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Jean Antoine de CONDORCET (1743-1794)

État civil

Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat de Condorcet est né à Ribemont (Aisne) le 17 septembre 1743 d'un père militaire, Nicolas de Caritat de Condorcet, et de Marie Madeleine Gaudry de famille picarde. Son père fut tué à Neuf Brisach le 22 octobre 1743. Un oncle côté paternel fut évêque de Gap, puis d'Auxerre, puis de Lisieux et un oncle maternel, subdélégué de l'intendance de Soissons. Il épousa le 28 décembre 1786 Sophie de Grouchy, nièce de Dupaty. Il eut une fille, née en 1790, Louise Sophie, dite Eliza, future comtesse O'Connor. Proscrit le 8 juillet 1793, il se cache chez Mme Vernet et s'enfuit sous la menace d'une perquisition chez sa protectrice. Arrêté à Clamart, transféré à la prison de Bourg Egalité, il est découvert mort dans sa prison le 28 mars 1794. Les circonstances exactes de sa mort ne sont pas élucidées (jour exact? suicide? crise cardiaque?). Voir la reproduction des actes divers dans Robinet, la biographie de E. et R. Badinter et la partie biographique des Actes. Chronologie et article d'A.M. Chouillet (Lekton).

C. a écrit sous de nombreux pseudonymes : M. le m. de C. ou de C*, M.L.M.D.C, L. M de C. relativement clairs; «l'Hermite de Sénart», «le docteur Schwartz», «le vieux Brahmine», «un républicain zélé», etc., moins évidents.

Activités journalistiques

L'activité journalistique de C. est très différente avant et après 1789.

a) Pour la période d'Ancien Régime, nous avons une situation analogue à celle des autres écrivains. Les articles, la plupart du temps, ne sont pas signés; les pseudonymes sont parfois clairs, parfois dévoilés par nos connaissances biographiques. C'est le dépouillement des manuscrits qui nous a donné la plupart des renseignements certains. Les comptes rendus peuvent dégénérer en polémiques, attaques, prises de position scientifique (sur le magnétisme par exemple): il peut écrire à la fois une lettre et sa réponse pour provoquer la discussion (voir Journal de Paris).

Journal de politique et de littérature (D.P.1 684) : extrait sur L'Histoire naturelle de la parole de Court de Gebelin, 5 nov., p. 191-196, signé «M. le marquis de C***. – «Précis concernant l'établissement fait par le Roi d'une Commission d'une Société et correspondance de Médecine», même date (p. 196-200), anonyme, mais on retrouve les idées de C. exprimées ailleurs sur les liens entre les sciences physiques, morales et médicales. – En juin 1778 ce périodique fusionne avec le Mercure racheté par Panckoucke, lequel annonce la participation de C. (Avertissement du Ier numéro de la nouvelle formule, 25 juin 1778).

Mercure de France (D.P.1 924): «Lettre à La Harpe», juil. 1774, p. 168-170. – «Essai sur les lieux & les dangers des sépultures, traduit de l'italien de M. Piatoli, par M. Vicq d'Azyr», c.r. signé M.L.M.D.C. (15 nov. 1778, p. 158-166). – Polémique avec Moheau sur l'arithmétique politique (voir l'article de B. Bru, Revue de synthèse, 1988, n° 1, p. 69-95), qui démarre à propos d'un compte rendu par C. : « Recherches & considérations sur la Population de la France, Par M. Moheau» (5 juil. 1778, p. 35-41); après la réponse de Moheau, «Lettre à M. de La Harpe» (25 sept.), nouvel article (5 nov., p. 64-67), «Eclaircissements»; nouvelle réponse de Moheau le 15 avril 1779, p. 183-187 – Article sur les éloges lus dans les assemblées publiques de la Société de médecine (25 févr. 1779, p. 261-266). – Article sur les Eloges faits par Frisi (10 juil. 1779).

Journal encyclopédique (D.P.1730): «Réflexions de M. le Marquis de Condorcet de l'Académie royale des sciences, au sujet du programme de l'académie de Toulouse, inséré dans le Mercure» (15 nov. 1771, p. 115-118).

Journal de Paris (D.P.1 682): «Aux auteurs du Journal de Paris», 9 juin 1777, n° 160, p. 3-4, signé «Un Hermite de la forêt de Sénart». – 13 juin, n° 164, p. 2: «Réponse à la lettre de l'Hermite de Sénart ». – « Seconde lettre de l'Hermite de Sénart», n° 173, 22 juin, p. 1-2. – «Réponse de l'Anonyme n° 164 au critique n° 169», 25 juin, n° 176, p. 3-4 (ces articles figurent en manuscrit dans B.N., n.a.fr. 23639).– «Lettre de M. Le marquis de Villev.» (= Villevielle, prête-nom de C), 10 juil. 1778, p. 761-764. – « Notice historique et critique sur la vie et les écrits de Condillac », 2 5 sept. 1780, p. 1089-1091. – «Dernière lettre sur la découverte du magnétisme: RIEN», 29 nov. 1784, p. 1413-1414.

– «Lettre», signée L.M.D.C. sur les aérostats (expériences faites à Philadelphie), 25 mai 1784, p. 636-637. – «Lettre aux auteurs du Journal de Paris», à propos du prix proposé par le comte de Windischgraets sur les conventions relatives à la propriété.

Le Moniteur (D.P.1 962): 1788. Un volume est souvent attribué à C. Aucune preuve n'a été trouvée jusqu'ici.

Il faut signaler aussi que C. a laissé dans ses manuscrits de longs fragments sur la liberté de la presse écrits probablement vers 1776-1777, qui n'ont paru que dans l'édition de ses Œuvres par les soins d'E. O'Connor en 1847 (t. XVI). Voir ma communication, «Condorcet et la presse», dans Actes, p. 396-406.

Pour cette période, les dépouillements sont en cours, en collaboration avec P. Crépel. De nombreux articles anonymes, par le sujet qu'ils traitent et par les idées qui y sont développées, pourraient être de C, mais seules des méthodes diversifiées d'analyse de textes nous permettront d'établir une liste un peu fiable.

b) Après 1789, il a usé de cette liberté de la presse tant désirée pour écrire dans de nombreux journaux, en créer de nouveaux, et son activité politique s'y déploie ; sauf indication contraire, les articles sont désormais signés.

Journal de Paris (D.P.1 682): il y tient une chronique journalière pour laquelle il est appointé (comptes rendus des séances de l'Assemblée nationale) du 3 octobre au 10 novembre 1791, mais il est remercié de ce journal modéré et reprend la chronique dans la Chronique de Paris.

Bibliothèque de l'homme public, mensuel créé par C. Peysonnel et Le Chapelier qui parut de 1790 à 1792. C. y publie ses «Réflexions sur cette question: s'il est utile aux hommes d'être trompés» (1790, vol. III, p. 3-62) et surtout les «cinq mémoires sur l'instruction publique» (1791, vol. VII, t. I, p. 3-80 et t. II, p. 3-128; t. VIII, p. 3-74; t. XI, 3-40 et 49-83).

La Bouche de fer : «Lettre de J. Condorcet sur les spectacles» (oct. et nov. 1790). – «Discours sur les Conventions nationales» (28 avril, 2, 7 10 mai 1791).

Bulletin des Amis de la Vérité: nombreux articles non signés sur la Convention, la traite des nègres dans ce quotidien paru de décembre 1792 à fin avril 1793. Pour plus de détails voir Delsaux.

Chronique de Paris: «Est-il utile de diviser l'Assemblée nationale en plusieurs chambres?» (n° 10, 2 sept. 1789); du 17 novembre 1791 au 9 mars 1793. comptes rendus quotidiens de l'Assemblée nationale (signés avec Delaunay d'Angers à partir du 31 déc. 1792).

Chronique du mois ou les Cahiers patriotiques, mensuel, fondé par Clavière, C, Brissot et autres «de l'imprimerie du Cercle social»: «Révision de la première législature» (janv., févr., avril, juin 1792). – «Sur la distribution des assignats» (janv. 1792). – «Ce que c'est qu'un cultivateur ou un artisan français» (févr.). – «Sur la liberté de la circulation des subsistances» (mars). – «D'un avantage particulier à la constitution française» (mars). – «Aux étrangers sur la révolution française par un des quatorze de la Chronique du mois» (mai). – «Réponse de Thomas Paine à quatre questions sur les pouvoirs législatif et exécutif, traduit sur le manuscrit» (mai, juin, juil.). – «De la nature des pouvoirs politiques dans une nation libre» (nov.). – «Sur la nécessité de l'instruction publique» (janv. 1793). – «Sur la nécessité d'établir en France une constitution nouvelle» (mars). Voir le chapitre «Condorcet rédacteur de la Chronique du mois», dans Gallois.

La Feuille villageoise : « Lettre de Condorcet au citoyen Gauchon» (27 déc. 1792, n° 13).

Journal d'instruction sociale, hebdomadaire fondé par C, Sieyès et Duhamel, existence éphémère (Ier juin - 6 juil. 1793, 6 numéros), articles importants de C.: «Sur le mot révolutionnaire». – «Sur l'impôt progressif». – «Sur les élections» (n° 1). – «Que toutes les classes de la société ont un intérêt commun » (n° 2). – « Tableau général de la science qui a pour objet l'application du calcul aux sciences politiques et morales» (n° 4 et suite dans le n° 6).

Journal de la Société de 1789, hebdomadaire fondé par C. Dupont de Nemours, Pastoret, A. Chénier, etc., 15 numéros du 5 juin au 15 sept. 1790: «Adresse à l'Assemblée nationale» (sur les conditions d'éligibilité et sur le marc d'argent). – «Sur le décret du 13 avril 1790». – «Des lois constitutionnelles sur l'administration des finances». – «Sur l'admission des femmes aux droits de cité». – «Sur le préjugé qui suppose une contrariété d'intérêts entre la capitale et les provinces». – «Sur les tribunaux d'appel». – «Aux amis de la liberté aux moyens d'en assurer la durée». – «Adresse à la Société de 1789» (5, 12, 19 juin, 3, 10, 17, 29 juil., 7 août, 15 sept. 1790). Les 4 derniers numéros sont intitulés Mémoires de la Société de 1789. L'hebdomadaire cesse de paraître après le 15 septembre 1790.

Le Patriote français, quotidien dirigé par Brissot : publie 13 articles reproduisant des «adresses», des «opinions» de C. et l'« exposition des motifs d'après lesquels l'assemblée a proclamé la convocation d'une convention nationale» (20 nov. 1790, 8, 14, 21, 25 août, 6 déc. 1791, Ier mai, 2 juin, 14 juil., 18, 19, 20 août 1792). La plupart de ces articles sont «imprimés par ordre de l'Assemblée nationale».

Le Républicain : journal qui n'eut que 4 numéros, fondé en juillet 1791 par C. Paine et Du Châtelet et qui dut être supprimé après les massacres du Champ de Mars: «De la République ou un roi est-il nécessaire à la conservation de la liberté?». – «Lettre d'un jeune méchanicien» (avertissement). – «Sur l'institution d'un conseil électif». – «Avis aux Français». – «Aux étrangers sur la révolution française» (n° 1, signé «La Vérité»). – «Observations sur le mémoire laissé par le roi en fuyant, et adressé à l'Assemblée nationale» (n° 2 et suite dans le n° 3).

Le Moniteur universel contient de très nombreux articles de ou ayant trait à C. Consulter la Table (par A. Ray) ou Delsaux.

Certains des articles figurent dans les Œuvres, principalement dans le t. XII. Pour les articles sur des œuvres de C, consulter l'index des auteurs cités dans D.P.1.

Publications diverses

La liste la plus complète des écrits de C. se trouve dans le numéro spécial de Lekton («Bibliographie», par J.P. de Lagrave et M. Bréguet). Un Inventaire des manuscrits et écrits de Condorcet, ouvrage collectif sous la direction d'A.M. Chouil-let et P. Crépel, est en cours (à paraître dans S.V.E.C.).

Bibliographie

Maz., ms. 848-885, en particulier 848-849, 861, 863 pour les renseignements biographiques et les manuscrits d'articles. – B.N., n.a.fr. 23639 (art. de C. dans les papiers Suard). – Lacroix S.F., «Notice historique sur la vie et les ouvrages de Condorcet», Magasin encyclopédique, t. VI, 1813, p. 54-77. – C, Œuvres, éd. A. Condorcet O'Connor et F. Arago, Paris, Didot, 1847-1849, 12 vol. – (Actes) Condorcet mathématicien, économiste, philosophe et politique. Colloque international, dir. P. Crépel et C. Gilain, Paris, Minerve, 1988. – Robinet J.F., Condorcet, sa vie, son œuvre, Paris, Librairies-imprimeries réunies, 1893, Genève, Slatkine, 1968. – Cahen L., Condorcet et la Révolution française, Paris, F. Alcan, 1904, Genève, Slatkine, 1970. – Badinter E. et R., Condorcet, un intellectuel en politique, Paris, Fayard, 1988. – Delsaux H., Condorcet journaliste (1790-1794), Paris, Champion, 1931. – Gallois L., Histoire des journaux, des journalistes de la Révolution française (1789-1796), Paris, au bureau de la Société de l'industrie fraternelle, 1846. – Lekton, numéro spécial «Condorcet, Le Condor des Lumières», printemps 1993 (Département de philosophie de l'U. du Québec).

Auteur(s) de la notice


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