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Jacques DEHORNE, (1720-?)

État civil

Jacques Dehorne a rebuté la perspicacité des biographes. Les rares notices qui lui ont été consacrées (N.B.G.; B. Un.) ne retiennent de lui que ses activités de médecin militaire et de journaliste « spcialisé ». Il est né le 23 juillet 1720 à Verdun de Charles Dehorgne et de Thérèse Michel (S.H..) ; on perd sa trace après 1793.

Formation

Le 13 octobre 1745, il soutint une thèse sur les maladies des femmes à la Faculté de Médecine de Reims et fut reçu docteur le 15 octobre (Guelliot, n° 217). Il faillit être traduit en justice en 1781 pour avoir usurpé le titre de docteur de la Faculté de Paris (Delaunay, p. 155 et n. 2).

Carrière

D. a d'abord été premier médecin de l'hôpital militaire de Metz, mais cesse ses fonctions pour cause de maladie à une date inconnue (S.H.). «Premier médecin consultant des camps et armées du roi », il devient en 1779 premier médecin consultant de la comtesse d'Artois (S.H.), puis médecin consultant du duc d'Orléans (mort en 1785). En 1787, la page de titre du Journal de Médecine militaire le présente en outre comme membre de la Société Royale de Médecine, censeur royal, médecin aux Rapports pour la Salubrité de Paris. Ses travaux sur les maladies vénériennes et son expérience des hôpitaux militaires où l'on éprouvait alors l'efficacité des remèdes nouveaux destinés à leur traitement, l'avaient déjà fait nommer inspecteur des quatre maisons de santé que le gouvernement avait créées en 1770 à Paris pour lutter contre ces maladies (Delaunay, p. 273-274). Grâce à ses connaissances chimiques, il avait pu dévoiler la composition de certains remèdes anti-syphilitiques prônés par des charlatans, tels les pastilles de Kayser et le sirop de Bellet.

Situation de fortune

Il touche une gratification de 400 £ sur l'extraordinaire des guerres le 29 mars 1763, pour services rendus à l'armée d'Allemagne, gratification qui lui est conservée au titre de médecin de l'hôpital militaire de Verdun, puis de premier médecin de celui de Metz (S.H.) ; il obtint une pension sur le Trésor royal (sans autre précision, ibid.).

Opinions

Ses fonctions l'ont mis en contact avec les grands et le gouvernement. Peut-être faut-il voir là la raison de son occultation durant la période révolutionnaire.

Activités journalistiques

D. dirige et rédige le Journal de médecine militaire « publié par ordre du Roi », Imprimerie Royale, 1782-1789, in-8°, dont le titre est ainsi complété sur les fascicules : Journal de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacie militaire (D.P.1 672). Il succède au Recueil d'observations de médecine des hôpitaux militaires (1766-1772) de Richard de Hautesierck, auquel D. avait fourni des articles (D.P.1 1166). Dans ses fonctions de journaliste, D. n'était pas dépourvu du sens de la polémique, comme en témoigne l'opuscule critique qu'il a publié sous le titre Fautes à corriger dans la Gazette de Santé qui se distribue à Paris chez Ruault (s.l.n.d.), 72 p.

La parution du Journal de Médecine militaire s'inscrit dans un ensemble d'efforts plus généraux, sous l'impulsion du maréchal de Ségur, pour perfectionner la médecine militaire, dont les objectifs furent définis dans l'ordonnance du 2 mai 1781 : création d'écoles de clinique médicale dans les hôpitaux militaires de Metz, Lille et Strasbourg, construction d'amphithéâtres d'anatomie, amélioration du sort des chirurgiens, apothicaires et officiers de santé des armées, et publication régulière de mémoires sur les maladies qui attaquent les troupes, et sur les topographies médicales, avec le projet de dresser une « géographie médicale des provinces frontières et des villes de l'intérieur occupées souvent par les troupes » : « Le Dr Dehorne fut chargé de ce travail et les officiers de santé applaudirent à ce choix. Ce médecin publia, dès le mois de septembre 1781, le plan qu'il se proposait de suivre pour son Journal » (J.M., p. 15). D'après Biron, l'aspect médico-topographique, conçu sur le modèle du réseau de correspondants de la soit royale de Médecine, est celui dont D. s'occupa le plus. D. qui avait également écrit sur l'hydropisie, « traitait la partie chirurgicale avec le même soin, la même sagacité [...]. Dans les cas difficiles, il recourait avec confiance aux lumières de Louis, à l'expérience de Bourienne (J.M., p. 19). La disparition du Journal de Médecine militaire en 1789 semble être due à une réorganisation du système de santé des armées : une ordonnance du 1er juillet 1788 supprima les hôpitaux militaires, en licencia le personnel, et confia la charge des affaires de santé aux chirurgiens-majors de chaque régiment : par cette décentralisation qui devait s'avérer catastrophique, et fut annulée à la fin de 1791, le système de correspondants sur lesquels s'appuyait le J.M. avait été complètement désorganisé. Dès la fin de 1792, le Conseil de santé chercha à reprendre le projet, ce qui ne fut réalisé qu'en 1815. [Alinéa rédigé par Roselyne REY].

Publications diverses

Outre des études sur l'usage du mercure dans le traitement des maladies vénériennes (1769, 1775, 1779), il a rédigé divers opuscules et des éloges de confrères décédés, qu'il publia d'abord dans son J.M. (voir Cat. B.N., « Horne »). Il est intervenu avec bon sens dans le long débat sur l'inoculation par un Mémoire sur quelques abus introduits dans la pratique de l'inoculation de la petite vérole, et sur les précautions nécessaires pour tirer de cette opération le plus grand avantage possible (Paris, Desaint, 1788, in-4°, 16 p.). En collaboration avec Goulin et La Servolle, et dans des circonstances curieuses que relate Delaunay (Le Monde médical, p. 267-268), il avait dressé l'Etat de la Médecine, Chirurgie et Pharmacie en Europe et principalement en France pour l’année 1777 (Paris, Vve Thiboust, 1777, in-12). Il a publié Observations faites par ordre du gouvernement sur différentes façons d'administrer le mercure dans les maladies vénériennes, Paris, 1779, 2 vol. – Mémoires sur quelques objets qui intéressent plus particulièrement la salubrité de la ville de Paris, Paris, 1788.

Il était responsable, dans l'Encyclopédie méthodique. Médecine, des articles concernant les maladies vénériennes et les différentes sortes d'hydropisie ; son nom apparait dans la liste des collaborateurs du tome I au tome VI (1793).

Bibliographie

N.B.G.; B. Un. – « Discours Préliminaire, sur le perfectionnement de la Médecine Militaire en France depuis un demi-siècle, par M. Biron », (J.M.) Journal de médecine, de Chirurgie et de Pharmacie militaires, rédigé sous la surveillance de MM. Les Inspecteurs généraux du service de Santé, par M. Biron, Médecin en chef d'arme, adjoint à l'Hôpital Impérial des Invalides, et M. Fournier, Médecin-secrétaire de l'Inspection de Santé, publié par ordre de son Excellence le Ministre de la guerre, Mars 1815, n° I, p. 1-72. – Dezeimeris, Dictionnaire historique et critique de la médecine ancienne et moderne, Paris, Béchet, 1836, t. III, p. 238-239. – Guelliot O., Thèses de l'ancienne Faculté de Médecine de Reims, B.V. Reims, ms. Raussin. – Delaunay P., Le Monde médical parisien au XVIIIe sicle, Paris, Rousset, 1906, p. 148,155, 273-274, 395. –Des Cilleuls, L., médecin-général, Le Corps de Santé militaire dans la monarchie depuis les origines jusqu'à 1793, Paris, S.P.E.I., 1961, p. 73. – (S.H.) Service historique de l'Etat-major de l'Arme de Terre, Clt. : T.R. 6365.

Additif

Réponse d'un médecin de Paris à un médecin de province sur le prétendu magnétisme animal de M. MESMER, Vienne et Paris, L. - Alex. Delalain le jeune, 1780 (Dr Jean-François PRUDENT) 

Auteur(s) de la notice


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