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COURTILZ DE SANDRAS, (Gatien de 1644?-1712)

État civil

Les bibliographies anciennes et les fichiers des bibliothèques hésitent sur le nom de cet auteur, que l'on trouve plus souvent à Sandras de Courtilz qu'à Courtilz de Sandras, sans compter Descourtils et même Gatien, le prénom. En réalité le patronyme est Courtilz ; c'est la forme de sa signature autographe la plus ancienne que l'on connaisse, au bas d'une lettre de 1683. En 1684, dans l'acte de baptême de l'un de ses fils, il se dit seigneur de Sandras (Sandras est le nom de sa mère) et il signe «Gatien de Courtilz». En 1689, dans l'acte d'acquisition de son domaine du Verger, il se nomme «Gatien de Courtilz, Chevalier, Seigneur de Sandras, le Verger et autres lieux». Ensuite, dans tous les actes notariés, il signe «Gatien de Courtilz». Comme on n'a pas retrouvé son baptistaire, on n'a pas de certitude absolue sur le lieu et la date de sa naissance, mais les contemporains sont d'accord pour dire qu'il est né en 1644 à Paris, rue de l'Université. Le berceau de la famille se situe près de Liège, dans le village de Cortilz ou Cortils (pour tous les renseignements suivants, voir les détails et les références dans J. Lombard, Courtilz de Sandras et la crise du roman à la fin du Grand Siècle, 1re part., chap. I et II, ainsi que les tableaux généalogiques p. 490-492). La filiation continue remonte au milieu du XIVe siècle, où l'ancêtre au neuvième degré de Courtilz, Conrad, né avant 1330, est qualifié de «walgraëff, haut-voué héréditaire de Mortier». Brules, petit-fils de Conrad, commence l'implantation de la famille en France, dans le Beauvaisis. L'une de ses filles épouse en 1440 le petit-fils de Pierre de Mornay, gouverneur d'Orléans pour le roi Charles VII, créant ainsi des relations durables entre les deux familles : on retrouvera plus loin les Mornay-Montchevreuil. Avec Hermand, fils de Brules, l'implantation de la famille dans le Beauvaisis devient définitive. Des deux fils d'Hermand, le cadet, Guillaume, orthographie son nom «des Courtils», ce qui est encore le nom actuel de la famille. Au XVIe siècle cette branche cadette embrasse la religion protestante et c'est dans le château d'un Jean des Courtils que l'évêque de Beauvais, Odet de Coligny, cardinal de Châtillon, abjure le catholicisme. Au contraire, la branche aînée, dont les membres signeront par la suite «de Courtils», reste fidèle à la religion catholique. La tête de cette lignée, Jean, fils aîné d'Hermand, épouse en 1482 Isabeau de Saint-Pierre-ès-Champs, qui descend directement du roi Louis VI le Gros, ce qui situe l'ancienneté et la qualité de la noblesse de Courtilz de Sandras, arrière-petit-fils au cinquième degré de ce Jean «des Courtils». Ce dernier, qui fut en outre l'historiographe des rois Charles VIII et Louis XII, est l'auteur de la Mer des Histoires et Chroniques de France, parue au début du XVIe siècle. Son petit-fils, André, attache le destin de sa famille à celui des Orléans-Longueville. Le fils d'André, Jean, grand-père de Courtilz de Sandras, a d'abord une fille, Louise ; celle-ci épouse Louis de Clère et aura un petit-fils, prénommé également Louis, compagnon d'enfance de Gatien de Courtilz et futur mari de Madeleine de La Porte, fille du célèbre La Porte, valet de chambre du roi. Quant au frère de Louise, Jean, qui a le titre de «seigneur de Tourly» (village des environs de Chaumont-en-Vexin) et qui est le père de Courtilz de Sandras, son histoire est quelque peu mystérieuse (voir sur ce point p. 38-47 et Lombard, «Une affaire de mort simulée en Picardie au XVIIe siècle»). Sur l'ascendance maternelle de Courtilz, on sait peu de chose. Sa mère est Marie de Sandras. Ce patronyme se rencontre en Champagne, mais aussi en Picardie et dans le Vexin, près de Tourly, où une Madeleine de Sandras a épousé, en 1634, un Nicolas de Paillart, mais on ne peut rien dire de plus qui soit certain. Gatien de Courtilz s'est marié trois fois (sur ces mariages, voir L., p. 68-70, 76-77 et 163-164). Il épouse d'abord à Paris, le 18 août 1664, «Marie Depied», en fait Marie Cossart d'Espiez, dont la famille, d'ancienne noblesse, était, comme celle de Courtilz, originaire du pays liégeois et implantée depuis longtemps dans les environs de Beauvais. On lit sur son acte de décès : «23 juillet 1671. Inhumation de Dame Marie Depied, femme de Gatien de Courtyz de Sandras, Escuyer, Seigneur dudit lieu, morte le 22». Devenu ainsi veuf à vingt-sept ans, Courtilz se remarie sept ans plus tard, le 14 mai 1678, à Paris, avec Louise Panetier, fille du secrétaire d'Antoine L'Advocat, le maître des requêtes. Louise meurt le 28 août 1706 au domaine du Verger (à Chuelles, dans le Loiret). Enfin, le 4 février 1711, C. épouse à Paris la veuve du libraire Auroy, Marguerite, qui, curieusement, quelques années plus tôt, l'espionnait et le dénonçait à la police. C. a eu entre dix et douze enfants. Du premier mariage sont nés un fils, qui fut capitaine au Régiment de Picardie et dont on perd ensuite la trace, et une fille dont on ignore tout. La nombreuse descendance issue du deuxième mariage s'éteint rapidement, au milieu du XVIIIe siècle. Quant à la troisième union, elle ne dura qu'un peu plus d'un an : C. meurt en effet à Paris, rue du Hurepois, le 8 mai 1712, âgé de 68t ans, et est inhumé le lendemain dans le cimetière de Saint-André-des-Arcs. Pour ses activités d'écrivain clandestin, C. avait comme pseudonyme Louis de Montfort. D'autre part, dans la première édition de sa Vie du vicomte de Turenne (1685), le titre est suivi de la mention «par Mr. du Buisson, premier capitaine et major du Régiment de Verdelin» ; ce du Buisson a bien existé, mais n'est ici qu'un prête-nom ; c'est bien C. l'auteur du livre (voir L., p. 223-227 et 265-272).

Formation

C. fait ses études à Paris grâce à l'aide de son cousin germain Charles de Clère, qui le recevait dans son hôtel de la rue des Saints-Pères. Divers indices montrent qu'il a dû fréquenter soit le collège de Clermont, tenu par les Jésuites, soit le collège de Navarre, qui relevait de l'Université. Dans l'un comme dans l'autre, les leçons s'appuyaient sur les historiens anciens et sur les poètes latins. De fait, C. évoque dans son oeuvre Thucydide, Quinte-Curce et César, Virgile et Ovide. Il cite aussi Montaigne, la Satire Ménippée, Boccace, Cervantès, Machiavel et, parmi les auteurs de son siècle, l'Astrée, l'Amadis de Gaule, Furetière, le Père Mainbourg, Mmes d'Aulnoy et de Murat, sans oublier naturellement les plus grands : Molière, Boileau, Racine, La Fontaine et La Bruyère. Mais il ne prolonge pas ses études au-delà de l'âge de seize ans et c'est alors l'armée qui devient sa grande école. Cependant, au cours d'un intermède de quatre ans où il est rendu provisoirement à la vie civile (1668-1672), il évolue entre l'hôtel de la rue des Saints-Pères et les châteaux du Vexin. Dans le premier, ainsi qu'on l'a vu, c'est son cousin et ancien compagnon d'enfance Louis de Clère, gendre de Pierre de La Porte. Dans les seconds, Montchevreuil, La Villetertre, Bachivillers, Villarceaux, voisins de celui de Tourly, ce sont des relations de C. et de sa famille : Gaston de Mornay, comte de Montchevreuil, qui fit les mêmes campagnes que C. et dont le frère aîné, Henri, marquis de Montchevreuil, est connu, ainsi que sa femme, par l'amitié qu'ils entretenaient avec la future madame de Maintenon ; celle-ci venait séjourner chez eux, l'été, entre 1660 et 1669, ainsi que chez un autre Mornay également voisin, Louis, marquis de Villarceaux, célèbre par ses relations avec Ninon de Lenclos. On imagine la masse d'anecdotes de toutes sortes que C. a pu recueillir ici et là à cette époque. Plus tard, vers 1680, C. paraît assez bien introduit à la cour de Condé et peut à l'occasion, si on l'en croit, s'honorer de la conversation du prince. Il lui adresse une lettre en 1683 pour lui proposer d'écrire l'histoire de sa vie. Chantilly jouit alors d'une grande affluence : chefs de guerre dont le nom reviendra souvent sous la plume de C., écrivains, et la cour du roi y fait parfois étape. L'atmosphère y est très libre et C. a pu rencontrer là beaucoup de personnages importants et intéressants.

Carrière

C. embrasse la carrière des armes vers 1660, en entrant chez les Mousquetaires, où le commandement de fait est exercé par d'Artagnan. Il s'agit de la première compagnie, celle des «Mousquetaires gris». 1667 : C. devient cornette dans le régiment Royal-Etranger et participe, sous les ordres de Turenne, à la campagne de Flandres. 1668 : conquête de la Franche-Comté, l'hiver, sous les ordres de Condé. Le 2 mai, la paix d'Aix-la-Chapelle rend C. à la vie civile, ainsi qu'on l'a vu, pour quatre ans. 1672 : la guerre reprend et C. obtient une compagnie dans le régiment de Beaupré-Choiseul. Le voilà capitaine de cavalerie et ce sont les sept années de la guerre de Hollande. De 1674 à 1678, il est détaché dans le régiment de Chevalier-Duc, avec lequel il fait les campagnes de Catalogne. Avec les traités de Nimègue (août-sept. 1678, fév. 1679), C., qui entre temps à réintégré Beaupré-Choiseul, quitte à nouveau l'uniforme, cette fois définitivement.

Dès le début de 1678, C. a commencé sa carrière littéraire par quelques publications, les seules à paraître avec un privilège. Remarié, on l'a vu, en 1678, il habite rue Montmartre, mais séjourne aussi à Fontaine-le-Port, près de Melun, où son beau-père a une maison de campagne. C'est sans doute à partir de 1683 que C. se rend de plus en plus souvent en Hollande, où il publie ses ouvrages. D'autre part, il dit qu'il est allé à Vienne, en Italie (Venise, Milan, Rome), en Angleterre et en Espagne, mais on n'en a pas de preuves. Il est probable que C. a essayé de se faire lui-même libraire pendant quelques mois en 1686, sous son pseudonyme Louis Montfort, à Liège, publiant à cette adresse cinq de ses propres livres ( Lombard, «Cinq livres anonymes rendus à Courtilz de Sandras»). De 1683 à 1686, C. a fait paraître treize autres ouvrages : douze à «Cologne», chez des libraires fictifs, en particulier «Pierre Marteau», et un, en 1685, chez Henry van Bulderen, à La Haye, où il va s'installer pour longtemps. En effet, en novembre 1686, il fonde, chez van Bulderen, le Mercure historique et politique, dont il est le rédacteur jusqu'en 1693. En même temps, il se livre à des activités littéraires clandestines, s'occupant en particulier de l'acheminement de livres vers la France (sur tout cet aspect de la vie de C., voir L., p. 90-97, 102-103, 106-110, 123-124 et 150-158). Il dit avoir fait un voyage à Milan au début de 1688. mais d'une manière générale il se rend surtout à Liège, Luxembourg, Metz et Reims, et naturellement à Paris, la plaque tournante se situant à Sedan. Par ailleurs, c'est le 4 juin 1689 que C. fait l'acquisition du domaine du Verger, à Chuelles, près de Courtenay, et ce sera là désormais pour lui un nouveau lieu de séjour, sa femme s'y installant à demeure. En 1692, C. dispose de trois adresses à Paris et multiplie les précautions, mais ses occupations deviennent de plus en plus dangereuses et la police le surveille. Il entre à la Bastille le 22 avril 1693 pour près de six ans. A partir de 1694 sa femme a le droit de lui faire des visites et le 25 juin 1696 il obtient la «liberté de la cour». Il est enfin libéré le 2 mars 1699 ; il a cinquante-cinq ans. Son activité va maintenant se partager entre ses occupations de gentilhomme campagnard au Verger et, surtout à partir de 1701, la reprise de l'aventure littéraire à Paris, en compagnie de sa femme, de son frère et de sa belle-soeur. Il est suivi de près par des indicateurs de police, en particulier, comme on l'a vu, par la femme du libraire Auroy, qui fait sur lui des rapports circonstanciés. Cependant, il est certain qu'il n'est pas retourné à la Bastille, contrairement à ce qui a été longtemps affirmé. Il est dit dans un rapport qu'il bénéficiait d'«ordres secrets» et qu'il était protégé par le commissaire Delamarre, mais il est difficile d'interpréter cela clairement. En tout cas, à partir du début de 1704, il demeure ordinairement au Verger, où sa femme décède en 1706. De mars 1708 à janvier 1711, on n'a pas de renseignements sur lui. Sans doute est-il souvent alors à Paris, son troisième mariage ayant lieu le 4 février 1711 à Saint-André-des-Arcs, en l'absence de tout membre de sa famille. On ne sait rien sur la dernière année de sa vie.

Situation de fortune

Compte tenu des éléments biographiques fournis précédemment, C. n'a pas dû recueillir un grand héritage de ses parents. Un acte passé au greffe du Châtelet de Paris en date du 10 janvier 1670 apprend que «Messire Gatien de Courtilz, chevalier, fils de Messire Jean de Courtilz, aussi chevalier, seigneur de Tourly, et de dame Marie de Sandras, renonce à la succession de son père et s'en tient au douaire de la dame sa mère et au legs fait à son profit par dame Hélène de Billy son aïeule», mais on ne connaît pas les raisons de cette renonciation, ni l'importance du douaire et du legs en question. De 1660 à 1678, C. connaît la situation qui est celle de tous les officiers sans grands biens personnels. On ignore l'état de fortune de sa première femme. D'après un document des A.N. (Ins. du Châtelet, Y. 211, f° 27, v°), C. bénéficie en 1666 de la «donation d'une somme de 4.000 livres tournois par Jean du Lac, écuyer», mais on ne sait rien de ce personnage ni du motif de cette donation. En 1672, c'est sans doute avec l'aide financière de son cousin de Clère qu'il obtient le commandement d'une compagnie de cavalerie. Quand il quitte l'armée, il a des dettes, mais sa deuxième femme appartient à la riche bourgeoisie. En 1680 (Ars., Bastille, Dossier B. 10497, f° 163), C. commande un travail concernant une grande maison avec de la vigne, mais ce bien lui appartient-il en propre? Son beau-père, Jacques Panetier, fait à sa fille, «Dame Louise Panetier, épouse de Messire Gatien de Courtilz, chevalier, seigneur de Sandras», donation d'une somme importante, «sans préjudice des autres à elle déjà faites», et à la condition d'employer cet argent en achat «d'héritages». Et le 12 juin 1682 est prononcée la séparation de biens entre Louise et son mari, dont les difficultés financières à cette époque sont évidentes. Son cousin Louis de Clère compte parmi ses créanciers (B.N., Dossiers bleus, n° 218, f° 389, 391, 393, 395 et 396 ; A.N., Ins. du Châtelet, Y. 8903). Il a bien un homme et une femme à son service, mais ce sont ces domestiques qui tiennent sur les fonts son fils Louis le 30 mai 1682. Cependant, l'activité littéraire intensive de C. va améliorer sa situation. A partir de novembre 1686, ses fonctions de rédacteur du Mercure chez van Bulderen lui assurent des ressources régulières. Sans doute aussi ses opérations illicites, qui portent sur de grosses quantités de livres, sont-elles rentables. En tout cas, le 4 juin 1689, C. est en mesure d'acheter le domaine du Verger, sans qu'on sache, il est vrai, dans quelle proportion sont entrés, pour cette acquisition, ses gains et la fortune de sa femme. Certes, la propriété, inhabitée depuis une dizaine d'années, est en mauvais état : bâtiments découverts, terres en friches. Il s'agit néanmoins d'un fief considérable, comprenant un château, 300 arpents de bois, une ferme de 200 arpents, un moulin, deux métairies, tout cela correspondant à environ 250 de nos hectares, avec les rentes foncières et les droits seigneuriaux. Mais les temps sont durs et la vie des gentilshommes provinciaux est difficile (voir les lettres entre C. et sa femme en 1692 et 1693 dans L., p. 104 et 120). C'est la période de la grande disette. D'autre part, la prudence oblige C. à ralentir ses affaires délictueuses. Il tente de gagner quelque argent, et même d'obtenir un office, en se faisant, comme tant d'autres, «donneur d'avis» (voir L., p. 116-120). Mais il entre bientôt à la Bastille et sa femme doit s'occuper seule du domaine. Sorti de prison le 2 mars 1699, C. s'efforce de rétablir ses affaires. Il publie aussitôt en Hollande les ouvrages dont il a commencé la rédaction à la Bastille. Au début de 1700, il est déjà en mesure d'acheter deux fermes voisines de son domaine, la deuxième en mauvais état, mais s'étendant sur une cinquantaine d'hectares (sur toutes les questions d'argent pendant cette période, voir L., p. 147-162). Bayle est donc mal informé quand il parle, dans une lettre souvent citée de 1701, d'un «petit particulier, sans bien, sans fortune». Louise possède également sur les lieux des biens en propre. Le 6 novembre 1701, C. donne en location la ferme du Verger, bâtiments, terres, bois et moulin, pour une somme de 800 £, payable moitié à Noël, moitié à la Pentecôte, plus un porc et une douzaine de poulettes. Pour la mise en route, il donne au preneur, contre rétribution, 200 boisseaux de blé de la récolte précédente (soit 25 quintaux), 120 moutons et 8 mères vaches. Il conserve «le château, la maison seigneuriale dudit lieu du Verger, le jardin» et les arpents qu'il a acquis depuis qu'il est propriétaire du domaine. Le voilà libéré des contraintes agricoles. Il peut se consacrer, à Paris, à des activités plus risquées, mais sans doute lucratives. Un rapport de police apprend qu'il «gagne du bien tous les jours à faire débiter dans Paris des livres pernicieux. [...] Il en fait des débits extraordinaires». Le fait est que le 14 mai 1703, C. consent un prêt de 1500 £ en écus d'or à un certain Antoine de Biragne. Le 19 août, «plein de commisération de l'indigence et misère» de l'un de ses métayers, il accepte, «de grâce spéciale», l'annulation de sa dette, déjà préalablement réduite de moitié. Le 29 octobre il loue une métairie récemment achetée et avance au preneur 300 £ «pour acheter trois chevaux et des harnais», ainsi que du blé et de l'avoine pour les premières semailles. Il procède à divers achats et ventes, faisant par exemple l'acquisition, le 13 janvier 1704, d'un fief de 40 arpents (entre 15 et 20 hectares) pour 50 £ payées comptant. A partir de 1708, C. semble s'effacer derrière deux de ses enfants, les deux filles qui vont lui succéder sur le domaine quelques années plus tard. Elles procèdent conjointement à une dizaine d'achats pour une somme globale de 314 £, mais c'est certainement l'héritage de leur mère qu'elles investissent ainsi et C. n'est plus personnellement en cause. Tous comptes faits, on peut dire que C., qui n'avait pas de fortune personnelle et n'a jamais touché de pension de personne, a réussi, malgré la dureté des temps, à subsister dans l'indépendance, et même parfois à prospérer, grâce à l'activité forcenée de sa plume et à divers expédients, dont certains, illicites, lui ont, il est vrai, valu six ans de Bastille.

Opinions

Dans les domaines de la religion et de la politique, C. n'a rien d'un esprit subversif (voir L., p. 351-355). Certes, il s'en prend souvent aux Jésuites et aux moines, condamne les persécutions contre les protestants et se prononce contre le célibat des prêtres ; d'autre part, il crie son indignation à propos de la misère du peuple et fait l'éloge du parlementarisme anglais. Mais, catholique, il n'a pas de sympathie pour le jansénisme ni pour le quiétisme ; monarchiste, il ne met pas en cause les institutions. Ses critiques ne sont inspirées que par le souci de la morale, d'où ses professions de foi en faveur des principes évangéliques et contre le machiavélisme. C. ne semble avoir appartenu à aucun groupe. Dans son Mercure il s'en prend à Le Noble en raison de la partialité outrancière de celui-ci en faveur de la France ; Le Noble lui répond avec véhémence dans la Pierre de touche politique (L., p. 348-349). D'autre part, C. s'attache avec une belle constance à dénigrer Bussy-Rabutin (voir J. Lombard, «Un ennemi de Bussy-Rabutin : Courtilz de Sandras», à paraître dans les Actes du Colloque sur le tricentenaire de la mort de Bussy, 3-4 juillet 1993), mais c'est sans doute là un effet de la jalousie et aussi peut-être de son attachement à Condé. Enfin, si Bayle attaque C. en 1701 et fait lancer contre lui les Jésuites du Journal de Trévoux (L., p. 155), c'est surtout pour des raisons littéraires. En fait, l'exil de C. en Hollande et tout son travail d'écrivain clandestin sont essentiellement motivés, semble-t-il, par le désir de gagner de l'argent.

Activités journalistiques

Le Mercure historique et politique. Le sous-titre du premier numéro ajoute : «contenant l'état présent de l'Europe, ce qui se passe dans toutes les Cours, l'intérêt des Princes, leurs brigues, et généralement tout ce qu'il y a de curieux pour le Mois de Novembre 1686, le tout accompagné de Réflexions Politiques sur chaque Etat». Adresse : «A Parme, chez Juan Batanar», en fait Henry van Bulderen à La Haye, comme cela apparaîtra à partir de mars 1688. C'est C. qui a fondé ce journal, le premier périodique à caractère politique, appelé en outre à une belle carrière, puisqu'il durera jusqu'en 1782. Il en assure la rédaction, non pas seulement jusqu'en mars 1689 comme on l'a longtemps affirmé, mais jusqu'en avril 1693 (On trouvera toutes les justifications de l'attribution à C. de ces quatre années supplémentaires dans L., p. 273-285 et D.P.1 940).

L'Elite des Nouvelles de toutes les Cours de l'Europe. Suite du titre : «Avec plusieurs Faits curieux tant de l'ancienne Cour de France, et d'Angleterre, que de la moderne», Amsterdam, chez Louis Du Val, 1698. Un seul volume pour les mois de janvier à mai. (D.P.1 365).

Annales de la Cour et de Paris pour les années 1697 et 1698, «A Cologne, chez Pierre Marteau», 1701. Dix rééditions jusqu'en 1739 (D.P.1 110).

Publications diverses

Outre son oeuvre journalistique, C. a écrit 39 ouvrages, sous réserve toutefois de nouvelle découverte, car il a presque toujours publié sous l'anonymat et beaucoup de ses livres posent des problèmes d'attribution (dont on trouvera l'exposé détaillé dans L., p. 171-302). Cette oeuvre, très variée, comporte des chroniques, des traités, des pamphlets, des biographies plus ou moins romancées et des livres de fiction sous différentes formes : romans, mémoires apocryphes, nouvelles historiques et galantes. La liste chronologique de ces ouvrages (qui se trouve dans L., p. 303-305) doit être complétée par «Six nouveaux romans attribués à Courtilz de Sandras».

Bibliographie

Une abondante bibliographie (dans L., p. 509-520) donne connaissance des sources manuscrites et imprimées nécessaires. Dans le D.J., Suppl. I, Grenoble, 1980, p. 32-47, Alain Juillard fait une revue complète des recherches qui ont concerné C. jusqu'à Cior 17 (1965), avec leurs découvertes, mais aussi leurs erreurs et leurs lacunes. On n'indiquera ici que les travaux récents, qui fournissent un état présent des connaissances relatives à C. : (L.) Lombard J., Courtilz de Sandras et la crise du roman à la fin du Grand Siècle, Paris, P.U.F., 1980. – Id., «Observations bibliographiques à propos de Courtils de Sandras», dans XVIIe Siècle, juillet-septembre 1980, p. 316-318. – Gevrey F. et Lombard J., «Six nouveaux romans attribués à Courtilz de Sandras», dans XVIIe Siècle, avril-juin 1987, p. 193-202. – Gevrey F., éd. de Courtilz de Sandras, Les Apparences trompeuses ou les Amours du duc de Nemours et de la marquise de Poyanne, Univ. de Toulouse-Le Mirail, 1988. – Lombard J., «Une affaire de mort simulée en Picardie au XVIIe siècle», Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, 1990, 4e trimestre, p. 516-524. – Id., «Les rédacteurs du Mercure historique et politique de La Haye (La Haye, novembre 1686 avril 1782)», dans Langue, Littérature du XVIIe et du XVIIIe siècle, mélanges offerts à Frédéric Deloffre, Paris, C.B.U.-SEDES, 1990, p. 295-307.

Auteur(s) de la notice


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