-Ferrand, G. de Bussac, 1972, t. II, p. 65-68). Malheureusement, le comte de Gisors fut tué à la bataille de Crefeld le 23 juin 1758 et D. dut poursuivre sa carrière de journaliste. En juin 1759, il obtint le poste de secrétaire d'ambassade à Vienne. Son séjour à Vienne, en pleine guerre de Sept-Ans, ne lui apporta que des déboires et accentua sa misanthropie. Il vécut cette période dans « le mécontentement » (Leigh, n° 980). Son protecteur, le duc de Nivernois, le fit nommer en juin 1760 au poste de bibliothécaire de la Chambre du duc de Parme, fils de l'lnfant Don Philipe et de Marie-Louise Elisabeth, fille de Louis XV. D. arriva à Parme le 30 décembre. A Parme, D. retrouva le gouverneur du Prince, l'abbé de Condillac, et le sous-gouverneur Auguste Guy de Keralio (Bédarida, p. 47-48). D. fut chargé de rédiger un cours d'histoire moderne à l'usage de son jeune élève, mais Condillac désapprouva les idées audacieuses exprimées dans cet ouvrage et refusa de donner sa caution (Le Breton). Dès lors, D. subit de dures contraintes et s'en plaignit à Rousseau (16 juin 1763 ; Leigh, n° 2760).

A la mort de Don Philipe (18 juil. 1765), D. pensa rentrer en France, mais en fait il ne quitta Parme qu'en 1768 après le mariage de l'Infant avec Marie-Amélie, soeur de Marie-Antoinette. De retour à Paris, il entra en relations avec les continuateurs de l'Histoire générale des Voyages et devint aussi le collaborateur de l'abbé Raynal. L'avènement de Turgot (1774) souleva un grand espoir chez D. Aprs la disgrâce de Turgot en mai 1776, D. se retira du monde et prit la socité en horreur. Il se réfugia dans « la vraie retraite d'un sauvage [...] au bord d'un vallon tortueux qui se prolonge dans un ruisseau lugubre » à Dame-Marie-des-Lys près de Melun (Ducis, lettre XIV).

D. devint un homme d'action et joua un rôle actif dans la préparation des élections aux Etats-Généraux à Bordeaux. En mars 1789, il préconisa des réformes en faveur des paysans (Lhéritier, p. 60). Le 28 mars, il fut chargé de rédiger le Cahier général du Tiers-Etat de la Sénéchaussée de Guyenne et représenta la région des Landes (ibid. p. 62) ; le 22 août, les lecteurs de Bordeaux lui confirent le soin de rédiger une adresse aux Etats-Généraux sur les troubles survenus dans la province (ibid., p. 87).

Il fut élu député à la Constituante. Pendant la Convention, il siégea à la Montagne et se sépara de ses amis girondins qui repoussaient le vote de l'assemblée sur la condamnation à mort de Louis XVI. Il prononça un discours enflammé sur la question du jugement du roi qu'il accusa de  « populicide », de fanatisme et de despotisme. Il vota la condamnation à mort de Louis XVI: « Marchons donc [...] nous à la guerre, et Louis à la mort, c'est mon opinion, c'est le sentiment de ma conscience ». En 1793, la Convention ébaucha un plan d'instruction générale pour les enfants de la République ; D. proposa un plan d'éducation inspiré en tous points de l'Emile. Il fut nommé surveillant de l'Ecole Normale le 27 frimaire an III (17 déc. 1794).

Quand le Directoire prit la direction de l'Etat, D., élu membre des Cinq-Cents, obtint le poste de surveillant dans les Ecoles normales. A la séance du 26 janvier 1796, il plaida la cause des Corses expatriés en France. La même année, il fut nommé membre de l'lnstitut national des Sciences et des Arts.

Domiciles connus: Rue Neuve-des-Petits-Champs « vis-à-vis de la Bibliothèque Royale chez M. Despert, perruquier » (Leigh, n° 512); 1758: Hôtel du Prou, rue Traversière, « près l'église Saint-Roch, chez Madame de Saint-Aubin » (Leigh, n° 628, n. a); 1760: Rue Taranne, face au logis de Diderot (Leigh, n° 1071, n. b); 1755-1789: Dame-Marie-les-Lys, près de Melun (Ducis); à Bordeaux, il habite soit chez son père rue des Copérans ou chez son frère rue Sainte-Colombe (Calendrier bordelais, 1770).

Situation de fortune

Sa situation de fortune fut médiocre, sauf pendant les premières années qu'il passa à la cour de Parme. Son père lui refusa constamment tout secours matériel (Le Breton). Il se plaignait sans cesse de son manque d'argent, de ses dettes, de ses procès (Leigh, n° 415, 720). Avant de se rendre à Parme, ses besoins étaient si pressants qu'il dut accepter un acompte de 4000 £. Après 1768, il vécut d'une pension de 1000 écus (Leigh, n° 5166) qui lui fut accordée par le premier ministre de Parme, Dutillot, et de ses travaux de librairie. Sa situation matérielle ne s'améliora que sous le Directoire quand il obtint un poste officiel.

Opinions

Sa haine des Jésuites, qui l'avaient élevé, le poursuivit toute sa vie. Influencé par Montesquieu et Diderot, il se tourna vers la philosophie des encyclopdistes. Son article « Fanatisme » contient l'essentiel de ses idées sur la religion. Il entretenait aussi des rapports avec les protestants (Leigh, n° 512, 518). Il devint un ardent disciple de Rousseau, allant jusqu'à élever ses enfants selon les préceptes de l'Emile (Leigh, n° 3666). D. se livra constamment à des attaques violentes contre la société de son temps ; il avait une âme romantique, un amour profond de la nature et de la solitude. Un autre aspect de son caractère se révéla lors de la Révolution ; ses passions contenues se déchaînèrent, il prit des positions extrèmes. La Terreur passe, il se consacra aux tâches constructives de la Révolution et contribua à l'élaboration de l'enseignement républicain et à la formation des maîtres dans les Ecoles normales.

Jusqu'en 1757, il fut très lié avec Diderot, mais ses relations avec le philosophe se refroidirent après l'affaire du Père de famille. Sans mentionner la vraie cause de leur rupture, D. écrivait au marquis de Girardin le 18 août 1778: « Je ne sais, Monsieur, qui a pu vous dire que M. Diderot étoit mon ami ; je l'ai sans doute aimé dans ma jeunesse, avec une sorte de passion aveugle dont on me faisoit un ridicule. Mais il y a dans ce moment vingt ans, qu'il me détrompa pour toujours, et je rompis avec lui sans retour » (Leigh, A 214).

D. eut toujours une immense admiration pour les œuvres de Rousseau ; sa correspondance avec Rousseau rassemble 50 lettres de lui, pour une dizaine de lettres de Rousseau. D. s'y montre attentif aux malheurs de son ami, notamment en 1757-1758 et commente toutes ses œuvres. Leur amitié ne fut cependant pas sans nuages; à deux reprises, Rousseau heurta profondément les sentiments de son ami. Il lui reprocha son mariage et traita sa fiancée de « commère » (Leigh, n° 825, 843, 855). En 1764, D. se sentit offensé de ce que Rousseau n'élevât pas de protestations contre les Jésuites qui avaient illégalement reçu dans leur ordre son frère Arnaud, alors qu'ils venaient d'être suspendus de leur état en France (Leigh, n° 3443). Après la mort de Rousseau, il révéla l'ambiguité des sentiments qu'il avait portés à l'auteur de l'Emile (Leigh, A 213; 5 août 1778, lettre au marquis de Girardin).

A Vienne, il fit la connaissance de Jamerey Duval, alors conservateur du Cabinet des médailles de l'Empereur et transcrivit plusieurs épisodes de sa vie, qu'il fit parvenir à Rousseau (Leigh, n° 860, 874). Par Rousseau, il a connu Boswell, qui vint lui rendre visite à Parme en 1765 (Leigh, n° 4035).

A partir de 1775, D. trouva un réconfort moral dans l'amitié qui le lia à Thomas et à Ducis. Les lettres que Ducis lui adressa (1775-1790) jettent quelque lumière sur les causes de sa misanthropie: son amour de la solitude et de la nature, sa sincérité et sa mélancolie, les regrets d'une vie qu'il jugeait mal remplie et toujours contrariée. Pourtant D. n'a rencontré que des appuis de la part des grands; il fut protégé par le duc de Nivernois, Choiseul et le maréchal de Belle-lsle. Il fut encouragé, dans ses débuts littéraires, par Montesquieu, Salley, censeur et inspecteur de la Librairie, et par le chevalier d'Arcq. Il compta parmi ses amis Métastase, le comte de Durazzo, directeur des spectacles à Vienne, Valentin Jamerey Duval, conservateur du Cabinet des médailles et bibliothécaire de l'empereur d'Autriche. A Parme, il vécut très proche de Condillac bien qu'il y eût peu d'affinité intellectuelle entre les deux hommes. Il éprouva une grande sympathie pour James Boswell qui le visita deux fois à Parme (Boswell on the grand tour, Italy, Corsica and France, 1765-1766). Enfin son ami, le médecin Cabanis l'assista dans sa dernière maladie.

Activités journalistiques

En novembre 1756, le chevalier d'Arcq, l'un des directeurs du Journal étranger (D.P.1 732) l'invita à se charger de l'édition de ce périodique rédigé à cette époque par Fréron, qui s'acquittait fort mal de sa tâche. D. pressé par des besoins financiers, accepta ce travail à contre-coeur. Il se révéla bien vite au-dessus de ses forces et de ses capacités (Leigh, n° 438). Son premier fascicule parut en novembre 1756, mais déjà le 20 mars 1757, D. annonça à Rousseau qu'il allait quitter le journal « peut-être dans huit jours, mais sûrement dans quelques mois » (Leigh, n° 490). Il espérait obtenir un poste de secrétaire d'ambassade à l'étranger afin d'assurer à sa fiancée, Caroline Loiseau, une existence décente. Ses démarches aboutirent à un échec, probablement à cause de son article « Fanatisme » qui le faisait mal voir en haut lieu. Il abandonna définitivement le Journal étranger en 1757, lassé de faire un travail qui le rebutait. Sollicité par Pierre Rousseau, il entra au Journal encyclopédique en janvier 1758 (Leigh, n° 720 et 741), qu'il dut quitter avant son départ à Vienne en 1759.

Dans la Revue des feuilles de Fréron (D.P.1. 1195), D. réfuta les critiques parues dans l'Année littéraire « sur les ouvrages qui depuis deux ans ont mérité les éloges et l'empressement du public ». Il s'agit des Pensées sur l'interprétation de la nature de Diderot (2e part., lettre V, p. 188-226), de la Philosophie applicable à tous les objets de l'esprit et de la raison de l'abbé Terrasson (lettre VII, p. 227-262), du Discours sur l'origine de l'inégalité de Rousseau (lettre VII, p. 264-298; lettre VII, p. 299-335; lettre X, p. 372-386); du Traité des sensations de Condillac (lettre IX, p. 355-371). Il défendra enfin son propre ouvrage l'Analyse de la philosophie de Bacon (lettre X, p. 386-388).

Dans le Supplément aux journaux des Savans et de Trévoux, ou Lettres critiques sur divers ouvrages périodiques de France édité par Marc-Michel Rey (Amsterdam, 1er janv. 1758; D.P.1. 1239), D. prend parti pour les encyclopédistes.

Sa Lettre écrite de Parme aux auteurs de la Gazette littéraire (n° 64, 3 mars 1765) analyse les causes du déclin intellectuel de l'ltalie. Ce pamphlet déclencha une guerre littéraire qui s'étendit au-delà de la péninsule italienne et contribua à réveiller le sentiment national (Leigh, n° 4816 ; Bédarida, p. 368-371).

Publications diverses

Œuvres diverses: Analyse de la philosophie de Bacon, Amsterdam, Arskte et Merkus, 2 vol. in-12. – Articles « Epingle » et « Fanatisme » dans l'Encyclopédie. – Le Génie de Montesquieu, Amsterdam, Arkste et Merkus, 1758, in-12. – La même année parut la traduction du Padre di famiglia de Goldoni attribuée à D. En fait, D. traduisit le texte italien et remit le manuscrit à Diderot qui de concert avec Grimm fit paraître cette traduction précédée d'une Epître dédicatoire à madame la Princesse Marie Anne Franoise de Noailles, comtesse de La Mark, protectrice de Palissot ; la page de titre portait l'indication: « se vend à Liège », ce qui faisait supposer que D., associé à Pierre Rousseau à cette époque, était responsable de cette édition. L'affaire fit beaucoup de bruit et le mauvais procédé de Diderot détacha D. de celui qui avait été son ami. Sur cette affaire, voir l'ouvrage de M. Busnelli, Diderot et l'ltalie, Paris, 1925; B.N., n.a.fr. 3344, f° 276-277, lettre de D. à Malesherbes. – Le Véritable Ami, traduction de Il vero amico de Goldoni, a été faussement attribué à D. Elle est de Veron de Forbonnais qui protesta vigoureusement contre la mystification agencée par Diderot qui avait usé du même procédé pour cette traduction que pour celle de D. (n.a.fr. 3344, f° 279-280; f° 281-283). – L'Esprit de Saint-Evremond, Amsterdam, Arkste et Merkus, 1761, in-12. – Histoire générale des voyages, t. XIX, Paris, Panckoucke, 1770. – Tableau de l'Europe pour servir de supplément à l'histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux-lndes, Maestricht, 1774, in-12. Cet ouvrage est inclus dans l'édition de l'Histoire de Raynal, t. VII, livre XIX. – Eloge de M. Roux, Docteur Régent de chymie à la Faculté de Paris, Amsterdam, Wetstein, 1777, in-12. – Essai sur la vie de Thomas, 1791, Paris. Antoine-Lonard Thomas, auteur d'éloges et d'essais était l'ami commun de Deleyre et de Ducis (lettre inédite de Thomas à Deleyre, n.a.fr. 15863, f° 12-1 3). – Opinion d'Alexandre Deleyre sur la question du Jugement de Louis XVI, 1792, Convention nationale, Paris, p. 64-80. – Opinion d'Alexandre Deleyre sur l'Appel au peuple sur la nature de la peine à lui infliger, Convention nationale, Paris, p. 165-184. – Idées sur l'éducation nationale, Convention nationale, Paris, 1793. – Rapport pour les Corses expatriés, Corps législatif, Conseil des Cinq-Cents, Séance du 7 pluviose, an IV, 1796. – Deleyre fut aussi l'auteur de romances mises en musique par Rousseau: « Edwin et Emma, romance traduite de l'anglais de M. Mallet », « Au fond d'une heureuse vallée » ; Paroles traduites de l'italien: « Je l'ai planté, je l'ai vu naître » ; « Les deux Amies »: « Que cherches-tu dans ce bocage » ; « Le Duo des roses »: « Vois-tu la lune qui m'éclaire » (dans Les Consolations des misères de ma vie ou Recueil d'airs, romances et duos, J.J. Rousseau, Paris, 1781 ).

Bibliographie

Mémoires de l'Institut national des Arts, Sciences morales et politiques, t. Il, an V. p. 9-18 (notice de Le Breton). – Notices sur la vie et les ouvrages de quelques hommes célèbres par le citoyen Silvestre, s.d., t. II. – (D.H.B.R.) Robinet, Dictionnaire historique et biographique de la Restauration et de l'Empire, Paris, 1898-1899. – (D.C.) Kuscinski, Dictionnaire des conventionnels, Paris, 1916-1919. – Rousseau, Correspondance complète, éd. Leigh. – Ducis J.F., Lettres, éd. P. Albert, Paris, 1879. – Lhéritier M., Les Débuts de la Révolution à Bordeaux, Paris, 1919. – Bédarida H., Parme et la France de 1748 à 1789, Paris, 1927. – Venturi F., « Un enciclopedista : Alexandre Deleyre », Rivista Storica Italiana, t. LXXVII, 1965, p. 791-824.

Additif

Formation: Dans la correspondance du minéralogiste Monnet, publiée dans la Revue rétrospective (1903/07-1903/12, p. 361 et suiv.), se trouve une lettre de Monnet à Mme du Theil, qui donne un portrait assez complet de Deleyre durant ses années de formation. Il obtient, grâce à son ami Suard, une place de secrétaire du régiment du roi en Belgique, mais il s’en lasse aussitôt ; il rencontre alors  à Liège Pierre Rousseau, qui l’engage au Journal encyclopédique, mais pour peu de temps (p. 370). Il accompagne P. Rousseau à Paris et y retrouve Suard, qui le fait engager comme  rédacteur de l’Histoire des voyages, pour le tome XIX, en succession de l’abbé Prévost. Il se marie avec la fille d’un perruquier, ce qui lui fera connaître de nouveaux soucis d’argent. Grâce à Condillac, il obtient la place de sous-précepteur et bibliothécaire du prince de Parme, avec les appointements de 15 000 £ , tandis que sa femme obtient une place de dame de compagnie de la princesse de Parme.

Carrière : Deleyre n'a pas fait partie de la Constituante, il a été, au "début de la Révolution" (sans autre précision), "administrateur du district de Cadillac" (voir Armand Brette, Les Constituants. Liste des députés  et des suppléants élus à l'Assemblée constituante de 1789, Paris, Charavay, 1897 et A. Kuscinski, Dictionnaire des Conventionnels, Paris, F. Rieder, 1916-1919). [Patrick Brasart]

Activités journalistiques: Une lettre du chevalier d’Arcq à Grosley en date du 27 novembre 1756 détaille les circonstances de l’entrée de Deleyre au Journal étranger ; Deleyre a été choisi comme directeur du journal en raison de son réseau de connaissances à l’étranger. « Nous venons même de faire un changement dans la manutention de cet ouvrage en en confiant la plume à M. Deleyre, connu par de très bonnes productions qu’il a données au public, entre autres la Philosophie de Bacon et l’article Fanatisme dans le dernier volume du Dictionnaire encyclopédique ; nous espérons qu’un homme vraiment homme de lettres, laborieux et prudent comme lui, nous dédommagera du ton épigrammatique de M. Fréron qui, trop occupé de ses feuilles littéraires et peu goûté chez l’étranger, n’y avait aucune correspondance... » (Collection de documents inédits relatifs à la ville de Troyes, correspondance de Grosley, p. 284-285). Évincé du journal, Fréron dénonce la manoeuvre des encyclopédistes dans une longue lettre à Malesherbes, datée du 21 mars 1757, au moment même où Deleyre quittait la direction : « ...des gens qui m’ont fait ôter le journal étranger pour le donner à un certain petit de Laire, qui n’a d’autre mérite que d’être leur croupier, et qu’on est obligé de remercier, parce que six cents souscripteurs ont quitté, et qu’on en perd tous les jours depuis qu’il s’est chargé de cet ouvrage » (Diderot et Fréron. Documents sur les rivalités littéraires au XVIIIe siècle, par Étienne Charavay, Lemerre, 1875,p. 4-5). Fréron rappelle que le Journal étranger lui valait huit mille francs par an (p. 9).

Sur la collaboration de D. Au Journal encyclopédique, la Bibliothèque impartiale, (t. XVIII, iii, nov.-déc. 1758, p. 418 donne la précision suivante: “On dit qu’il travaille maintenant à Liège au Journal encyclopédique [...]. On donne au même M. de Leyre (qui a été jésuite) le supplément que le libraire Rey a donné cette année aux journaux des scavans et de Trévoux. C’est l’ouvrage d’un enragé par l’amertume de la critique, et par le ton d’impiété qui y règne”..

Bibliographie: La notice d’A. Wyss dans le Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau (dir. R. Trousson et F.S. Eigeldinger, Champion, 1996), donne un résumé très complet des relations de D. avec J.J. Rousseau

Auteur(s) de la notice


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