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Charles COQUELEY DE CHAUSSEPIERRE (I711?-I791?)

État civil

Charles Georges Coqueley de Chaussepierre descend d'une famille de juristes. Au XVIe siècle un Lazare Coquelay est conseiller au Parlement de Paris. Membre du parti de la Ligue, il est envoyé en mission auprès du pape Sixte V. «C'était un magistrat d'un grand sens et de beaucoup d'esprit» (de Thou, t. VII, p. 391-392). Le père de Coqueley de Chaussepierre, Denis, est né à Bar-sur-Seine (1680-1749). Lui aussi était magistrat : lieutenant général civil et criminel, commissaire enquêteur au bailliage de Bar-sur-Seine. Son nom de Chaussepierre lui vient d'un «ancien fief» dont il était seigneur. Au XIXe siècle, ce n'était plus qu'«une ferme» dépendant de Rumilly-les-Vaudes dans l'Aube (Socard, p. 107-108).

La fiche de police de C, due à l'inspecteur d'Hémery, précise qu'il avait trente-sept ans en janvier 1741 ; il serait né ainsi en 1714. « Ce Coqueley », dit encore sa fiche de police, «a de l'esprit; mais c'est un bavard. Il est fort avantageux, et il s'en fait beaucoup accroire». De plus, «il pue de la bouche à faire fuir le monde» (n.a.fr. 10781, f° 113).

Il existe un Claude Geneviève Coqueley de Chaussepierre, avocat, né en 1736, demeurant en 1770 rue des Deux-Portes (Rigault) comme son homonyme : leurs liens de parenté n'ont pas été éclaircis. Est-ce Claude Geneviève qui rédigea en 1792 un Précis pour les Comédiens-Français contre la Dame Vestris? C. était lui aussi «l'avocat des comédiens».

Formation

C. a été le chancelier de la Société académique des Enfants d'Apollon: «La base et le motif de notre honnête société est l'amitié réciproque de tous ses membres les uns pour les autres, la simplicité des mœurs, les talents et la justice que chacun de ceux qui la composent rend aux talents et aux vertus de chacun de ses membres» (Hesmart, p. 20).

C. a été membre associé de l'Académie de Nancy de 1761 à 1790 (Favier, p. 90).

Il jouait fort bien la comédie. «C'est l'un des meilleurs comédiens que j'aie jamais connus», écrit Collé. «Il a un masque excellent, une intelligence supérieure, un comique et un naturel que je n'ai vus qu'à lui. Je ne crains point de dire qu'il est au-dessus et fort au-dessus de Préville» (Journal, août-sept. 1769, t. III, p. 235. Voir aussi CL., t. VIII, p. 456).

Carrière

C. a eu au cours de sa vie trois activités essentielles: avocat au Parlement de Paris, garde des Archives au Louvre et censeur. Selon la B.Un., il devint avocat au Parlement de Paris en 1756. On cite souvent l'anecdote suivante: «Ce fut lui qui, plaidant contre Linguet, affecta par dérision de prononcer l'u; Linguet pour lui rendre la pareille, l'appela Maître Cocu et laid, comme il eut dit coqu-eley» (Beffroy de Reigny, t. I, p. 523). Il a exercé cette profession au moins jusqu'en 1785. De plus, C. a été chargé des fonctions de conseil de la Comédie-Française (CL., t. VIII, p. 455); Collé dit de façon plus familière: «avocat des comédiens» (t. III, p. 97). En 1772, C. était garde des Archives du Louvre (A.N., Y 429, f° 132 r° et A.V.P. V E2 386). Les A.N. possèdent de lui une lettre datée du 15 mars 1769 où il donne une réponse technique relative au dépôt dont il est responsable» (F1 d11

C. figure dans la liste des censeurs royaux au Ier janvier 1762: il était particulièrement chargé de la jurisprudence (f.fr. 22073, f° 78 v°). En janvier 1770, il rédigea pour Sartine un Mémoire au sujet du trop grand nombre de censeurs: il y en avait en tout 128 et «ce nombre est visiblement trop considérable. Un grand nombre d'entre eux sont absents ou hors d'état, soit pour d'autres emplois, soit pour leur grand âge de se livrer à l'examen d'aucun ouvrage » (f.fr. 22123, f° 108). Les activités de censeur royal de C. se sont partagées entre l'examen d'ouvrages de droit, mais aussi de pièces de théâtre et de périodiques. En juin 1775, il refuse de lire un manuscrit intitulé Le Triomphe et le règne de Thémis ou Histoire de l'origine et de l'établissement des tribunaux et juridictions de Paris (n.a.fr. 3348, f° 271). En mai 1754, il avait refusé d'approuver un ouvrage de Gousse, conseiller au Présidial d'Orléans sur les présidiaux (f.fr. 22143, f° T46). En novembre 1761, le livre de Thibaut, conseiller d'Etat du roi Stanislas, Histoire des bénéfices, lois et usages de la Lorraine et du Barrois, reçoit en revanche l'imprimatur des mains de C. (f.fr. 22144, f° 59 et 61). Mais Malesherbes pouvait aussi lui demander d'examiner des ouvrages de tactique militaire, de théologie (f.fr. 22152, f° 154-155) et même d'histoire (t. II de l'Histoire d'Irlande de Geoghegan, f.fr. 22073, f° 135-136).

C. connaissait bien le théâtre; c'est pourquoi sans doute l'Administration royale lui confia Le Satirique de Palissot. une vive satire des philosophes (Guénot, 1.1, p. 92-95). Dans un rapport du 15 août 1782, il note que «la pièce est un peu maligne; mais ce sont des critiques générales et elles tombent sur des travers que l'on peut, je crois, critiquer en gros» (Manuel, t. I, p. 174). C. fut également le censeur du Mariage de Figaro; Beaumarchais avait demandé au lieutenant de police Lenoir que sa comédie soit censurée «dans son cabinet même, afin qu'elle ne puisse tomber entre les mains d'aucun commis, ni d'aucune personne étrangère» (Hallays-Dabot, p. 127). Voir les documents 315 et 355 reproduits par G. et M. von Proschwitz dans Beaumarchais et le Courier de l'Europe, S.V.E.C. 274, 1990. Comme on le sait, l'approbation de C. ne fut pas suffisante, Louis XVI en personne voulut se faire lire Le Mariage de Figaro (Hallays-Dabot, p. 127).

Plus délicate encore fut la censure de L'Année littéraire, le journal de Fréron. Pendant l'été de 1760, après la représentation des Philosophes de Palissot, satire virulente des encyclopédistes (voir Guénot, t. I, p. 37-51), et de L'Ecossaise, pièce de Voltaire où Fréron était fort malmené, C. écrit que «la censure des feuilles devient une affaire furieusement difficile depuis les pouilles qu'on permet sur la scène» (f.fr. 22191, f° 283. 31 juil. 1760). Il refuse de faire passer un certain nombre de critiques dans L'Année littéraire (D9101) et le 5 août 1760 il écrit à Malesherbes : «Encore de L'Ecossaise. Cet homme [Fréron] devient fou. Si j'étais le maitre, je rayerais tout l'article [...] et ceci pour la troisième fois» (D9117). Fréron, qui ne connaît pas son censeur, en est fort mécontent. Celui-ci «ne veut point passer l'article le plus simple et le plus innocent qui ait jamais paru dans mes feuilles» (à Malesherbes, 24 nov. 1757, citée par Balcou, p. 201). Plus tard, ce censeur le «désole» (D9161) et il se résout à lui demander «un peu plus d'indulgence que par le passé pour quelques traits de pure plaisanterie qui pourront [lui] échapper dans [ses] feuilles sur ce fou de Voltaire» (18 juil. 1760, D9076). C. est pris entre les réclamations de Fréron et la colère de Voltaire : « Pourquoi laisse-t-on impuni le censeur de L'Année littéraire qui donne son infâme approbation», demande-t-il ? (D9737). C'est pourquoi C. avait demandé à Voltaire, en pleine affaire Calas, de le dissocier des attaques dont il était l'objet dans le journal de Fréron: «Je vous sais très bon gré», lui répond Voltaire, «d'avoir séparé votre cause de la sienne» (24 avril 1767, D14139).

C. n'a pas seulement censuré L'Année littéraire. Il dut s'occuper d'autres périodiques, les Causes célèbres en février 1757 (n.a.fr. 45, f° 31 et 369), les Ephémérides troyennes de Grosley en 1760 et en 1761. Dans ce dernier journal, on trouve «beaucoup de choses utiles, de mémoires curieux et savants, de détails amusants, de critiques justes et décentes et rien de personnel, du moins cela m'a paru ainsi», écrit-il dans une lettre du 28 décembre 1761 (n.a.fr. 3344, f° 80). Enfin, est-ce parce qu'il s'agissait de théâtre et qu'il n'y était pas associé ? C. « se fit un malin plaisir de rendre impossible la publication régulière du Journal des théâtres de Le Fuel de Méricourt (D.P.i 716). Signalons aussi qu'il fut pressenti pour s'occuper du Journal des Dames en février 1759, mais il demande que ce soit son collègue G.H. Gaillard qui l'examine (f.fr. 22134, f° 265). Comme on le voit, cette fonction de censeur n'était pas de tout repos. C. s'entoure de toutes les précautions convenables. En octobre 1761, un document signale que «M. Coqueley ne veut s'engager à rien, ni être responsable de rien pour tout ce qui est permission tacite» (f.fr. 22073, f° 108). Lorsqu'il supprime un passage d'un ouvrage, il faut un ordre écrit de Malesherbes pour qu'il accepte de le rétablir: «Je persiste dans ma radiation, si cependant vous jugiez devoir permettre ou tolérer cela, sur votre ordre écrit, je le parapherais» (f.fr. 22191, f° 284). Il est vrai que C. avait été victime de la censure de l'Histoire de Jean Sobiesky de l'abbé Coyer. L'ouvrage avait bien paru, mais C. dut faire un court séjour à Vincennes du 18 au 29 mars 1761 (Ars., ms. 12114). Cela explique les précautions peut-être excessives dont il s'entoura par la suite. Quoi qu'il en soit, on n'en saura guère plus sur son incarcération, car son dossier, à l'Arsenal, ne comporte que deux feuillets.

C. demeura un temps rue des Deux-Portes, près de la rue Hautefeuille (f.fr. 21150, f° 140-141); en janvier 1751, il habitait rue Hautefeuille (n.a.fr. 10781, f° 113).

Situation de fortune

En mai 1772, on lui accorda un logement au Louvre en relation avec son emploi de garde des archives (A.N., O1 118, f° 207-208).

Opinions

C. a toujours eu la réputation d'être facétieux. Opposé au drame, il écrivit en 1770 Le Roué vertueux qui est une parodie de L'Honnête criminel de Fenouillot de Falbaire. L'Année littéraire considère que « le Poème du Roué vertueux est de l'excellent comique et par le sujet et par la forme» (1769, t. VIII, p. 15). En revanche, pour la CL. il s'agit d'une «dégoûtante et insipide farce» (t. VIII, p. 457). En 1775, C. réitère ses attaques burlesques contre le drame en publiant Monsieur Cassandre ou les effets de l'amour et du vert de gris: cette fois-ci, c'est Merinval d'Arnaud qui est visé (Gaiffe, p. 137; CL., t. XI, p. 77). «C'est une critique très gaie des mauvais drames dont nous sommes inondés. [...] L'auteur imite très adroitement, dans sa prose, l'importance, l'affectation et le galimatias si fort à la mode dans les préfaces de nos brochures nouvelles» (Mercure, juin 1775, p. 134 et 135). Cette parodie, «la meilleure qu'on ait jamais faite contre les drames» (Journal encyclopédique, 1775, t. V, p. 315), plut même au rédacteur de la CL.: «c'est une assez bonne plaisanterie» (t. XI, p. 77).

Dans une lettre du 6 janvier 1762, C. évoque son «amitié pour M. Grosley» (n.a.fr. 3344, f° 82 v°). Il obtient que dans la Renommée littéraire, le périodique très caustique de Lebrun, « il ne soit question ni en bien ni en mal » de Colardeau (lettre du 25 févr. 1763, f.fr. 22150, f° 140-141).

Activités journalistiques

C. a travaillé de longues années au Journal des savants, selon Beuchot d'août 1752 à juin 1789 (B.Un. ; voir aussi Desessarts, t. II, p. 177). Il s'occupait probablement de tous les articles de droit et de jurisprudence.

Publications diverses

C. a publié les ouvrages suivants: Code de Louis XV ou Recueil d'édits, déclarations, ordonnances concernant la justice, police et finance depuis 1722 jusqu'en 1726, 1758, 12 vol. Mémoire pour L.E. Batillot, J. Pasquin, G.Fr. Detunne et consorts au nombre de neuf des douze maîtres relieurs et doreurs de Paris contre F. Lemonier, garde-comptable, 1758, in-40, 12 p. – Mémoire pour Elisabeth Fr. Poirier, fille majeure intimée contre ses beaux-frères (voir E. Robert, Causes amusantes et connues, Berlin, 1769. t. I, p. 325-327). – Mémoire pour la Demoiselle Leblanc de Crouzoul contre le sieur Poinsinet le jeune (voir Causes amusantes et connues, t. II). – Précis pour le sieur Boucher de Villers, peintre, dessinateur des médailles pour le cabinet du Roi, demandeur, contre le sieur Costel, défenseur, in-40, 6 p. (voir CL., avril 1767, t. VII, p. 298-299 et Causes amusantes et connues, 1.1). – Réplique et consultation signifiée pour le syndic et adjoint des libraires et imprimeurs de Paris contre le sieur Luneau de Boisjermain, 1769, in-40, 20 P- (f-fr-22069, f° 59-70). – Le Roué vertueux, poème en prose en quatre chants, 1770 (Brenner, n° 4997). – Monsieur Cassandre ou les effets de l'amour et du vert de gris, drame en deux actes et en vers, Londres, 1775, 3e éd. en 1781 (voir Brenner, n° 4996). – Les Effets de l'amour et de la mort aux rats, tragédie bourgeoise en un acte, représentée à l'Ambigu Comique, 1783 (remaniement de M. Cassandre selon Brenner). – Mémoire et consultation sur la cause pendante en la grande chambre du Parlement entre les comédiens français, le sieur Nicolet et les autres entrepreneurs des spectacles forains, 28 mai - 9 juin 1785, in-40, 16 p. (B.N., 40 Fm 7443; voir M. Tourneux, Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution française, t. III, n° 18284). – Etude du droit civil et coutumier français, 1789, in-40. – Précis pour les comédiens français contre la dame Vestris, les demoiselles Desgarcins, le sieur Dugazon, le sieur Talma, comédiens attachés au théâtre de la rue de Richelieu, 1792, in-40, 23 p. (B.N., 40 Fm 7444). – C. est aussi l'auteur du «Cantique de Virginie» que l'on trouve dans Lusse, Recueil de romances historiques, tendres et burlesques, 1767, 2 vol. – Dans la Correspondance littéraire de La Harpe, t. IV, p. 84-85, on trouve des vers de C.

Bibliographie

F.L. 1769; Desessarts; B.Un., art. de Beuchot; N.B.G.; D.B.F. ; Brenner; D.L.F.; Cior 18, n° 21132-21135. – CL., t. VII, p. 298-299; VIII, 456-457; IX, 71 ; XI, 77-78. – A.N., F1 dII C11, lettres de C. du 15 mars 1789; O1 118, f° 207-208; Y 429; Y 491, f° 241 et 242. – (A.V.P.) Archives de la Ville de Paris, V E2 386. – Archives de la Bastille, Ars., ms. n° 12114. – B.N., f.fr. 22069, 22073, 22085, 22109, 22118, 22123, 22134, 22143, 22144, 22150, 22152, 22191 ; n.a.fr. 3344, 3347, 3348, 3531, 10781. – Ste-G., ms. 514 (permis d'imprimer signés C. du prospectus d'un ouvrage du P. Jos. Barre, Histoire des lois et des tribunaux de la monarchie française). L'Année littéraire, 1769, t. VIII, p. 14-26. – Journal encyclopédique, 1775, t. V, p. 306-315. – Mercure de France, juin 1775, p. 133-147. – Journal des beaux-arts et des sciences, avril 1775, p. 179. – La Harpe J.F. de, Correspondance littéraire, Paris, 1801-1807, t. IV. – Voltaire, Correspondence, éd. Besterman, D8977, 9076, 9101, 9103, 9117, 9161, 9716, 9737, 14107, 14110, 14139, 14177. – Beaumarchais, Œuvres, éd. G. d'Heylli et F. Marescot, Paris, 1869-18 71, t. III. – Thou J.A. de, Abrégé de l'histoire universelle de J.A. de Thou par Rémond de Sainte-Albine, La Haye, 1759, t. VII, p. 391-392. – Beffroy de Reigny L.A., Dictionnaire néologique, Paris, an VIII, t. III, p. 522-523. – Collé C, Journal et mémoires, éd. H. Bonhomme, Paris, 1868. – Rigault L.F., Nouveau tableau des avocats au Parlement, leurs demeures et leurs bancs au Palais, 1770. – Hesmart, Eloge d'Antoine Sacchini, Paris, 1787. – Manuel L.P., La Police de Paris dévoilée, Paris, an II [1793], t. I, p. 174-177. – Loménie L. de, Beaumarchais et son temps, Paris, 1856. – Hallays-Dabot V., Histoire de la censure théâtrale en France, Paris, 1862. – Socard E., Biographie de Troyes, Troyes, 1882. – Lintilhac E., Beaumarchais et ses œuvres, Paris, 1887. – Favier J., Table alphabétique des publications de l'Académie Stanislas (1750-1790), Nancy, 1902. – Gaiffe F., Le Drame en France au XVIIIe siècle, Paris, 1910. – Id., éd. du Mariage de Figaro, Paris, 1928, p. 47 et suiv. – Reizler S., Les Censeurs royaux et l'approbation des livres (1623-1791), Louvain, 1913. – Grosclaude P., Malesherbes, témoin et interprète de son temps, Paris, 1961, t. I. – Balcou J., Le Dossier Fréron, Genève, 1975. – Guénot H., Le Personnage du philosophe, au théâtre, entre 1750 et 1772, thèse dact., U. de Paris III, 1982, t. I, p. 37-51 et 92-95. – Proschwitz G. et M. von, Beaumarchais et le Courier de l'Europe, S.V.E.C. 273-274, 1990.

Auteur(s) de la notice


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