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François COLLETET (1628-vers 1680)

État civil

François Colletet, né à Paris en 1628, est le fils du poète Guillaume Colletet et de sa première servante et femme, Marie Prunelle. Son grand-père paternel, Gabriel Colletet, fut procureur au Châtelet où le parrain de son père, François Colletet, était examinateur. C. est mort à Paris, où il vivait encore en 1680.

Formation

C'est pour son éducation que son père composa quelques petits traités de l'Art poétique français (voir Traité de l'Epigramme, Paris. Chamhoudry, 1658, Préface) et sa Nouvelle morale en quatrains.

Carrière

En 1651, allant à Cologne offrir ses services à Mazarin exilé, il fut pris par les Espagnols, non loin de Luxembourg. Prisonnier au château de Porcheresses, chez M. de Ville (voir G. Colletet, Le Prétendu Prisonnier de guerre, cité par H), il y fut bien traité. Après deux ou trois ans de captivité, il fut reconduit par le gouverneur et la noblesse du pays jusqu'à la première place française. De retour en France, il servit quelque temps de précepteur dans une famille noble (H, p. 9), puis vécut tant bien que mal de sa plume, composant des vers burlesques pour une comédie représentée au collège de Navarre (T, p. 714), ou des discours rimes pour la fête patronale du collège de La Marche (Gazette de Loret, août 1657). Il inaugure en 1659 sa carrière de journaliste en se mettant à la solde du libraire Loyson, concurrent, en ce domaine, de Cardin Besongne, au moment de la Paix des Pyrénées, du mariage du roi et de l'entrée de la reine, et en publiant mainte brochure ou feuille volante sur les événements et les cérémonies du jour. Son activité dans ce domaine se poursuit jusqu'en 1662, irrégulièrement; mais en 1660, il a changé d'éditeur: abandonné pour Alexandre Lesselin, Loyson a porté plainte contre C. devant la justice, mais il a perdu son procès (Seconde Relation véritable, p. 3). En 1674, la campagne de Franche-Comté lui inspire de nouveaux opuscules et en 1675, il décrit le mausolée de Turenne. Surtout, en 1676, le dimanche 5 juillet, il lance son Journal de la ville de Paris, qui n'eut qu'un numéro, relatant jour par jour les événements survenus dans la capitale au cours de la semaine écoulée (chaleur excessive, noyades, processions), mais qui fut suivi du Journal des avis et affaires de Paris, à partir de la fin de juillet jusqu'à la fin de novembre 1676. Le débit et l'impression de cet hebdomadaire, qui paraissait chaque jeudi, furent défendus sur l'ordre du roi après le numéro 18 (lettre de Seignelay à La Reynie, 26 nov. 1676, citée par H). C. tenta de lui substituer son Bureau académique des honnêtes divertissements de l'esprit, qui devait durer, selon une note manuscrite ancienne (H) jusqu'en janvier 1679 ; il semble avoir cessé de paraître dès le 22 juillet 1677.

Situation de fortune

En 1660, C. quitta le libraire J.B. Loyson pour Alexandre Lesselin. Son ancien imprimeur lui intenta un procès et le perdit. L'historique de l'affaire se trouve dans la SecondeRelation véritable, p. 3.

C. mena jusqu'à sa mort une existence besogneuse, vendant ses vers «à cent sous le cent» (T, p. 714), accumulant poème sur poème sans pouvoir gagner 200 francs par an (Richelet, Dictionnaire, art. «Rat-de-cave»).

Opinions

Les Journaux historiques de 1659 et les divers opuscules de 1660 ne constituent que des comptes rendus détaillés sur les événements d'actualité sans périodicité régulière et destinés à rester sans lendemain. Quant au Journal des aviset affaires de Paris, qui tend à ressusciter le Recueil général desquestions traitées ès conférences du Bureau d'adresse, il se réduit très vite aux petites annonces mobilières et immobilières, aux offres d'emplois et aux réclames notamment pour les prédicateurs, les professeurs d'université, les libraires, les fabricants de remèdes miracles, etc.

Activités journalistiques

L'entreprise pouvait être utile. Pour plus de commodité, C, après avoir reçu le public chez lui rue du Mûrier, dans la maison héritée de son père et où Ronsard avait vécu, avait transporté ses bureaux, ouverts les lundi, mercredi et vendredi après-midi, sur le quai de l'Horloge, plus central. Par malheur, empiétant sur les privilèges de la Gazette, il se heurta d'emblée à une vive opposition. Il se sentait fort pourtant des Lettres patentes qu'il avait obtenues du Roi, et qui le confirmaient dans la concession d'un Bureau d'adresse analogue au monopole accordé à Renaudot à perpétuité sur toute l'étendue du royaume, mais tombé en désuétude.

Il ne saurait être question ici, faute de place, de donner, de la production journalistique de C, un relevé exhaustif: on se perd vite dans ce foisonnement de feuilles volantes souvent réimprimées plusieurs fois, seules ou en recueils, sous des titres légèrement différents. Comme leur valeur littéraire est nulle, et leur intérêt documentaire somme toute assez réduit, il suffira d'indiquer les principaux titres :

Journaux historiques contenant tout ce qui s'est passé de plus remarquable dans le voyage du Roi et de son Eminence, depuis leur départ de Paris le 25juin 1659, pour le traité du mariage de Sa Majesté, et de la paix générale jusqu'à leur retour, avec une exacte recherche de ce qui s'est fait dans les conférences des deux ministres, et dans le mariage du Roi avec l'infante d'Espagne à Fontarabie, et à Saint-Jean-de-Luz, et leur entrée dans toutes les villes de leur passags [sic] et leur triomphe dans leur bonne ville de Paris par le sieur F.C. (Paris, Loyson, 1660, in-8°, 60 p.), rééd., avec pagination suivie de quatre journaux parus séparément en 1659 (D.P.1 793).

Nouveau journal historique contenant la relation véritable et fidèle de ce qui s'est passé au voyage du Roi et de son Eminence, et aux cérémonies de mariage de Sa Majesté, célébrées à Fontarabie et à Saint-Jean-de-Luz (Paris, A. Lesselin, 1660, in-8°). Une « seconde relation » qui suit doit être aussi de C. Réimpression sous le titre: Nouvelle Relation contenant l'entrevue et serment des rois pour l'entière exécution de la paix (Paris, Loyson, 1660, in-4°, 15 p.: D.P.1 982).

Suite de la nouvelle relation contenant la marche de Leurs Majestés pour leur retour en leur bonne ville de Paris (Paris, Loyson, 1660, in-4°, 8 p.), non signée.

Dernière relation contenant le retour de Leurs Majestés jusqu'à Fontainebleau, non signée.

Descriptions de tous les tableaux, peintures, dorures, brodures, reliefs, figures et autres enrichissements qui seront exposés à tous les arcs de triomphe, portes et portiques, pour l'entrée de Leurs Majestés; ensemble beaucoup d'autres particularités dont on n'a point encore parlé jusqu'à présent (Paris, Loyson, 1660, in-4°, 12 p.). Privilège accordé à C. Plusieurs éditions sous des titres un peu différents. Par exemple: Les Grandes Magnificences, préparées pour l'entrée triomphante de Leurs Majestés; ensemble beaucoup d'autres particularités dont on n'a point encore parlé jusqu'à présent (Paris, Loyson, 1660, in-4°). Explication des devises générales et particulières des tableaux, figures en relief, plates-peintures et médailles qui sont aux portes et portiques des arcs de triomphe élevés à la gloire de Louis XIV, roi de France etde Navarre et de Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne et reine de France, aux faubourg et porte Saint-Antoine, cimetière Saint-Jean, Pont Notre-Dame, Marché-Neuf et Place Dauphine: le tout fidèlement expliqué et traduit en vers et en prose. L'explication des tableaux est en trois cahiers séparés (Paris, Loyson, 1660, in-4°). Privilège accordé au sieur C. Autres éditions sous des titres un peu différents (D.P.1 347).

La Description des arcs de triomphe élevés dans les places publiques pour l'entrée de la Reine; avec la véritable explication en prose et en vers des figures, ovales, termes, portiques, devises et portraits qui sont tant au faubourg que porte Saint-Antoine, cimetière Saint-Jean, Pont Notre-Dame, Marché-Neuf, Place Dauphine, etc. ; ensemble diverses remarques curieuses et particulières pour les amateurs de l'histoire, et l'ordre que Leurs Majestés observeront dans leur marche depuis Vincennes jusques au Louvre (Paris, Loyson, 1660, in-4°, 23 p.). Privilège accordé au sieur C. Edition un peu augmentée sous le titre: La Véritable Explication en prose et en vers des figures, etc. (Paris, Loyson, 1660, in-4°). Privilège accordé au sieur C. La Liste générale et particulière de MM. les colonels, capitaines, lieutenants, enseignes et autres officiers bourgeois de la ville et faubourgs de Paris ; avec l'ordre qu'ils doivent tenir dans leur marche et dans les autres cérémonies qui s'observeront à l'entrée royale de leurs Majestés; ensemble les noms, qualités et quartiers des colonels; avec les livrées qu'ils doivent faire porter à chacune de leurs compagnies (Paris, Loyson, in-4°, 8 p.). Privilège accordé à C. Ordre général et particulier de la marche qui doit être observée dans ces trois jours consécutifs pour l'Entrée de Leurs Majestés dans leur bonne ville de Paris par messieurs du Clergé, par messieurs des Cours souveraines, messieurs les Prévosts des marchands, Echevins et Bourgeois de ladite ville, Prévost de l'Isle, Chevalier et lieutenant du guet, etc., avec la description des superbes appareils de la Cour, et des magnificences de la milice bourgeoise (Paris, Loyson, 1660, in-4°, 12 p.). Privilège du 20 mai, signé F.C, d'où ressort que C. a cédé ses droits à son libraire (D.P.1 348).

La Cavalcade royale contenant la revue générale de MM. les Colonels et Bourgeois de Paris faite au Fort de Vincennes, en présence du Roi et de la Reine, pour la disposition de leurs magnifiques Entrées dans leur bonne ville de Paris (Paris, Loyson, 1660, in-4°, 8 p.). Privilège accordé à C.

Le Feu royal et magnifique qui se doit tirer sur la rivière de Seine, en présence de leurs majestés, par ordre de Messieurs de la Ville, avec la description des devises, peintures, architectures, artifices qui doivent paraître dans le vaisseau destiné pour cette magnificence publique (Paris, Loyson, 1660, in-4°, 7 p.)

Nouvelle relation contenant la royale entrée de leurs majestés, dans leur bonne ville de Paris, le 26 août 1660, avec une exacte et fidèle recherche de toutes les cérémonies qui se sont observées; ensemble les noms de Princes, Ducs, Pairs, Maréchaux de France, Seigneurs et autres personnes remarquables (Paris, Loyson, 1660, in-4°). Réimpression de la Relation de toutes les particularités qui se sont faites et passées dans la célèbre entrée, etc. (Paris, Loyson, 1660). Privilège cédé à Loyson par C. Autres éditions sous des titres un peu modifiés.

La Description du feu d'artifice construit dans la place de Grève par l'ordre de MM. de la Ville pour la naissance de Mgr le Dauphin (s.l.n.d. [1661] in-4°, 8 p.).

Relation de toutes les cérémonies qui s'observent en la création des chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit (Paris, 1662, in-4°, 11p.).

Journal contenant les cérémonies qui se sont faites à la création des nouveaux chevaliers du Saint-Esprit (Paris, 1662, in-4°, 12p.).

Le Véritable Journal des magnifiques cérémonies qui se sont faites et passées à la création des chevaliers du Saint-Esprit (Paris, 1662, in-4°, 16 p.; D.P.1 1264).

La Campagne du Roi dans la Franche-Comté, ensemble ce qui s'est passé de plus galant dans la cour de Mgr le Dauphin (Paris, Loyson, 1674, in-12, 120 p.). Autre édition sous le titre: Le Mercure guerrier, contenant les victoires du Roi dans la Hollande, dans la Flandre, dans la Franche-Comté (Paris, Loyson, 1674, in-4°, 120 p.).

Le Magnifique Mausolée dressé dans l'Eglise de Notre-Dame de Paris à la mémoire de Mgr. le vicomte de Turenne (Paris,

1675,in-4°, 8 p.).

Journal de la Ville de Paris, contenant ce qui se passe de plus mémorable pour la curi4osité et avantage du public (Paris, Mille de Beaujeu, 1676, avec privilège du Roi, in-4°, 8 p.) : numéro unique du 5 juillet 1676 (D.P.1 659).

Journal des avis et des affaires de Paris, contenant ce qui s'y passe tous les jours de plus considérable pour le bien public (Paris, 1676, avec privilège du Roi); 18 numéros de la fin-juillet à la fin-novembre 1676; à partir du n° 7, le mot «journal» disparaît du titre; rééd. moderne, Paris, Le Moniteur du Bibliophile, 1878.

Le Bureau académique des honnêtes divertissements de l'esprit, où, dans quelques feuilles que l'on distribuera toutes les semaines, on trouvera les entretiens familiers de diverses personnes scientifiques sur la philosophie en général, la morale, le droit, la poésie française, les poètes qui l'ont cultivée, les fables et diverses autres matières aussi utiles qu'agréables. Ouvrage pour former les jeunes esprits sur toute sorte de sujets afin de les rendre capables de paraître au barreau, dans les chaires publiques et dans la conversation des doctes avec la bibliographie de Paris, pour l'utilité de ceux qui dressent des bibliothèques, tant français qu'étrangers. Dédié à Mgr. le Dauphin par le sieur Colletet de la Maison de mondit Seigneur (Paris, 1677, in-4°): au moins 12 numéros, échelonnés sans doute jusqu'à janvier 1679.

La Bibliographie française et latine de Paris, suite des nouveautés du temps ou l'art de dresser des bibliothèques contenant tous les livres, Paris, janv.-avril 1678, 4 livr. (D.P.1 142).

Publications diverses

C. est en outre le responsable de plusieurs recueils poétiques: Les Muses illustres de MM. Malherbe, Théophile, [...] et plusieurs autres auteurs de ce temps (Paris, Chamhoudry, 1658) : contient 43 pièces de C. Rééd. sous le titre, Le Cabinet des Muses choisies de MM. Malherbe, Théophile, Tristan (Paris, Etienne, Loyson, 1668). – La Muse coquette, ou recueil de diverses poésies d'amour et de galanterie (Paris, J.B. Loyson, 1659). La première édition contient 21 pièces de C, la seconde en contient 35. – La Muse coquette ou les délices de l'honnête amour et de la belle galanterie. Première et seconde parties (Paris, Loyson, 1665): la première partie reproduit l'éd. précédente ; la seconde contient 38 pièces de C. – L'Académie familière des filles. Lettres et diversités folâtres de prose et de vers. Suite de la Muse coquette. Troisième et quatrième parties (Paris, Loyson, 1665). C. est le seul auteur des poèmes et discours en prose contenus dans ce recueil.

Parmi ses autres œuvres, on peut noter : Abrégé des annales de la ville de Paris [de Malingre] contenant tout ce qui s'est passé de plus mémorable depuis sa première fondation jusqu'à présent (Paris, 1664, in-12, 2 vol.); réimpr. sous un titre un peu différent. – La Ville de Paris contenant le nom de ses rues, de ses faubourgs, églises, monastères et chapelles, le tout pour l'usage et commmodité des étrangers. Ouvrage revu, corrigé et augmenté par le sieur C. (Paris, 1677, in-12); autres éd., 1679, 1689, 1699. – Le Tracas de Paris en vers burlesques, contenant la foire Saint-Laurent, les marionnettes, les subtilités du Pont-Neuf, le départ des coches (Troyes, Paris, s.d. [1665, rédigé dès 1658], in-12). – Les Trophées de Mgr le Prince de Condé rapportés à Lens en Flandre. Poème (s.l., 1648, in-4°, 8 p.). La Réjouissance des poètes à Mgr le duc d'Orléans, sur l'heureuse naissance de Mgr le prince son fils (Paris, 1650, in-4°, 7 p.). – Le Parfait Portrait de Marie-Thérèse, infante d'Espagne et reine de France (Paris, Loyson, 1659, in-4°, 8 p.). Privilège accordé à C. – Les Heureuses Prédictions sur la grossesse de la Reine (Paris, 1661, in-4°, 8 p.). – La Hollande vaincue, ou Louis XIV triomphant, poème héroïque (Paris, 1672, in-4°, 8p.). – Sur la paix nouvellement conclue, poème héroï-burlesque (s.l., 1678, in-4°, 8 p.). –Juvénal burlesque (Anvers, 1657, in-8°). – Le Palais des jeux de l'amour et de la fortune, où les curieux trouveront la décision des questions amoureuses et fortunées (Paris, 1663, in-12). – Poésies galantes, amoureuses et coquettes (Paris, 1673, in-12). – Traité des langues étrangères, de leurs alphabets et des chiffres (Paris, 1660, in-4°). Noëls anciens et nouveaux (Paris, Antoine de Raflé, 1676 ?, 4 vol.).

Bibliographie

H.P.L.P.; Jal, p. 404-406; Cior 17. – Marolles M. de, Mémoires, Amsterdam, 1755, t. III, p. 261. – (T) Tallemant des Réaux, Historiettes, Paris, 1961, t. IL – Goujet C, Bibliothèque française, Paris, 1741-1756, réimpr. Genève, 1966, t. XVI, p. 281-283. – Lacroix P., Bulletin du Bouquiniste, 15 juin 1861. – Hatin, Bulletin du Bibliophile, 1861, p. 609-624. – (H) Heulhard A., Le Journal de Colletet, premier petit journal parisien (1676) avec une notice sur Colletet, gazetier, Paris, Le Moniteur du Bibliophile, 1878. – Cousin J., «Le Journal de Paris de François Colletet», Bulletin de la Société historique de Paris, t. V, 1878, p. 141-142. – Lachèvre F., Bibliographie des recueils collectifs de poésie publiés de 1597 à 1700, Paris, 1903-1905, t. II, p. 211-216, 664; t. III, p. 266-268.

Auteur(s) de la notice


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